(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Observations sur l'histoire naturelle, sur la physique et sur la peinture"

n. 



\^f-. .,^;^.-yT^^' 




.vJ*-,(î 







M 


Vis ^^Lv ^St' ^t^I 




^^^s^ÊBÈÈùi^ 


wSr S^^KmÊt'*^\ tlL^ 


l^^^k ~ N^^^^^^l 


^ 




^ 





■■■ '^ ' 




V - 


«•- ^^ ■ --iï^ 


<^ 




X. 


«*• "" -M 


' ' y --, 


^fc^ 


• X •. "^^ 


',gH 






1^ 




.^ifli'.. J 


^■^ 


•hSsi' -.. . 



\, 



.K 



i ^^t\ 



^•?w% 



-^6^» 



5*^^^«k* * 



\'# 



'i *% 



OBSERVATIONS 

SUR 

L'HISTOIRE NATURELLE, 

SUR 

LA PH Y SI QUE 

ET 
SUR LA PEINTURE. 

AVEC DES PLANCHES IMPRIMÉES EN COULEUR. 

^et Ouvrage renferme les Secrets des Jrts , les Nouvelles Découvertes ^_^ 
les Difputes des Pliilofopkes & des Artijles Modernes. 

ANNÉE 1752.. 
TOME SECOND. IV. PARTIE. 




A PARIS, 

■lez- D E L A G UE TTE, rue Saine Jacques, à l'Olivier: 



AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY. 



Les Planches en couleur fe diftribuent féparement chez M,- 6mtmb ^ P^nfionnaire du Roy, 
rue de la Harpe.- 



Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

Research Library, The Getty Research Institute 



http://www.archive.org/details/observationssurl02gaut 




OBSER VATIONS 

QUATRIÈME PARTIE. 



HISTOIRE NATURELLE. 



OBSERVATION XVIII. 

Defeription d'une Matrice double, par M. E iS£nm yiNN, DoBeiir en Médecine Ù* 
ProfeJJciir d'Anatomie b" de Chirurgie de la Faculté de Strajbourg^ ^15^' 




E R S la fin de Jan- 
vier de l'année dernière 
175-1 , (dit M. Eifen- 
mann*) on avertit M. 
Jacohi , qui tait les Dif- 
fedionsauTKéaire Ana- 
tomique de cette Ville , occupé pour 

* Nota. Cette Pièce a été donnée en Latin & 
en François ; nous y avons fupprimé quantité 
de Citations & quelques Phrafes que l'on trou- 
vera dans l'Auteur. Celles que je donne ici font 
exactement conformes au Texte & renferment 
tout ce qui a rapport à la découverte de cette 
An, in f 2 , Tom.lL W. Partie. 



lors à fes préparations , que quelques 
Elèves en Médecine & en Cliirurgio- 
avoient découvert dans le Cadavre d'u- 
ne fille, morte à l'Hôpital Bourgeois,, 
une double entrée de Vagin, Siir ce 
rapports M. Jacobi examine avec foin 
ces Parties , & trouve réellement deux. 

Matrice. La Figure que j'en vais repréfen*- 
ter , eft avec fes couleurs naturelles , copiée- 
fur les Planches mêmes qu'a donné M. Eifen- 
mann; mais les couleurs font prifes ûu une 
Matrice ordinaire^ 



Observati(5ns sur l'Histoire Naturelle; 



entroes de Vagin , égales d'ouverture 
&: de diamètre , chacune defquelles 
avoit un Hymen. Apres avoir enlève 
les Vifccres du bas - Ventre , il con- 
linua fon examen Çc apperçut deux 
Vaqins d'ime longueur & d'une capa- 
cité feinblable, pofcs Tun à côté de 
l'.uitre, l'un defquels étoit à droite & 
l'autre du côté gaucfie ; leurs Paroys 
internes ctoiciu luiis , & avoient la 
for.ne ordinaire, avec fes rides dans la 
furface iiitérieure,comme on a coutume 
de les trouver dans les Vicrgei. Chacun 
de ces VaginsafjoutilToit aune de ces en- 
trées, conimeiuffi à nn Oriiice interne 
d'Uteruî , d^jue StrucUu-e parfaite ; 
enfurte que le Vagin du côté droit em- 
JaralToitTOrifice interne fitué de ce cj- 
té-Ià,_& le Vagin iltuc aucôté gauche 
conduifoit à celui qui étoità gauche. 
Chacun de ces Orifices étoit continu 



pas communes, mais adolTces leà une» 
aux autres , de la façon que cela fe re-, 
marque au Mediallin dans la Poitrine, 
qui ert formé par la rencontre de la Plè- 
vre du côté droit avec celle du côté 
gauche , & au Scrotum , dont la Cloi- 
fon ert formée de la même manière des 
deux Poches du Dartos. Au refte cha- 
que Utérus n'ctoit accompagné que 
d'une feule Trompe . d'un Ovaire , 
d'un Ligament large & rond , & d'un 
feul Cordon de Vaiffeaux Spermati- 
pues. 

Cette découverte m^'ayant été com- 
muniquée , lit que je me portai à l'exa- 
miner moi-même avec toute l'atten- 
tion poiïlble , &: ce dans le tems que 
deux Elevés en Médecine ctoient oc- 
cupés à la préparation des VailTeaux 
Spermatiques , j'eus la fatisfaâion de 
trouver le rapport exact. C'efl pourquoi 



avec le Coû & le fond de l'Utérus, qui dans la crainte que ces Parties ne fouf- 
le trouvoient féparés de même que le frirtent quelque dommage , je donnât 
Vagin , par une certaine Cloifon aflez coinmiffion au Sieur Jacobi de les fer- 
epailfe^ qui aboutilToit jufqu'au milieu rer &: d'en achever lui-même la prépa- 
du côte fupérieur du fond de l'Uterus , ration. Cependant on prit la réfoiution 
enforte que fa cavité fe trouvoit par là dans une Alîemblée de la Faculté, d'ex- 
divifée en portion droite & en portion pofer au Public la fiiçon dont cette dé- 
gauche, qui n'avoient aucune commu- couverte s'efl faite, avec les Figures 



nication enfemble; ce qui fait qu'on 
pourroit regarder ceci . avec quelque 
raifon , comme deux Utérus féparés. 
Le bord fupérieur externe du fond, 



qui y ont rapport , comme je l'ai déjà 
infinué dans l'Avis que j'en ai donné au 
Leéleur. 
Je fuis bien aife d'avertir que j'en- 



^ __ „ ."jjv.iii.iii cAtcmc uu luiiu, JC lias uicii aiic u avenu que | cii- 

etoii en partie divifé au dehors en deux tends par IJterv.s doubles , ceux qui font 

parties égales par une forte d'enfoncé- divifésen deux cavités, foit qu'ils foient 

nient luperliciel qui repréfentoit un divifés à l'aide d'une Oo/yôn , foit qu'ils 

Angle fort obtus: ce même enfonce- foient/oKrc/iujenguife de Cc/-«ej; quand 

ment, qui feprolongeoit le long dumi- bien même ils n'auroie/it pas deux Ori, 

lieu de la face antérieure des Utérus & lices externes, ni deux Vagins, ni en- 

des Vagins , les féparoit en deux par- fin deux trompes de chaque côte , deux 

tics parfaitement égales. Ovaires, deux Ligamens larges 8c ronds 

Ces parties en queflion doivent rai- Se deux Cordons de VaifTeaux Sper- 



fonnablement être regardées comme 
des Organes féparés . vu que leurs 
Cloifons, quoiqu'unies, ne leur font 



matiques. 

J'ai fait graver d'après Nature une 
nouvelle Figure de cet Utérus , commç 



SUR. LA Physique 
«lie fe voit a^uellement dans la liqueur 
où je la conferve. 

Les Ovaires & l'Uteriis étoient ex- 
trêmement durs ; îorfque le fujet ctoit 
récent. Tout le refle , fi vous en ex- 
ceptez les Caruncules , dont on ne voit 
plus de veflige, fe trouve, pour la plus 

grande partie , comme M. le Profeffeur 
rauel, de cette Univerfitc , Cqni pour 
lors aiïîrioit à mes Dcmonllrations , ) 
Ta fait graver dans la féconde Fi"ure 
jointe à la fin de la fçavante Théfe, dans 
laquelle il expofe fcs conjeâures fur la 
Snperfctation. 

On n'apperçoit qu'un Clitoris aux 
Parties externes de notre Sujet. 

Il eft fitué diredement avec fon Pré- 
puce fous ïa Commiffure fupérieure 
des grandes Lèvres^ comme cela fe voit 
ordinairement. 

L'Urethre, qui eft fituc fous le corps 
du Clitoris au-deiïus de l'un ion des deux 
Vagins , a fon Orifice entre les deux 
Nymphes , 4bus le Gland du CHtoris , 
à quelque difiance au-delTus de la Cloi- 
fon qui fépareles entrées des Vagins. 

On a beaucoup difputc toucliant la 
réalité de l'Hymen , & fuppofc qu'il 
exiliât,, quel feroit fon ufage ? Ci tou- 
tes les Vierges en font pourvues? Quel- 
le eH fa Figure , le lieu de fa fituation ? 
8c ainfi du relie. Piufieurs Anatomiftes 
Anciens 8: Modernes ont nié fon exif- 
tence : d'autre l'ont admife ou fimple- 
inent , ou avec reflriâion. 

Ce que M. ^J^infiowdit, ( Expofit. 
Anat. Traité du Bas-Ventre §.655 & 
654. ) de l'Hymen & des Caruncules 
mirtiformes , convient avec ce que j'en 
ai obfervé jufqu'à prcfent daiis notre 
Théâtre Anatomique , & ce que je fuis 
en état de faire voir dans les liqueurs 
où je lès conferve. Car on voit ma- 
nifeliement dans les Corps des Vierges 
nouvellement mortes , que l'Hymen^eft 



ET SUR LA "Peinture. f 

une vraie Membrane , aiïez mince , 
tendue , faite par la rencontre de la 
Membrane interne du Vagin avec cel- 
le de la Face intérieure des grandes 
Lèvres , qui bordent l'extrémité infé- 
rieure ou externe du Vagin , plus on 
moins large , plus ou moins é^Jal & 
circulaire , quelquefois ovale ; lailTant 
au Vagin une ouverture étroite dans 
les unes 8c plus amples dans les au- 
tres; rendant en général fon Orifi- 
ce plus étroit que le relie de fon Ca- 
nal. 

Cette Membrane fouffre des chan- 
gemens confidérables ^ à raifon de di- 
vers accidens. Ce font les débris de 
cette Membrane qu'on appelle Carun- 
cules Mirtiformes. Je conferve les Par- 
ties naturelles d'un Enfant de deux ans, 
où on voit un Hymen rend avec une 
ouverture fort étroite au milieu. Il y a 
dans le Cabinet de notreThéatre Ana- 
tomique quelques Hymens pris de Su- 
jets de ôifférens âges ^ l'un defquels elt 
d'une Vierge qui avoit paOc foixante 
ans , de Figure circulaire , dont la Mar- 
ge n'étoit pas confidérable, laifiantea 
revanche une ouverture large dans fon 
milieu : j'entends par M^^rgecet efpace 
qui ell; compris entre le plus grand 8c 
le petit cercle de la circonférence de 
l'Hymen. 

Il y en a auiïi un d'une Vierge de 50 
ans ; les autres font de Vierges âgées 
d'environ vingt ans ou moins-: ils font 
tous ronds avec une ouverture ^paîTable 
au milieu; cependant avec cette difle- 
rence que dans deux de ces Hymens , 
la portion inférieure de la Marge eft un 
peu plus large que la fupérieure. Il y 
en a encore un d'une jeune fille de dix 
ans , femi-lunaire & d'ouverture alTez 
étroite. 

J'aidilTéqué en 1740 les Parties na- 
turelles d'une Vierge qui avoit pafle 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



On concluifuit ccs Stilets , to\ipiirj 
aiïez éloignés l'un de l'autre ."s: (nns fe 
toucher nulle part , de chaque c Jté de 
la Cloifon qui féparoit entièrement ces 
Matrices, depuis leursCoùs jufcin'à leurs 
Fonds, où elleétoitun peu plusépainfe. 
L'afpeél de la diRance des Orilices in- 
ternes & la diflance des Stilets faifoieii 
afTc? voir que la Cloifon étoit fort ciiaif- 
fe ; ce qui étoit encore plus manit'eile 
par l'ouverture faite de chaque cote de 
la Cloifon & poulTée jufques dans les. 
Cavités des Matrices. 

On voyoit alors clairement que cette 
Cloifon étoit faite , de même que nous 
avons dit de celle des Vagins , do l'u- 
nion des Paroys voifms des deux Ma- 
trices , chienne defquelles étoit pref- 
que égale à Uépailleur de celle d'une 
Vierge nubile , enforte qu'elle étoit 
ce qui n'eft pas confiant. J'ai prefque d'une groffeur double de celle 
n diB'érentes occafions , tar.t d'une Matrice ordinaire. 

J'ai obiervé à l'occafion d'une Je mes 
Démonflrations d'Anatomje , faite le 
premier Février dernier aux Parties na- 
turelles d'une Femme qui avoit pafle 
■jo ans, une Membrane alîez épaîTe , 
quibouchoit en forme de Valvule l'ex- 
trémité du Coù de la Matrice qui ré- 
pondoit à fon fond ; enforte qu'il étoit 
impoffible d'introduire un Stilet dans 
la cavité de ce fond- là , fans avoir au- 
paravant ouvert le Coù. Le corps de la 
Matrice étoit fort petit , égal tant en- 
deux' Orifices des Vagins encore fer- confiflance qu'en grandeur, à une Ma- 
rnés, on trouvoit qu'ils ne fe rencon- trice Vierge, 



trente ans, où je trouvai un Hymen 
circulaire , entier , fans fcillùre , ni iné- 
galité apparente dans fa circonférence 
interne , mais dont l'ouverture étoit 
alîez ample pour tranfmeitre le doigt 
du milieu. 

Pour ce qui efl des Cavunciiles Mir- 
tiformes , j'en puis faire voir de gran- 
deurs & de grodeurs diflérentes ; tant 
de celles quiont eu commerce avec des 
Hommes fans avoir enfanté, que de cel- 
les qui ont enfanté: on voit dans les 
premiers l'Hymen rompu , fous la for- 
me de Lambeaux alTez vifibles , longs 
ou larges , à peu près de ligure de feuil- 
les de Mirthe, moins épailTes cependant 
que dans les dernières , chez qui la bâ- 
fe ell auffi plus large : Ces Lambeaux 
font encore dans celles-ci plus éloignés 
les uns des autres , & au nombre de 5 , 
4 . ou 5 , 
obfervé e 

en Public qu'en particulier , que ces 
Caruncules étoient appuyées fur des 
Eafes plus larges dans celles qui avoient 
enfanté plufieurs fois ., bien que moins 
grandes & plus éloignées les unes des 
autres , que dans celles qui n'avoient 
eu qu'un commerce Ilérile. 

Ces Caruncules (ont fouvent conti- 
nués avec l'Hymen, & ne doivent point 
être confondues avec les véritables Ca- 
runcules Mirtiformes. 

Ayant introduit des Stilets dans les 



troient nulle part ; mais qu'ils refloient 
confidérablement éloignés les uns des 
autres dans tous leurs tra'iets. Les Va- 
gins étant ouverts laidoient apperce- 
voir les deux Orifices internes degran 



L'extrémité de chaque angle du fond 
de ia Matrice s'ouvroit dans la Trompe., 
de fon C'jté , par un Orifice fi ample, 
qu'on pouvoir le remarquer facilement 
& y introduire un Stilet, beaucoup 



deur égale , féparés l'un de l'autre de plus gros qu'une (oye de^ Porc. Les 

l'cpaiaeur de leur Cloifon , avec des Trompes fe prétoient beaucoup à V air qu'on 

ouvertures tranfverfales , comme cela y fouffioit. & la Frange du milieu la plus 

arrive oïdinairenient. longue de la large extrémité de la 



SUR LA Physique 
Trompe gauche, renfennoit un OiFe- 
let oblong. 

L'un & l'autre Ovaire étoit fort pe- 
tit, plat, mince & flétri. J'ai ob fer vé 
dans le droit des Globules de diverfes 
-grandeurs, yèmWaWej i de petits Oeufs, 
dont quelques-uns étaient remplis d''une ma- 
tière Limphatique ^ plus ou moins tranfpa- 
rente ; pour les autres , ils étaient endurcis. 
Dans VOvaire gauche^ j'ai vu moins de 
ces Globules durs . &■ unfeulfort grand un 
peu dur , ù" ajfe^ tranfparent ^ dont le dia- 
mètre exceàoit une ligne. On pouvait dif- 
tinguer dans chaque Ovaire des petites ci- 
catrices occafionnées par la jéparation des 
Oeufs, 

La furface interne du fond de la Ma- 
trice préfentoit des pores amples, aifés 
à appevcevoir. Le Vagin étoit prefque 
fans rides , excepté quelques-unes de 
fuperficielles , pofées à l'extrémité an- 
térieure ou inférieure proche de l'Ori- 
fice externe , qui étoit bordé lui-même 
de trois Çarimcules Mirtiformes peu 
confidérables &; faillantes. 

On rencontroit dans ce même Va- 
gin une grande quantité de petites ta- 
ches tirant du cendré fur le jaune obf- 
cur, de grandeur différentes 5 quelques- 
unes étoient noirâtres. Parmi le grand 
nombre de Sujets féminins qui ont été 
difléqués dans notre Théâtre Anatomi- 
que , l'occafion de voir de ces fortes de 
taches de couleur quelconque a été fort 
rare. 

Qu'il me foit permis préfentement 
( di^ M. Eifenmann ) de tiier pour con- 
clufion quelques conféquences & con- 
jeaures vraifemblables de ce que je 
viens de dire. 

gentiment de M, Eifenmann fur les préten- 
dus Ovaires & Sur la Superfétation. 

fe.% Je me perfuade qu'il eft aflez 



ET SUR LA Peinture, 7 

connu que les exemples des Matrices 
doubles ne font pas des plus rares, & 
qu'on peut excufer en partie les An- 
ciens qui admettent des Sinus dans la 
Matrice humaine , eu la comparant à la 
Matrice cornue de certains Animaux. 
Il a pu arriver auffi que, nonobftant 
la grande difette des Sujets humains , 
8c fur-tout de féminins , qui tomboient 
fous le Scalpel de ces anciens Anatomif- 
tes, le hazardieur ait préfente une ou 
deux Matrices cornues, ou à deux Si- 
nus , d'où ils auront peut-être pris oc- 
cafion d'alTigner deux Sinus à toutes les 
Matrices humaines, ou de les croire 
femblabies à celles des Chèvres, des 
Brebis, des Chiennes, ou autres Ani- 
maux , Se de répandre dans le Public 
différentes opinions erronées touchant 
la Matrice humaine, 

2"". Si la Fille dont il s'agit ici eut 
vécu , & qu'ayant contradé le Mariage, 
elle l'eût confommé, elleauroitpu con- 
cevoir Se accoucher d'un côté. Se ce- 
pendant demeurer Vierge de l'autre. 

3"'. Si elle avoit vu fon Mari dans 
des tems différens Se aflez éloignés les 
uns des' autres , elle auroit pu conce- 
voir Si accoucher en divers tems , & 
par conféquent être en même temsgrof. 
fe & en couche. 

4'. Si elle avoit conçu dans le même 
jour des deux côtés , elle auroit accou- 
ché de deux Jumeaux. Il eff bon de 
remarquer à cette occafion , qu'un en- 
fant étant mis au monde, il n'auroic 
pas fallu forcer le Travail de l'autre , à 
moins que l'Orifice interne de l'autre 
Matrice n'eût été difpofé au fécond ac- 
couchement. Le contraire arrive lorf- 
que deux Jumeaux font logé dans une 
même Matrice. 

5°. Une vraie Superfétation auroit pu 
facilement avoir lieu dans la Fille en 
queflion , qui prefque dans tout autre 



É Observations sur l'Histoire Naturelle; 

cas, nepourroit arriver à moins qu'il qu à l'Oeuf, foit que VOcitfmàrfo'itdefcenàk 

n'approchât beaucoup du nôtre, ou avant fa fécondation dam la Matrice^ foie 

bien qui n'arriveroit que trcs-difficile- qu''ilfoit refîé dam une Trompe vuide,foit 

ment. enfin qiCd foit encore attaclie à VOvaire , 

La Superfctation ert , grncralement pourvu qu'il foit porté dans ia cavité 

parlant, une féconde conception arri- de ia Matrice fous les deux dernières 



vce pendant lagrofloiTe de ia Mère. 
(Voyez le Lexicon Je Callelli. ) 

On peut la dillint^uer en vraie & en 
faulfe. J'entends parla vraie, celle où le 
Pœtus eft contenu & croît dans une vé- 
ritable Matrice. Far la faufle jYnienJs 
celle où l'un des Fœtus occupe une Ma- 
trice vraie & l'autre une faulle. Cette 
forte de Matrice faulTepeut naître, ou 
d'une dilatation d'une portion de la 
Trompe, tel qu'ed le cas du Sr Vaiïal *, 
ou bien de quelques autres Corps ou 
leceptables joints, de quelle fai,;on que 
ce pu i lie être , à la véritable Matrice & 
qui en auroient l'apparence , cependant 
dans un examen plus attentif, avec une 



conditions : de mêuie , que cette efpé- 
ce de conception loit ordinairement 
funefte à l'enfant & à la Mère ; comme 
le prouve l'exemple du Fœtus de Trom- 
pe produit par M. ValTal ; foit qu'elle 
ic fafTe dans la Trompe ; foit que le 
Fœtus prenne fa nourriture & fon ac- 
croiirenicnt dans que!qu'autrecavité,ou 
MatriceT.iulïe que ce foit. 

11 fera ailé de voir par-la que le cas 
d'une pareille Superfctation échéant, 
ou que l'un ni l'autre Fœtus ne pourra 
être mis au Monde , ou que du moins 
le Fœtus niché dans la Matrice faude j 
ne pourra jouir de la lumière. 

Je ne nierois cependant abfolument 



très-grande diHérence. telle qu'ell la pas.nonobflant la certitude des raifons 



Matrice fauffe dont parle M. Dicnis^di 
peut-être celle de Hartavan. 

Il peut arriver une Su perfétation dans 
le cas d'une Matrice faufle , enforte que 
ÏOeuf devenu fécond j parvenant dans cette 
cavitéjyfajfe fa refidence&ry prenne accroif- 
fement, &" qu''afJc^long-tcim après une nou- 
velle fécondation furvenant , l'Oeuf s'ar- 
rête dans la véritable A-fatrice :**■ car il n'y 
a rien qui empêche qu'il ne fe faffe une 
nouvelle conception , puifqu'une Ma- 
trice refte vuide , &: n'a pas fon Oriiice 
alTc,: fermé pour qu'il n'y puilfe rien 
venir par le deîiors. 

Dans le cas où un Oeuf fécond ef tombe 
dam une Matrice , il rCy a rien dans ia voie 
crdinaire j puifqu elle eft libre, qui empêche 
ï entrée de l'efprit feininal b" fon abord juf- 

* L' Auteur rapporee en ces termes l'exemple 
que cire \ aiïal. 

>j Valjkl a pris pour une féconde Matrice une 
»3 portion dt la Trompe du coté droit où ua 



que je viens de rapporter, que la Na- 
ture ne préfente quelquefois dans le fait 
de la conception ou de la génération , 
de tels effets & de tels phénomènes ; 
comme on le voit arriver dans les cho- 
fes qui regardent la Structure Si la dif- 
pofuion des Parties du Corps humain, 
qui , fi le cas n'en arrivoit (S: n'étoit at- 
teflé par des Hommes dignes de foi , 
n'auroient aucune apparence, fuppofé 
qu'on ne procédât que par le raifonne- 
ment._ 

Par exemple, il pourroit arriver dans 
un cas extraordinaire qn un Fœtus étant 
déjà dans la Matrice , ilfeflt quelques femai- 
nes ou quelques mcis avrès une nouvelle con- 
ception. Si ainfi il y aûroit en même tems 
deux Fœtus dans fa Matrice contjUs eji. 

« enfant s'ctoit niché. » 

** Appnrament par la Trompe de l'autre c6tc 
fi l'une des deux eft occupée, 

différens 



Sur. la Physique 

Bifférens tems & allez éloignés l'un de 
l'autre^ pourvu cependant que les em- 
pêchemens , dont nous avons parlé , 
foient ou trop foibles ou abfens. Mais 
le cas arriveroit rarement , & s'il arri- 
voit par hazard ,i/ ri'efî pas probable qii'un 
Enfant engendré ainfi après coup ^ pût rejhr 
ajfei long-tems dans la Matrice pour acqué- 
rir une grandeur fujjifante pour conferverfa 
place pendant l'accoucheinent du premier^ ù" 
pour n'être pas pouJJ'é dehors peu de tems 
après. On pourroit donc admettre , fous 
cette condition , une vraie Snperféta- 
iion , quoique très-rare & très extraor- 
dinaire , où les deux Foetus ne parvien- 
droient pas à une grandeur fuffifante 
pour pouvoir enfuite être élevés ^ mais 
l'un des deux feroit exclus à terme , 
tandis que Tautre deviçndroit avorton. 
Mais il en arriveroit tout autrement 
dans cetteHipothère,fiIa Matrice étoit 
cornue , ou à peu près , ou Icparée par 
une Cloifon en deux cavités , fur-tout 
s^il y avoit deux Cous & deux Orifices 
diftinôs, & encore plutôt s'il s'y trou- 
voit deux Vagins féparés à l'aide d'une 
Cloifon , ou en partie , ou fuivant tou- 
te leur longueur & deux Orifices ex- 
ternes : car il n'y a rien dans ces cir- 
conftances quis'oppofe à la Superféta- 
tion. 

Suppofé que notre Fille eût conçu par 
le Vagin du côté droit , &* que laféinen- 
ce , ou fon efprit , ou quelque autre caufe de 
la Conception que cepuijje être, foit parve- 
nue par V-Orijice interne dans la Matrice 
droite^ &- dedàpar la Trompe jufqu' à VO- 
vaire^ où elle aurait pu rendre un Oeuf mûr, 
jécond^ lequel parvenu à la Matrice 
• de fon cbtéj n'auroit incommodé e'n 
aucune façon la Matrice gauche avec 
fon Coû & fon Orifice , quand même 
les trois obftacles dont nous avons par- 
ié ci-defl"us auroient été préfens. 

Mais que trois ^ quatre , ou cinq fe- 

Jm^e 175 2 j Tom. IL IF. 



ET suit LA Peinture. 9 

marnes après , ou davantage , ayant eu 
affaire par le Vagin gauche , il s'en foit 
enfuivT une conception avec les mê- 
mes circonflances que nous avons mar- 
quées pour le côté droit, l'CEufauroit 
donc pu s'attacher , fe nourrir , & pren- 
dre accroiffement de ce côté-là ; enfuite 
venir l'un & l'autre vivans à terme & en 
état d'être élevés. 

Il efl bon de faire remarquer en der- 
nier lieu que le nombre de ceux qui ont 
nié & nient encore la Superfctation , 
n'eft pas petit ; mais je n'ai aucune en- 
vie de rapporter ni de réfuter leurs rai- 
fons : je ne rapporterai que celle de Ja- 
mes Perfons (Suppl. des Tianfaâ. Philo- 
foph. ) qui penfe que la Superfétatiori 
eft tout-à-fait impoiïible, à raifon de la 
Figure droite de la Trompe qui lui em- 
pêcheroit d'embralTer l'Ovaire. 

Cette difficulté fe trouve détruite par 
cela-feul , que les Femmes grojfes fentant le 
même plaijir &* les mêmes changemens dans 
l'affe j que lorfqu elles ne font pas enceintes :, 
léreBion des Trompes èr" leur tendance vers 
les Ovaires doit néceffairement arriver che^ 
elles. C'elt ce que confirme aulll l'our 
verture des Cadavres, qui quelquefois 
a fait voir^ dans des Corps de Femmes 
grofles , les Trompes relevées vers les 
Ovaires; & même quelquefois appli- 
quées. Je ne perdrai pas ma peine à 
citer des exemples , èc à entalfer un 
nombre d'Obfervationspour prouver la 
Superfctation : 11 y en a d'autres avant 
moi qui ont payé ce tribut aux Sça- 
vans ; je tirerai le rideau fur cette ma- 
tière après avoir rapporté une feule His- 
toire qui m'a été communiquée par M. 
le Riche, Chirurgien Major de l'Hôpi- 
pital Militaire^ telle qu'elle fuit. 

„ Marie -Anne Bigaut^ âgée de 57 

„ ans, femme du nommé Edmon Vi- 

„ vier j Infirmier à l'Hôp'.tal Royal de 

,, Strafbourg^ accoucha à terme d'un 

Partie, B 



„ garçon vivant 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



>i 

a 
ji 
>j 
»> 

j> 
}) 
»j 
a» 

3> 
» 
»> 
»» 

if 

» 

M 
»J 

»» 
J> 

>> 

J> 
J> 
11 
i> 

>3 
J> 

» 

» 

» 

»y 

»i 

3t 
ti 
»> 
»> 
»} 



le dcniiei tl.i mois 
d'Avril 1748, à 10 heures du ma- 
tin ; cette couche fut fi pro,n;jt€ & fi 
heureufe, qu'une heure après cette 
femme fe leva , fortit de la Maifon 
de la Sage-Femme où elle ctoit ac- 
couchée, prit fon enfant avec elle & 
revint à l'Hôpital où elle di;meuroit. 
Elle ne perdit qu'au moment de l'ac- 
couchement, ce qui l'étonna d'au- 
tant plus qu'aux deux premières cou- 
ches qui précédèrent celle-ci , fes 
Lochies furent abondantes. Un quart 
d'heure après cet accouchement , 
elle fentit un mouvement réel dansla 
Matrice} elle en avertit la Sage-Fem- 
me, fe perfuadant qu'elle alloit enco- 
re mettre un enfant au monde; la Sa- 
ge-Femme fe contenta de lui dire 
qu'elle devoir fe tranquillifer. Cepen- 
dant cette Femme continuoit à fen- 
tir remuer de la même manière que 
la chofe arrive à une Femme quand 
elle ell enceinte. Ses Seins^ quoique 
naturellement gros ne lui faifoient 
aucun mal & ne fe rempliflbientpas, 
en forte qu'au bout de quinze jours 
elle fut obligée de donner une Nour- 
rice à fon enfant. Ces circonIVances 
(e trouvant jointes à des dégoûts , à 
des envies de vomir & aux mêmes 
fymptômesde Groffeffe qu'elle a voit 
eu pendant qu'elle étoit enceinte ,. 
commencèrent à l'inquiéter & à lui 
faire croire qu'elle l'étoit encore. El- 
le s'ouvrit à moi fur toutes ces cho- 
fes : je trouvai fes craintes bien fon- 
dées , Si je fis de mon mieux pour 
la confoler. Sa fanté fe dérangea ^ fes 
inquiétudes y eurent la plus grande 
part; mais elle reprit le deiïus. En- 
fin, voyant que fon Ventre grolTiiroit 
à vùë d'œil . elle fe fournit à l'exa- 



I 7 Septembre de la même année à- 
„ 5 heures du matin d'une fille vivante, 
„ reconnue être bien à terme par la 
„ grandeur du corps & la proportion 
„ des membres. Elle perdit beaucoup 
„ à la fuite de cette Couche, & fes 
^ Seins fe remplirent atfez pour nour- 
,y rir amplement fon enfant. If a vécu 
t, un an Se deux jours , au lieu que le 
„ premier ne vécut que deux mois & 
„ demi. J'ai vu ces deux enfans à lent 
», naiflance , le premier n'étoit pas li 
„ fort que le fécond , qui par delTus 
,, cela fut mal nourri , le père n'ayant 
pas été en état de fournir à cette dé- 
penfe ; mais la fille que la Mère a 
nourrie étoit en chair& même gralTe; 
elle mourut aux dents. Ainfi du der- 
nier Avril juCqu'au r6 de Septembre 
il y a quatre mois & demi révolus , 
en forte qu'on peut allurer que cette 
femme étoit à demi terme de fon fé- 
cond enfant quand elle accoucha le 
dernier Avril. Je ne crois pas qu'il y 
ait jamais eu de Superfétation mieux 
caradérifée que celle-là. Depuis cet- 
te couche , Cette Femme a eu un en- 
fant , Si eft aâuellement prête d'ac- 
coucher, j. 



■>> 
}' 
>> 

» 

>> 

>> 



Donné à Strafbourg, ce 20 Mars 
1752. 

Signé y tfc. 



E X P L IC A T 10 N 

1 

De la Planche E d'Anatomie &' de la Fi-i 
sure reprefentant la Matrice double. 



Cette Figure repréfente les parties 
men & fut jugée enceinte de plu- externes delà génération, autant qu'on 
fieuis mois. Elle accoucha en effet le pouvoit les appercevoir après en avoir 



ÉT-^-- 









sxTR LA Physique 
écarté les grandes Lèvres avec les 
doigts. 



A. 
B. 

C. 
D. 
E.E. 
F. 
G. G. 

a 

K. 
L.L. 



M. M. 

N. 
O. 
P.P. 



-5. S* 



T. 

V. V. 

i :: : u.. 

X. X. 



-Z.Z. 

1.: :. ':\ 



b.b. 



Le Pubis. 

La Commiflure fupérieure des 

Lèvres. 
Le Prépuce du Clitoris» 
Le Gland du Clitoris. 
Les Nymphes, 
L'Orifice de TUretFire, 
Les grandes Lèvres écartées, 
La CommilTure inférieure des 

Lèvres. 
La Foffe Naviculaire. 
Les deux Orifices du Vagin , 
le droit & le gauche , tous 
deux de diamètres égaux. 
Les deux Hymens, le droit & 

le gauche. 
Le Périné. 
L'Anus. 

Les Vagins, tant du côté droit 
que du côté gauche , niais 
fermés. 
L'union des deux Vagins, qui 

forme la Cloifon, 
Portion de l'Urethre fermée. 
- L'Utérus divifé, au moyen de 
laCloifon^ en droit & en gau- 
che & fermé. 
Une portion du Redum. 
Les Ovaires , le droit & le gau- 
che. 
Les Trompes de Fallope , la 

droite & la gauche. 
Les Ligamens ronds de la Ma- 
trice , le droit & le gau- 
che. 
Les Ligamens larges à droit & 

à gauche. 
Les Ailes de Chauve - fouris , 
' îa droite & la gauche. 
Le* Franges des Trompes. 
Les Artères Spermatiques , une 



ET SUR LA Peinture; h 

de chaque côté. 

Les deux Veines Spermati- 
ques , une de chaque côté. 
Leurs origines n'ont rien que 
d'ordinaire. 

Le Corps Pampiniforme , ou 
Piramidal de chaque côté. 

L'union des deux Matrices, 

Echancrure qui fert à diftih- 
guer extérieurement les 
fonds des Matrices. 



c. c. 



d. J. 

e.e. 

f. 



OBSERVATION XIX. 

Sur une Découverte 'particulière concernant 
la Génération des Grenouilles^ ù" Criti- 
que de la précédente Obferi/ation. . ^ 

♦ 

LE S Oviparifles nous ont toujours 
amufè de fuppofitions : la Spccy- 
lation feule a été la bafe de leur Syftê- 
me. 

Harvey ScMalpighi ont amplifié l'Hif- 
toire Naturelle d'une infinité de Fables 
que l'expérience dément aujourd'hui : 
le mal ne feroit pas bien grand, s'ils 
étoient feuls , mais plufieurs Phyfiçiens 
ont adopté leur Hipothèfe & en ont 
fait le fondement de toutes leurs Re- 
cherches. 

Nous avons déjà dit, quelque part, 
qu'Harvey vouloit que la Matrice con- 
çût par une efpéce de contagion , Se que 
Malpighi pretendoit que l'Embrion 
prèexifloit dans l'œuf femelle avan; l'ap- 
proche du Mâle. 

Les Remarques que fait M, Eifen- 
mann dans l'Obfervatioii précédente , 
confirment^ félon cet Auteur , le fen- 
timent des Phyfiçiens que nous venons 
de citer , malgré les expériences que 



B 



12 OBSERVATIONS SUH l'H 

j'ai données fur la Génération Animale, 
fondées fur des faits , où le Microfcope 
&ies Loiipet. font imitiles, & où ilfuffit 
d'avoir des yeux pour être inllruit. Ce 
qui me fait dire ici, qu'ii n'efl pas fur- 
prenant que ceux qui ont écrit avant 
moi, ôc qui n'ont pas fait ma décou- 
verte , ayent imaginé des Etres 8ç en- 
fanté des Hipolhcfes abÛraites & diffi- 
ciles à expliquer. Mais que l'on conti- 
nue dç foutenir ,.par des- raifonnemens 
vagues, les chofes que les faits démen- 
tent, c'efl ce qui m'étonne. 
' Avant de critiquer la DilTertation de 
M. ELfeninaun , voyons ici quelle efl 
ma Découverte 6< lés nouvelles Obfer- 
.yations qui la confirment. 
'' On peut s'inftruire du détail de cet- 
te Découverte dans le Mercure de Sep- 
tembre I yyo, & dans la première Par- 
tie du i.!vol. de mesObfervations. J'an- 
nonce dans mes Diflertations des faits 
irés-fenfibles , trcs-intérefiàns & trcs- 
curieux fur le principe de la Généra- 
tion animale de toute efpéce. 

Je prouve que pour découvrir le Fœ- 
tus au moment de (a formation , il fuf- 
fit de l'obferver dans les Mâles de toute 
efpéce, après le jet de leur femence : 
j'obferve qu'il a fallu recevoir ce jet 
dans l'eau claire & froide , qu'alors on 
a le tems de voir , fans le fecours d'au- 
cune Loupeni d'aucun Microfcope^ les 
Embrioni de tous les Vivipares. 

J'ai donné une Figure de ce Phéno- 
mène , dans la Planche A. d'Anato- 
mie. ( Voye^ la première Partie > An- 
née mil fept cent cinquante - deux :) j'ai 
enfin fait appercevoir aux Phyficiens 
que mon Syftéme n'eÛ pas celui 
d'Hartfoeker. 

Il eft à propos de remarquer ici la 
diflcrence qu'il y a entre la conjeûure 
d'Hattfoeker & ma Découverte, tout le 
Bionde la f^ait. te Seâaieur des Ver-; 



ISTÔIAE NAtURELtE i 
miculilles dit , qu'il a apperçâ par le fe« 
cours du Microfcope des Vermicults , 
des petits Tétarts , qui fourmilloient & 
qui frétrlloient dans la Semence , com- 
me les Infeâes que l'on voit dans le Vi- 
naigre. Ce qui a pu arriver par la cor- 
ruption fubite du Sperme. Ces petits 
Vers deviennent , fans doute , ajoute- 
t-il , des Hommes parfaits. 

Quelques OvLpariJîes que cette Dé- 
couverte étoniioit , afin de concilier 
leur opinion avec celle des Vermiculijîea, 
voyant le peu de folidité qu'il y avoil 
dans leurs conjeétures, fe font imaginés 
de fuppofer que parmi les Légions de 
Vers qui fe trouvent dans la Semence, 
Fun d'eux ou plulieurs, félon l'efpéce,' 
( difoient-ils ) afiez heureux pour attra- 
per l'oeuf qui tombe dans la Matrice , 
s'y niche , s'y loge, y croit Se devient Foe- 
tus humain. 

Voilà bien des affaires: il faut adop- 
ter d'une part la fuperfluité contraire à 
la Nature ; de l'autre côté il faut croire 
à la Métamorphofe , ^ s'imaginer qu'un 
Animalcule peut devenir un Homme ,• 
U faut encore fuppofer que l'état de For- 
mation efl plus parfait que celui d'Ax- 
croilfcment : puifque le Ver frétille tan- 
dis que le Fœtus plus parfait à peine 
forme-t-il quelque mouvement. Chan- 
fons qui ont amufé les Hommes en a,t- 
tendant que quelqu'un les mît au fait ! 

Les (Euvres de Dieu font permanan- 
tes. De tous tems les Hommes pou- 
voient voir d'où ils provenoient j mais 
leur vanité les a aveuglés prefque dans 
tous les fiécles. 

Les Philofophes attachés à la Matiè- 
re ont voulu trouver la Nature dans la 
Nature même : les uns ont admis le 
concours des Molécules pour aider à la 
Création ; les autres ont voulu une 
éternité d'Oeufs , une infinité de Créatu- 
res les une» dans les autres , prêtes à f& 



SUR. LA Physique 

cfcvélopper au premier accident : ceux- 
ci ont rempli le Monde d'Etamines Gr de 
Vers j dont la difpofition & la place ne 
nianquent jamais d'aider à la forme & 
aux organes. Enfin l'imagination hu- 
maine a marqué par tout fa foiblefle & 
fa fubordination. 

Je viens de chercher avec Art dans 
ïes Animaux Ovipares & Aquatiques-^ 
leurs fortes de Générations , que le 
hazard, félon quelques-uns , m'a fait 
trouver autrefois dans les Vivipares. 
Ayant pour principe que la Nature ell 
une, & qu'elle opère en tout de la même* 
façon. Je me fuis imaginé d'élever des 
Grenouilles depuis leur enfaiice jufqu'à 
l'àge de puberté , tems auquel je les ai 
accouplées dans des Refervoirs grillés 
de fil de fer ^ en rafe Campagne ; & j'ai 
fuivi avec foin leur façon de vivre & 
leurs occupations journalières ,• ayant 
même la cruauté d'en dHTéquer quel- 
ques-unes de teins en tems , pendant 
leur croifiànce , leur métamorphofe , 
leurs fécondations , & même jufqu'à 
leur âge le plus décrépit. 

Je ne pouvois pas mieux. choifir que 
cette forte d'Ovipare. Elle efl Amphi- 
bie , fa produdionj doit redembler à 
celle des Poiflbns & à celle de tous les 
Animaux , qui dépofent leurs œufs 
dans les eaux. 

Génération des Grenouilles,, 

Les Grenouilles naiiïent, faites com- 
me des petits Têtards j elles n'ont en 
venant au monde ni pattes ni nageoires; 
elles frétillent dans l'eau auffi-tôt. qu'el- 
les ont quitté l'oeuf qui les nourrit pen- 
dant quelques jours. 

Elles multiplient prodigieufement & 
s'accouplent fans fe quitter pendant des 
journées entières.. 

Le Mâle embraiïe la Femelle par les 
gattes de dcTant & la ferre étroite^ 



ET SUR LA Peinture. i5 

ment ; de forte qu'en les péchant vous 
les trouvez fouvent accouplées , & la 
peur du danger, ou toute autre raifon^ 
ne les peut faire quitter que par force. 

II faut obferver qu'elles n'ont aucu- 
ne partie extérieure : le Mà\e n'a aucu- 
ne Verge, la Femelle n'a aucun Vagin : 
l'Anus feul fert,.à l'un& à l'autre Sexe, 
à mettre dehors les excrémens , les 
Urines , les Embrions &; les (Eufs. 

Après avoir bien examiné ces cir- 
conilances qui dénotoient quelque cho- 
fe de fingulier dans leur Génération , je 
me fuis déterminé à ouvrir toutes celles 
que je trouverois accouplées jufqu'à ce 
que je pufle découvrir de quelle façon 
elles produifoient. Carfitôt qu'elles en- 
tendent quelque bruit, ou qu'elles ap- 
perçoivent quelqu'un, elles fe plongent 
dans l'eau , & il ne paroît rien de leur» 
opérations. 

J'en ouvris d'abord cinquante paires 
fans rien trouver qui pût me fatisfaire ; 
j'y allois d'abord trop rapidement , & 
l'avidité de nvinftruire me faifoh , fans 
compafiîon & fans précaution , plongée 
le Scalpel jufqu'au fond du Ventre. Je 
m'avifai enfin de prendre des Cifeaux 
fins & délicats & de couper avec pa- 
tience , { après avoir attaclié les pau- 
vres patiens avec plufieursgroITes épin- 
gles fur ime Table, ) la Peau & les 
Mufcles de l'Abdomen, que jerélevois 
allez adroitement. 

La première Grenouille que j'ou- 
vris en cet état ctoit la Femelle i elle 
n'offrit fur le champ à ma vue qu'un 
paquet énorme d'Oeufs contenus dans 
une glaire trcs-gluante , dont la furface 
formoit une efpéce de Pellicule.. Ces 
Oeufs étoient tous de la même groITeur 
& commedes têtes de greffes épingles, 
de couleur jaune , ronds Ik tachés d'un 
point noir qui en étoit le nœud : ce 
jjoint étoit l'endroit le glus tendre^ de- 



14 Observations sur l'Histoire Naturelle» 

rociif, & celui où l'Embrion pou voit le de petits filets à ce cordon , qui na-r 
pins facilement s'attacher & prendre fa geoient dans l'eau claire , dont nous ve^ 



aourrnure. 

Je fouillai les entrailles , qnt palpi- 
toîent , mais il n'y avoit aucune appa- 
rence de vie ctrangcre à celle de l'A- 
niiiulquimefervoit de fujet, Oeft dans 
ces Oeufs prêts Jf ortir du corps qu'il 
falloir voir au NUcrofcope , des Em- 
biions ^ des EiTigies , ou du moins des 
Vers vivans & frétillans , ou palpitans 
tout comme on les voit dans les fémences. 

Mais , dira-t-on , ces Oeufs font en- 
core des Effigies &- attendent la fécon- 
dation du Maie à leur foriie du corps 
de la Femelle, comme font les Poiflbns: 
il n'cll pas étonnant que ceux qui font 
encore dans ks Ovaires ne foient pas 
fécondés. 

11 ofi certain que cette raifon feroit 
demifefaiis ma Découverte vis-à-viâ 
laquelle il faut adoucir le ton. 

Après avoir difléqué la Femelle , de 
laquelle je donnerai l'Anatomie , ou 
pour mieux dire la Zoogénéjie ^ dans 
î'Obfervation fuivante , je clouai avec 
des épingles le pauvre Mâle & lui ou- 
vris le bas ventre avec autant de précau- 
tion que i'avois fait celui de la Femelle. 
Il fe prefenta d'abord une Véficule 
tnnfparcnte taillée àfacetes comme un 
Diamant, remplie d'une eau claire, 
belle, vive&: aufTi pure que le criftal ; 
cette Véficule étoitféparée par une fec- 
tion externe &formoit deux Lobes trcs- 
diflincls, la Véficule repofoit , fur l'Os 
pubis , à la même place où efl notre 
Veflie urinaire. J'ai oublié de dire que 
la Femelle avoir une pareille Véficule ^ 
mais celle du Mâle étoit fcparée par un 
cordon plus épais ; elle étoit entourée 
de Brandies d'Artères qui s'cpanouif- 
foient fur fa furface. Le cordon étoit 
comme le Placenta de plufieurs Em- 
brions vivans attachés par le cœur avec 



nons de parler , & frétilloient avec des 
fécou (Tes extraordinaires , battaru leurs 
queues, les uns contre les autres , fans 
pouvoir fe détacher du cordon qui les 
contenoit. 

A cette vue je fus tranfporté de joye; 
i'appellai tous ceux qui m'environ- 
noient, les voifins , j'aurois volontiers 
appelle toute la terre , pour être témoin 
d'un Phénomène fi nouveau , fi incon- 
.nu jufqu'aujourd'huij fi extraordinaire 
Si fi propre à convaincre tous ceux qui 
ont doute de la vérité de mes premiè- 
res expériences, n'étant pas à ponée de 
les faire. 

Un Mâle contenir des Embrions vi- 
vans, dillin<Ss,d3ns fon corps, même 
avant l'émiflion d'aucune fémence ! 
Embrions que l'on voit remuer & fré- 
tiller fans le fecours d'aucune Loupe ni 
d'aucun Microfcope ! Cefl ce que nous 
cherchions. Pithagore auroit encore fa- 
crifié cent Boeufs aux Dieux s'il avoit 
fait cette Découverte, comme il a fait 
à celle du quarré de l'Hypqteneufe. 

La Grenouille Mâle montée & for- 
tement attachée fur fa Femelle , attend 
les inftans que les Oeufs s'écoulent de la 
Femelle; il jette alors fes Embrions tels 
que je les ai apperçùs , ils s'attachent 
aux Oeufs , & s'en nourriffent pendant 
quelques jours , jufqu'à ce qu'ils foient 
en état de fe nourrir d'alimens plus grof- 
fiers. Ces Embrions confervent la mê- 
me Figure qu'ils avoient dans le Véfi- 
cule du Père , pendant l'efpace d'envi- 
ron un mois, tems auquel ils quittent 
cette Figure , comme font les Vers-à- 
foye dans le Cocon. Us développent 
leurs pattes pollérieures qu'ils écartent 
enfin : ce fout ces pattes qui , unies dans 
l'Embrion , forment la queue du Té-, 
tard Embrion de la Grenouille. 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



Je Jonne ma Découverte au Public 
comme neuve : que l'on me cite quel- 
ques Auteurs qui en ayent parlé avant 
moi ? Je me foumets à la révilîon qu'en 
peuvent faire les Naturalifles l'Année 



î? 



de la défenfe des Oviparifles. Il s'ngit ^ 
d'examiner des Matrices faujj'es qui peu- 
vent naître d'une dilatation , d'une portion 
de la Trompe , tel quefî le cas du Sr Vujjal, 
ou bien de quelques autres Corps ou Recepta- 



procFiaine au tems de l'accouplement des joints, de quelle façon quecepuijje être 



des Grenouilles 

Cette Découverte n'éfl pas fujette , 
comme celle que j'ai faite de Clmpul- 
Jïon , à être revendiquée en apparence, 
fur l'adoption des mots qui la défiguent 
& qui défignent en même tems d'autres 
Hypothèfes^ étrangères à mon fyllême. 

Critique du Sentiment de M. Eifenmann j 
fur la Superfétation, 

L'Auteur de l'Obfervation fur la Ma- 
trice double , dont nous avons exa- 
miné les curieufes Remarques , dans 
la précédente Obfervation , a parfaite- 
ment bien défini la Nature de l'Hymen, 
fes traces , fes marques & fes caraâères. 
U a obfervé judicieufement les cas des 
diBérentes conceptions où feroit expo- 



// efi quefîion alors d'un Oeufaevenu fécond, 
parvenu dans la cavité de la Trompe , &* 
quiy a fait fa refïdence. On veut conclu- 
re de-làla polTibilité de la Superfétation 
& on veut confirmer cette prétendue 
preuve de l'exemple d'un accouche- 
ment double de Marie - Anne Bi^aud ^ 
qui accoucha a terme d un garçon vivant , 
le dernier du mois £ Avril 1 748 , à dix 
heures du matin ; &" accoucha la même an- 
née , d'une Jille vivante , le 16 Septembre 
fuivant. 

Il faut d'abord obferver, que la Ma- 
trice, ou YUterus eft le centre de toutes 
les produélions qui forment fon Col ^ 
fes Ligamens & fes Trompes ; que la 
Membrane interne qui la tapilTe fe 
continue dans l'intérieur des Trompes 
& dans le Col ; & que le Péritoine , 



fé une Matrice de cette Nature , & je dont les Ligamens larges font des Du- 



me fuis fait honneur de les inférer dans 
mon livre. Mais nous ne fommes pas 
d'accord fur la Conception ^ ni fur la 
Superfétation humaine. 

M. Eifenmann efl Oviparifle &: adop- 
te les Oeufs & les Effigies humaines con- 
tenues les unes dans les autres. Cet ar- 
ticle efl combattu par ce que je viens de 
dire dans ma Découverte fur la Géné- 
ration des Vivipares & des Ovipares : 
il efldonc inutile de donner ici la répé- 
tition de tous les argumens que l'on a 
vus fondés fur les faits les plus clairs & 
les plus démonftratifs , avec lefquels je 
détruis fans retour un fentiment qui a 
régné fi long-temsdans la Médecine. Il 
n'en efl pas de même fur la Superféta- 
tion. C'ell ici une Quellion nouvelle 
pourmoij & peut-être le dernier reflort 



plicatures, forme les Membranes ex- 
térieures des Trompes , du Col & de 
rUterus même. Ainfi on doit confidé- 
rer les Trompes comme une fimple 
continuation de l'Utérus. 

Les Trompes , par conféquent, étant 
la continuation de l'Utérus & formées 
par les mêmes produâions de Mem- 
brane , doivent être a(Tujetties aux mê- 
mes dilatations & à la même exten-r 
fion.- 

Par conféquent , robfervation de 
Riolan Se. de Fafjhl ne prouve que la di- 
latation des Trompes, par le féjour Se 
l'accroiiïement du Foetus dans ces mê- 
mes Trompes ; mais elle ne prouve rien 
fur i'exiftence du Foetus dans l'Oeuf j 
puifque lune & l'autre fuppofitionpeut 
être admife. C'eil - à - dire , que je 



ilS Observations sur l'H 

puis aiiffi bien foutenir que l'Embrion 
luimaia s'ed glidé , lors de la Concep- 
tion , de l'Utenis dans les Trompes, 
dans le moment de leur dilatation , qui 
re manque jamais de le faire,pour fervir 
« l'cmiflîonde la Sùmcnce qui découle 
des Ovaire': tout comme MelTieurs 
Eifenmann, VaÏÏal & Riolan peuvent 
dire à leur tour , que le Fœtus en pajfant 
de rOi'aire dans l'Utérus, a été arrêté "dans 
la Trompe par quelque ObRacle. 

Ainfi le Foetus trouvé dans les Trom- 
pes ne confirme pas le feniiment des 
Oviparifles , & on n'en peut pas conclu- 
re que le Foetus préexiile dans l'Oeuf, 
Si qu'au moyen de cette préexiflence , 
il puifle arriver des SuperCétations dans 
ia Conception humaine. 

D'autres Réflexions pourroient en- 
core détourner l'idée de la Superféta- 
tion , par le moyen des Oeufs. Il fulîî- 
roit,par exemple, de confidérer l'exem- 
ple cité dans l'Obrervaiion précédente, 
dans lequel on prétend qu'on a trouvé 
un Fœtus cotiçu dans le même Utérus , 
fur un autre, âgé d'environ quaue mois 
& demi , ce Foetus auroit dû fe former 
par une vertu particulière , puifque le 
premier devoit alors occuper toute la 
capacité de TUterus. Ce Vifcére étant 
alors dans une forte extenfion , & par 
eonféquent toute communication de 
îa fémence avec les Trompes étant in- 
terdite Si abfolumem coupée : quelque 
feniiment qu'on embrafle , les caules de 
laSuperfétation ne peuvent avoir lieu. 

C'ell certainement un manque d'at- 
tention de l'Obfervateur. Ces deux En- 
fans étoient jumeaux; la mort prompte 
& la foiblelîe du premier le prouve. II 
n'étoit iïirement pas à terme , malgré 
l'opinion de M. Eifenmann ; au lieu que 
le fécond a vécu plus long-tems^ étoit 
plus fort . & n'ert mort que de la Mala- 
die ordinaire des.NourrilTons, 



iSTôiRE Naturelle, 

Voye^ la Planche E des Quadrupèdes aufujet 
des Grenoudles , Êr fon explication à la 
fin de VObfervation fuivante. 



OBSERVATION XX. 

Sur VAnatomie des Grenouilles. 

LA Grenouille eft un Animal Am- 
phibie extrêmement curieux. Tous 
les NaturaJiûes fe font donné de gran- 
des peines pour découvrir fa Généra- 
tion & fes Métamorphofes ; on vient de 
voir que j'ai eu le bonheur de parvenir 
à cette Découverte. Le hazard m'a fa- 
vorifé G l'on veut. Soit qu'on attribue 
cette curieufe Remarque à mon zélé 
pour les Obfervations fur l'Hilloire Na- 
tiuelle , ou à la multitude de mes re- 
cherches: de façon ou d'autre je ferai 
extrêmement flatté de l'avoir faite , 
ainfi que celle de la Génération des Vi- 
vipares. 

Je fuis content préfentement, La 
nouveauté des Obfervations qui fuccé- 
derontà des fondemens fi vrais & ii na- 
turels^ plaira âmes Leéteurs: Une vé- 
rité conduit ordinairement à une autre. 
Il faut efpérer que, fins copier perfonne^ 
nous remplirons les 1440c» pages que 
nous avons promi fes. Si j'avois été entêté 
du Syllême des Oeufs , ou de celui des 
Molécules , je ferois toujours relié dans 
l'aveuglement comme les autres. 

Remarques de dijférens Auteurs fur U 
Grenouille. 

Ma Méthode efl de citer en abrégé 
les Remarques que l'on a faites avant 
moi , afin que le Ledeur foit difpenfc 
de faire les Recherches , que je prends 
moi-même la peine de faire pour lui. 

Tous 



SUR LA Physique Et sur la PEiNTUnîr 

Tous îes Auteurs devroient en agir ain- de ne l'avoir pas vu dans l'Oeuf. 
on ne feroit pas trompé par de pré 



tendues nouveautés que.l'on fçavoit dé- 
jà du tems de Pline, & que l'on répète 
fucceffivement en plufieurs endroits. 

Les Naturalises font des Hiftoriens 
qui ne fabriquent rien ; ils ne font que 
raconter ce qu'ils découvrent dans les 
plis & les replis du yafle Univers, & 
citer ce que les autres ont dit avant eux 
pouramufer & inftruire les Hommes 
raifonnables. Ils ajoutent à leurs Dé- 
couvertes 8i à leurs Remarques des Ré- 
flexions fenfées & Philofophiques , fur 
plufieurs points, quoiqu'ils entrepren- 
nent de traiter le même fujet. Par exem- 
ple , en parlant du Limaçon ou des Gre- 
nouilles , je puis raconter comme M. 
Pluche , tout ce que font ces Animaux , 
leurs demeures , leur façon de vivre , 
ce qu'en a dit celui ci, ce qu'en a dit 
celui-là, &: on ne me taxera pas pour 
cela de Copifte. Je puis encore ajouter 
des Découvertes comme a fait M. * * *. 
je ferai Auteur. A mes Découvertes je 
puis ajouter des raifonnemens Anato- 
miques & Phyfiques , comme Hartfoe- 
ker SiLeeuwenhoek , fur la Nature des cho- 
fes que l'on connoît déjà , mais furlef- 
quelles chacun donne fon opinion fé- 
lon les idées qu'il en conçoit, je ne fe- 
rai point Plagiaire , &c. & à tort & en- 
vain certains efprits voudroient détrui- 
re un Livre qui contiendroit des Par- 
ties fi eflemiellesà l'Hifloire Naturelle. 

Sentiment de Leuwenhoek, 

Les Obfervations de cet Auteur fur 
raccroiffemenr & la figure du Fœtus de 
la Grenouille, méritent d'être expofées 
tout au long. J'ai vu au Microfcope 
tout ce qu'il a vu lur le Têtard ou Ver- 
mijfeàu lorfqu'il quitte l'Oeuf, & je l'ai 
vu de plus de la même forme dans les 
entrailles du père; mai^ cet Auteuravoue 



Jmée ij$2,Tom, IL IF. Fart, 



Il ell 
certain pour îors qu'il n'a obfervé que 
des Oeufs ^ où i'Embrion n'étoit pas at- 
taché ; & des Embrions qui ne tenoient 
plus à l'Oeuf. Je ne retrancherai rien 
de ce qu'ils nous a dit , d'autant mieux 
qu'il donne une Découverte très - cu- 
rreufe fur la circulation du fang ; que 
j'adopte d'avance , quoique je fois fori 
Antagonirte fur le point de la Généra- 
tion, 

M. Leuwenhoek continuant fes Obfer- 
vations furies Infeéles, a crû que le> 
Grenouilles fe fbrmoient auffi d'un 
Oeuf,environné d'une niatiére gluante, 
qui lui fevvoit de Coquille. Cet Oeuf lui 
parut d'abord moitié brun , moitié jau- 
nâtre , mais il brunit enfuite tout en- 
tier, excepté une partie qui eR , félon 
lui , le Ventre de l Animal. La Grenouil- 
le , dit-il , n'eft paj plutôt éclofe qu'elle 
nage dans l'eau & paroit à l'Oeil telle 
que dans la Figure i. ( Voyez à la fin 
de cette Obfervation. ) 

En obfervant ce Foetus , l'Au- 
teur a découvert une chofe à quoi il ne 
s'attendoit pas , c'ell la manière dont 
fe fait la circulation du Sang , & l'union 
des Veines &- des Artères. Il a remar- 
qué que ce mouvement n'étoit pas égal 
èi continu , comme celui d'un Fleuve, 
mais que le Sang étoit poulîé à diverfes 
reprifes, des parties les plus pioches du 
Cœur vers les plus éloignées , comme 
celui d'une liqueur qui tombe goûte à 
goûte , & que ces puUions étcient lî 
fréquentes , qu'on auroit de la peine à 
les compter une à une. Cela lui fit ju- 
ger que le Sang étoit poulTé autant de 
fois hors du Cœur, qu'il fe faiioit de 
pulfion dans ces Parties. A quelques 
jours de-là ces fix Vaiffcaiix tranfpa- 
rens fe réunirent à la Peau, 3-i quoi- 
qu'on pût encore remarquer un mou- 
vement de leiifion 54 de contraction à 



xS 



Observations sur l'Histoire Naturelle;. 



chaque côté de la Tête , on ne pouvoit 
plus voirie Sang circuler. Les petites 
Grenouilles à 8 » ou lo jours étoient 
le double plus grofles qu'au fortir de 
l'Oeuf, & on leur voyoit ouvrir & re- 
fermer la gueule , & ouvrir un peu les 
yeux,aufli fou vent que le Cœurbaitoit. 
L'Auteur fe conlirniadans fapenfée,. 
en obfervant la Queue de ces Reptile», 
où il remarqua plus de 50 VaiiTeaux 
fort minces & fjrt étroits, où le Sang 
circuloit. Ces Vailleaux étoient tous 
recourbés en forme d'Arc ^ dont l'un 
des bouts portoit le Sang du milieu de 
îa Queue vers fes extrémités &; le ra- 
menoit par l'autre bout vers le milieu» 
Si cela fe rencontre dans tous les Ani- 
maux , on fe feroit fatigué jufqu'icibien 
vainement à chercher le point d'union 



II y a encore ceci de remarqnaWc 
dans ces Obfervations, c'ert qu'on a 
pris garde qu'il y a des Vaiîîeaux qui 
fe divifenten deux comme ( Figure 2) 
A B aux points C D , de forte que A C 
E & B D F font deux Branches d'une 
Artère; aulTi bien que A C G , &: A 
C H : parce qu'elles portent le Sang 
aux extrémités du Corps. Au lieu que 
FI, Si EH font deux Veines, par- 
ce qu'elles le ramènent au Coeur. 

M. Leu\s^enhoek a déjà trouvé la 
même Circulation , & pour ainfi-dire , 
la môme identité des Veines Se des Ar- 
tères dans les nageoires de quelques 
PoilTons. II lit voir la plupart de ces 
Expériences à Meffieurs de Gravefande 
& Fallenfu, Echevins de Dclft , dont 
le premier étoit Médecin ,&àM.|iîein- 



des Veines & des Artères, puifqu'un J?«i , Penfionnaire de la Ville d'AmIler- 



même VailTeau , confidéré à divers 
égards , feroit Veine & Artère tout 
enfemble. 

Ce qui ell caufe qu'on n'avoit point 
encore découvert ce Myflère de la Na- 
ture , c'ell que la circulation du Sang 
ne fe fait pas feulement dans les grands 
Vaideaux , mais auffi dajis les plus pe- 
tits, parce qu'il faut que toutes les Par- 
ties du Corps en foicnt nourries. Ainfî 
les Vailleaux où l'Auteur a vu circuler 
le Sang des Grenouilles , font C étroits, 
qu'il n'y peut palTer à chaque fois qu'u- 
ne très-petite particule de Sang , qui 
ne peut être apperçue qu'avec un ex- 
cellent Microfcopc. Or, une feule par- 
ticule de Sang ne pouvant point /or/ncr 
de couleur , & les Animaux dans lelquels 
on cherche cette Circulation étant ou 
morts, ou tdlemeut épouvantés que 
leur Sang fe fige dans leurs Veines, ou 
perd au moins fon cours ordinaire , il 



d.jm , pour convaincre , par le témoi- 
gnage de ces Pcrfonnes éclairées, une 
efpèce d'Incrédules , qui ne peuvent 
. s'imaginer que les Pevfonnes qu'ils con- 
noiflent , fuient capables de quelqua 
chofe. 

Remarques de M. Seha^ 

Ce fameux Naturalifte a donné plu- 
fieurs Remarques fur la Grenouille : il 
prétend qu'ail y en a de plufieurs fortes ,. 
que les unes habitent les Buiflbns & 
les Arbriflaux * d'autres les joncs & les 
Marais , & d'autres les Rivières & les 
Lacs. Elles différent , félon lui , en grof- 
feur& il leur donne des nuancesde cou- 
leurs différentes; il cite une Grenouille 
de Mer d'une grolTeur monftrueufe : 
Voici la Defcription qu'il en donne lui- 
même. 

Les pieds de cette Grenouille , dit-iï, 
dedevanf'& de derrière étant étendus 



n'eft pas furprenant qu'on ne l'eût pas à prcfent même qu'ils font féchés , fur- 
découverte, partent encore en longueur une deniîc. 

S Je crois que cet Auteur veut parler ici des Crapaux». 

a ,r.x . 



Su». LA Physique 

«ouJée ; ce qui n'eft point leur gran- 
deur naturelle , comme on le jugera 
fans peine. Son Corps , à l'exception 
de la Tête , eft cendré gris-brun^ mar- 
queté de taches grandes & petites , 
qu'on prendroit pour des Verrues qui 
font au-de(îous d'un griî-lavé ^ & par 
deiïus d'un cendré jaune. Le Dos & 
l'interflice qu'il y a entre les Epaules , 
font relevés en bolTes , Se comme fé- 
parés par des lignes blanchâtres. Au- 
deflus des pieds de devant, on voit des 
deux côtés une efpéce de Bouclier , qui 
femble collé par deiïus", & dont la 
couleur efl d'un cendré clair , pi- 
coté de points noirs , & d'une figure 
approchante de celle d'un petit Bateau. 
Sa Tête eft barrée de Rayes rouiïâtres 
qui le décorent de côté & d'autre. Ses 
Yeux font grands & brillans j fes Oreil- 
les font rondes , courtes & peu ouver- 
tes *. Sa Langue efl large ^ adhérente 
à la partie de devant de la Mâchoire 
inférieure. Il paroît entre les FelTes & 
i'Os du Coccix quatre éminences ou 
boutons ronds, oblongs , qui font vrai- 
femblablement des excroilîances natu- 
relles. Ses pieds de devant fe fendent 
en quatre doigts , * * corapofés chacun 
de quatre articulations , dont les der- 
nières font larges munies d'Ongles & 
ne reiïemblent pas mal à des doign 
d'Enfant. Ses pieds de derrière font 
compofés d'un Pouce 6c de 4 Doigts 
terminés de la même façon & de plus 
attachés enfemble par une Membrane 
mitoyenne. 

Elien raconte ( Liv. î. Chap. ^6.) 
qu'allant de Naples à Pouzzole, il ef- 
fuya une pluie de Grenouilles qui lui 
tomba fur ie corps. C'ell ce que j'ai de 



ET SUR LA Peinture. if 

la. peine à croire , malgré le fentîmènr 
ô? Abraham Gronovieu: il fe peut que je' 
me trompe , c'eft ce que je ne puis pas 
alîurer. 

Sentiment de Malpighi. 

Ce Phyficien obferve dans les Gre- 
nouilles que lorfque le Sang revient 
lentement au Cœur & avec peu de 
chaleur, on apperçoit vifiblement des 
gouttes d'Huile dans le Tronc de la 
Veine-Porte (auquel font attachées des 
Canelures huileiifes ou graiffeufes y 
lerquelles gouttes font entrainées avec 
le Sang dans la cavité du Foyèi'' c-n. 

Ces Canelures çrrailTeufes font ad- 
mirables. Malpighi nous donne ici une 
preuve de leur utilité : le Créateur ea 
a pourvu ces Animaux pour fuppléec 
au défaut de nourriture &: pouf l'en- 
tretien du Sang. Je me fuis apperçu 
après les avoir cloués (ur des Table* 
8c leur avoir fupprimé les Inteflins ,■ 
leur ayant mis un linge mouillé fur le 
Corps pour humeder ces parties & em- 
pêcher l'évaporation des humides , 
qu'elles ont vécu 2 4 heures dans cet 
état^ malgré la perte continuelle de 
leur Sang : mais que ces Canelures 
graiiïëufes, fe font trouvées plus pe- 
tites & plus diminuées de fubflance. 
Ces Canelures font les refervoirs de la 
fubfiflance de cet Animal f>endant l'Hy- 
ver, iorfqu'il efl caché au fond des 
eaux. La boue peut auffi lui fervir de 
nourriture j mais il eil certain qu'on 
peut en garder pendant long-tems^ qui 
vivront dans des vafes plein d'eau fans 
aucuiîe forte d'aliment. J'ai trouvé à la 
fin en les ouvrant que leurs Canelures 



* C 'eft ce qui me furprend , car dans celles 
^ue nous connoilTons , il n'y a aucune ouyer- 
wre, 



ipfnc. 



^roiï Doigts & un Pouce apparem^j 



graifleufes 
mées. 



Observations istJR L'HistôiRE NAtùRELlEj 

étoient prefque confom- 



Smtimmt de Gérard Blafe, 

On trouve dans cet Antenr des maii- 
vaifes Planches qui ne fe rapportent au- 
cunement au naturel. La Defcripiion 
Anatomique qu'il donne de la Gre- 
nouille n'efl pas jufle: Il prétend que 
les VaifTeaux Spermatiques des Fe- 
melles, faits pour fournir la Giape des 
Oeufs, font les Trompes : il dit que 
les Teflicules font ronds , ils font au 
contraires oblongs Se dans les vieux 
Mâles ils font faits pofitivement com- 
1103 Reins , de couleur de jaune-paille, 
II obferve que le Péritoine , qui 
cache toutes les Parties du Bas- Ven- 
tre , monte plus haut que dans l'Hom- 
me ^ & va jufqu'à la Région des par- 
ties de devant, qu'il renferme les Poii- 
laions j comme le Diaphragnie dans les 
Poillons enferme les petits facs d'air 
qu'on y trouve ordinairement. Que le 
Péritoine fe termine au Péricarde , &; 
fépare 1© Cœur & le Diaphragme des 
Poumons &; du refle des Vilcéres du 
Bas-Ventre ; ce qui eft très- véritable. 

Cet Auteur prétend que les Gre- 
nouilles ne mangent que des Efcarbots, 
n'ayant trouvé rien autre chofe dans 
leurs Intellins. J'y ai pourtant trouve 
du limon de Marais , & du gravier dif- 
£bût& trituré d'une extrême iinefle. 

Je fupprirae de cet Auteur toutes les 
fuppolîtions qu'il fait fur la nature de 
rOeuf. Que les Oviparijles les citent > 
s'ils veulent & on leur répondra. Je 
vais donner préfentement ce que j'ai 
obfervé moi-même fur le naturel. 

DiJfeBionque j'ai faite de la Grenouille. 

Le CcEurn'efl compofc que d'un feu! 
\^entricule : il poulie &. reçoit alter- 



nativement le Sang par le moyen de 
deux Sous-papes , comme font les fouf-^ 
fiets fimples, qui lei^oivent & qui don- ' 
nent l'air, afin que l'air n'entre que 
d'un coté & ne forte que de l'autre. 
C'ert cette Contre-Sou?-pape qui cra- 
pcche le mélange du Sang dans le Ven- 
tricule du Cœur de la Grenouille ^ 
comme dans celui de laTortuc.( Voyez 
mes précédentes Obfervations , Toni. 

I. lySî.) 

Ce Vifcére occupera un jour les Phy- 
ficiens iut le mouvement de Diallole & 
de Sillole qu'il conferve pendant 7 ou 8 
minutes, après fonextraftiondu Corps, 
& n'ayant plus aucune communication 
avec le Cerveau ni avec le Sang ; dont 
il efl pour lors privé entièrement : ce 
qui n'arrive point dans l'Homme ni 
dans plufieurs fortes d'Animaux. Je 
demande quels font les refforts qui le 
font agir ? 

LPOredle efl faite comme celle de la 
Tortue , c'el\-à-dire , compofée d'une 
cavité & d'une Peau extérieure qui la 
couvre: la cavité qui elt fous la Pieau , 
contient une corde qui la fépareen deux 
parties égales , laquelle fè tend à la vo- 
lonté de l'Animal , ce qui apparam- 
ment lui fert pour recevoir les vibra- 
tions de l'air. 

VOed de cet Animal n'efl point en- 
fermé dans une fofle odeufe ; il n'eit 
recouvert du côté du Palais que par la 
Dure-Mere & les Membranes du Pa~ 
lais. 

La Langue tient à Pextrêmité de la 
Bouche jfur les bords de la partie anté- 
rieure du Palais. & par conféquent elle 
eH attachée difléremment de la nôtre t 
fon extrémité pollérieure , qui répond 
au fond du Gozier, eft détachée & fert 
à enfoncer les alimens dans le Got 
zier. 

Les Poumons s'empliffent d'Air, à la 



SUR. LA Physique 

volonté de PAnimal. Sans ouvrir la 
Gueule j la Grenouille renvoyé l'air 
de fes Poumons dans des Veflîes qu'el- 
le porte procFie l'Oreille, aux angles de 
fes Mâchoires : Ces Veflles lui fervent 
apparemment de Refcrvoir pour raré- 
fier l'Air qu'elle contient dans fes Pou- 
mons. 

Les Parties du MUe confiflent en 
deux Teflicules qui appuient fur les 
Reins mêmes & ont des Epididimes 
fort adhérens aux Cannelures graif- 
feufes : ils font alTez petits dans les jeu- 
nes Grenouilles , & prefque auffi gros 
que des Arricots dans les vieux Màles, 
Ils tiennent aux gros VaiHeaux du Bas- 
Ventre , &i ont des Conduits qui vont 
fe perdre dans le Cordon que nous 
avons obfervé. Je nVr point trouve dans 
les Mâles des VailTeaux Spermatiques 
grands & entortilles comme dans les 
Femelles. Les Mâles des Grenouilles , 
comme je l'ai déjà dît ^ n'ont aucune 
Verge ou Conduit extérieur. LaVeffie 
de l'Urine tient au Reftum ; Elle eft 
fort adhérente à ce Vifcére: dans la 
chaleur de ces Animaux elle eft pleine 
de l'eau que nous avons obfervée^ où 
les Embrions nagent, étant attachés au 
Cordon ainfi que nous avons dit. 

Les Parties de la Femelle font les Cor- 
dons entortillés ou Vaifleaux Sperma- 
tiques. Ils commencent vers le Cœur, 
le Fore & les Parties fupérieures du 
Bas Ventre , & vont le perdre vers la 
Veiïie & vers les Oeufs de la Femelle : 
La VeflTie eft comme celle du Mâle , 
fortement attachée au Redum. Les 
Oeufs ne font point dans des Ovaires, 
c'eft-à-dire , dans un Vifcére particu- 
culier ; ils font répandus dans une glai- 
re j & forment un pacquet qurtient aux 
Reins , par une Membrane fine & dé- 
liée , où il y a quantité de petits Vaif- 
Heaux quifervem à l'accroiffetneat , ag- 



ET SUR LA Peinture; 2 1 

paremment, & à l'extraôion des Oeufs. 
Ces Oeufs croilTent , environ vers le 
Primtems, prefque toussa la fois ; il en 
refte en la place d'autres qui ne s'ap- 
perçoivent pas pendant la crorirance 
des premiers , & dans le mors de Sep- 
tembre , après la Fécondation , on 
trouve les nouveaux paquets qui fe font 
formés, à moitié de. leur grofteur. 

Les Femelles n'ont aucun Vagin nr 
aucun Utérus. 

Le Coccix de cet Animal eft particu- 
lier , il eft fait en forme de Stilet fort 
allongé ^ ayant au moins la troifiéme 
partie de la hauteur de toutes les Ver« 
tébres ; il fait l'office de Levier pour 
étendre l'Anus, lesMufcles duquel font 
attachés à fon extrémité. La Figure & 
la fituation de cet Os fervent beaucoup 
à l'Elafticité du Corps de cet Animal. 
L'Os Sacrum ne tient point aux Os des 
Iles , comme dans prefque tous les Ani- 
maux : Il n'y eft attaché que par des Lf- 
gamens & des Mufcles ^ de forte qu'il 
s'en écarte &. s'en approche à volon- 
té , ri rient aux Vertèbres. La Moelle 
épiniere finit à la dernière Vertèbre ; 
die ne diminue point de groffeur ; 
mais à fon extrémité elle produit trois 
groiïes parres de Nerfs qui vont porter 
les efprits aux Cuilfes , & occafionnem 
leur mouvement : après avoir féparé du 
refte du Corps les Vertèbres, le BafTm 
& les Parties inférieures ; j'ai obfervé 
qu'en coupant ces Nerfs, ou en les fes- 
rant , les CuilTes Se les Jambes faifoient 
des mouvemens convulfife , q^uoique 
détachées du Corps» 

Vertus Médecinaks de la Grenouille,. 

Sylvius dit que la Grenouille guerfr 
de la Fièvre & empêche la fueur des.- 
mains , fi on en éioufTe quelqyiies-uueS' 
dans fes mainsv 



22 



Observations SUR l'Histoire Naturëlié^ 

Guainerius prétend que pour guérir la Grenouille. On vient de l'expliquet 
l'Hciifie , il faut manger des Poules dans la préfente Obfervation, 



de l'Mclilie , Il iaut mange 

nourries avec de la farine d'Orge pétrie 

du Bouillon des Grenouilles. ' 

Thimotée donne un Rcmcde fingu- 
lier ,• il prétend que les Grenouilles fen- 
duc> Si appliquées foir & matin fur 
les Reins des Hydropiques , attirent 
les eaux qui fluent dans le Corps de 
ces Malades. C'ell un Rcmcde qui mé- 
rite d'être éprouvé & authorifé par l'ex- 
périence. 

Les Foyes des Grenouilles calcinés 
au Four, fur une feuille de chou en- 
tre deux Terrines , mis en poudre & 
avalés dans l'eau de Pivoine^ guerif- 
fent les Maladies qui proviennent de 
l'airedation des Nerfs , & des foiblefles 
du Cœur. On peut les prendre en tout 
tems, mais fur-tout auxSolcifles d'Eté. 



EXPLICATI ON 

De la Planche E. de VHiJîoire Naturelle 
des Quadrupèdes. 

F I G u R £ L 

Le Fœtus de la Grenouille vu an 
Microfcope. 

L M N O F Marquent la Tête. H I 
R S LeVenire. G H S La Queue. 

Au-delTus de la Tête , vers M N 
on voit la Peau plus épailîe qu'ailleurs, 
ce qui fait conjeâurer que ce pourroit 
être une partie de la Peau dont la Gre- 
rouille fe couvre en croiflant. T ell fa 
Gueule: V V deux taches noires fort 
rondes : I K L &: P Q R font fix par- 
ties tranrparenies & dont trois pendent 
à chaque côté delà Tête. 

Figure 11, 



prel 
F I G u R M 



IIL 



A 
B 
C 
D 
E 



F 
G 



Le Foie & fes trois Lobes. 

Les Teflicules, 

Les Corps graifTeux, 

Les Véficules féminaîes. 

Veffie commune aux deux Sexes , 

remplie d'une eau trcs-claire & 

limpide. 
Gros VailTeaux Sanguins. 
Les Reins. 



I G a R X 



ÎV, 



Elle repréfente une Grenouille Mâl«. 
A Le Lariux. 

B Petite ouverture du Larinx par où 

fort la voix» 
C Les Poumons, 
D Le Cœur. 
E La Véficule du Fiel. 
F Le Conduit Pancréatique. 
G L'Efloniach. 
H Les Inteflins GrelTes, 
I Le Foie. 
K Le Péritoine. 
L VelTies Aqueufes. 
M Les Véficules féminaîes d'où for- 

tent les Embrions & où ils fe 

tiennent attachés. 



I » o K. M 



V, 



A 
B 
C 
D 



Le Coeur. 
Les Poumons. 
Les Veines. 

Les Corps GraifTeux , la Vcficul* 
aqueufe. 



z G u R s 



VL 



File repréfente l'Anaftomofe des Elle repréfente une Femelle ouverte 
Veines & des Ancres dans le Foetus de aptes la ponte des Oeufs. 



svK LA Physique 

A L'Eflomacîi renverfé. 

B Coupe de l'Eftomacli qui tient aux 

Inteflîns. 
C Lés Inteftins. 
D La Veffie. 
E La Touffe des Oeufs Se le Corps 

Graiffeux. 
H Les Vaiffeaux Spermatrques, ou 

ceux qui fervent à l'accroifîe- 

ment de la glaire des Oeufs. 



OBSERVATION XXL 

Sur la Multiplication Naturelle des Vers 
à foye , & projet d'en élever 6' d'en tirer 
les Cocons fans aucun foin. 

MON but eft rutilité publique» 
Dans cette vûë , je n'épargne 
rien pour fervir la Patrie. H eft vrai 
que d'une autre part , le Public ne 
m'oublie point & qu'il me rend de fré- 
quentes vifites dans lefquelles il me laif- 
fe toujours des marques de ion eftime. 
Les Vers à foye font l'objet de cette 
Obfervation.Je lifois dans des Auteurs, 
anciens & nouveaux ^ l'Hiftoire de ces 
Infeâes , & j'obfèrvois avec douleur 
les foins & la peine que prennent les 
Hommes pour aider à la Nature, fur- 
tout dans nos climats. De forte que les 
Chambres j les Maifons & fouvent les 
Villages entiers font occupés par les 
Vers à foye, &en même temsles Hom- 
mes , les Femmes & les Enfans aban- 
donnent la Culture des Terres & toute 
autre occupation plus utile à la vie ^ 
pour fe livrer entièrement au fervice de 
ces Animaux: qui fçavent à merveille 
fe palTerde nous dans des Provinces de 
la Chine Se dans les Indes ; Pays auquel 
les Payfans foignent leurs Terres, pen- 
dant que les Vers parcourent les Mû- 
liers Si. fabriqiiem leurs Cocons. 



ET SUR LA Peinture. 2j 

Si j'étois en Provence, où le Climat 
eft plus fec , je ne douterois nullement 
de la réulTite de mon projet ; mais à 
Paris il (êra plus difficile de réuffir. 

Voici les ElTais que j'ai faits qui fer- 
viront de Plan à ceux qui voudront 
faire les mêmes tentatives. 

J'ai eu deux jeunes Mûriers dans- 
des Cailles que j'ai mis à une Fenêtre 
expofée au Soleil du Levant dans la 
Maifon que j'occupe à Paris , & j'ai; 
collé fur les Branches de ces Mûriers 
des morceaux de Papier fur lefquels 
étoient attachés des Oeufs de Vers s 
foye. J'avois foin d'arrofer mes Mû- 
riers^ mais je n'ai pris aucun foin des 
Oeufs ni des Vers qui s'y font produits. 
Voici le Journal des Obfervations que 
i'ai faites. 

Je commençai mon Opération vers 
le commencement de Juin , la Pluie 
qu'il fit pendant quelques jours i-^f^n' 
dommogea aucunement les Oeufs, ils 
conferverent leur couleur aflez long- 
tems , 8c les journées de beau Soleil 
qu'il fit enfuite leur furent extrêmement 
favorables. J'apperçus que les Oeufs 
fe gonfloient au Soleil Se devenoient 
prefque ronds , Se qu'au contraire pen- 
dant la pluie ils diminuoient Se fe ré- 
trecifibient de façon , qu'ils laiffoient 
une efpéce de Folle à leur Centre» 

J'avois pofé environ un millier 
d'Oeufs fur les deux petits Mûriers; 
mais avant qu'ils fuffent éclos il en pé- 
rit environ cinq cens qui blanchirent 
Se où l'Embrion perdit la vie y ce que 
j'attribuai au défaut de Soleil qui a été 
allez rare cette année, & aux pluies 
allez fréquentes ^ je puis encore ajou- 
ter à cela la mauvaife fituation de mes 
Mûriers , que le Soleil n'échaulToirque 
trois ou quatre heures le matin , ce qui 
faifoit que quand cet Aftre paroiffoit 
dans Paris le foir 8t que les Nuages 



^4 Observations sur l'Histoire Naturelle^ 

l'avoîent caché le matin , je perdois ne leur faifoient aucun mal ; ils fe ga- 
rnie journée entière de Soleil, rentilToient eux - mêmes de la pluie 
Vers le i"} Juillet mes petits Vers comme je viens de dire, & toute la caufe 
fonirent de leurs Oeufs avec beaucoup de leur perte ne provenoit que de leur 



de vigueur & de force; ils ctoient (i 
éveilles & fi raifonnables que je fus 
furpris de leur adrelle & de leur induf- 
trie ; ils commencèrent à fuivre la 
Branche fur laquelle ils avoient reçu 
le jour : & de la Branche ils gagnèrent 
la queue des feuilles fur Icfquelles ils 
fe promenèrent avec avidité, fenour- 
ridant du velouté des feuilles , 8c ne 
louchant pas encore à lamalTe qui les 
compofe. 

Ce qu'il y avoit de fingulier , c'eft 
que le jour même de leur nailTance ils 
avoient la malice de fe mettre fous la 
feuille lorfqu'il pleuvoit , & s'ils ap- 
percevoient unefeuille plus commode, 
ou s'ils n'étoient pas à leur aife, ils fe 
iaifloient aller, au moyen d''un fil aiïez 
long quilesfufpendoitjufqu'à ce que le 
vent les eût poulîés fur d'autres feuilles 
où ils s'attachoient & coupoient pour 
lors le fil qui les avoii fufpendus. 

Ils ne fortirent pas tous à la fois de 
leurs Oeufs , mais chacun félon l'en- 
droit où ils étoicnt placés : ceux qui 
étoient le mieux expofis furent ceux 
qui vinrent les premiers au monde. 

Je les vis enfuite grofTir & croître , 
changer de Peau & dormir à leur ordi- 
naire , comme nous ont raconté les 
Auteurs qui ont écrit de cet Animal ; 
mais je m'apperçus avec douleur qu'il 
en tomboit continuellement à terre , 
que je perdois ne pouvant les apper- 
cevoii; fans compter ceux qui tom- 
boient par la fenêtre. De forte qu'au 
bout de quinze 'jours j'en avois perdu 
plus de la moitié de ceux qui étoient 
éclos- 

Il lit des Tonncres & des Eclairs; 
il plut fouvcnt3 mais tous ces accidens 



chute. 

Cette perte continua de façon , que 
plus ils grolTilfoient plus il en tomboit, 
en lorte que ver* le commencement 
d'Aoûts ie me trouvai réduit à vingt 
Vers fort gros , bien nourris & fort ro- 
buRes. Mais de ces vingt j'eus le mal- 
heur d'en perdre encore quinze, & il 
ne m'en refla pour toute refTource que 
cinq , qui ont fait leur Cocon d'une 
foyeextrèmement fine & belle. 

Je pris un de ces Cocons tout for- 
mé & je l'ouvris avec des CizeauxJ 
je trouvai le Ver encore dans le même 
état , mais moins gros qu'il n'étoit avant 
fa retraite. Le lendemain il referma 
fon Cocon, de forte que je ne pus l'ou- 
vrir que par une féconde incifion. 

J'ai dilTéquc enfuite les autres , & 
Tannée prochaine je continuerai mes 
Obfervations. 

Il fuit de ceci que l'on peut élever 
des Vers àfoye dans notre Climat, & 
même aux environs de Paris , fans au- 
cun foin , en mettant les Mûriers en 
expofition convenable; ce qui fcroit 
bien avantageux à la France; & fi mon 
projet réufTit, je ferai Hatté de prouver 
que les Phyficiens font bons à quelque 
chofe dans un Etat. 

Pour prévenir les accidens qu'ont 
éprouvé mes Vers à foye , il feroit à 
propos de mettre au bas de l'Arbre un 
ChalTis quarré , ou rond, foutenu par ^ 
piliers à la hauteur convenable. Ou de 
tendre une Toile fur deux ChalTis, que 
l'on joindroit au pied de l'Arbie, afm 
que les Vers à foye en tombant dclTus 
puilTent regagner l'Arbre & de -là les 
feuilles. 

Je crois auffi qu'un filet, qui enve- 

lopperoit 



SUR. LA Physique et sur la Peinture. 



par le bas & paroiiïent naturellement 
allignés comme pour le plaifir de la 
Promenade , qu'on le trouve au milieu 
d'une variété admirable d'Herbes Mé- 
decinales qtii naiiïent aux pieds des Ar- 
bres, entre les Racines & ies Pierres, 
d'où il eft très-difficile d-e l'arracher. 
, Le Gin-feng aime l'Ombre , auffi 
bien que les Plantes dont ces Bois font 
remplis. Quand les Terres font nou- 
vellement défricliées , il y en reparoît 
encore quelques Racines qu'on n'avoit 
pas arrachées en défrichant, mais il 
ne s'y en reproduit jamais d'autres, le 
ne le crois pas pour cela ennemi de la 
chaleur , car cette Racine eft chaude. 
D'ailleurs en Eté , il fait une chaleur 
encore plus forte & plus étouffante 
^ans ces Bois qu'en plein air. J'aime- 
rois mieux dire que ces Plantes , à qui 
l'Ombre eft fi favorable, étant trop agi- 
tées par l'adion immédiate du Soleil & 
d'un Air trop ouvert , y font renfer- 
mées dans la Terre comme dans un 
feiH ftérile, tandis que d'autres , à qui 
ce grand air & Tadion immédiate du 
Soleil font plus propices , fe dévelop- 
pent &: croiftent à plaifir ; ce qu'elles ne 
pourroient faire à Tabri des Forêts. J'ai 
vu moi - même cette expérience dans 
le cours d'une Année : ayant fait abat- 
tre durant l'Hyver un ou deux Arpens 
de Bois, le Primems fuivant, au lieu 
de ces Herbes améres qui y étoient , il 
n'y vint que du Chiendent , du Trè- 
fle , du Curage & d'autres Herbes fem- 
blables qui ne croiftent qu'en plein 
Champ. 

Quand j'eus découvert le Gin feng , 
il me vint dans la penfée que ce pou- 
voit être une efpcce de Mandragore. 
J'eus le plaifir de voir que je m'etois 
rencontré fur cela avec le P. Martini , 
qui , dans l'endroit que j'ai cité , &; qui 
eft rapporté par le P. Kiiker, parle en 



» 



» 



Année i-j$2fTotn, IL IF. Part, 



55 

ces termes : « Je ne fçauroîs mieux re- 
» préfenter cette Racine , qu'en difant 
>) qu'elle eft prefque femblable à no- 
ty tre Mandragore , hormis que celle- 
» là eft un peu plus petite ,quoiquelle 
foit de quelqu'une de fes efpéces : 
je ne doute point du tout qu'elle 
n'ait les mèaies qualités & une pa- 
reille vertu , puilqu'elle lui relTem- 
ble fi fort & qu'elles ont toutes deux 
» la même Figure. » 

Si le P. Martini a eu raifon de Tap- 
peller une efpéce de Mandragore à 
caufe de fa Figure , il a eu tort de 
Pappeller ainfi à caufe de fes proprié- 
tés. Nos efpéces de Mandragores font 
Narcotiques , rafraîchiflantes & ftupé- 
fiantes. Ces qualités ne conviennent 
point du tout au Gin-feng. 

La féconde efpéce de Garent-Oguen^ 
qui , félon le rapport des Sauvages, ne 
produit qu'une feule Feuille fans Ti- 
ge , fans Fleur & fans Fruit , eft une 
autre efpéce de Mandragore > je ne 
fçache pas que perfonne en ait jamais 
parlé ; elle peut faire une troifiéme ef- 
péce avec les deux Mandragores da 
Diofcorides qu'il nomme a;^ttJxo<. 

Les Sauvages fe fervent d'une autre 
Plante pour rétablir les forces perdues, 
ils la nomment Tfîoterefe - gâa , ou la 
grande longue Racine pour la diftin- 
guer de la Salfe-pareille , qu'ils nom- 
ment Çjmpïemeni Tfîoterefe ^ ou la lon- 
gue Racine. Les François la connoiftent 
fous le nom d'Anis fauvage. Les Sau- 
vages font les plus grands mangeurs 
du Monde , mais ils fçavent auftî par- 
faitement fupporter la faim : Quand 
leurs Provifions manquent, ils fe cei- 
gnent fortement le Ventre , & fati- 
guent doublement à courir, pour cher- 
cher de quoi vivre, & pourfoufirir leur 
difette ; alors quand leurs genoux chan- 
cellent, & que leurs yeux commen- 



Observations sur l'Histoire Naturelle; 



Î4 

cent à doubler les objets , ils prennent 

une poignée de la poudre de cette Ra- 
cine qu'ils délaient dans de l'eau qu'ils 
boivent , & leurs forces font fur le 
champ rétablies. Us font le même re- 
mède avec fuccès & avec la même 
préparation , pour fe guérir du coup 
de Soleil : Cette Racine efl d'ailleurs 
un des plus excellens Vulnéraires qu'on 

puiffe trouver: J'en ai apporté un peu De la Planche B. de fHifloire Naturelle 
& il n'eft perfonne qui ne juge de fa 
vertu par fon goût aromatique. Je l'ar 
vue dans l'Herbier de M. de JuflTieu A 
& dans celui de M.. Vaillant. 

II ne me relie plus qu'à fouhaiter que B 
les expériences qu'on fera en France 
du Gin-feng venu de Canada puiflent C 
répondre à celles qu'on a dcja faites 
en ce Pays-là, & fe trouver telles qu'on D 
paroit les promettre. M. de Juiïieum'a E 



fait l'honneur de me dire qu'il s'en 
Gtoit déjà fervi avec fuccès , &: qu'il 
avoit arrêté un VômifTement qui n'a- 
voit pu céder aux Remèdes ordinaires^ 



E XP L 1 C AT 1 ON 



des Plantes Gr des Fleurs^ 

La Racine & les noeuds qti'elle for- 
me tous les ans. 

La Tige nouvelle que prépare la 
Racine. 

La Tige avec fes Feuilles & £a 
Fleur. 

Le Fruit. 

Coupe de la Racine^ 



PHYSIQUE. 

OBSERVATION IV. 

Paralelle ' de la Philofophie Ancienne &* Moderne. 




E S Phyficiens font de trois 
^4 efpéces ; les uns font des Ex- 
périences^ les autres les ex- 
pliquent , Si d'autres établif- 
fent les Syflêmes avec lefquels ont dc- 
fmit tous les Phénomènes. Il efl aifé 
de faire des Expériences & d'avoir un 
Cabinet garni de toutes fortes d'Inftru- 
mens ; mais il efl difficile de définir les 
caufes de chaque Météores. 



Dans les Collèges & dans les Cours 
particufiers de Phyfique, on s'attache 
à répéter les Phénomènes qu'ont dé- 
couvert M. Mariottej M. Polmiere^ M. 
Mujjenhroek , M. Mbbé Nollet & M. 
Franklin : lefquels ont fort illuflré la 
Phyfique expérimentale. M. Marchand^ 
M. Pagny > NL de Lor & plufieurs autres 
fuivent les Expériences de ces Phyfi- 
ciens, les démontrent au Public &s'en 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



acquittent à merveille. 

Ceux qui expliquent ces Expérien- 
ces fans les pratiquer, font d'autres 
Philofophes, que tout le Monde con- 
noît 8c dont le nombre efl trop confi- 
dérable pour entreprendre de les nom- 
mer ici: & enfin ceux qui ont établi les 



5r 



Opinions font efledivement neuves 
& que perlonne n'y peut rien reven- 
diquer. 

Le fond de mon Syflême ne tient à 
celui de qui que ce foit. Il efl diffé- 
rent de ceux de Thaïes , de Pithagore , 
de Democriîe , de Platon , â'EpicureSc de 



Caufesgénérales, aveclefquelleson ex- tous ceux que j'ai déjà nommés. II efl 
plique les Phénomènes & les Météores, ^ •/-,., ... 

font connus fous les noms d'Ariftote, de 
Defcartes , de GaJJendy , de Newton , de 
Leibnit^ , de Gautier ( fi l'on veut) &c 
d'autres Philofophes que je nomme- 
rois s'ils n'avoient pas confervé i'anoni- 
me dans leurs Ecrits. 

Je ne cite point Mallebranche , Ro' 
hault , &c. ce ne font que des Difci- 
ples de Defcartes ; mais je prends la 
liberté de me nommer avec ceux qui 
ont enfanté des Syflémes nouveaux , 
ou du moins reconnus pour tels. 

Cette note-ci efl nécelfaire pour tran- 
cTier toute collocution inutile & mettre 
le Public au fait en deux mots ^ & tout 
d'un coup. Elle ne choquera perfon- 
ne parce que chacun y a la place que 
la Nature lui a donnée ou qu'il a choifie 
lui-même par état. 

On ne manquera cependant pas de 
me taxer de vanité pour m'être placé 
parmi les Pères de la Philofophie Mo- 
derne. Mais où faut-il me mettre ? Efl- 
ce avec MefTieurs Pagny & Delor? Ce- 
la n'efl pas jufle; je ne fais point de 
Cours d'Expériences Phyfiques. Faut- 
il que je fois de la Clallé de M. Poli- 
niere & de M. Franklin? Je n'ai point 
de Cabinets publics ornés d'Inllru- 
mens de Phytique , les plus curieux & 
les plus intérelTans : je n'adopte pas 
non plus les Syllêmes des autres. Enfin, 
Bon ou mauvajs Phyficien., il faut bien 
que je me place avec les Inventeurs 
de nouveaux Syflémes , puifque mes 



donc raifonnable de prendre féance oi 
Je droit naturel me pofe. 

Aujourd'hui il n'efl pas encore quef- 
tron de me combattre; il fuffit, félon 
quelques-uns , de me confondre avec 
la Foule, afin d'éclipfer toutes mes Dé- 
couvertes : c'efl ce que je veux éviter 
& je ne trouve pas de remède plus pro- 
pre pour détourner cette injuflice que 
de faire ici un Tableau abrégé de toute 
la Philofophie , & de prouver que les 
Parties ignées de mon Syflême ne font 
pas celles dont entendent parler les 
Difciples de Defcartes & de Newton. 

Quoique la plupart des LeAeurs fça- 
chent d'avance en quoi CGofifte l'an- 
cienne Philofophie, ils ne feront pas 
fâchés de voir ici le Paralelle des Opi- 
nions les plus renommées des premiers 
Philofophes, avec celles des Moder- 
nes ; fur lefquelles on a bâti les fonde- 
mens de toute la Phyfique. Nous ex- 
pliquerons enfuite la Matière Eleâri- 
que , félon nos idées , dans rObferva- 
tion fuivante. 

Les Syflémes de Philofophie ne font 
pas des Poèmes: les Philofophes n'ont 
pas befoin de dire comme les Poètes , 
Mufa mihi caufas memora , quoiqu'en 
dife un Auteur anonime *. Les Poètes 
racontent des Fables qui ne s'accorde- 
ront jamais avec la raifon ,• mais les" 
Philofophes cherchent la vérité Se for- 
ment des conjeétui.es pour la connoî- 
tre & la développer. Ils travaillent à 
expliquer les merveilles de la Nature 



Dans le Mercure de Septembre 1751 , page 61, 



■4l5 Observations sur l'Hist'oim Natorblle, 

& à corriger les Moeurs , & les Poètes „ Sa chaleur le pénétre & fa clarté rinoiùTe^ 
quelquefois cherchent à les corrom- 

L'on ne doutera plus par Pexpofi- 
tion de ce qui fuit, du projet qu'ont 
formé mes adverfaires de confondre 
mon Syftême, &on fera perfuadé , piè- 
ces en main , des contradiftions qui 
fe trouvent dans leurs propres fenti- 
mens. 



Mercure de France Septembre i 7 5" a , 
page 63^ 

« Rien n'eft plus merveilleux ( dit 
l'Auteur Anonime que nous venons 
de citer ) « que l'aAion du feu , Prin- 
M cipe Phyfique de tous les Phénomè- 
i> nés de la Nature. » 

Ell-ce un Cartéfien qui parle ou un 
Newionien ? Quel e(l le Syflême que 
fuit cet Auteur , de dire que l'a£lion du 
Feu ejî k Principe Phyfique de tous les Plié- 
nomènes delà Nature. 

Defcartes n'admet pour Principe 
aaif que Us Tourbillons de la Matière en 

général. 

Newton ne connoît que V AttraEHon^ 
la Gravitation , la Force Centripète , la 
Force Centrifuge , & la Propenfion quel- 

Je croirois volontiers- que c'eft un 
Seftateur de mon Syftêrae , puilque 
toute mon Hypothcfe n'efl fondée que 
fur VASion du feu . fur les Impulfions du 
Soleil, & en un mot, fur les Parties 
ignées : non , je m.e trompe , c'etl un 
Ne\Btonien qui fe fert de mes Décou- 
vertes. 1/lmpulfion rapide du Soleil qui 
entraîne les Globes errans , appartient 
préfentement au grand Ne^vton. 

• » Oui , mon cher B. . . ( itit l'Anonime ) il * 
» eft l'ame du Monde , 



M Effets d'une mcme adion , 
*>L'un maintient les reflbrts de la Machin» 

•s ronde, 
» Et l'autre tend fans cefle à leur deftruftionj. 
=• Sa plus belle produdion 
M Eft cette lumière Éthérée, 
»» Dont Newton le premier d'une main iof^ 

» pirée, 
30 Sépara les Couleurs par la réfraib'on ; 
» Il y voit aujourd'hui du haut de l'Empirée 

»x La caufe de l'attraftion. 
• Les Rayon* convergens de ce brillant fluide 
«Vert mille & mille points de ce vafte Uni- 

» very , . 

** Balancent tous les Cofps fur leurs centrée 

M divers 
» D'un imique Soleil ïimpuîjîon rapide 
» Les diiîjerferoit tous dans un immenfe vuide» 
» Dieu compafla d'abord leurs grandeurs & 

« leurs rangs , 
» Il élance le Feu du centre à la furface , 
» Allume les Soleils : de lumineux Torrens 
» Aujfi-tât rempiijfenc l'efpace 
» Entraînent les Globes errans. 
» Tout fe meut, ^ félon les degrés diférens 
« De la dijlance 0* de la majje , 
" Tout s'approche , ou s'éloigne , ou conftrveft- 
9 place , 

» Par l'effort des Feux confpiraïUi 

Je crois qu'il n'en faut pas davan- 
tage pour faire voir qu'on veut attri- 
buer mes Découvertes à Newton.. 

Journd de Trevouv, Mai 17J2 ,p. fjo. 

On vient d'obferver que les NeNTto- 
toniens fe fervent du Sentiment des 
autres Philofophes , on verra dans 
l'inflant qu'ils fe dépouillent eux-inèr 
mes de leurs Dogmes. 



euii LA Physique 

Jufqu'auiourcl'hui , les Seftateurs de 
Kewton ont regardé l'Attraâion & la 
Gravitation comme Principe du mou- 
vement , préfentement ils difent , que 
« la Pefanuur , la Gravitation Cr fAt- 
» traâion ^ font des termes dont on fe fert 
» non pour expliquer la caufe ^ mais pour 
» montrer ee qu'on obferve dans les Phéno^- 
39 mènes mîmes. » 

Les Newtoniens commencent donc 
à fe dépouiller de la caufe principale 
de leur Syflcme , & fe contentent de 
donner le rriêrae nom aux Phénomè- 
nes , qu'ils appliquoient à la caufe , ce 
qui me paroîl bien fingulier! Et de- 
puis quand parle- 1- on ainfi ? Eft-ce 
depuis que j'ai démontré qu'il ctoit 
aullî ridicule d'admettre l'Aiiradion 
comme Principe adif du Monde, que 
d'adopter Iss facultés oceukes des Fe 
ripatèticiens. Ils veulent coiilTdérer les 
Phénomcnes fans caufe: & pour ap- 
puyer leur changement d'une efpéce 
d'autorité Phyfique , ils difent à la fuite 
de ce qiie nous venons de voir : « Il 
n ferait doncabfurde de dire que parce qu'on 
» ne connoit pas le Père de celui - ci ( que 
» nom appellerons , par exemple ^ Jean ) il 
» s'^enfuit que Jean n'ejî pas Père de Pierre, 
» Grand Père de Guillaume , (y Bif^yeul 
3i de Nicolas. » Il auroit fallu donc ajou- 
ter ici : Jean danfe mieux que Pierre , 
Pierre danfe mieux que Jean, pour 
prouver que le Syllême d'un tel Plii- 
lofophe vaut mieux en certain point 
que c;elui d'un autre. 

De pareilles fimplicités déshonorent 
la Philofophie : Il faudroit enfouir ces 
ridicule; comparaifons dans l'abîme 
des ténèbres, au lieu de les rélever 
dans l'Extrait d'un grand Ouvrage qui 



if SITU LA Peikturb; 37 

pouvait fournir vingt Extraits curieux 6* 
interreffans. 

Journal des Sçavans Décembre 175 1 , 
page iy4r. 

D'autres Ne\rtoniens paroinTcnt en 
même tems fur l'horifon & font indi- 
gnés delà foiblefle de ceux-ci, ils ren- 
chériflent fur i'Hypothèfe fans copier 
perfonne fans céder la moindre partie 
de leurs droits , augmentent au con- 
traire l'étendue & la force de leur pro- 
pre Syllcme. Non feulement ils veu- 
lent que l'Attraâion conferve le Mon- 
de &c tous fes mouvemens dans l'état 
que nous le voyons 5 mais ils créent l'U- 
nivers avec cette force majeure. 

Un New^tonien Anonime Compo- 
fiteur d'un Syllême matériel * prétend 
non feulement reconnourzi'AttraBïon ( ain- 
fi que Newton ) comme une propriété 
confiante de la Matière . qui conferve l'or- 
dre &■ l'arrangement dans ce vajle Univers.- 
il cherche Ji cette AttraSlion ne ferait poé 
la caufe produSlrice de la formation des 
Corps . comme ellt l'efl de leur confer- 
vation, 

C'efl: ici le comble de la contradic- 
tion dans une même Ecole; le pre- 
mier met de l'alliage dans la Gompo- 
fuion Philofophique de Novton. Le 
fécond , nie l'Attradion comme caufe 
effentielle , & le dernier la donne 
connue l'unique Agent de la Créa- 
tion. 

Ce qui caufe cette varie'té de Senti- 
ment dans la même Sede , ceft la. foi- 
blelTe de leur Dodrine. 

Voyons préfentement le Paralelle 
des Syftêmes que je me fuis propofc- 
de donner ici. 



* Extrait de l'Origine de cet Univers, expliqué par ua Principe de la Matière à Berli^i 



58 



Observations StJR'i'KiStoiRE Natdrellé, 



PHILOSOPHIE D E THALÉS , 
Auteur de la Seâle Ionique. 

Thaïes le plus ancien des Pliilofo- 
plies connus , croyoit que le Monde 
avoit été difpofé de la manière que 
nous le voyons par une intelligence 
qui n'avoit point eu de commence- 
ment & qui n'auroit jamais de tin: il 
eft le premier des Grecs qui ait enfei- 
gné que les Ames étoient immortel- 
les.' 

Il difoit que la chofc du Monde la 
plus grande étoit le Lieu , parce qu'il lefquelles la Lune paroit 



&i les contraignoit à fe déborder dans 
la Campagne. 

Thaïes a prédit le premier les Eclip- 
fesdu Soleil & de la Lune, & il a fait 
des Obfervations fur les mouvemens 
de ces deux Allre?. Il croyoit que le 
Soleil étoit im Corps lumineux de lui- 
même , dont la malîe étoit i lo fois plus 
grolle que celle de la Lune. Que la Lu- 
ne étoit un Corps opaque , qui n'étoit 
capable de reHcchir la Lumière du So- 
leil que par une feule moitié de fa fur- 
face , &. fur cette fuppofition , il reii- 
doit raifon des diflerentes Phafes fous 



(l'ert lui qui a recherché le premier 
l'Origine des Vents , la Matière des 
Foudres , la caufe des Eclairs & du 
Tonnerre. 

Perfonne avaiy lui n'avoit connu la 
manière de mefurer les Hauteurs des 
Tours & des Piramides par leur ombre 
Méridionale , lorfque le Soleil eft dans 
l'Equinoxe. 

PHILOSOPHIE DE PITHAGORE 
Auteur ie la SeBe Italique. 

Pithagore croyoit que le premier 
Principe de toutes chofes étoit Vanité, * 
que de-là venoient les nombres , des 
nombres les points , des points les 
branle ^ qui étoit la caufe de fou mou- lignes , des lignes les fuperlicies , des 
vement. fuperficies les folides, & des folides 

Les effets merveilleux de l'Aiman les quatre Elemens, le Feu , l'Air, l'Eau 
& de l'Ambre , & la Sympathie entre & la Terre , dont tout le Monde étoit 
les chofes de même Nature , lui ont compofé ; 8c que ces Elemens fe chan- 
fait croire qu'il n'y avoit rien dans le geoient perpétuellement les uns dans 
MonJe qui ne fût animé. Il croyoit les autres ; mais que rien jamais ne pé- 



renfermoit tous les Ellres 

Il croyoit que l'eau étoit le premier 
Principe de toutes chofes ; que la Ter- 
re n'étoit qu'une Eau condenfée ; l'Air 
une Eau raréfiée ; que toutes chofes fe 
changeoient perpétuellement les unes 
dans les autres; mais qu'en dernier 
ireu tout fe refolvoit en Eau ; que l'U- 
nivers étoit animé Se rempli d'Eftres 
invifibles qui voltigeoient fans celVe de 
côté & d'autre. Que la Terre étoit au 
milieu du Monde ; qu'elle fe mouvoir 
au tour de fon propre Centre , qui 
étoit le même que celui de l'Univers , 
& que les Eaux de la Mer, furquoi elle 
étoit pofée , lui donnoient un certain 



que la caufe de l'inondation du Nil 
venoit de ce que les Vents Ethejîens , 
qui fùulHoient du Septentrion au Mi- 
di , retardoient les Eaux du Fleuve qui 
coulent du Midi vers le Septentrion , 



rilfoit dans l'Univers^ Se que tout ce qui 
arrivoit n'étoit que des changemens. ' 
Il difoit que la Terre étoit ronde 
Se placée au milieu du Monde , qu'elle 
étoit habitée en tous fens , & pat con- 



?. C'eô peut-être de cette idée que Leibniti a compofé Ces Monadett 



Su^ LA Physique 

féquent qu'il y avoit des Antipodes , 
où les homines marchoient les pieds 
oppofés aux nôtres. Que l'Air qui en- 
vironnoit la Terre étoit greffier & 
prefque immobile , & que c'étoit pour 
cela que tous les Animaux qui i'habi- 
toient étoient mortels &: fujets à cor- 
ruption ; qu'au contraire l'Air du haut 
des Cieux étoit très-fubtil Se dans une 
agitatiofl perpétuelle ; ce qui faifoit 
que tous les Animaux qui le remplif- 
foient étoient immortels , & par con- 
féquent divins ; & qu'ainfi le Soleil , 
la Lune & tous les autres Allres étoient 
des Dieux , parce qu'ils étoient placés 
au milieu de cet Air fubtil & de cette 
chaleur aâive qui ell le principe de la 
.Vie. 

PHILOSOPHIE DE DÈMOCRTTE 

Auteur de la. SeEle des Atomijles^ 

Démocrite croyoic que les premiers 
principes de toutes chofes , étoient les 
Atomes & le Vuide. 

Que rien ne fe faifoit de rien , & 
qu'aucune autre chofe ne pouvoit ja- 
mais être réduite à rien. 

Que les Atomes n'étoient fujets ni à 
la corruption ni à aucun autre change- 
ment , à caufe que leur dureté invinci- 
cibleles mettoit à couvert de toutes 
fortes d'altérations. 

Il prétendoit que du concours de ces 
Atomes , il s'étoit formé une infinité 
de MonJes , * dont chacun périiïbit 
au bout d'un certain tems ; mais que 
de ces débris il s'en compofoit un 
autre. 

Que l'Ame de l'Homme ^ qu'il 
croyoit être la même chofe que i'ef- 

* VhntewàeV Origine de cet Univers, ex- 
pliqué par un Principe delà Matière, a tiré 
(on idée de celle-ci. 

î * Les Matérialiftes tirent leurs opinions 



ET SUR LA Peinture. 5^ 

prit, étoit aulTi compofée du concours 
de ces Atomes ^ ** de même que le 
Soleil, la Lune & tous les autres Af- 
tres. Que ces Atomes avoîent un mou- 
vement tournoyant, qui étoit la caufe 
de la Génération de tous les Ellres; & 
commece mouvement tournoyant étoit 
toujours uniforme, c'étoit le fujet pour 
lequel Démocrite admettoit le Dallin, 
& qu'il croyoit que toutes chofes fe 
faifoient par néceflué. 

II croyoit que l'Ame étoit répandue 
dans toutes les Parties du Corps, & 
que le fujet pour lequel nous avions 
du fentiment dans toutes ces Parties : 
c'étoit parce que chaque Atome de 
l'Ame répondoit à chaque Atome du 
Corps. 

Démocrite croyoit que les Aflres fe 
mouvoient dans des efpaces entière- 
ment libres, & qu'il n'y avoit point 
par conféquent de Sphères folides , auf- 
quelles ils fulîent attachés ; qu'ils n'a- 
voient qu'un feul & fimple mouvement 
vers l'Occident; qu'ils étoient tous em- 
portés par la rapidité d'un Tourbillon 
de Matière fluide , *** dont la Terre 
étoit le Centre , & que chaque Aftre 
fe mouvoit d'autant plus doucement 
qu'il étoit plus proche de la Terre, à 
caufe que la violence du mouvement 
de la circonférence s'alîoibliiroit peu à 
peu en tirant vers le Centre. Qu'ainfi. 
ceux-là paroilToient fe mouvoir vers- 
l'Orient j lefquels fe meuvent plus len- 
tement vers rOccident3& que comme 
lesEtoiles fixes, fe meuvent plus rapide- 
ment que tous les autres Albes , elles 
achèvent leur circuit en j^ heures -; 
le Soleil qui fe meut plus lentement 
ne l'achevé qu'en ^4 heures & quel- 

de cette penfée. 

* * * Defcartes a compofé Ces Tourlillons & 
fa. Matière Etherée , de cet endroit de la Philo- 
fophie de Démocrite. 



4© Observations sOr l'Hi 

qiies minutes : & la Lime qui fe meut 
plus lentement que tous les atures Af- 
tres, ne l'achevé qu'en près de 2^ 
■fleures ; de forte qu'elle ne fe meut pas, 
difoit-il , de foii propre mouvement 
vers les Etoiles plus Orientales ; mais 
«lie eft laillée par les Etoiles plus Oc- 
cidentales qui la viennent rejoindre 
irente jours après« 

PHILOSOPHIE DE PLATON. 
eu Principes Phyfiques des Platoniciens. 

Platon (félon que rapporte Plutar- 
aii i.liv. des Opinions des Philofo- 
pliescK. 3. ) adraettoit trois Principes 
Dieu , ia Matière 8c Vidée: Dieu , com- 
•me l'intelligence univerfelle : la Ma- 
tière, comme le premier fuppôt de la 
Génération & de la Corruption : l'Idée, 
comme une fubftance incorporelle Se 
ïéfidente dansTeniendement de Dieu, 
îl reconnoilîoit à la vérité que le Mon- 
de étoit l'Ouvrage d'un Dieu Créateur; 
mais il n'entendoit pas par le nom de 
Création une Création proprement di- 
te: car il fuppofoit que Dieu n'avoit 
fait que former Se bâtir, pour ainfi di- 
re , le Monde d'une Matière prcexif- 
tante, & qui étoit de toute Eternité : 
de forte que ce Dieu Créateur, n'cft 
félon lui , à ('égard du Monde qu'il a 
créé en débrouillant le cahoi ^ & en 
donnant une forme à une Matière bru- 
te , que ce que font un Architede Se 
des Maçons , qui en taillant & en ar- 
rangeant dans un certain ordre des 
pierres brutes , en forment une Mîi- 
fon. 

Platon enfeignoît aufii la Mctempfi- 
cofe qu'il avoit prife de Pithagore , 
& enfuitç tournée à fa manière. 



sTOiRE Naturelle, 

PHILOSOPHIE D'ARISTOTE , 
Auteur de la SeSle des Péripateticiens. 

Selon Ariftote , il y a trois Princi- 
pes des chofes naturelles ; la Prbationf 
ia Matière Se la Forme. 

Il ne confidcre pas la Privation com- 
me un Principe de la compofition des 
Corps y mats comme un Principe exter- 
ne de leur produdion , en tant que la 
produâionefl: un changement , par le- 
quel la Matière pafle de l'état qu'elle 
n'avoit pas à celui qu'elle acquiert , 
comme , par exemple , des planches 
qui palTent de l'état de n'être point 
Table à celui d'être Table. 

Ariftote donne deux définitions 
différentes de la Matière ^ en voici 
une qui efl; négative^ La Matière 
première^ dit-iL ell ce qui n'ell ni 
fubUance , ni étendue ^ ni qualité , ni 
aucune autre efpéce d'Elire ; ainlî , 
félon lui la Matière du Bois , par exem- 
ple, n'eft ni (on étendue, ni fa figure, 
ni fa couleur , ni fa folidité , ni la pé- 
fanteur, ni fa dureté , ni fa fécherelfe, 
ni fon liumidité , ni fon odeur , ni en- 
fin aucuns des autres accidens qui fe 
trouvent dans le Bois. 

L'autre définition ell affirmative, & 
ne contente pas plus que la première. 
Il dit que la Matière eCl le fujet dont 
une chofe efl compofèe^ & en quoi 
elle fe refoud en dernier lieu. Il refte 
toujours à fçavoir quel ell ce premier 
fujet dont les Ouvrages de la Nature 
font compofés. 

Le même PhHofophe enfeigne que 
pour former un Corps naturel, il faut, 
outre la Matière première un autre 
Principe qu'il appelle la forme. Quel- 
ques-uns croyent qu'il n'entend riea 
autre chofe que la difpofition des Par- 
ties} d'antres foutiennent qu'il entend 
une entité fubJJantielle , réellement dif- 



SUR. LA Physique et sur la Peinture. 



fopperoit le Mûrier , empêcheroit les 
Oifeaux de détruire ces Animaux , fup- 



= ? 



naturelle , on croit faire un feconà 
préfent au Public en la donnant avec 



pofé 4u'il s'en trouvât quel<jues-uns toutes fes couleurs & la Defcription 
aufquek cet Infeâe pourroit fervir de qu'en fait le P. Lafitau , ce qui m'eft 
nourriture. C'eit ce que je ne fçais pas d'autant plus facile^ que j'en ai defTiné 
encore- 

De forte qu'avec la dépenfe d'un 
filet , qui (erviroit plufieurs An- 
nées , & d'une Toile tendue au bas du 
Mûrier, on pourroit élever des Vers à 
foyeenrafeCampagne fur des Mûriers, 
fans aucun foin , & recueillir des foyes 
plus belles & plus fines, par l'égalité 
de nourriture : qui ne fe fait ordinaire- 
ment que par un mélange de différentes 
feuilles.On pourroit encore mieux réuf- 
fir en Provence. 

Je prie ceux qui feront les préfentes 
expériences de me donner avis de leur 
fuccès^ ou des obrtacles qu'ils rencon- 
treront dans leurs tentatives. 



OBSERVATION XXII. 

Concernantla préckufe Plante duGin-Seng 
de Tartarie , découverte en Canada par 
le P. Jofeph - François Lafitau de la 
Compagnie de Jefus ^ MiJJionnaire des 
îroquois du Saut-Saint-Louis, 



CETTE Découverte a été pré- 
fentée en 171 8 àS. A. R. Mon- 
feigneur le Duc d'Orléans Régent du 
Royaume de France : elle fut im- 
primée alors en forme de Mémoire , 
lequel fut dilhibué par l'Auteur àMef- 
fieurs de l'Académie Royale des Scien- 
ces de Paris. 

Comme cette Plante a de grandes 
vertus , & qu'elle peut être très-utile 
à des Malades aufquels les Remèdes 
ordinaires font fouvent fuperflus, fur- 
tout à ceux qui manquent de chaleur 

Jnn^e 1752^ Tow. ILIf^, Partie, 



Se peint quelques-unes en Efpagne , 
où il s'en trouve dans des Serres parti- 
culières des Amateurs Botanifles. 

M. de Juffieu en a femé au Jardin 
Royal des Graines fraîches & bien con- 
ditionnées qu'il a voit reçues du Père 
Lafitau i mais elles n'ont pas réuffi; 
quoique notre Climat approche plus 
de celui du Canada que celui d'Efpa- 
gne : ce qui me fait croire que cette 
Plante ell comme la Fougère , qui ne 
vient qu'en certains endroits. 

Sur le rapport des Auteurs qui l'ont 
découverte., on apprend quelle ne fe 
produit qu'à l'ombre fous des Arbres 
de Haute-futaye , dans les Forêts qui 
ne font pas embarraffées de brouflailies 
& où la terre n'ell pas delfrichée : c'efl 
ce qu'il refte à expérimenter dans les 
Provinces de France ou aux environs 
de Paris , où il y a de ces fortes de Bois. 
Je ne ferais fi c'efl ainfi qu'on la fait ve- 
nir en Efpagne. 

L'Hifloire de l'Académie des Scien- 
ces de l'Année 1718 , contient une 
Obfervation fur le Gin-feng fort abré- 
gée, extraite de ce préfent Mémoire, 
où l'on cite le P. Jartoux & le P. La- 
fitau, M. Bourdelin , Auteur de cette 
Obfervation , prétend que M. Sarrafin , 
Médecin du Roi à Québec , connut 
cette Plante en Canada avant le P. La- 
fitau , & lui donna le nom (ïAralia hu- 
milisfruBu majore , 8c qu'en 1 704 , elle 
fut envoyée par ce Botanifte à M. Fa- 
gon , parmi celles qui étoientdellinées 
pour le Jardin du Roi. 

Les Angiois, félon M. Bourdelin, 
l'ont encore obfervée dans leur Colo- 
nie à Mariland au même Pays , ik dit 



D 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



que c'efl fur leur rapport , que M. Rai 
i'a donnée dans le troificnie volume de 
fon Hilloire générale des Plantes , p. 
658, Coas le nom de Plamula Marilan - 
dicafoliis infummo cauUcuh ternis, quorum 
unum quodque quinquefariam dividitur , 
circà marginesferrat'u. Le P. Regnault, 
dans fon troilléme volume des Entre- 
tiens Pfiyfiques, répète à peu près ce 
qu'on a dit dans leMémoire de TAcadc- 
mie & ne donne non plus aucune Plan- 
che. 

La Fleur de cette Plante efl faite en 
forme d'Aigrette & fort jolie; les Da- 
mes Espagnoles , quand elles en ont , 
en mettent dans leurs cheveux pour 
orner leur Coénure. On la reconnoî- 
tra aifément à la Planche colorée que 
je donne ici. 

Sans attendre le tranfport de celles 
que l'on pourroit tirer du Canada, il 
leroit aifé d'en avoir d'Efpagne^ fup- 
pofé qu'il ne s'en trouve aucune dans 
les Jardins de Botanique établis dans 
le Royawne. On pourroit faire porter 
la Plante & la terre , au lieu de la grai- 
ne : en avoir foin dans le tranfport &: 
la planter dans les endroits qui lui font 
propres. 11 ne fufifit pas de connoître 
îes Plantes utiles & de les avoir dans 
des Serres ; il faut travailler à les cul- 
tiver & à les rendre communes pour 
i'ufage Public. 

■ -Defcription du Gin-feng. 

La nécelTité a rendu les Sauvages 
Médecins Ik Herborilles, dit le Père 
Lafitau , ils recherchent les Plantes 
avec curiofitc , & les éprouvent toutes; 
de forte que , fans le fecours d'une Phy- 
fique bien raifonnce, ils ont trouvé par 
un long ufage , qui leur tient lieu de 
Science^ bien des Remèdes nécedaires 



iiccaux , chacun a les fiens en particu- 
lier dont il eft fort jaloux. En effet riea 
n'efl plus capable de les accréditer par- 
mi eux que la qualité de bons Méde- 
cins. II faut avouer qu'ils ont des fé- 
crets admirables pour des Maladies, 
dont notre Médecine ne guérit point. 
Ils les traitent à la vérité un peu rude- 
ment , & dofent leurs Purgatifs & leurs 
Vomitifs comme pour des Chevaux ; 
mais ils excellent dans la guérifon de 
toutes fortes de Playes & de Fradures, 
qu'ils traitent avec une patience extrê- 
me ^ & avec une délicatefle d'autant 
plus mevveilleufe, que jamais ils n'y 
employent le fer. Ils gnérilTent leurs 
Maladies en peu de lems ; par la pro- 
preté qu'ils entretiennent dans une 
Playe , elle paroit toujours fraîche & 
les Remèdes qu'ils y appliquent font 
fin^ples , naturels & de peu d'apprêts. 
Les François dans ce Pays - là con- 
viennent que les Sauvages l'emportent 
fur nous en cette matière. J'ai vu moi- 
même des Cures furprenantes. Les Mif- 
fionnaires qui font toujours avec les 
Sauvages , qui ont toute leur confiance 
&qui parlentcommunément leurLan- 
gue, comme eux-mêmes , font prefque 
tes feuls en état de tirer d'eux des fé- 
crets dont le Public pourroit profiter. 
Cependant ils ne paroiflent pas y avoir 
penfé jufqu'à prcfent. Aurfi n'ont-ils 
pas été aufn heureux en Découverte 
que nos Miffionnaires du Pérou & du 
Bréfil. Je m'imagine qu'ils ont été dé- 
tournés par la crainte de paroître ap- 
prouver par leurs recherches les Su- 
perditions des Jongleurs ou Médecins, 
qui dans les commencemens de l'éta- 
blilîement de la Colonie étoient les. 
plus grands obftacles qu'ils trouvoient 
à la Prédication de l'Evangile. 

Les queflions que j'avois faites aux 
à leurs maux. Outre les Remèdes gé- Sauvages fiu le Gin-feng ne m'avanccr 



SUR. LA Physique 

rent pas Beaucoup. Je puis dire qu'elles 
ne me profitèrent qu'autant qu'elles me 
donnèrent lieu de faire d'autres Décou- 
vertes, que j'efpéreperfeâionner quand 
ie ferai de retour de ma Miilîon. J'ofe 
me flatter que je pourrai' donner dans 
la fuite des connoifTances au jpublic 
qui feront plaifir à ceux qui aiment 
îa Botanique ^ & dont notre Méde- 
cine pourra tirer quelque fecours. 

Ayant palTé près de trois mois à 
cîiercher le Gin-feng inutilement , le 
Iiazard me le montra quand j'y penfois 
le moins, alTez près dune Maifonque 
je faifois bâtir. Il étoit alors dans fa ma- 
turité, la couleur vermeille du fruit 
arrêta ma vue. Je ne le confidérai pas 
îong-tems fans foupçonner que ce pou- 
voit être la Plante que je chercliois. 
L'ayant arrachée avec emprefîement , 
je la portai plein de joye à une Sauva- 
geffe quej'avois employé pour la cher- 
cher de fon côté , elle la reconnut d'a- 
bord pour l'un de leurs Remèdes or- 
dinaires> dont elle me dit fur le champ 
l'ufage que les Sauvages en faifoient. 
Sur le rapport que je lui fis de l'eflime 
qu'on en faifoit à la Chine , elle fe 
guérit dès le lendemain d'une Fièvre 
intermittente qui la tourmentoit de- 
puis quelques mois. Elle n'y fit point 
d'autre préparation que de boire l'eau 
froide oùavoient trempés quelques- 
unes de ces Racines brilées entre deux 
Pierres. Elle fit depuis deux fois la 
mêmechofe & fe guérit chaque fois dès 
le même jour. 

Quelque préfomption que j'eulTe 
que cette Plante étoit le Gin-feng, je 
n'ofois pourtant rien affurer n'en ayant 
que des idées confufes. Je pris donc 
ie parti de faire une Defcriptionjexaèle 
de la Plante trouvée en Canada ; je 
l'envoyai à Québec à un Homme in- 
telligent , afin qu'il la confrontât avec 



ET SUR. LA Peinture. 27 

la Planche gravée qui repréfente le 
Grn-feng de la Chine. 

On n'eut pas plutôt reçu ma Lettre 
qu'on partit pour Montréal ^ & qu'on fe 
rendit à notre Miirionqui n'en eft qu'à 
trois lieues. La perfonne habile & moi 
parcourûmes les Bois où je luilaillaile 
plaifir de la découvrir elle - même. 
Nos Recherches ne furent pas lon- 
gues. Quand nous eûmes raniafTé divers 
pieds, nous allâmes les confronter avec 
le Livre dans une Cabane. 

A la vue feule de la Planche^les Sau- 
vages reconnurent leur Plante de Ca- 
nada, & comme nous en avions en 
main les différentes efpéces ^ nous eû- 
mes le plaifir de voir une Defcription 
fi exafte & une fi jufie proportion avec 
la Plante , qu'il n'y manquoit la moin- 
dre circonflance dont nous n'eufiîons la 
preuve devant les Yeux. 

Ma furprife fut extrême quand enten- 
dant Texpiication du mot Chinois qui 
fignifie reffemblancede VHomme, ou Cuif- 
Jes de l'Homme , je m'apperçus que. le 
mot Iroquois Garent Oguenavoit la mê- 
me fignification. En effet, Garent- 
Oguen eft un mot compofé dkOrenta , 
qui fignifie les Cuifles &: les Jambes , 
& d'Ogwen , qui veut dire deux chofes 
féparées. Faifint alors une réflexioa 
fur la bizarrerie de ce nom^ qui n'a été 
donné que fur une reiïemblance fort 
imparfaite qui ne fe trouve point dans 
plufieurs Plantes de cette cfpéce , & qui 
fe rencontre dans plufieurs autres d'ef- 
péce fortjdiflcrente . je ne pus m'em- 
pêcher de conclure que la même figni- 
fication n'avoit pu être appliquée au 
mot Chinois & au mot Iroquois, fans 
une communication d'Idées , & pac 
conféquent de Perfonnes, P^r-là \z fus 
confirmé dans l'Opinion que i'avois dé- 
jà , & qui efl fondée fiir d'autres pré- 
jugés , que l'Amérique ne faifoit qu'ua 

Dij 



»8 



Observations sur 



même Coiuiiient avcc l'Alie , à qui 
elle s'unit par la Tartarie au Nord de 
la Chine. 

Vuici préfentenT'nt la Defcrip- 
Mon de cette inorveiileiire Racine & 
les Obfcrvations que j'ai faites. La 
grande quantité qui m'en a palTé par 
les mains donnera de la créance à mon 
récit. 

Le Narct qui fait le Corps de la Ra- 
cine cfl peu ditlérent de nos Navets 
ordinaires. Quand on l'a lavé il paroît 
blanchâtre en dehors & un peu rabo- 
teux. Quand on l'a coupé en travers 
on voit un Cercle formé par la pre- 
mière écorce, qui efl affez cpailTe , & 
un Corps ligneux fort blane qui repré- 
fente un Soleil, par plufieurs lignes droi- 
tes tirées du Centre au Parenchime , 
lequel en fait la circonférence. La Ra- 
cine en fcchant jaunit un peu 3 mais le 
dedans de la Racine , coupée en long 
ou en travers , conferve toujours par- 
faitement fa blancheur. 

Le Colet de la Racine eft un tilTu 
tortueux de Noeuds, où font imprimés 
obliquement & alternativement , tan- 
tôt d'un côté, tantôt de l'autre les vef- 
tiges de différentes Tiges, & qui mar- 
quent l'âge de cette Plante , qui ne 
produit qu'une Tige par an. J'ai trou- 
vé dans plufieurs le relie des Tiges de 
deux ou trois Années précédentes au- 
deflbus de celle de l'année r on voit 
en Automne fe former celle qui doit 
pouïïer le Printems d'après. En comp- 
tant les Nœuds, j'ai vu des Racines 
qui marquoient près de cent ans. 

On voit fouvent fortir du Colet d'ef- 
pace en elpace deux ou trois de ces 
Navets fimples, aulTi-bien que quel- 
ques Fibr«s, ce qui peut être l'eflet 
d'une trop grande abondance de féve> 
qui trouvant une ilTuc par le Colet , 
forme une nouvelle Racine, ne pou- 



'HisTdiRE Naturelle, 

vaut fe répandre 8c circuler tome en- 
tière dans la Tige. 

La Tige fort du Colet environ deux 
ou trois pouces avant dans la Terre, 
La ditTiculté qu'elle trouve a la percer 
& à fe faire jour la gauchit un peu ; 
mais des qu'elle en eft (ortie , elle 
s'élève à la hauteur d'un pied. Elle 
efl ordinairement fort droite Se affer 
unie. 

Tandis qu'elle eft dans la Terre , 
la Terre la blanchit; mais des qu'elle 
arrive au grand Air , elle fe colore 
d'un beau Vert glacé d'un Rouge Ama- 
rante qui fe confond 8c fe perd aulîî- 
bien que ce Vert foncé , à méfure 
qu'elle approche du Nœud. 

Ce Nœud fe forme au fommet de 
la Tige, 8c il eft le Centre de trois ou 
quatre Branches. Ces Branches s'éten- 
dant horifontalement , 8c s'écartant 
également les unes des autres , forment 
avec leurs feuilles une efpéce de Pa- 
rafol renverfé & afTez arondi. La cou- 
leur d'Amarante & de Vert fe renou-. 
velle au Nœud, & fe dégrade infen- 
fiblement en approchant des feuilles. 

Chaque Brarrche contient cinq feuil- 
les inégales , qui partent toutes d'un 
même Centre, elles s'étendent en for- 
me d'une main ouverte. La feuille du 
milieu eft plus grande que fes deux 
voifines , & celles-ci font plus grandes 
que les deux plus baffes. 

Les feuilles de la nouvelle Plante 
font oblongues , dentelées & d'une 
fineffe extrême ; elles fe retréciftent & 
s'allongent vers la pointe. Ledeffus de 
la feuille eft d'un Vert foncé , le re- 
vers en eft plus blanchâtre , plus uni 
8c fort tranfparent. Les Fibres qui fe 
répandent fur toute la fuperficie font 
plus faillantes fur ce revers , & on y 
diftingue de petits poils blancs & droits 
qui s'élèvent de diftance en diftanc^^ 



Svx La Physique 

H faut cependant beaucoup d'atten- 
tion pour les obferver, &on ne les ap- 
perçoit bien qu'en les plaçant horilbn- 
talenient entre r(EiI& la Lumière. 

I,es couleurs de la Tige & des Bran- 
ches s'éclaircilTent à méfure que la 
Plante approche de fa maturité , le 
Vert fe change en un blanc terne, le 
Rouge n'ell plus fi foncé ,• & dans l'Au- 
tomne , les feuilles , en féchant , pren- 
nent ou la couleur ordinaire de feuilles 
mortes , ou une couleur vineufe pareil- 
le à celle des feuilles de la Vigne rem- 
pante. 

Au Centre du Nœud où fe forment 
les Branches s'élève un Pédicule d'en- 
viron cinq à fix pouces , qui paroît 
être la continuation de la première 
Tige, &qui foutient un Bouquet de 
petites Fleurs. En fon tems de très- 
beaux Fruits leur fuccédent. Ils font 
entés par leur Baze fur autant de pe- 
tits filets ou Pédicules particuliers de 
la longueur d'un pouce, & déliés à 
proportion, écartés à égale diUance les 
uns des autres en forme Sphérique. 
Ils compofent une Ombelle à peu près 
femblable par fa Figure à celle du 
Lierre , mais bien différente par la 
beauté de fon Fruit. Ces Pédicules 
font d'une couleur plus vineufe que le 
refle. 

Quand le Bouquet commence à s'é- 
panouir, on voit fe développer une 
Fleur fort petite, mais bien ouverte & 
biendillinde.ElIea cinq feuilles blan- 
châtres en forme d'étoile , comme le 
font communément les Fleurs des Plan- 
tes en Parafol ou en Ombelle. Elles 
font foutenues pat un Calice , au Cen- 
tre duquel on voit un Pillile recourbé 
en deux petits Filamens , & envi- 
ronné de cinq Etamines couvertes d'u- 
ne farine grumuleufe , extrêmement 
blanche. Ces Etamines font bientôt 



ET lùK LA Peinture; 2^ 

delîéchces , & cette poulTiére farineu- 
fe s'évapore en peu de tems. 

Le Piftile de la Fleur en s'unilTant 
au Calice devient un Fruit, & preni 
la Figure d'un Arricot, Il fe voûte par 
fon fommec , où le Calice de la Fleur 
lui fait une Couronne à cinq rayons » 
au Centre de laquelle paroit la pointe 
du Pillile; à fes extrên-iités il s'arron- 
dit en Orilion , & s'applatit par fes cô- 
tés , où il fe diftingue par des lignes 
épaifles de bas en haut , en manière de 
côtes de Melon ; mais à méfure que ce 
Fruit fe remplit ces lignes s'effacent Se 
paroiffent peu fenfibles. La Peau fe ra- 
fiiie , devient plus mince , plus déli- 
cate ^ & couvre une Pulpe ou Chaic 
fpongieufe un peu jaunâtre, d'où fort 
un Suc vineux , & qui eft à peu près 
du goût de la Racine & des Feuilles. 
Ce Fruit efl d'abord d'une couleur 
Vert-foncé , il blanchit en approchant 
de fa maturité, quand il ell mûr, if 
efl d'un beau Rouge de Carmin , & if 
noircit en féchant à méfure que laPeaa 
fe colle fur les Noyaux. Quand le Fruit, 
ell parfait ; il renferme deux Noyaux 
féparés en deux Cellules , & pofés fur 
le même plan. Ces Noyaux ont auiïi 
la Figure d'un Arricot ; ils font durs > 
diftingués en côtes de Melon comme 
le Fruit , l'Amande en ell blanche , & 
d'un goût un peu amer, ainli q^ue le 
refle de la Plante. 

Outre ce Bouquet , on remarque 
fouvent un ou deux de ces Fruits por- 
tés fur des Pédicules féparés & attachés 
au Pédicule commun , à deux pouces 
au-deiïous de L'Ombelle. Quelquefois 
il en naît plutieurs qui partent du nœu J. 
d'où forcent les Branches. J'ai vu une 
de ces Plantes qui me parut plus ex- 
traordinaire, elle avoit un fécond Bou- 
quet bien formé , qu'elle portoit fur 
un fécond Pédicule commun j^ qui s'é- 



3© Observations sur. l'Histoire Naturelle; 

ievoit à côté du premier. Racine aiifTi la vendent-ils très-clier 8c 

Il paroît donc vraifemblable que or^ en donne trois fois autant d'Argent 
tous les Auteurs , qui nous ont donne qu'elle pcfe. 



des Figures diHerentes de cette Fiante, 
ne nous les ont données que fur des 
Mémoires intidéles, trompés eux-mê- 
mes par d'autres qui l'avoientété avant 
eux. 

Tous les Auteurs qui parlent du 
Gin - feng s'accordent à lui donner de 
très -grandes vertus. 

Les Chinois 6f les Japonois rappor- 
tent diverfes propriétés de ces Racines. 
Les principales font , qu'elles forti- 
fient , qu'elles engraiffent , qu'elles font 
utiles pour les maux des Reins. Il n'efl 
prefque point de Médecines , & il n'eft 

point de Cordiaux où ils ne les falTent peurs , qu'il remédie à la refpivation 
entrer après les avoir réduites en pou- foible &c précipitée en fortifiant la Poi- 
dre. trine ; qu'il augmente les Efprits vi- 

EUe augmente les Efprits vitaux , taux & produit de la Limplie dans 
quoiqu'on n'en prenne que la douzié- le Sang ; enfin qu'il efl; bon pour les 
me partie d'une once. Quand on aug- Vertiges (Se les EblouilTemens , &c qu'il 
mente la dofe elle fert à rétablir les for- prolonge la vie aux Vieillards. Sur les 
ces perdues & à fortifier les foibles &: expériences de cette Racine , on ne 
les débiles. Elle échauffe agréablement fçauroit trop vanter une Plante aulïï 
& doucement le Corps lorfqu'on la piécieufe & aufTi fouveraine que l'efl 
fait bouillir au Bain-marie: quand elle celle-ci. 



Les plus habiles Médecins de la Chr- 
ne ont fait des volumes entiers fur les 
propriétés du Ginfeng. Ils le font en- 
trer dans prefque tous les Remèdes 
qu'ils vendent aux Grands Seigneurs , 
car il ert d'un trop arand prix pour le 
Peuple. Ils prétendent que c'efl un 
Remède fouverain pour des cpuifemens 
caufés par des travaux exceOlfs du 
Corps & de l'Efprit , qu'il difTout les 
Phlegmes ^ qu'il guérit la foiblelfedu 
Poumon Se la Pléurefie , qu'il arrête les 
VômilTemens , qu'il fortifie l'Eflomach 
& ouvre l'appétit ; qu'il dilTipe les Va- 



efl cuite elle éxale une odeur aromati- 
que: ceux qui font d'un tempéram- 
ment fort & robufle , & qui ont une 
grande chaleur naturelle , courrent rif- 
que de perdre la vie s'ils en mangent , 
oarce qu'elle augniente trop leurs ef- 
prits (Se leur chaleur. Il n en ett pas 
ainfides Malades ou des Perlonnes af- 
foiblies par une longue maladie, elle 
fait fur eux des efpéces de miracles. 
Les mourans même trouvent fouvent 
du foulagement à en ufer : par là leurs 
forces s'augmentent, è^- ib îe trouvent 
en état de prendre les Remèdes qui 
leur font nécelTiires pour Is recouvre- 
ment de leur fanté. Les Chinois ra- 
content mille autres merveilles de cette 



Je demandai d'abord à nos Sauva- 
ges quel ufage ils en faifoient. On en 
ufe, me répondirent-ils, pour purger 
les Enfans au Berceau. Ils difent qu'el- 
le n'ert pas allez forte pour purger des 
Pcrfonnesplus âgées. C'ell-là fans dou- 
te ce qu'il l'a fait appeiler par quel- 
ques-uns la Médecine des Enfans. Les 
Sauvages s'en fervent aulTi pour réveil- 
ler l'appétit , quoique le dégoût foit 
une Maladie peu ordinaire parmi eux. 
Un Huron 8c un Albenaquï , tous deux 
habiles à leur manière, me dirent qu'ils 
l'employoientpour la Diffenterie , mais 
qu'ils la méioient avec d'autres Plantes, 
c'étoit-là tout ce que je fiçavois du Gin- 
feng lorfque je l'envoyai du Canada à 



SUR LA Physique 

Paris i je m'étois cependant perfuadé 
que par Ton ufage je m'étois guéri d'un 
refle de Khumatifme dont j'étois très- 
fatigué & que je n'ai plus reffenti. Je 
m'en fuis fervi depuis pour un flux de 
Sang commencé , que j'emportai d'u- 
ne feule prife. 

■ Je n'envoyai que très - peu de 
Gin-feng à Paris , feulement pour le 
faire voir. Je ne laifTai pas d'enadref- 
fer une petite Bocte en Province aune 
Perfonne incommodée pour laquelle je 
m'intéreiïbis , elle étoit malade depuis 
dix-neuf mois. Le principe de fon mal 
étoit un dérangement d'Eftomach qui 
avoit fi fort empiré , qu'il s'y étoit jomt 
une Fièvre intermittente avec une in- 
fomnie perpétuelle & un très-grand dé- 
goût. Le Quinquina dont elle ufoii ne 
lui ôtoit ia Fièvre que pour peu de 
jours , il lui caufoit même une grande 
ardeur dans le Gofier, & i'écliaufloit 
coufidérablement. Ceux qui m'écri- 
voientà fon fujet m'en parloient com- 
me d'une perfonne de qui il n'y avoit 
plus rien à efpérer. 

Dès qu'elle eut reçu ces Racines elle 
en ufa durant fept jours de fuite. Dès 
les premiers jours elle recouvra l'appé- 
tit Si le fommeil : mais fa Fièvre aug- 
menta fi coufidérablement fur la fin , 
qu'elle en feroit morte^ dit-elle^ fi elle 
eut eu un troifiéme accès femblable 
aux deux premiers qu'elle avoit eus. 
Elle crut devoir interrompre l'ufage du 
Gin-feng. Son Médecin lui fit entendre 
que cette augmentation de Fièvre pou- 
voit venir plutôt de ce qu'elle avoit 
iifè de quelques- unes de ces Racines 
mojfics , que de la Nature même du 
Remède. Elle en reprit & guérit. II y 
a un mois , écrit-elle , que je n'ai plus 
de Ficvre , & djs tout mon mal , il ne 
me relie que de la maigreur. 

Je n'ai point fait myftére en Canada 



ET SUR LA Peinture. 31 

de ma Découverte. A prcfent tout le 
Monde y connoît le Gin-feng, fur- 
tout à Montréal, où tout cet Eté les 
5'auvages le font venu vendre au Mar- 
ché , & l'ont même vendu aflez Chè- 
rement. L'abondance qu'on en a eue 
a donné lieu à plufieurs expériences. 

Une perfonne de caraâère & de 
diflindion ; mais réduite prefque tou- 
tes les Années à rextrcmitè, par un 
Afihme, rèfolut de s'en fervir. Dès 
les premières prifes elle y reconnut un 
effet fi prompt , qu'elle avouoit qu'on 
lui ôtoit , ce lui fembloit , le mal com- 
me avec la main. 

Des Perfonnes âgées ayant fait ufa- 
ge pour des Fluxions 8c des Rhumaiif- 
me-,qui les rendoient comme impoten- 
tes depuis quelques années , en ont été 
délivrées par une efpèce de prodige. 

Cette Racine ell véritablement amie 
de l'Eriomach, en remet les Levains , 
difiipe les Humeurs froides , pituiteufes 
& fcrophuieules, fubiilife le Sang, lui 
ôte fa grolTierctè ., Si eil un fpècifique 
pour y rendre fluide la Lymphe. Elle 
ouvre les conduits des Rheins , Se pouf- 
fe au dehors les fables & les matières 
giaireufes. Elle excite fenfiblcment 
l'appétit , &: fortifie vèritabien>ent. La 
Chaleur qu'elle excite efl douce ^pro- 
portionnée à la Chaleur naturelle, & 
propre à faire une bonne Coélion , 
& par-là à remédier à prefque tous les 
maux qui font produits par le défaut 
de digeftion. 

C'eU en particulier un excellent Fé- 
brifuge : je connois trois ou quatre 
perfonnes qui ont été guéris de Fièvres 
lentes de deux ans , en très -peu de 
jours. M. Breynius dit que quand on en 
a pris y la Fièvre diminue de moment 
en moment. Cependant quelques per- 
fonnes en Canada ont éprouvé un effet 
contraire, & fait les mêmes plaintes 



Observations sur t'HistoiRE NAtuRELte ," 



3^ 

que celle à qui je l'avois envoyé en 
France. Peut-être que ces dificrences 
viennent de la variété des Tempéra- 
mens , de la dirpofitiùnoù l'on fe trou- 
ve , ou de la manière de le prendre. 
Sur quoi les épreuves qu'on en fera 
dans la fuite, achèveront de nous inf- 
truire. Pourmoi j'ai de la peine à croi- 
re que fon ufage puifle être nuilîble , 
tant fa Chaleur me paroit douce. Il me 
femble pourtant qu'il eLl meilleur pour 
îes Fièvres chroniques & lentes , que 
pour les Fièvres aiguës. Je ne voudrois 
pas non plus le donner dans l'accès de 
la Fièvre. Les perfonnes mêmes d'un 
Tempérament trop vif doivent en ufer 
avec précaution , mais on le con- 



dèclare fa force St fa vertu. On peut re- 
mettre pareille quantité d'eau fur la 
même d jle , & il ell bon même la fé- 
conde fois. Oeft ainfi qu'on en ufe pour 
le Thé. Je croirois qu'il feroit meilleur 
infulédans le Vin blanc. On en pour- 
roit faire même une eau ^ comme l'eau 
de Genièvre^ qui auroit pour le moins 
autant d'efficace , & qui auroit le mê- 
me ufaç;e. 

On peut le prendre à jeun, ou mieux 
encore après avoir mangé , car il aide 
la digeRion , 8c guérit même l'indi- 
gellion. Une perfonne digne de foi 
m'a alTuré en avoir été guérie fubite- 
ment. 

Les Chinois ne fe fervent que de la 
feille aux perfonnes âgées & languif- Racine du Gin-feng. Le Fruit n'eft 



fantes 

La manière de prendre le Gin-feng , 
félon M. Kempfer eft de le réduire en 
poudre. La dofe eft d'une Dragnie & 
demie, infufée dans quelque liqueur. 

On peut s'en fervir de cette manière 



bon à rien. Le P. Jartoux affure que 
les Feuilles , prifes en guife de Thé , 
font auflTi bonnes ou meilleures que le 
Thé même. Quelques perfonnes ont 
fumé de ces Feuilles en Canada , le 
goût & l'crdeur félon leur rapport en 



félon le Père Jartoux. On coupe la font agréables , &; leur fumée abbat les 
Racine par tranches . il en confeille aux vapeurs 



perfonnes malades la cinquième paru 
d'une once , & la dixième partie à 
ceux qui n'en prennent que pour fe 
conferver dans leur embonpoint, en- 
core ne croit -il pas qu'on doive en 
faire un ufage \ournalier. On met cette 
dofe dans un Vaiîleau de Terre bien 
bouché , fur un demi - feptier d'eau 
qu'on lailïe bouillir iufqu'à ce qu'il 
foit réduit à une bonne lalfe. On le 
prend anffi chaud qu'on peut, & on 
îe mêle avec un peu de fucre pour en 
corriger le goCit , qui paroit d'abord 
défagrèable. Ce goût confilie dans un 
feniiment de jus de Règlilîe , mais qui 
a un peirplus d'amertume. Quand on 
y eft accoutumé il fait plailir , Se on 
fenten même-tems une chaleur douce 
dans la Bouche & dans l'Eilomach, qui 



Le Gin-feng ne croît pas à la Chine, 
mais enTartarie. On l'y trouve entre le 
j9 & le 47 dégrès de Latitude Boréale, 
le lo 5cie iode Longitude ^ en comp- 
tant depuis le Méridien de Pékin. Il 
croit fur le penchant des .Montagnes 
dans d'èpailles Forêts , fur le bord des 
Ravines , autour des Rochers , au pied 
des Arbres , & au milieu de toutes lor- 
tes d'Herbes ,-mais on ne le trouve 
point dans les Plaines , & dans les 
Marécages , ni dans les lieux décou- 
verts. 

On n'en recueille pas dans toutes for- 
tes de Bois, je l'ai cherché inutilement 
dans les Forêts touffues & embarralVces 
de Broufiaillcs. Ce n'efl proprement 
que dans les Bois de Haute-Futaye , où 
les Arbres droits & hauts font dégagés 

pax 



SUR LA Physique et sCr. la Peinture; 



tinde de la Matière, & que quand on 
•Broyé du Bled , par exemple , il fur- 
vient une nouvelle forme fubilan- 
tielle, par laquelle le Bled devient Fa- 
line , &.C. 

II admet de ces fortes de formes 
fubflantielles dans tous les autres Corps 
naturels ; ainfi , par exemple , dans un 
Cheval, outre les Os, la Chair, les 
Nerfs j le Cerveau , le Sang qui en cir- 
culant dans les Veines de dans les Ar- 
tères , nourrit toutes les Parties , & 
outre les Efprits Animaux qui font les 
Principes des mouvemens , il admet 
une forme fubftantielle qu'il dit être 
l'Ame du Cheval ; il foutiejit que 
cette prétendue forme n'efl: pas tirée 
delà Matière , mais de la puillancede 
la Matière: il veut que ce foit une 
entité réellenien: diflinéle de la Ma- 
tière, dont elle n'eit ni Partie, ni mê- 
me Modification. 

Ariûote tient que tous les Corps 
TerreÛres lojit compofés de quatre 
Elemens, la Terre, l'Eau, l'Air &; le 
Feu : que la Terre & l'Eau font péfar- 
tes , en ce qu'elles tendent à s'appro- 
cher du Centre du Monde; * & qu'au 
contraire l'Air & le Feu s'en éloignent 
ïe plus qu'ils peuvent, qu'ainfi ils font 
légers. 

Outre ces quatre Elemens , il en a 
admis un cinquième dont les chofes 
Céleftes étoient comporécs , Se dont le 
mouvement étoit toujours circulaire. 

II tient que la Matière efl; divifible à 
l'infini; que l'Univers efl plein, & qu'il 
n'y a aucun vuide dans toute la Natu- 
xei ** que le Monde efl: éternel ; que le 
Soleil a toujours tourné comme il a fait, 
& qu'il tournera toujours de même 



41 



que les Générations des Hommes fe 
font toujours faites fans qu'il y ait eu 
jamais de commencement, S'il y avoit 
eîi un premier Homme , dit-il , il fe- 
roit né fans Père &: fans Mère , ce 
qui répugne. Il fait le même raifon- 
nement fur les Oifeaux : il ne fe peut 
faire , dit- il, qu'il y ait eu un premier 
(Euf qui ait donné le commencement 
aux Oifeaux j car un Oifeaù vient d'un 
(Euf; mais cet v*.uf vient d'un Oifeau, 
Si ainfi toujours de même en remon- 
tant fans qu'il y ait jamais eu aucun 
commencement. Il raifonne de mê- 
me de toutes les autres efpéces qui font 
dans l'Univers. * 

11 foutient que les Cieux font incor- 
ruptibles , & que quoique les chofes 
fublunaires fbient fujettes à fe corrom- 
pre , leurs Parties néanmoins ne pé- 
riflent pas ; qu'elles ne font que chan- 
ger de place ; que des débris d'une 
chofe il s'en fait une autre ; & qu'ainli 
la Maiïe du Monde demeure toujours 
en fon entier^ Ariflote tient que la 
Terre efl; au Centre du Monde, Si que 
le premier Elire fait mouvoir les Cieux 
au tour de la Terre par des Intelli- 
gences qui font occupées perpétuelle- 
ment à ces mouvemens. 

II prétend que tout ce qui efl cou- 
vert aujourd'hui des Eaux de la Mer, 
a été autrefois Terre ferme , & que 
tout ce qu'il y a aujourd'hui de Terre 
ferme fera enfuite couvert de ces mê- 
mes Eaux. La raifon qu'il en donne 
efl tirée de ce que les Fleuves & les 
Torrens entrament continuellement 
des Sables & des Terres , ce qui fait 
que les Rivages s'avancent peu à peu 
Si que la Mvir fe retire infcnfiblementi 



* C'eft de cet endroit que Newton tire la ** Defcartes tire fon Plein & fon Homur du 

Gravitation des Corps , & la Propenjion qud- Vuide de cet endroit ici. 
conclue. * Les Matérialiftes raiibnnent auflTi mal, 

Année \-j$2 jTom. IL IF. Partie, F, 



Observations sur" l'Histoire Naturelle^, 



42 

lîbien que le temsne manqiuuit jamais, 
ces vicilTitudcs de Terre en Mer Se 
de Mer en Terre , fc font enfin aprcs 
des liécles innombrables. Il ajoute 
qu'en phifieurs endroits qui font bien 
avant dans les Terres , & même 
fort élevés , la Mer en fe retirant 
y a (ailîé de fcs Coquilles , &: qu'en 
fouillant daps les Terres on trouve aulïï 
quelquefois des Ancics & des pièces 
■de Navire. OviJe attribue auflTi ce mê- 
me Sentiment à Pithagore. 
' Or^ Ariftct2 prétend que ces chan- 
gemens de Mer en Terre, de Terre 
en Mer , qui fe font infenfiblement & 
pendant une longue fucceffion de tenis^ 
font en partie caufe que la mémoire 
des chofes paflces s'abolit. Il ajoute 
qu'il arrive outre cela d'autres acci- 
dens , qui font caufes que les Arts mê- 
mes fe perdent. Ces accidens font , ou 
des Peftes , ou des Guerres , ou des 
Stérilités , ou des Trem.blemens de 
Terre, ou des Incendies , ou enfui des 
Défolations, qui font telles qu'elles ex- 
terminent & font périr tous les Hom- 
mes d'une Contrée ; fi ce n'eft qu'il 
s'en échappe quelques-uns qui fe fau- 
vent dans les Déferts, 011 ils mènent 
ime vie fauvage, & oîi ils donnent chaque Corps. 



On a beau méprifer la citation du 
Sentiment des Anciens; ce Sentiment 
a trop de liaifon avec celui des Mo- 
dernes pour l'enfévelir dans l'oubli : 
il faut au contraire qu'il niarche à la 
Tête pour confondre ceux qui en font 
les Plagiaires. 

PHILOSOPHIE DE DESCARTES. 

Defcartes foutient avec vérité , que 
Dieu efl l'Auteur de tout ce qui ell au 
Monde . & qu'étant la fource de toute 
vérité , il n'a point créé notre enten- 
dement de telle nature qu'il fe puifTe 
tromper au jugement qu'il fait des 
chofes dont il a une perception fort 
claire & fort dillinéle. 

Qu'il y a des Corps étendus en lon- 
gueur , largeur Se profondeur , qui ont 
diverfes Figures & fe meuvent en di- 
verfcs façons. 

Que ce n'ell pas la pcfanteur , ni la 
dureté , ni la couleur , &c. qui confli- 
tue la nature des Corps , mais Tex- 
tenfion feule. 

Que la Rarcfraflron, la Condenfa- 
lion , fe font par l'ccartemcnt ou par 
l'approche des Parties qui compofent 



nailTance à d'autres Hommes, qui par 
la fuite des tems cultivent les Terres , 
& inventent on retrouvent des Arts, 
Se que les mêmes Opinions font reve- 
nues & ont été renouvellées une infi- 
nité de fois. C'eft ainfi qu'il foutient 
que nonobflant ces viciflitudes Se ces 
révolutions , la Machine du Monde 
demeure toujours incorruptible. 

La Philofophie d'Ariftote a régné 
depuis Alexandre le Grand , jufqu'à 
Louis XIV. Defcartes rcnouvcUa la 
Philofophie & lui donna une nouvelle 
forme : il ell aux Modernes ce que 
Thaïes étoit aux Anciens. 



Que dans la Ràréfraclion , les Tn- 
tcrvalles des Parties écartées font oc- 
cupées par d'autres Corps ; Se dans la 
Condenfaiion , l'approche des Par- 
ties les expulfe de ces intervalles. 

Que la grandeur ne diffère de ce 
qui eft grand , que par nôtre penfée. 

Que l'efpace ou le lieu intérieur, 
n'ell différent auffi^qne par notre 
penfée. 

Que la fuperficie d'un Corps peut 
être prife pour fou lieu extérieur, 

Qii'il ne peut-y avoir aucun vuide. 

Que tous les Atomes font divifibks à 
V infini. 



SUR. LA Physique et 

Que retendue du Monde ei^ indé- 
jink. 

Que la Terre & les Cieux ne font 
faits que d'une même Matière, & qu'il 
ne peut y avoir plufieurs JMondes. 

Que toutes les variétés , qui font en 
la Matière , dépendent du mouvement 
des Parties. 

Que le mouvement en fa propre 
panification ne fe rapporte qu'aux 
Corps qui touchent celui qu'on dit fe 
mouvoir. 

Que Dieu cfl la première caufe du 
mouvement , & qu'il en conferve tou- 
jours une égale quantité dans l'Uni- 
vers. 

Que les forces de cliaque Corps 
conQllent en ce que chaque chofe per- 
fide autant qu'elle peut à demeurer au 
même état où eile fe trouve. 

Que la nature des Corps durs con- 
fifle en l'union des Parties , & celle 
des liquides en leur facilité à être déf- 
unies. 

Que ce qui joint les Parties des 
Corps durs , eft le repos qu'elles ont 
l'une à l'égard de l'autre ; & qu'au con- 
traire les Parties d'un fluide ont des 
mouvemens qui tendent également de 
tous côtés, que la première force fuf- 
fit pour les déterminer. 

Que la Matière du Soleil , ainfi que 
■celle de la Flâme , ell fort mobile , 
mais qu'il n'eft pas befoin pour cela 
qu'elle paffe toute entière d'un lieu à 
un autre pour fe faire fentir. 

X^ue toutes les Planettes font emportées 
autour du Soleil par le Ciel qui les con- 
xient , comme le font auffi les taches 
qui font autour du Soleil. 

Qiie la Terre eji emportée en rond au- 
tour de fon centre^ Cr la Lune autour de 
la Terre. 

Qu'un Corps petit tendre à fe mou- 
voir en plufieurs & divetfes façons^ en 



SUR LA Peinture. '45 

même tems, & qu'il tend à s'éloigner 
du centre autour duquel il fe meut. 

Que la Matière Célefte qui environ- 
ne le Soleil & les Etoiles , tend à s'é- 
loigner de tous les points de leur fu- 
pertîcie ; que cela fuflit pour expli- 
quer toutes les propriétés de la Lu- 
mière. 

Que les mouvemens des Tourbillons fi 
doivent un peu détourner poux n'être pas 
contraires les uns aux autres. 

Que la Matière du premier Ele,« 
ment^ ou la Matière Éthérée entre par 
les Pôles de chaque Tourbillon vers jon cen- 
tre j £r fort de-là par les points les plm. 
éloignés des Pôles, ■-) 

Qu'il n'en eft pas de même du fé- 
cond Elément. 

Que la Matière du premier Elé- 
ment , ou ta Matière du Feu ( que 
Defcartes prétend aulTi êtie celle du 
Soleil & des Etoiles ) qui efl: entre 
les petites boules qui compofcnt le 
CieL a deux mouvemens , Cun en ligné 
droite qui la porte des Pôles vers le Sqled j 
puis du Soleil vers l Ecliptique ^ Sr" l'au- 
tre circulaire autour des Pôles :, qu: lui efl 
commun avec 'le rejle du Gel. Qu'elle 
employé la plus grande partie de (on 
agitation à fo mouvoir en toutes les 
autres façons qui font requifes pour 
changer continuellement les' Figures de ces 
petites Parties , & rertiplir exaûement 
les recoins qu'elle trouve. .autour des 
petites boules entre lefquelles elle 
pade. 

Que la Matière du premier Elément 
contribue a l'action qui doit être prife 
pour la Lumière, & que cette action 
s'étend de tous côtés , aulTi-bien vers 
les Pôles que vers l'Ecliptique. ■ 

Que la Lumière que le Soleil en-, 
voye vers hs Pôles n'a pas tant de for- 
ce que celle qu'il envoyé vers TEclip- 

F il 



Observations sur l'Histoire Naturelle y 



44- 

Que les Parties du fécond Elément 
qui font plus proches du centre de cha- 
que Totirbiiljn, font plus petites &; 
fe meuvent plus vite que celles qui 
font quelque peu plus éloii^nées, 8c 
cela jufqu'à un certain enchoit , au-de- 
là duquel celles qui font plus hautes 
fe meuvent plus vite que celles qui 
font plus balles. 

Que les J'arties du fécond Elément 
ont divers mouvemens, qui les rendent 
rondes en tout fens. 

Que les Planettes , fit et qu'elles font em- 
portées par le Cours du Ciel , doivent con- 
tinuellement defcendre vers fin centre , juf- 
qiCà ce qu'elles foient parvenmt au lieu où 
font celles de [es Parties qui n'ont ni plus 
ni moins de force que na la Planette à perz 
fevérer dans fon mouvement. 

Que les Planettes les plus folides & 
les plus grofTes font les plus éloignées 
du Soleil , & que Mars n'eft pas plus 
éloigné du Soleil que la Terre, quoi- 
que plus petit , parce qu'il ell plus fo- 
lide. 

Que la Lune tourne autour de la Ter- 
re . parce qu'elle eft défendue dans fon 
Tourbillon ^ avant que la Terre fut def~_ 
cendué dans celui du Soleil. 

Que la Terre tourne fur fon centre , 
parce qu'elle a été autrefois Étoile fixe y 
quioccupoit le centre d'un Tourbil- 
lon particulier dans le Ciel , 8c que l.i 
moitié du premier Élément ^ qui a demeuré 
depuis à fion centre , continué de la mouvoir 
en la même façon. 

PHILOSOPHIE DE GASSENDI. 

Ce Philofophe dit que Dieu , dans 
le commencement a amant créé d'A- 
tomes, qu'il en étoit nécelTaire pour 
former le Monde : Se fans les ralTem- 
bler en des grandes 8c plus grandes 
malles, qu'il créa la maiïe de la Ma- 



tière , de façon qu'elle pût êtredifloute 
en petits Corps, 8c par conféquent 
compofée des plus petites 8c dernières 
Parties. 

11 fuppofe que les Atomes ayante 
reçu de Dieu leur grandeur & leur Fi- 
gure avec une diverfité inconcevable, 
ils ont auffi reçu la force convenable 
de fem)uvoir, de fe tourner^ de fc 
débarralTer 8c fortir en liberté , de ré- 
fléchir, choquer, repouffer ^ retour- 
ner , de fe prendre les uns les au- 
tres , s'embarralîer , fe retenir , s'accro-, 
cher , 8cc. autant qu'il a prévu être né- 
ceffaire pour toutes les fins 8c tous les 
effets aul'quels dès lors il les deflir 
noit. 

Que lorfque Dieu au commence- 
ment, commanda à la Terre &: à l'Eau 
de frudilier & de produire les Plantes 
& les Animaux , il fit comme une Pé- 
pinière ou un Amas de Semences de tou~ 
tes les chofies qui pouvoient être engendrées , 
c'efi-à-dire, qu'il chutllt les Atomes 
dont il fit les Semences de toutes chor 
fes j pour fervir enfuite à la Généra- 
tion ik à la Propagation des com- 
potes. 

Que ces Semences furent répandues 
dans toutes les Régions propres à la 
Génération , non pas également ou les 
mêmes par tout , mais félon qu'il fe 
trouvé être convenable à chaque heu. 

Que les Semences pouvoient fie réfioudre 
en leurs Atomes ^ les Atomes pouvoient 
aujji en fi rencontrant les uns les autres , 
fe joindre^ fie rajjembler ^ enfiorte qu'il s'en 
formât des Semences. 

Il fuppofe enfin ^ que cette difpo- 
fjtion a commencé cette fuite de Gé- J 
nirations ou de corruptions , qui pet- 
fcverent encore jufqu'à préfent , 8c per- 
févérera de même, (elon les ordres de 
la Providence: Le même Amas d'Atô-. 
mes demeurant inépuifable , 8c four^ 



SUR Va Physique 

•hîiïant toujours la Matière dont fe for- 
ment les Corps , Si le mouvement par 
ie moyen defquels ils font formés. 

' PHILOSOPHIE DE NEITTON. 

II me fenible très, probable, dit M. 
Newton, qu'au commencement Dieu 
forma la Matière en particules (olides 
& malTives , dures , impénétrables , 
mobiles , de telles grandeurs & Figu- 
res , avec telles autres propriétés , en 
tel nombre, en telle quantité, en telle 
proportion à l'efpace , qui convenoit le 
mieux, à la fin pour laquelle il les for- 
moit , & que par cela même que ces 
particules primitives (ontfoHdes, elles 
font incomparablement plus dures , 
qu'aucun des Corps poreux qui en font 
compofcs , & fi dures qu'elles ne s'u- 
fent ni ne fe rompent jamais; rien n'é- 
tant capible, félon le cours ordinaire 
de la Nature, de divifer en plufieurs 
Parties ce qui a été fait originairement 
un, parladifpofition de Dieu. 

Tandis que ces particules conti- 
nuent dans leur entier , elles peuvent 
conftituer dans tous les fiécles des 
Corps d'une même Nature & Con- 
texture ; mais fî elles venoient à s'u- 
fer ( dit Nevton ) ou à être mifes en 
pièces, la Nature des chofes , qui dé- 
pend de ces particules, telles qu'elles 
ont été faites d'abord, cfiangeroit in- 
failliblement. L'^Eau & la Terre, com- 
pofées de vieilles particules' ufées & 
de fragmens de ces particules , ne fe- 
roient pas à préfent de la même Nature 
& contexture que l'Eau & la Terre 
qui auroient été compofées au com- 
mencement des particules entières ,• & 
parconfèquent afin que la Nature puif- 
fe être durable , l'altération des Elires 
Corporelsne doit confifler qu'en diffé- 
rences féparations^ ^ nouveaux allem- 



tr SUR LA Peinture; :<f,y 

blages & mouvemens de ces particu- 
les permanantes. Les Corps compofés 
étant fujets à fe rompre, non par le 
milieu de ces particules folides , mais 
dans les endroits où ces particules font 
jointes enfemble &ne fe touchent que 
par un petit nombre de points. 

C'efl par le moyen de ces Principes 
que toutes les chofes Matérielles fem- 
blent avoir été compofées de ces par- 
ticules dures & folides, diverfement 
aiïemblées dans la première formation 
des chofes, parla direftion d'un Agent 
intelligent; & s'il l'a fait , ce n'eftpaj 
agir en Philofophe que de rechercher 
une autre Origine du Monde,ou de pré- 
tendre que les fimples Lorx de la Na- 
ture ayant pu tirer le Monde du cahos, 
quoiqu'e'fanf une fols fait , ilpuiffe conti- 
nuer plufieurs fîédes par le fecours de ces 
Loix, 

Car tandis que les Cornettes fe meu- 
vent en tout fens dans des Orbes extrê- 
mement excentriques , un Deflin aveu- 
gle ne fçauroit jamais faire mouvoir 
toutes les Planettes en un même fens 
dans des Orbes concentriques , à quel- 
ques irrégularités près de nulle impor- 
tance , lefquelles peuvent provenir de 
l'aélion mutuelle entre les Cornettes Se 
les Planettes , & qui feront: fu jettes à 
augmenter , jufqu'à ce que ce Syllême 
ait befoin d'être reformé. 

Il me femble d'ailleurs ( ajoute M.' 
Newton ) que ces particules n'ont pas 
feulement une force d'inertie , accom- 
pagnée des Loix paiTn'es du mouve- 
ment , qui rèfulte naturellement d'un& 
telle forcs;mais quelLesfont auffimuis par 
certains Principes aâifs tel qu'eji celui de la 
Gravité, & celui qui produit la fermenta^ 
tion &* la cohéflon des Corps, 

Je ne conlidère pas ces Principes- 
comme des qualités occultes, ( dit M.. 
Ne\?ton) qui foient fuppofces réfuUer 



^5 Observations sur l'Histoire Naturille, 

de la formefp.iciruiiie Jeschofes; miis de Leucipe , à& Dcmocrite , 
comme des Loix "énéraUs de la. Nature, ' ~ 



par lef.juilles les chofes mêmes font formées , 
la vcrité de ces Loix le montrant à 
nous par des Phénomènes, quoiqu'on 
n'en ait pas découvert les Caufes. 

Nous dire ici que chaque efpéce de 
•chofe eit douée d'une qualité occulte , 
fpécifique , &: produit des effets lenlî- 
bles , c'elt ne nous rien dire du tout : 
miis déduire des Phénomènes de Ix Nature 
deux ou trois Principes Généraux du 
mouvement , &* nous expliquer enfuite corn- 
ment les propriétés &" les actions de toutes 
les cliofes Corporzlles découlent de ces Prin- 
cipes m2n'fe[hs, ce ferait faire un progrès 
trts-coiifuiiraUe dans la Plnbfophie , quoi- 
que les Cxufes de ces Principes ne pijjent 
point découvertes. 

Ne-wton admet enfuite l'Erpace , 
«omme Gaflendi , & le divife en Efpace 
ahfolu & en Efpace rehtif: Il prétend 
que l'Efpace abfolu eil toujours fim.i- 
laire &: immobile , & que l'Efpace re- 
Jatit'n'ert que la mefure de cet Efpace, 
ou la dimenfion quelconque du m;.- 
bile. 

Ce Philofopîie dit après , que VJt- 
îraBion des Corps , quife cherchent les uns 
les autres , ou qui s'agitent enfemble , ejî 
occafionnée par L'émiffion de leurs Efprits ^ 
ou par ï'aàion de tÉther , ou de l'Air , 
ou d'un milieu quelconque , foit C'^rporel ^ 
fait Incorporel , qui poujje les uns vers les 
Autres, Us Corps qui nagent fur la fur-- 
face. 

C'ed-là tout ce que nous dit New- 
ton de \'Attra6lion , de VÉther ëc de 
i'Impulfion. 

Newton prétend enfuite que la Lu- 
mière découle du Soleil ( Sentiment 



i'Èpicure^ 
de Platon^ 8c de Lucrjce.. ) M. de 
Voltalrefon Difciple, ajoute que le So- 
leil nous darde la Matière I.umrneufe 
& la fournit éternellement fans paroî- ' 
tre s'épuifer, à peu près comme le 
Alufc élance fans cejje autour de lui des 
Corps odoriférans ^ fans rien perdre fenfi- 
hlement de fon poids. 

PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ i 

ou Syfîême des Monades. 

Le Syilcme de Leibnitz efl fi com- 
pliqué qu'il eft impolFible d'en faire 
un Extrait en peu de mots, comme 
nous venons de faire de ceux des au- 
tres ; nous nous contenterons d'ea 
citer feulement ici les Principes eiïen- 
tieh, &: d'ailleurs nous refervons ce 
Syftême pour une autre fois ; il ell 
plus Métaphyfique que Pîiyfique & ne 
peut guéres fe placer ici. 

Ce Philofophe foutenoit VHarmo- 
nie préétablie de l'Ame Cr du Corps , Se 
qu'il y a une infiuence Phyfique de 
l'Ame furie Corps. 

Il admet pour Elément de la Ma- 
tière les Monades , c'eli - à - dire, les 
Eiires fimples , qui n'ont ni étendue, 
ni parties^ ni figure, ni grandeur. 

PHILOSOPHIE DE GAUTIER. ^ 

Dieu a donné des bornes à l'Efpace 
qui formef-l'Univcrs ; & l'Univers n'ell 
qu'un point dans le Sein de Dieu. 

La Matière ne remplit pas tout l'Ef- 
pace de l'Univers : fes particules fe 
louchent cependant , mais les plus pe- 
tites Parties occupent les intervalles 



* J'ai déjà donné le précis de mon Syftcme 
4ans la première partie de mon premier Vo- 
lume , je fuis obligé nécertaitementde le répé- 



ter ici à la fuite de ceux que nous venons d'exa- 
miner & d'y ajouter quelques réflexions par- 
ticulières fur la Création, 



Sur. la Physique 

dès plus grandes , de les intervalles des 
plus petites font occupes par l'Efpace 
qui conftituc l'Univers, 

La Matière nous ell fenfible , nous 
pouvons l'appercevoir comme telle, 
parce que nos Ortranes font analogues 
avec la Matière. Mais l'Efpace ne peut 
être conçu que par l'Efprit. 

La MatiLie difTcre de rEfpace en 
ce qu'elle ell foiiJe & impénétrable 
dans fes plus petites particules , quoi- 
que fes compofés puitîent être divifés ; 
mais l'Efpace eu. pcnétrable en tout 
fens ; 8i malgré les mutations de la Ma- 
tière , qui lui font perdre d'un côté ce 
qu'elle acquiert de l'autre , elle ell tou- 
jours èc;ale& immobile dans fon tout. 
L'Univers efl compofé d'une cer- 
taine quantité de Matières inaltérables 
& toujours les mêmes. 

Toute la Matière efl; en général de 
ïa même pâte ^ & ne diffère que par la 
forme de fes particules. 

Les Efprits immatériels exiftent &: 
font incompatibles avec la Matière : 
ils peuvent pénétrer l'Efpace en tout 
fens &: même l'occuper en entier fans 
le détruire j mais ils ne peuvent péné- 
trer la Matière en aucune façon. 

La Matière ell inerte, palUve & relie 
immobile dans TEfpace, fi elle n'ell 
impulfée par quelque Corps auquel 
Dieu doune le premier mouvement. 
Ces Corps ( les Parties ignées ) peu- 
\t5nt encore céder aux impuUions des 
Efprits immatériels aufquels Dieu com- 
munique fon Soufle. Tel efl dans l'Hom- 
me l'Ame dont les impulfions agilTent 
fur les Efprits Animaux. 

Les particules de la Matière font de 
plufieurs fortes de formes, indivifibles 
& inaltérables. 

* M. de Lifle a eu foin d'expliquer l'excès 
du Diamètre de la Terre par-deiïùs celui de 
Mars ; mais il eft impofllble aux Allronçmes 



ET SUR LA Peinture. ^j 

Les formes globuleufes peuvent for- 
mer toutes fortes de liquides, & les au- 
tres forment tous les Corps durs & 
folides. 

Les particules qui compofent le 
Feu font les plus petites de toutes , & 
pénètrent les intervalles des autres j 
ce font celles qi*e j'appelle ignées. 

Le Soleil efl un Globe de P.irties- 
ignées , qui impulfe continuellement 
celles qni font répandues dans le refte 
de l'Univers. 

Les Etoiles font le même office dans 
leurs Mondes. 

Les Planettes les plus folides (?v les 
plus grandes font les plus impuliees par 
les particules ignées, 6v: parconféquent 
les plus écartées du Soleil. * Com- 
me elles font terraquées elles tournent 
fur leur centre par l'inégalité de la 
force impulfive , portée fur les Parties 
d'Eau & fur les Parties de Terre qui 
les compofent , c'eft ce qui caufe leur 
mouvement de Rotation, dont s'en-- 
fuit le mouvement Orbiculaire. 

Les Satellites des Planettes. com- 
me la Lune à l'égard de la Terre ' 
tournent fur elles - mêmes & autour 
des Planettes qui les dominent par la 
réimpulfion des Rayons du Soleil qui 
fe fait natui-ellement du Soleil fur la 
Planette, & de la Planette fur les Sa- 
tellites. 

L'impulfion des Parties ignées for-' 
me aulTi ia Lumière, Se par conféquent 
îa Chaleur : fait végéter les Plantes , . 
vivre les Animaux & occafionne tous 
les Phénomènes de la gravitation &; de 
i'Attraclion apparente des Corps. Cette' 
impulfion forme les Volcans Se le Ton- 
nerre Si fournit enfin la iMatière Elec- 
trique quin'eft que l'adion ou la rèac- 

de fixer leur folidité. Ainfi cette ; Remarque 
K'eft pas contraire à mon Syfteme, - 



4S Observations sur l'H 

tiondes Parties de Feu, foit par l'im- 
piiHîon naturelle du Soleil, ou par 
rimpulfion artificielle des Expériences 
Eledriques. 

Ceux qui voudront entrer dans un 
plui grand détail & connoître les rai- 
fous que je donne pour appuyer mon 
Sentiment auront recours à mon Li- 
vre de Pliilofophie , fous le titre de 
Nouveau Syjlime de l'Univers , ou de 
Chroa-généjîe. 

Il e([ à propos de convenir prcfen» 
temcpf que mes Parties ignces dilFérent 
.de la ALitiére Ethérée de Dcfcartes , Se 
qu'il faut les confidérer dans mon Syf- 
téme , comme impulfées uniquement 
par le Soleil, & non pas par leur AtSion 
particulière & par les Tourbillons Unr- 
verfels que ce Pliilofophe leur donnoit 
pour Caufe motrice. 

II faut encore convenir que rim- 
pulfion que Newton aflbcie par hazard 
avec fon Attradion, n'eftaufTi, félon 
lui, que le poujfement de la Matière 
Etiiérée de Defcartes. L'Aâion du 
sSileil fur les Parties de Feu «S: la 
Nature du vrai Mouvement étoit in- 
connue à ce Philofophe. 

II faut obferver que je fais la Ma- 
tière en général Inerte &" PaJJîve, Se ne 
reconnoTs en elle d'autre mouvement 
que celui que le Créateur lui imprime 
à chaque inltant ; au lieu que New- 
ton (Se Defcartes foutiennent qu'elle 
continue de fe mouvoir aâuellement 
d'elle-même fans le fecours de Dieu ^ 
félon le mouvement qu'il lui a imprime 
dès fa Création. 

Si quelqu'un trouve dans la Philo- 
fophie ancienne & moderne, que quel- 
que Pliilofophe ait dit avant moi que 
tout mouvement, toute lumière, &: 
toute chaleur, toute attraction, légèreté 
& gravitation apparente : toute végé- 
tation , condenfation & dilatation : toii- 



isTOiRE Naturelle^ 

te impulfioii (?c toute Eleârifation vient 
de la feule Impuljîon des Rayons du 
Soleil fur la Terie Se fur les Planettes ; 
que ce quelqu'un faiïe connoitre que 
j'en impofe au Public. 

Bien plus ^ fi quelqu'un eR en état 
de prouver en quel endroit mon Syilé- 
me Se la caufe univerfelle que j'admets, 
a été connue de Newton^ de Defcartes, 
de Leibnitz, ou de tout autre Philo- 
fophe , qu'il parle & on l'écoutera. Et 
fi par la fuite on fuit mes Opinions, que 
l'on me rendejullice. 



OBSERVATION V. 

Sur la C^ufe de l'Eleclricité expliquée par 
Vlmpulfion des Rayons du Soleil. 

Et Critique de l'Opinion de pouvoir ife'-' 
tourner Le Tonnerre. 

JE vais donner préfentcment l'Ex- 
p'icatron du Phénomène de l'Elec- 
tricité. LnCaufe de ce Phénomène ne 
fera pas bien difficile à compren.Iie , fi 
on veut renoncer à toutes les Hypo- 
thèfes des Philofo^Dhes , de q;ii j ai ex- 
pliqué les Opinions dans l'Obfcrva- 
tion précédente ; & fi on veut avoir 
lacomplaifance de faire attention à ce 
que je viens de donner fur le Synéme 
de ïlinpu'Jion , (S: à ce que j'ai dit en 
peu de mots de la nature des Parties de 
Feu , de leur exiftance Univerfelle &: de 
l'Impulfion continuelle qu'elles reçoi- 
vent de l'Afire du jour. 

Ceux qui diflinguenc la Muicre ElcC' 
trique des Parties de Feu 6c de la Ma- 
tière Ignée , ou Ethérée , font dans l'er- 
reur j tout de même que ceux qui fc fer- 
vent des Tourbillons , de VAttratlion des 
Corps, 6c de toutes les autres luppofi- 

tion^ 



SUR LA Physique et sur la Peinture, ^J 

tîons, pour expliquer la Phyfique de même dans un tems couvert. 



i'EIedricité. Ils ont tort de vouloir fe 
donner tant de peine pour faire enten- 
dre au Public qu'ils font au fait de la 
Caufe Eleârique. 

II n'en eft pas de même de ceux qui 
difent aujourd'hui que la Matière Elec- 
trique ell analogue à celle du Feu & à 
]a Matière du Tonnerre ; ils font fon- 
dés, mais ils devroient rendre juRice 
du moins à l'Auteur des Impulfions 
Univerfelles des Parties ignées , qui 
a expliqué cette Homogénéité avant 

€UX. 

Ne vaut-il pas mieux parler en Phi- 
lofophe, 8< par un fimple expofé met- 
tre le Public au fait tout d'un coup de 
ce qu'ont dit les Auteurs pour expli- 
quer les Caufes Univerfelles des Phéno- 
mènes que l'on veut traiter (Si nommer 
ceux de qui l'on fui: , ou de qui l'on 
combat les Senttmens j au lieu d'en- 
trer dans des dites & des redites inu- 
tiles. Il efl: permis alors de donner fon 
Opinion , foit pour en démontrer la 
nouveauté, ou pour appuyer celle de 
celui que l'on veut fuivre. 

Je fuis dans le cas de ceux qui con- 
tredifent les autres; je vais à prcfeni 
donner l'Explication du Phénomèae 
de l'Eleftticité félon mes idées. 

L'EleSlricité Naturelle, 

J'entends par l'Eleétricicé Naturelle 
celle qui fe fait fur les Pointes de Fer 
expofees à l'Air lorfque l'Orage fe for- 
me,- ou tout autre Phénomène Electri- 
que , produit fans le fecours de l'Arc. 

L'afiailTement des Nues augmente 
i'Impulfion fur la Terre ; & par confé- 
quent la Rèimpulfion des Parties de 
Feu , de la Terre vers le Ciel ; ce qui 
fe prouve par la chaleur qui fe fait fen 



Cette Impulfion forcée, double na- 
turellement la réaâion des Parties de 
Feu ; elles s'élèvent & pafTent à travers 
toutes les Parties des Corps qui s'oppo- 
fent à leur paflage avec impétuofité. 

Le Fer dont la Nature ( fuivaut le 
Sentiment de tous les Obfervateurs ) 
efl d'avoir les interRices de fes Parties, 
ou pores , extrêmement droits & ferrés, 
occalionne les Phénomènes étonnans 
dont on a tant parlé. 

II eil naturel que les Parties de Feu ; 
pouflees par la Rèimpulfion , paflant 
par la Baze du Fer fe réuniiïent à fa 
pointe. Plus la Baze fera grande, plus 
les Etincelles & les Flamêches , qui fe 
forment , par la réunion des Parties 
ignées , doivent être fortes & vives; ce 
qui eft bien contraire au Sentiment 
commun , où l'on fuppofe que le Feu 
de la Matière Er/?eVee, ou de telle Ma- 
tière quelconque , eR attiré fur la Cime 
de cette Barre. Suppofition bien con- 
traire aux I.oix Méchaniques de tout 
mouvement. Où feroient les Conduits 
dans l'Air, qui réuniroient au Ciel les 
Parties de Feu , impulfées fur la Terre 
p-urfnndre & s'arrêter fur la pointe 
d'une Barre de Fer, plutôt que fur tou- 
te autre Surface plus étendue ? II efl 
encore plus difficile de vouloir détour- 
ner le Tonnerre , qui fuit toujours fon 
cours , malgré toutes les Barres de Fer 
de l'Univers ; & qu'une Impulfion ac- 
cidentelle pouRe toute autre part ; fans 
qu'aucune forte d'Attradion . pui:îe en 
arrêter 1^ cours, ni en détourner le 
mouvement. 

Pour fçavoir fi c'eR la Réaâion des 
Parties de Feu , ou l'aftion de fes Par- 
ties fur la Terre : il n'y a qu'à pofer la 
Barrede Fer dans un Baril de Réfine ou 
de Poix fur le haut d'une Tour , d'un 



tir arec plus de force avant l'Orage , Clocher ou d'une Maifon : je puis aiïU^ 
^nnée ij^ZiTom. IL IF, Part, Q 



Observations stjr l'Histoire Naturelle , 



rer que jamais la Pointe de la Barre ne 
scledrifcra. Miisiî on la pofe fur le 
Murmcme, dans du Piàtie on du Ci- 
ment, elle s'élecli-ifeia ; Se plus fa B ize 
fera grande plus elle recevra de Parties 
ignées. 

C'cll: peut-être cette raifon , qur a 
fait manquer les expériences & les Ob- 
fervations que l'on a faites pouréleflrr- 
fer !a Barre par rimpulfion desNuages. 
( Voyez la Gazette de France du 17 
Juin 17s i. ) 

IL ell fi vrai que les Barres n'ont 
point befoin de Raifme au pied pour 
être cleclrifées, que ia Croix de Fer qui 
donnoit des Globes de Feu . qu'a ob- 
fervé M. Binon , Curé de Plauzat 
en Auvergne *j netoit pas pofce fur 
de la Ilaifine , & les Lances cledri- 
fces dont parlent les Anciens Auteurs j 
** ne pofoient certainement pas fur 
des Gâteaux de Poix ; & s'ils ont 
dit qne c'était le Feu du Ciel qui defccndoic 
fur les Pointes de Fer , c'ell qu'ils admet- 
toient toute autre Caufe pour Princi- 



difcretion de l'attirer, luppofé que ceTa 
fût. Pourquoi ne lui pas laifler palier 
fon ciiemin. 

On peut détourner, ou recevoir, la 
communication de la rcadion des Par-» 
lies de Feu, rcimpulfées dans la Barre , 
par le moyen d'un tii de Fer, & caufer 
des Flamêches autour de ce fil; mais 
d'attirer du Feu, je le répète encore , 
au bout d'une pointe pou- le porter où 
l'on veut j cela eil impolTîble. On pour- 
roit dire au contraire avec plus de rai- 
fon , que le Tonnerre peut .être dé- 
tourné par la réimpulfion qui fort de 
la barre de Fer , Se que cette réimpul- 
fion peut empêcher qu'il ne tombe où 
elle eil pofee : rien ne répugne alors au 
bonfens; mais dire qu'on attire le Ton- 
nerre, &quenruite on le détourne pac 
un fil de Fer pour le faire tomber où l'or» 
veut : c'efl vouloir.en impofer de gayeté 
de Cœur. 

LEleBricité Artificidk. 

A l'ésard de l'Eleélricité artiticielle 



pe du Pliénomène. C'ell ceue idée qui qui a agité i'efprit de tous les Pliylî 



a fait dire aux Modernes que la pointe 
du Fer aitiroit la Matière Electrique. 
Ils n'ont pas réfléchi que ceux qui rap- 
portent ces faits n'étoientque defoibles 
Phylîciens. Mufchenbroek ne parle pas 
comme eux; il dit *** : qu'on a vu de 
petites fiâmes au Fer des Piques ,. qu'on 
avoit frotté d'Huile pour les nettoyer ; 
mais il ne dit pas que le Feu du Ciel ek 
defcemlu fur ces Piques. Si c'étoit le Feu 
qui defcendit du Ciel , ou l'Attraétion 
qui opérât dans le Piiénomcne de la 
Barre éleétrifée, cette Barre ieroit plus 
propre à attirer le Tonnerre, qu'à le 
détourner j il y auroit même de ,rinr 



ciens , la Caufe n'en eft pas moins fini- 
pie; mais fort inconnue jufqu'à préfent. 
Il fuffitoit cependant de voir que le 
mouvement rapide d'une Boule de Ver- 
re , entraîne les Parties voifines de la 
f iperlicte intérieure , de forte que ces 
parties de l'Air entraînant celles du Feu 
univerfelqui les pénétre , il faut nécef- 
faireracnt qu'il y au impulfion de Feu. 
On fçait que tout Corps qui tourne au- 
tour d'un Centre tend à s'éloigner de 
ce Centre. Voilà l'Impuifion artiticielle 
des Parties ignées formée par la feule 
Rotation de la Boule, 5c expliquée en 
deux mots par le Mcchanilme naturel 



* Cette Obfervation de M. Binon a tté 
communiquée à Meiïîeurs de l'Académie des 
Sciences par M. de Lor. 



** Seneque , Queft. nattir, liV. r. cliap. ij. 
Jules Obfcqucns , art. 107. 
îii tflài de Phyfi^ue tom, i.p. 8j7«- 



i,> 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



des Corps agîtes & niùs circulaire- 
ment. 

La Conpreffion que Ton fait enfuite 
de la main , raiïemble & retient les 
Parties de Feu que ia Bou'e mec en 
mouvement ; alors elles font forcées 
de toute néceflué Je fe précipiter dans 
le Corps le plus voifin de la compref- 
(îon. 

Les Corps les plus voifins reçoivent 
ces Parties ignées , fi les pores de ces 
Corps font rangés comme ceux du Fer, 
ou de tout autre Métail qui lui foit ana- 
logue ; alors ces Parties fuivent la di- 
reâion la plus droite de ces pores j & 
au contraire elles s'écliapperoient & 
ne produiroient aucun effort , fi le 
Corps qui les reçoit étoit d'une contex- 
tnre différente de celle du Fer : les Par-, 
ties de Feu pour lors fe diffiperoient. 

Le Fer recevant ces Parties le long 
de fes pores, & étant impuifées fuc- 
ceffivement dans les Conduits qu'ils 
forment i on éledrife &; ontranfmetà 
rinfini les Parties de Feu tant qu'elles 
trouvent des Corps propres à les rece- 
voir : Dans cet état , i'Impulfion des 
Parties ignées fe communique facile- 
ment ; fur-tout fi elle rencontre des 
Conduits aufii propres à ia recevoir , 
que font ceux de nos Nerfs , que l'on 
peut confidérer comme les Rcfervoirs 
desParties de Feu', que nous appelions 
les Efprits Animaux. 

Si on met des Matières bitumineu- 
fes fous les pieds , c'eft pour arrêter 
i'aftion de 'l'Eleftricitc artificielle, qui 
s'impulfe dans celui qui reçoit les Par- 
ties de Feu en tenant la Barre de Fer. 
C'eft ce qui m'a fait dire ci-defTus que 
ia Réaélion des Parties de Feu qui s'é- 
• levé de ia Terre ne fçauroît paflfer pac 



?t 



les pores de la Barre de Fer , fi on gar- 
nifioit fa Baze d'une forte couche de 
Poix ou de Réfine. 

Après l'Explication d'un tel Phéno- 
mène qui paroit plus difficile à définir- 
dans tout autre Syflême que dans celui 
ci ; il faut convenir que de toutes les 
Philofophies , celle qui eft fondée fur 
I'Impulfion univerfelle des Parties de 
Feu^ eft la plus unie, la plus fimplc 
la plus à la portée de nosIens;&ea 
un mot la plus vraie; 



EXPLIC A T I O N 

Di la Planche de Pkyjîque E. inférée dans 
Vin- 12 & dans l'in-^^. decesObferpa- 
îions. 

A B Le Tonnerre , que l'on fuppofe 
partir du point A & fuivre à peu 
près la Ligne B. 

C D La Barre de Fer pofée fur le haut 
d'une Tour, C fon extrémité d'oîi 
fort la Fiàme , par l'Lnpulfion des 
Parties de Feu du Point L fur la 
Terre au point H 5c du point H à 
la Baze D de la Barre de Fer. 

K E Fil de Fer par lequel on veut faire 
palTer le Tonnerre fuppofe qu'il 
voulût bien defcendre jufqu'au 
point C & de-là fuivre la Ligne 
CK &KEau lieu de la Ligne KD. 

EFG Malheur quipourroit rélulter fi la 
fuppofition avoit lieu. Le Tonner- 
re après avoir quitté le fil de Fer 
au point E& être tombé dan; un 
Puits, fi l'on veut, pourroit en re- 
. fortir & ravager la Campagne, au 
lieu qu'en fuivant fa rouie ABU nç 
feroit aucun mal. 



Gij 



OSSERVATIONS SUR L'HiSTOIRE NaTURELLI, 

gnant du Pcrpeudicule ; ce nouveau hrijè- 
ment ejî precifcment ce qui les fait converger 
en D , fpytr du lierre Lenticulaire^ 

Or la Rétine^ cette Mcinbrane légère ^ 
cette expanfion du AWf Optique , qui ta- 
pijjc le Fond de notre Oeil , ejl le foyer du 
Crijlallin ; c'ejl à cette Rétine que les Rayons 
aboutijj'ent : mais avant d'y parvenir , iLt 
rencontrent encore un nouveau milieu qu'ils 
traverfent j ce nouveau milieu ejl l'Humeur 
vitrée , moins folide que le CriJIailin , moins 
Jîuide que l'Humeur aqutufe^ 

Qeji diins cette Humeur vitrée que les 

Rayons ont le tems de s'ajfembler , avant de 

venir faire leur dernière réunion fur les points 

du fond de notre Oeii. Ftgure^-vous donc * 

reiiverfe les Objets (m- la Rétine ; ainfi fous cette Lentille du Crifallin , cette Hw 



5*2 



OBSERVATION VI. 

Ki'ponfe à la Qucjïion de Phyfque : fç avoir î 
Si les Objets arrivent rtnverfés ou non 
renverfésfur la Rétine. 

xr "Deccwert E l'E M. Rrc.'fUD , 
concernant la Vfion des Objets.. 

LA Qtiedion que nous allons obfer- 
ver devient alîez curieufe, fi on 
confidcre que prefque tous !e> PliyTi- 
ciens font convenus que le CriHailin 



que la Lentille renverfe fur une feuille 
de Papier, ou fur tout autre Corps, 
les Objets qu'elle reçoit , après le foyer 
de fa Convexité. M. Ricaud *ell l'Au- 
teur de cette Quellion ^' de la Décou- 
verte qu'elle a occafionnce. U a raifon- 
uc en FKyficien fenfé. 

M^de Voltaire (dit- il ) nous dit dans 
fes Elemens de la Pliiloiophie de New- 
ton , à Londres y 1758, page 45. Lci 
Rayons étant fortis de L'Humeur aqiicufe ^ 
trouvent une ejpéce de Diamant liquide^ 



meur vitrée fur laquelle le Crijîallin s'ap- 
puie ; cette Humeur tient le Crijîallin dans 
fi concavité , Gr eJî arrondie vers la Ré" 
tine. 

Le PereRegnauIt ( ajoute enfuite M» 
Ricaud) nous dit pag. 135;. tom. }► 
Voulez-vous voir ce qui jepafje dansTOeil 
au moment de la Vifion Pâjjons dans une- 
Chambre voifine préparée. La Lumière, 
n'entre que par unTrnu c'.rculaire..Vn Drap 
liane , étendu perpendiculairement vis-à-vis 
le Trou ^ la reçoit. Les Objets s'y peignent 



taillé en Lentille, &" enchajjé dans une Mem- faiblement Cr renverfés. Voilà le Dôme de 

brune déiiée & Di-tphane elle - même. Ce Sorbonne la Pointe en bas (i lu Ra^e en: 

Diamant eJî le CriftalUn , c'efl lui qui rompt haut. 

tous les Rayons obliques, c'ejl un principal Les Rayons (ab partis de la Pointe 

Organe de la refraRion ù" de lavùe , par- du Dôme , venant d un endroit plus élevé 

faitement femblable en. cela à un Verre Un- que le Trou de la Chambrej vont ^ lorfqu''tis 

ticulaire de Lunette. Soit ce Crijîallin ou font entrés obliquement par le Trou , porter 

ce Verre lenticulaire, leur impreffion fur la Partie inférieure du 

Le Rayon perpendiculaire A le pénétre Drap blanc. Au contraire lei Rayons ( c d ) 

fkms fe détourmr; mais les Rayons obliques qui viennent delà Bd',edu Dôme ^ partant 

BC'fe ilétourmnc dans lépaijjèur du Verre d'un endroit plus bas que leTrcu , vontpor- 

tn s'approcliam des Perpendiculaires ., qWon ter leur imprefjîon fur la. Partie fupérieure- 

tirerait fur les endroits où ils tombent. En- du Drap blanc. Les uns &* les autres vicn- 

fuite quand ils fortent du Vtrre pour pajj'er nent dans lafituation quils ont fur le Drap, 

dans L'Airj ils fe brifent encore en s''éloi- frapper les Yeux. 

* Connu dans la République des Lettres» 



sun LA Physique et 

De-Ià 5e conclus, dit M. Ricaud , que 
C le Criftallia d'une part refferable à une 
Lentille , &: qu'une- Lentille renverfe 
les Objets ; & de l'autre lî le Trou 
de la Chambre noire repréfente les Ob- 
jets renverfcs fur la Muraille^ Se que 
notre Q?,il reiïemble à la Clianibre noi- 
le ; il faut alors que les Objets fe pei- 
gnent redrelTés fur la Rétine , parce 
que le Criftallin, qui doit recevoir les 
Objets renverfcs par le Trou de la 
Cornée, les redreffe de nécelTîté^en les 
ïenverfant de nouveau. 

Ce raifonnement ell à propos , il oc- 
cafionne la Découverte du croifement 
des Rayons au Trou de l'Uvée , & 
nous détrompe du prétendu croife- 
ment des Rayons par le Criflalli.i. Je 
fuis furpris que ceux qui ont prétendu 
expliquer la Villon j. moi tout comme 
les autres , ayons donné jufqu'aujour- 
d'hui iHT foyer au Criflaliin ,ce qui n'efl 
pas vvai-femblable. L'expérience cil 
contraire à cette fuppofition , & ce 
qu'il y a de fingulier , c'eR que cette 
expérience efl auffi ancienne que la 
Découverte des Verres Lenticulaires , 
di pcrfonne ne s'efb avifé d'y prendre 
garde. Sans la Reflexion de M. Ricaud 
nous aurions refté dans l'ignorance en- 
core long-tems. 

Vorci quelle eft cette expérience : 
Elle eft dans nombre d'Auteurs , mais 
voyez le Père Regnault , page 14.1 , 
Tom. 5. 

« J'applique un Verre fait en forme 
»» de Lentille , au Trou qui reçoit les 
» Rayons. Tous les Objets ont furie 
»Drnp blanc les plus vives couleurs^ 
y> C'elt uneperfpedive enchantée. Les 
>» Hommes s'y promènent diflinde- 
» ment les Pieds en haut , la Tête en 
« bas , & n'en vont pas moins vite.. 

« Maintenant au lieu d'un Verre 
» convexe , employons-ea deux, Je 



SUR LA Peinture. 55 

» les place vis-â- vis. du Trou de la 
» Chambre obfcure à 17 pouces de 
jxdiftance l'un de l'autre. L'Image qui 
» étoit renverfée fur le Drap blanc, fe 
» redreffe tout d'un coup. Quel char- 
»> me lui rend fi vite la fituation natu- 
j> relie.» 

Si notre Oeil relTemble à la Cham- 
bre noire , & que nous n'ayons qu'uii 
Criflallin, alors il doit arriver ce qui 
arrive dans l'expérience delà Chambre 
noire , où on ne met qu'une Lentille 
vis-à-vis l'ouverture du Volet, & 
les Objets doivent fe peindre ren- 
verfés fur la Roline ^ contre le Senti- 
ment des Phyficiens. De -là il faut 
encore conclure que le Criftallinii'oc- 
cafionne pas ie renverfement des Ob- 
jets , malgré l'Opinion commune ; 
puifque ce renverfement ne provient 
que du croifement des Rayons en en- 
trant dans l'Oeil par le Trou de l'U- 
vée. L'extraclion du Criflallin prouve 
cette vérité., & l'F.xpérience où il faut 
deux Criflallins , ou deux Lentilles ,, 
dans une Chambre noire, pour les con- 
verger après leur croiffément , confir- 
me encore la nouvelle Opinion. Je vais 
expliquer préfeniement toutes les Cau- 
fes Pliyfiques &: Anatomique du ren- 
verfement des Objets fur la Rétine, & 
d'où provient ce renverfement. 

Anatomie de l'œiL 

La Cornée tranfparente efl le Pellicule 
trj.nfp.innt , qui couvre Ylris , & qui 
renferme VHumenr aqueufe. 

La Cornée Opaque efl le Blanc de 
l'(S.i\ 8i celle qui entourre le Globe. 

La Choroïde efl la féconde Tunique 
de i'CEil , de couleur noirâtre , elle 
produit la fuivante. 

La Tunique Ui'ée eft le fond de l'Iris. 
C'efl la portion antérieure de la Cho- 
loïde^percée furfon milieu, & qui fe dr. 



y4 Observations sur. l'Hi 

late & fe reiïerrepoui-dimiimer on pour 
aggrandir le Trou qu'elle formeau Cen- 
tre, afin de laiilcr pafTer lesRayons de 
Lumière avec plus ou moins d'abon- 
dance. 

La Prunelle ou la Puj7ille,ef\. le même 
Trou , par où paflent les Rayons, qui 
vont ébranler les Nerfs fur la Rétine. 

Le CriJhlUn ed une efpcce de Loupe , 
dont la partie antérieure eft plus con- 
vexe que la Partie ponérieure, qui, 
quelquefois eft plate : l'Humeur du 
Criftalliq ell un peu plus denfe que 
l'Humcnr vitrée avec laquelle elle con- 
fine. Cette Humeur vitrée eft pofée au- 
de-!à du Crillallin, elle efl plus épailTe 
que rHumeuraqueufe pofée au-devant 
du Crillallin. 

La Rétine cft la troifiéme Tunique 
de rCEil . elle tapilTe la cavité du Glo- 
be , c'eft fur elle que s'épanouilTeni les 
Nerfs , & que fe peignent les Rayons. 

Réflexions Phyfiques fur VAnatomie de 
l'Oeil. 

I '. Le Crirtallin , l'Humeur aqueufe 
& THumeur vitiée ne forment pas deux 
Huidesoppofés , comme l'Eau ^TAir, 
ie Verre de l'Air ,dans lefquelles op- 
pofuions de denfué il y a des Réfrac- 
tions confidérables de Rayons. La dif- 
férente denfué du Crillallin à THumeur 
vitrée, & de l'Humeur vitrée à l'Hu- 
meur aqueufe , à peine peut-elle flé- 
chir le Rayon. Mais cette différence ne 
fuffit pas pour les converger & pour 
opérer un renverfement d'Objets entre 
le Crillallin, l'Humeur aqueufe & l'Hu- 
meur vitrée. 

2". LOeil étant une Chambre noire , 
8i la Chambre noire peignant fur fa 
Muraille les Objets renverfés fans lefe- 
cûurs d'aucun Verre , il ne faut pas 
croire aifément que les Objets fe re- 
•^drelfcnt par le Crillallin , ou la Lou- 



STOIRE NaTURELlk, 
pe, qui fe trouve après la Prunelle en- 
tre l'Humeur aqueufe & l'Humeur vi- 
trée, puifque fi l'on pofe une Loupe 
dans la Chambre noire à toute forte de 
dillanCî& de toute forte de Convexité 
on ne redrelTe pas les Objets , on les 
rapproche feulement, é^ ils font alors 
plus clairs & plus diilinds. Les Réfrac- 
tions cependant de la Lentille dans la 
Chambre font plus fortes que celles du 
Crillallin, qui eft d'une denfité trop ana- 
logue aux Humeurs voifines, pour oc- 
cafionner leredrelTemcnt en queftion. 
Ce redrelfement d'Objet ne peut pas 
arriverj c'eft ce que je vais expliquer. 

Prop. Une Loupe, de quelle forme 
qu'elle foit , ayant les furfaces plus ou 
moins fphcriques , mife à l'ouverture 
ronde & très- petite d'une Chambre 
noire, ne fçauroitredrefler les Rayons, 
quoique la denfité du Verre oppofé à 
l'Air , caiife toujours la Réfradion Se 
oblige les Rayons de fe plier. Voici la 
Démonftration de cette Propofition. 

Démonftraùon. 

Les Rayons qui pafiient par le Trou 
d'une Chambre noire fe croilent au 
Trou même qui fort de Centre à tous 
ces Rayons, ce qui eft incontellable. 
Par confcquent le Criftallin , ou la 
Loupe reçoit les Rayons, non pas pa- 
rallellement , mais obliquement , fur 
leurs Surfaces extérieures. 

L'obliquité des Rayons fur une Sur- 
face change la Kéfraftion. Par exem- 
ple , un Rayon dont l'incidence eft 
droite, fe converge en haut, en bas 
& par côté dans une Lentille & forme 
un foyer de convergence qui fe diver-; 
ge enfuite , & renverfe par confcquent 
l'Objet ; mais un Rayon incident <Sc 
oblique fort prefque droit &: non pas 
convergé. Cela étant, il faut convenir 
que les' Rayons qui traverfeat le Crillal 



Sur. la Physique 

ïin font tont-à-fait paralelles en foitaiu 
defafLufacepolléneure, quand même il 
feroit de CriRal j & les Humeurs qui 
l'entourent pas plus dcnfes que l'Air : 
puifque le croifement des Rayons qui 
fe fait à l'ouverture de l'Uvée, les porte 
fur leCriftallinpar des incidences obli- 
ques. A plus forte raifon l'on doit être 
perfuadé que le Crillallin étant moins 
dcnfe que le Verre & les Humeurs de 
i'Oeil plus denfe que l'Air , les Rayons 
au lieu d'être converges au fortir du 
Cridallin, doivent être au contraire 
toujours diverges , mais moins diver- 
ges qu'ils ne feroient fans le Crillallin. 
L'extradion du Crillallin , qu'opère 
fçavamment M. Daviel , prouve cette 
vérité , & il ell fur que ceux à qui on a 
ôté le Criftaliin, doivent voir les Ob- 
jets plus grands & plus confus , mais 
non pas renverlés ; & moyennant une 
Loupe ils doivent les voir comme nous 
les voyons. 

Si le Crirtallin renverfoit les Objets; 
en le fupprimant d'un Oeil vivant ou 
d'un Oeil mort, les Objets devroient 
paroître autrement qu'ils ne paroif- 
foient auparavant. Car les Humeurs 
vitrées & aqueufes en s'approclmnt ne 
forment pas un nouveau Crillallin 8c 
ne peuvent pas occafionner une nou- 
velle Réfraâion ; en voici les raifons. 

Si les Humeurs s'approclientj il n'y 
a donc plus d'efpace entr'elies : s'il n'y 
a plus d efpace , il n'y a plus de Corps 
intermédiaire , & s'il n'y a plus de 
Corps intermédiaire , il n'y a plus d oc- 
cafion au cliangement des Rayons» 

D'ailleurs l'Expérience de la Clian- 
deiie , de la Carte &; de la Loupe , que 
m'a fait voir M. Ricaud chez lui, en 
me propofant fa Qucftion , n'efl com- 
parable ni à l'Oeil ni à la Chambre 
noire. L'Article fuivant décide cette 
différence. 



ET SUR LA Peinture. sS 

La Chambre noire eft femLîable à 
l'Oeil , où les Objets fe portent renver^ 
les fur la Rétine ,■ mais une Carte avec 
un Trou fait avec une épingle ^ pofée 
devant la flamme d'une Chandelle, efl 
différente d'une Chambre noire & 
d'un Oeil : en voici la raifon. 

Si on mettoit une Carte avec ua 
Trou d'épingle devant une Campagne 
6i que l'on fit une petite Chambre noi- 
re proportionnée à ce Trou; on ver- 
roit le même Phénomène que l'on voit 
en faifant un Trou de cinq ou lix li- 
gnes dans une grande Chambre noire; 
ainfi que la Pupille de notre Oeil, dont 
la plus grande ou la plus petite dilata- 
tion n'eff que d'une ligne à deux li- 
gnes de diamètre: c'eff-à-dire ^ que, 
ces Objets fe peindroient également 
renverfés avec toutes leurs couleurs , 
& fe dillingueroient parfaitement 8c 
auffi-lDienavec le Trou de la Carte fur 
un Papier; comme avec la Prunelle fur 
la Rétine , & fur la Muraille d'une plus 
grande Chambre noire; fi les diftances 
ctoient proportionnées. 

Mars iitôt qu'à ce Trou d'une épin- 
gle voiisoppofe^une grande Chambre 
noire, ou un Oeil humain, les Objets 
fe confondent alors & ne paroiffent 
plus , par la trop grande diltance & les 
difproportions du Trou à la Muraille» 
Parce que le Trou qui doit fervir de 
Foyer aux Rayons ^ eff trop petit pouc 
former le Tableau fur la Muraille. 
Dans ce ca-;,il arrive qu'un Trou com- 
me celui d'une Carte , fait avec une 
épingle , ne reprefente aucun Objet 
extérieur à une grande diffance com- 
me à celle de deux pieds, ou même 
de deux pouces , ou d'iui pouce , lî 
vous voulez ; fi ce n'ed la flamme de 
la Chandelle. Il ell vrai que l'oppofî- 
tion fcche & tranchante d'une flamme,, 
avec l'ombre qui l'entoure, peut occar 



<;6 



Observations sur l'Histoire NaTURELLB, 



rioiinerriniaf:;e fenllbL' d 
me fur un Papier ; mais 



cette flnm- 
toute aiitro 
Image (telle qu'elle foit) que celle ci , 
doit fe confondre. 

Cela démontré , il ne refle plus qu'à 
obferver fi réellement l'Objet d'une 
flamme peut fe redreller par le fccours 
d'une I.onpe ; & en cis que cela arri- 
ve, fi l'on peut coniedurer que la mê- 
me choie doit arriver dans l'Oeil par 
le fecoursdu Crillallin fur la Rétine. 

Pour prouver un renverfenient 
d'Objet fur la Rétine , il faut faire voir 
que la flamme de la Cliandelle qui fe 
peint d'aloord renvei fce & fort dillinclc 
lur le Papier , à quelques pouces de 
didance ^ le peint auffi à la même dif- 
tance, redrefTJe & bien dillindej quand 
on met une Loupe entre le Trou & le 
Papier. Alors malgré la dilTemblance 
des oppofitions des Corps , je veux di- 
r^ , de l'Air qui entoure la Loupe de 
Verra, & qui lui eft tout-à-fait hétéro- 
gène , bien oppofee aux Humeurs qui 
entourent le Criilallin & qui lui font 
prcfi.[ue liomogénes , alors, dis - je , 
m '.Ig -é la dilTemblance des oppofitions 
de- Corps moins denfes ou plus den- 
fes , l'on pourroit douter , ou du moins 
fûup^'onner que le Criilallin redrelTe 
les Objets fur la Rétine ; mais lorfque 
pour trouver cerenverfement , il fa it 
éloigner confidérablement la Loupe, 
comme à la didance de deux pieds ou 
environ, & le Papier de la Loupe à 
celle d'un pied ^ je dis alors que la 
Carte, la Chandelle év le Tiou d'épin- 
gle , ne font pas com;5arab[e à la Cham- 
bre noire ni à l'Oeil, où ce renverfe- 
incnt doit fe faire à même diflance. Il 
faut fça voir que malgré cetéloignement 
& cette difproportion, entre nos Orga- 
nes & ce Phénomène , cette préten- 
due ChanJ.lle renverice ^ ne paroît 
telle à une grande dillance que par le 



mouvement que l'on loupçonne qu'elle 
a du bas en haut, & que ce n'ed pas 
par fa forme : car alors fon Image pa- 
roit prefque Sphcrique Se confule, au 
lieu de paroitre dillinéle& oblongue. 
.Laime donc bien mieux me rendre à 
l'Expérience de \Oc\\ de Bœuf que 
tout le Monde connoît , où l'on voit 
les Objets renverfés fur la Rétine ^ que 
le Crillallin yfoit, ou qu'il loit fup- 
primé ; à celle delà Chambre noire ; Se 
aux raifons Phyfiques & Géométriques 
que je donne ici contre le Redreffe- 
ment , ou le Renverfenient prétendus 
occalionnés par le Criflallin, que de 
me livrer aune Expérience imparfaite, 
où la Nature des Corps & la dirtanc» 
des Politions diUérent tout-à-fait des 
Phénomènes que je veux expliquer. 

La vérité que j'aime par delîus tout, 
me fait critiquer ici l'un de mes bons 
amis , moyennant la liberté qu'il m'a 
donné de relever fon Sentiment , ft 
par hazard il s'étoit trompé en croyant 
que le Crillallin redrelToit les Objets , 
que le Trou de l'Uvée devoit né- 
celTairement renverler. 11 a lu lui-même 
le Manufcrit de la préfente Dilïerta- 
tion , Se m'a comnuniqué la tienne. 
Je ne fais imprimer ici la Rcponfe à fa 
Qucllion Se la Publication de fa De- 
couverte , que fur les affurances que M. 
Ricaud m'a donné, qu'il feroit nnpri- 
mer lui-même fa Dillertation. 

Je puis faifir l'occalion que j'ai , en 
parlant de M, Ricaud, de rendre jullice 
à fon mérité & à fes talens. J'ai con- 
fié à ce Philofophe mes premières Dé- 
couvertes contre Newton , avant mê- 
me de les lire à MclTieurs de l'Aca- 
démie des Sciences ; il me lit l'hon-i 
neur d'aflliler à cette Leéture. Il a 
depuis fuivi toutes mes Expériences , 
les a prônées avec zélé par le feul 
amour qu'il a pour la vérité , il 

les 



SUR LA Physique 

΀S a répétées Iiir-mêmc à une intinité 
de Pliyficiens : il s'ell attaclié à les dé- 
montrer aux Partifans de Newton, & 
ies a combattu trèi-fouvent dans des 
AlTemblées nombreufes , où par la bon- 
lé de fa Caufe , 6v- par réicgance de fes 
Difcours , il a toujours triomphé des 

* Cet Ouvrage eft un mélange très - cu- 
rieux de Pièces fugitives en Profe & en Vers. 
Il forme aujourd'hui dix - fept Tomet in iz , 
gui fe vendent tous en corps complet ou fé- 



sr 



ET SUR LA Peinture. 

plus incrédules. 

Je ne fuis cependant pas le premier 
qui ait parlé favorablement de M. Ri- 
caud,&: je puis le citer ici après les 
juftes éloges qu'en a fait l'Auteur dei 
Amufimens du Cœur Gr de l'Efpru. *. 

parement par Volume , chez Michd Lamhertf 
Libraire , rue de la Comédie Franijoife , au 
Parnafle. 



LES DISPUTES 



DES PHILOSOPHES 

ET DES ARTISTES MODERNES. 

ARTICLE VL 

; Réponfe aux Extraits du Journal de Verdun , ies Mois de Février Cr Août 1752. 



_^;.vf-^;j E ne ferai pas embarratTé à 
i-;. T <4 remplir cet Article, fi ies 
°%A.if^;' Journniifles continuent leurs 
— ^ attaques^ ils nie fourniront 
alTez d'occafions pour occuper les PFiy- 
ficiens qui prennent part aux Difpu- 
tesqui (e font élevées , d'une part en- 
tre les Ne\t'toniens , & de l'autre, entre 
les Oviparilles & moi. 

Année 175 2 j Tom, 1 1. IV. 



Rien en effet nVfl plus intéreffant 
que de fçavoir fi VAitraclion ou l'Iwpul- 
Jïon des Corps forme tous les mouvemens 
de ia Nature , & fi les Animaux pré- 
éxiftent les uns dans les autres à Tinfinf, 
dans les Ovaires des Femelles ; ou s'ils 
s'engenJrcnt lors de Tarcouplement 
dans les Véficuks feminales des Mâles. Je 
crois que de toutes les Queftions ce^ 
Partie. H 



^8 



Observations sur. L^HisTorR-E Naturelie, 



les-ci font les plus iiéceiraires à cclair- 
cir : car elles forment la Ba7e de la 
Phyfique & de inirHoire Naturelle , 
d'où je conclus que piiifque je foutiens 
lin Sentiment fi oppofc à celui de pref- 
que tous les Phyficiens , il ert im- 
polTible de concilier ma Pliilofopliie 
avec celle de ceux qui' me conira-- 
rient^ &: qu'il faut que nous nous con- 
tredirions fans ceffe iufquà ce cjue l'on 
fçache qui eR-ce qui a raifon. 

Je répondrai- en peu de mots à l'at- 
taque du Journal de Verdun ; parce 
qu'il n'eft point encore queflion du 
fait^ & que l'Auteur de ce Journal, 
n'attaque que la forme. 

1°^ En ce qui concerne la Lumière. 

I.a Lumière qui nous éclaire n'eft 
poiat encore connue , elle reluir cer- 
tainement dans les ténèbres iSc forme 
avec elle toutes les couleurs. C'cA à 
tort qu'elle a été regardée jufqu'à pré- 
fent comme un Corps fembiable à tous 
les autres, «^ q,ue l'exillance de l'Om- 
Bre a été mife en doute : la L.umrére 
& l'0;iibre exiflent certainement. La 
première cil l'Agent du Monde , le 
Doigt de Dieu ,. avec lequel il ellec- 
tue tous les mouvemens de l'Univers: 
& rOmbre ell la qualité des Corps en 
repos, des Corps paffïfs, fur lefquels 
elle opère les merveilles que nous con- 
iioiflTons. 

Defcartes , comme nous avons vu , 
fait fa Matière Èthérée de la Lumière 
& du Feu ; mais il ne conncit pas les 
autres propriétés de cet Elire Univer- 
fel. Newton ne la confidère que com- 
me un Elément commun qui ne fert 
feulement qu'à éclairer &. à échauffer la 
.Terre & les Pianetes. 

Parmi les Difciples de ces Plùlofo- 



phes, les uns la diflinguent & l'afTo-- 
cient avec la Matière Etlièrèe ^ la Ma- 
tière Eleèlrique , la Matière Magnéti- 
que Si celle du Tonnerre : Ceux-ci: 
la font émaner du Soleil & des Etoiles 
en un certain efpacs de tems. Les au- 
tres la divifent & la fubdivifent en une 
infmité de Compofés.. 11 femble ce- 
pendant qji'elle ell Mowfnranee,' qu'elle 
eUfimple & Univerfelle ^ Ik qu'elle feule 
caufe tous les accidens & tous les Phé- 
nomènes qui paroiflent dans la Nature ► 
Il faut donc convenir j contre l'Opi- 
nion de M.B*''^*, que la plupart dei 
Philofophes n'ont pas connu la Lumière , 
s'ils lui donnent des qualités qu'elle n'a 
pas ^ & lui ôtent celles qu'elle a. 

z".En ce qui concerne Vlmpu'Jîon. 

Je ne parle pas ici Je la difîcrencc 
qu'il y a entre llmpulfion de Nc>srton 
ê< celle que j'établis: cette diilerence 
eft alfez bien démontrée dans mes Ob- 
ftrvations de Phylîque, ( fur le Para- 
lelle de la Phiiofophie Ancienne &■ 
Moderne.) C'ell fans raifon que M.. 
B ♦ * * dit , Cdans le Journal de Fé- 
vrier 1 7'i 2 ^ ) que je t iclie de remettre en 
Honneur rimpidlion, que Newton^ tant- 
d'autres Philofophes avant lui , avolenù 
chargé de former, de concert avec l'Ait rac-^ 
tion, la régularité ù" Li précifion des grands 
Mouvemens quojjh le SpeBacle admirable 
de l'Univers. 

3*'. En ce qui regarde la jujlijîcation de 
l'Auteur. 

Je fuis autant furpris de la ju/lifica- 
tion de l'Auteur que de fon attaque : 
J'ai dit que M. B*** n'entendoit pas 
les tenues d'Optique, ( Février, page 



Sur la Physique et suk la Peinture; 

105. de Ton Journal ) qu'il prenoit le 
Clair &■ VObfcur tcut cnfcrrMe pour fOm- 
bre feulement CG qu'i\ ne nie point; mais 
il prétend aujourd'Inii qu'il a employé les 
propres term^es^ dont je me fuis fervi dans 
La Préface du fécond Volume, Si cela efl , 
j'ai tort : car ^e nie de m'ctre jamais 
iervi d'exprefl^ions fi contradictoires.. 



?> 



ARTICLE VII, 

Lettre de M, G v i- o r à l'Auteur des 
Ohfervations ^ contre V Auteur du Jour^ 
nal de Verdun. 



MONSIEUR^ 



4j.'. Concernant le Titre que Ven me donne 

Copifle. 

A l'égard de l'imputation qu'il 
fait en difant , que je ne fais quelquefois 
^ue copier ce qui ejl imprimé adleurs , com- 
me , par exemple dans les Mémoires de l'A- 
cadémie des Sciences. J'avertis les perfon- 
nes qui n'ont pas lu les Obfervations 
de mon premier Volume., que dans 
tous mes Ouvrages ., comme dans ce- 
lui-ci , je cite toujours en abrégé le 
Sentiment de ceux qui m'ont précédé, 
lorfque la matière le demande pour ma 
juHification , ou pour t'éclairciflement 
du Fait j mais f: je cite leurs Ecrits, j'y 
mets des Guilleraeif ,, ou je fais impri- 
mer les Citations en Caradcre Itali- 
que: J'annonce ordinairement que le 
pafTage dont je me fers ed tité d'un tel 
Livre ou d'un tel Auteur , Se cela pour 
n'être pas accuGi de Plagiat. Je ne copie 
rien ; ce terme de copier les Ouvrages 
eft impropre , & ne peut s'appliquer à 
un Auteur qui le mérite fi peu que 
moi. 






J'A I lu avec furprife la remarque 
qu'a fait le Journalise de Verdun 
fur mon Obfervation de la caufe de U 
variété des couleurs des Fleurs, que vous 
avez bien voulu inférer dans la 1 1% 
partie d-e vos Obfervations. 

Dansfon Journal ( du Mois d'Août 
de la préfente Anne-?, page 105.) 
il avance que je propofe des ExpérieU" 
ces à faire ., qui VoJit déjà été avec fuccès ; 
ce ferait de femer par bande des Fleurs de 
différentes couleurs ù" quife mUlanger oient ^ 
dit-iL lors de la fécondât ion dis Graines par 
le tranfport de lafemence qui voltige dam 
l'Air. Ce qui n'eft point conforme à 
l'Article VIL de votre Hiiloire Natu: 
relie. 

Je n'avance point dans cette Obfer- 
vation qu'il falloit femer des Fleurs de 
différentes couleurs : au contraire , je 
dis que , lorfqu'on feme , on ne fçaic 
quelles couleurs produiront les Grai- 
nes , & j'ai propofé de planter fépa- 
rément des Fleurs de couleurs connues, 
& d'en femer enfuite féparement les 
Graines j afin de parvenir à avoir des 
Fleurs des couleurs compofées de cel- 
les que Ton auroit fait Heurir. 

J'ai fait depuis une partie des Expé- 
riences que j'ai propofées , qui con- 
firment mes conjedures , defquelles 
Expériences je vous prierai de faire 
part au Public , ainfi que des Obfer- 
vations Microfcopiques fur les Pouf- 
fiéres des Etamines. 

Je fuis , ^c. 

5W,GUY0T. 
Hij 



<ro 



Observations sur l'Histoire Naturelle , 



«V 'r^^^cf^^if^^j^^^^g^ <^^^ ^^^ <^^if^ •'.^%* 

LES SECRETS 

DES ARTS 

ET LES NOUVELLES DÉCOUVERTES. 

ARTICLE V. 

Sur la façon de cuire k Verre peint. 



^ "^^r^ *M O U S avons donne dans 

' A les Secrets des Arts, de la 

■^ Iroificme Partie du Pre- 



N 



4i_,. -. -.... 

^-^■f^"^ mrer Volume , la façon de 
taire le Lavis , & de cou- 
cTier les Couleurs fur le Verre j nous 
avons donné aulTi la manière de com- 
pofer les Couleurs. Les Perfonnes in- 
telligentes jugeront bien que du mê- 
Luige de ces Couleurs , on en peut 
compoferune intînité d'autres ^for- 
mer toutes les Teintes convenables à 
h Peinturer il s'enfuit de-là qu'il faut 
fcj-avoir delTmer c\- peindre pour exécu- 
ter l'Art de peindre fur Verre. 

Les Anciens Peintres Verriers^ ou 
Vitriers , avoient obtenus de nos Rois 
les mêmes Privilèges dont jouilTent 
îes Nobles ; fans doute à caufe de la 
Peinture que ces Artilles joignoient 
à la Verrerie. De-là s'en ellluivi la 
Noblelîe qxie confervent encore les 
Verriers, qui ne font cependant plus 
Peintres. 

Nos Anciens Vitriers ctoient Email- 
leurs & faifoient même des Tableaux 
Air Verre. J'ai vu dans le Levant des 
Peintures Grecques de cette façon fort 



curieufes. J'ai connu un Papas qui pei- 
gnoitfur Verre: il me tu prèfei t d'une 
Tète d'Eccc Homo , fort bien deffuice 
Si trèi-bien caradérifée , peinte fur une 
Vitre que j'ai gardée long-temsà Mar- 
feilîe. 

Les Verrioîrs Peintres commencè- 
rent à peindre en détrempe fur les Vi- 
tres; mus la P.uie & l'HumiJitè, le 
Soleil même dètvuifoicnt leur Ouvra- 
ge : quelqu'un d'eux imagina de pein- 
dre avec des Cotileurs plus tblides , ce 
qui donna tant de vogue à cet Art, de 
façon que toutes les Eglifes de ce lems- 
là, plufieurs Palais mêmes, les Cloîtres 
des Religieux &■ jufqu'aux Cliapelles- 
de Villages , voulurent avoir leurs Fe- 
nêtres ornées de ces Peintures, dont 
les Figures n'ctoient d'abord que pla- 
quées fans dellein & fans goût. Ce ne 
fut que dans le commencement du 
XV I. Siècle que le bon goût commen- 
ça à prendre Racine & que la Pein- 
ture sïtant perfcclionnée en France, 
les Peintres Vitriers commencèrent à 
mieux faire , & à donner de très-beaux 
morceaux dans ce genre. 

Dans ce ^ems nos François cxcel- 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 

'erent dans h Peinture fur Venc, & delîus du Plancher pour avoir la 
fuipanerent les Peintres Verriers des 
autres Nations. 

N. B. On a oublié de dire dans l'Ar- 
ticle I I I. du Secret des Arts de cette 
Annce.'que lorrqne les Couleurs croient 
trop claires & fusettes à fe mêler lorf- 
que l'on les appliquoit à côte les unes 
des autres , il falloit tourner là" Vi- 
tre^ & les appliquer du coté oppofé. 
La pratique inllruira ceux qui en fe- 
ront les épreuves : on prendra la mê- 
me précaution à l'égard des Couleurs 
voiiines qui fe mêlent dans la CuilTon 
des Vitres. Déplus en parlant des Vi- 
trés du Cloître des R. R. P. P. FeuiU 
lans de la rue Saint Honoré , on a 
cité Saint Jean de Dieu au lieu de Saint 

Jean de la Croix. 

I 

Fourneau pour cuire le Verre. 

Le Fourneau defliné à la CuifTon 
des Vitres colorées , doit être quarré , 
compofé de trois Pièces. 

On peut le faire auffi grand que l'on 
veut, & le proportionner à la grandeur 
des Carreaux de Vitre que l'on veut 
cuire. 

La première Pièce du Fourneau fera 
compofée de Briques cuites , bien ci- 
mentées, montées fur une grande Pla- 
que de Fer , ou de Fonte de la gran- 
deur du Fourneau , foutenuc par qua- 
tre pieds élevés de deux ou trois pou- 
ces. Cette Plaque fert à éloigner du 
Plancher, la chaleur du Fourneau : Elle 
donne la facilité de nétoyer les envi- 
rons du Fourneau , Se (ert au tranfpott 
du Fourneau en cas de befoin. 

On fabrique les Murs du fourneau 
fur cette Plaque ^ &: on lie le haut & 
le bas du Fourneau avec deux Cercles 
de Fer. l.a hauteur du Fourneau doit 
être en tout de deux pieds & demi au- 



6i 

faci- 
lité d'opérer. 

On y lailFe d'un feul cote trois ou- 
vertures , la plus balle ell au-delTus de 
la Plaque ; elle répond au Cendrier 
du Fourneau: ceCenJrierell de 4, 
ou ^ pouces de haut; il eÛ féparé de 
l'endroit où l'on met le Feu , dans tou- 
te l'étendue du Fourneau , par une 
Grille de Fer , que l'on cimente avec 
le Fourneau , auifi qu'il faut pour lui 
donner la folidiié convenable. 

L'Ouverture du Cendrier doit avoir 
7 à S pouces de large , félon la gran- 
deur du Fourneau , alin que cette Ou- 
verture puifle donner de l'Air au Feu 
6c permettre la fortie des Cendres. 

La féconde Ouverture doit répon- 
dre au Corps du Foiu'neau , lequel ell 
encore féparé du Creufet par trois ou 
quatre grolTes Barres de Fer , fur lef- 
quelles on pofe le Creufet: Cette Ou- 
verture , Q\\\ fert à palier dans le Corps 
du Fourneai le Charbon S: le Bois que 
l'on met fur la Grille du Cendrier , e(t 
ordinairement de 6 , ou 7 pouces de 
large j & de la hauteur du Corps dvi 
Fourneau , auquel on donne toujours 
cinq ou llx pouces. 

La troitiéme Ouverture ell la plirs 
étroite; elle fe fait à la Cime du Four- 
neau fous le Couvercle : elle répond 
au Creufet, diins lequel on fait une autre 
Ouverune, qui répond à celle-ci. Cette 
Ouverture, fert à faire leselTais, par 
Icfquels on connoît quand le Verre eft 
cuit & loifij-vie Ls Couleur; font fon- 
dîics & incorporées au Verre. On don- 
ne à cette Ouverture lin pouce & de- 
mi de largeur fur trois ou quatre de 
haut. 

Toutes ces Oiivertures ont des Por- 
tes de Briques avec un Bouton poiir 
les fermer au bcfMn. Le Creiutt mê^- 
nie'a une petite Porte à l'Ouveiuue 



Cï ^ Observations sur l'Histoire Naturelle, 
qui répond à la troilîcme du Four- fans autre Modèle. 



neau. 

ha féconde Pièce du Fourneau e(l un 
Creufet en forme de Boite avec fon 
Couvercle. Cette Pièce elt quairce 8c 
moins grande que L" dedans du Four- 
neau : on la pôle fur les liarres de Fer 
qui font au-delfus du Feu, Ce Creufet 
efl fait de façon qu'il ne touche point 
le Fourneau; (?c il laifle une efpacc de 
deux ou trois pouces , félon la gran- 
deur du Fourneau , entre U Creufet & 
les Paroys internes du Fourneau , pour 
laiffer palier la Clialeur & la Flànie 
tout autour. 

Ce Creufet doit avoir deux pouces 
au moins d'cpaiiïeur & être fait de 
Terre de Creufet d'une feule Pièce , 
ou de plufieurs , félon fa grandeur: 
c'en dans ce Creufet que l'on met les 
Vitres les unes fur les autres j mais ce- 
pendant fcparces entr'elles par des lits 
de Cliaux', comme nous le dirons ci- 
après. Les ElTais que l'on réferve font 
pofés vis - à - vis du Trou , de forte 
qu'on puifle les retirer du Creulet & 
6c du Fourneau avec des Pinces. 

La tro'ifiéme Pièce du Fourneau efl; le 
grand Couvercle qui couvre tout le 
Fourneau. Ce Couvercle efl fiiit de 
deux ou de trois Pièces de Terre à 
Creufet, incrullée fur des Plaques de 
Fer: on le fait le plus épais & le plus 
lourd qu'il ell pofTible. Il y a dans les 
quatre Coins de ce Couvercle des 
Trous vis-à-vis l'efpace intérieur qui 
eft entre le Fourneau & le Creufet ; 
c'ell par - là que fort la Flâme & la 
Fumée : ces Trous ont leurs Couver- 
cles particuliers que l'on ferme lorf- 
que la Fumée & la Flàme font dini- 
pées. 

Je crois que celte Defcription fuf- 
fit , & qu'il efl facile maintenant de 
faire conRruire de pareils Fourneaux, 



Manière de préparer la Chaux peur euirt 
les Vitres, 

Prenez de la Cliaux vive qui n'ait 
point été mouillée: vous la ferez fon- 
dre feule; &: quand elle fera refroi- 
die , vous la paiïerez par un Linge 
fin , après quoi vous la ferez cuire une 
féconde fois, & la paUerez encore de 
même^ 

Comme il faut mettre le Verre dans le 
Creufet. 

Vous ferez au fond de votre Creu- 
fet un lit de celte Chaux, fur lequel 
vous coucherez votre pièce de Verre , 
où vous aurez étendu l'Email d'un cô- 
té & les Couleurs de l'autre : enfuite 
vous répandrez de la Cliaux en pou- 
dre fur la Pièce de Verre, & met- 
tez ainfi toujours votre Verre entre 
deux lits de Chaux , il faut faire de 
même pour les Epreuves , qui fer- 
vent à faire voir quand le Verre eft 
cuit. 

Comment il faut couvrir le Fourneau Cr 1$ 
Creufet. 

Vous couvrirez votre Creufet avec 
fon Couvercle j auquel il ne faut fai- 
re aucune Ouverture , & vous lutterez 
les jointures avec du Lui ordinaire : 
vous lutterez auiïi le dellus de votre 
Fourneau , lorfque vous aurez pofé 
le grand Couvercle, y laiffant cepen- 
dant les Ouverures des Coins libres, 
pour laifler fortir la Flâme & la Fu- 
mée. 

Je n'ai pas c<Mnpté le Couvercle 
du Creufet comme^une Pièce particu- 
lière du Fourneau 3 cela fait Partie 
du Creufet même. 



SU8. LA PhTSÎQUE ET SUR LA PEINTURE. 



^Z 



Comment ïl faut mettre le feu au 
Fourneaiu 

Vous allumerez environ plein un 
Rccliaiid de Charbon , que vous pouf- 
ferez dans k Corps du Fourneau , en 
y joignant tout le Charbon nécelTaire 
&- proportionné à fctenduc du Corps 
du Fourneau: enfuite vous ôtererles 
Portes , à l'exception de celles du 
Creufet , pour bien allumer le Feu ; 
& quand il fera bien allume , vous re- 
mettrez vos Portes , hormis celles du 
Cendrier, & lutterez bien 1? Four- 
neau , en forte qu'il ne reçoive de 
l'Air que par la Porte du Cendrier Se 
les Trous du grand Couvercle. 

Le Feu étant bien allumé & pouf- 
fe avant dans le Fourneau , vous l'en- 
tretiendrez , en y pouffant par l'Ou- 
verture du milieu du Bois fec , fendu 
bien menu , afin que le Feu foit tou- 
jours bien clair. Vous refermerez la 
Porte de cette Ouverture à mefure 
que vous y aurez mis le Bois : celui 
de Chêne n'y ell pas propre , parce 
qu'il brûle difficilement Se qu'il pé- 
tille trop. Ayar.t'ainfi entretenu le 
Feu, environ douze heures , vous re- 
tirerez vos Epreuves par l'Ouverture 
d'en haut, en ouvrant le Fourneau & 
le Creufet ;, & fi vous les trouvez bien 
eonditionnéesj vous retirerez le Feu, 
& laifferez refroidir votre Verre dans 
le Fourneau. Pour cet effet vous re- 
boucherez bien le Fourneau iufqu'au 
Cendrier même , de façon qu'il n'y 
entre point d'Air ; autrement les Pic- 
ces de Verre fe cafferoient. Il eR inu- 
tile de dire que fi le premier Elîai que 
l'on retire n'efl: pas affez cuit , il faut 
attendre le tems convenable pour en 
retirer un autre: c'efl ce que la pra- 
tique enfeignera mieux que tout ce 
qu'on en pourroit dire. 



ARTICLE VI. 

Manière de marbrer le Papier. 

ON fera donner un bouillon à une 
Pinte d'Eau: l'ayant retirée du 
Feu , on mettra dedans l'Eau , de la 
Gomme Adragant , Tracacanthi , bien 
pure, pulverifée &: tamifée, & on la 
laiffera ainfi pendant 24 heures, re- 
muant de tems en tems pour faire d if- 
foudre la Gomme," on mettra enfuite 
quatre Pintes d'Eau dans un Vaiffeaii 
plus grand, Se on y jettera la diffolu- 
tion de h Gomme Adragant , remuant 
bien avec un bâton , après quoi il faut 
laiffer repofer l'Eau 28 heures. Se lî 
quelques grains de cette Gomme n'c- 
toient pas bien diffouds,. on les écrafe- 
roit dans l'Eau avec les Doigts: on 
paffeenfuite le tout à travers un Linge, 

Lorfque la Gomme eff bien fondue' 
& bien incorporée avec l'Eau , elle 
peut fe conferver long- tems, obfer- 
vant feulement de ne la pas préparée 
dans les grandes Chaleurs, ni dans les 
grands Froids. 

Lorfqu'on veut"s*en fervir , fi elle 
efl trop graffe , &: qu'elle ne porte pas- 
bien les Couleurs, on coule légère- 
ment par delTus une feuille de Papiec 
pour la dégraiffer. 

On fe fert ordinairement de fix for- 
tes de Couleurs pour faire le Papier 
Marbré. La première efl Rouge, que 
l'on prépare avec la Laque commu- 
ne , Se pour la rendre plus Rouge, on y 
ajoute un peu de beau Vermillon biciv 
broyé. 

La deu\iéme Couleur eff jaune : 
c'efl rOrpin qui donne on fort beau' 
luflre au Papier,. 

La troifiéme efl l'Oiangé, qui fe fait 
avec les Couleurs précédcmes. 



(?4 Observations sur. l'Histoire Naturelle ," 

Li quatricme C )ulcm- eit le Bleu , ré, de l;i Figure & de la grandeur Je la 

Feuille de Papier que l'on voudra mar- 
brer, profond de quatre à f.x pouces , 
auquel on mettra 3 ou 4 doigts d'Eau 
préparée, puis prenant de vos Cou- 
leurs avec autant de Pinceaux dilîé- 
rens,on les fécouera fur TEau ; 8c pour 
mêler bizarrement ces Couleurs , on 
fera un Lillrument avec deux Epingles, 
que l'on tîclicra au bout d'un Buton , à 



que l'on prépare avec de Pin ligo. On 
pourroitbicn s'en fervir tout feu! ; mais 
pour le rendre plus clair , on y mêle 
du blanc de Plomb. 

La cinquième Couleur eftle Verd, 
qui fe fait avec l'Orpin ts- TlnJigo. 

La fixiéine Couleur ell compolée du 
mélange du Riuge^ du IMeu ,- ce 
qui forme le Violet. 



On peut encore y mcler du Noir de peu près de la Figure d'une Fourche'te^ 



Fumée 8c telle autre Couleur qu'on 
voudra , obfervant néanmoins de mé- 
nager les Nuances. 

On prépare les Cjuleiirs , en les 
broyant à fec fur le Marbre : étant bien 
broyées , on y mêlera de l'Eau de 
Pluye dillilée , ou quelqu'auire Eau 
Lien légère , broyant iufqn''à ce qu'el- 
les foient comme réduites en bouillie, 
puis on les gardera feparément dans 
des Vafes, S< quand elles font delTé- 
cliées , on y met un peu d'Eau pour 
les humeder ; obfervant de ne pas trop 
les délayer. 

Pour s'en fervir , on jette dans les 
Couleurs une quantité convenable de 
Fiel de Bœuf, remuant (Se mêlant bien 
chacune en particulier , obfervant 
de ne pas mettre trop de Fiel de Bœuf; 
car il gateroit la befogne. C'eil cette 
Liqueur qui fait étendre les Couleurs 
fur l'Eau préparée avec la Gime Adra- 
gant , ainfi qu'il ell dit. 



avec laquelle on tracera fur l'Eau des 
Figures telles qu'on les veut mettre fur 
le Papier ; on peutaufTi avoir un Inf- 
trument en Forme de Peigne, pour 
mieux onder & mêler les Couleurs. On 
pevu iet;er fur les Couleurs des gouttes 
d'Eau de Gc)me , pour les tacher de 
blanc, fi l'on veut. La Gôme Adra- 
gant ell la Baze du Secret, elle ne s'a- 
lie point avec le Fiel de Bœuf, non 
plus que l'Huile avec l'Eau. 

Votre delfein fait fur la Superficie 
de TEau , vous y étendez la Feuille de 
Papier, mocte& imbibée , la laiffant 
une ou deux, minutes, & l'ayant reti- 
rée, on la nv-;tita à plat &- à l'envers, 
pour la faire féchc«, étant bien féche , 
o^^ frottera la Peinture avec un mor- 
ceau de Savon pour leslullrer: après 
quoi on les eOuiera avec un Linge lin , 
ou avec du Drap bien doux. 

On fera ce Papier Marbré de quel- 
les Couleurs on voudra , pourvu qu'on 



La Laque é< l'Indigo font fortaifés à les prépare comme on a dit. On peut 
broyer ; mais l'Orpiment , le blanc de aulTi y mêler des Feuilles d'Orou d'Ar 



Plomli & le Vermillon , demandent 
4 ou 5 heures de tems pour être bien 
broyés. 

Toutes ces chofes préparées , on 
aura un Baquet ou VailTeau plat , quar- 



gent & faire des Figures &: des Nuan- 
ces, telles qu'on le jugera à propos, 
ce que la pratique enfeigneraplus que 
tout ce que l'on peut dire. 



APPROBATION. 

JA I lii par orJre de Monfeigneur le Chancelier , la tjuatricme Partx d'un Manufcrit, qui « 
pour Tiiro Oljerviinons fur l'HiJloire Naturelle, fur la Phfijue tr fur la Peinture i & j»- 
prois que riiiipreû'ion en peut être permife. Donné â Paris le ij Oftobre 175*. 

Philippe D£ Prétot. 



OBSERVATIONS 

SUR 

rmSTOIRE NATURELLE/ 

SUR 

LA PHYSIQUE 

ET 
SUR LA PEINTURE. 

AVEC DES PLANCHES IMPRIMÉES EN COULEUR, 

Cet Ouvrage renferme les Secrets des Arts , les Nouvelles Découvertes j 
(es Dijputes des Philofopkes & des Artijîes Modernes, 

ANNÉE i7ja, 
TOME SECOND, VI. PARTIE, 




A PARIS, 

Chez DELAGUETTE, rue Saine Jacques, i f Olivier. 



AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY. 



fi)bKn-Srruc" St H«ptf' '"" ''''^'"'" '''' >î. G . . x : s . Auccu. de. prcr.nc. 



f: rr » 



V- 



!-f 



■■»-' 



» • » ît . 



^<# *"^ ^T- y^*^. 






<■ ^ 



^, 



.A'b'7.,'j'« 



. -Hi-'' "-i ■■» :' »«•;'•'■■•;*' t' 




OBSERVATIONS 



CINQUIÈME PARTIE. 



i^; — ^-'^^r—'é — ^ 



^niig: — ^ 



^^s^ 



HISTOIRE NATURELLE. 



OBSERVATION XXIII. 



Sur la Struflure des Mufeles. 

Oeuvre pojlume de M. Duverney , Confeiller ^ Médecin , Profejfeur d'Anatomk au 
Jardin Royal, &• de VAcadémit des Sciences, 



'^E morceau extrêmement fça- donnai d'abord an Public , &; qui fu- 

p levant & curieux, & les deux rent reçues avec tant de fucccs. Le 

/"Il Obfervationsfuivantes m'ont Manufcrit que j'ai en ma pofîeirion ell 

f^^=^ été remis par M. Duverney , écrit de la main du même M. Da- 

ChirurgienDémonftrateurau veriiey , Neveu & Eleva de i'Autçuc 

Jardin Royal, avec qui i'avois été afTo- de cette Dilîertation , & de qui j'ai 

cic dans les Tables d'Anatomie que je appris TAnatomie.. 

Jnn/e i-j^ZjTom, II. Partie. F, X 



'(S6 Observations sur. l' 

-* 'îg^dbn^ne ce Traiic ici , & l'Ob- 
ferMaJjtott fuiVante , tels qu'ils font en- 
tre' nies niaiiis, fâiiï y .faire la moin- 
dre ''aâaiuo'h, Â lans y rien rétraii- 
Ij<^r. 

^ '■ • , , 

' Pe il SirUSiuredes Mufeles' en géncraL 

< Comme il eft impolTible de connoî- 
tré le 'm luvemeiTl des MufctÇs^, falis 
fçavQir^nparavant quelle ed leur Struc- 
ture î; nous allons commencer par la 
détTfte; '■■ ■ ~ • "■ • '•"•■ "■■ 

Le Mufcle n'eft autre cliofe qu'un 
aiïcmblagc & un compofé de Fibres 
'qu'on appelle Nlotrice?. 

La Fibre Motrice çjl ordinairement 
compofce de trois Parties , celle du 
milieu efl charnue^ &• les extrémités- 
tenJinaufes. La Partie charnue eft la 
plus tendre &:-ordinaf rendent de Cotr- 
îeur Rouge ; la Tendrneufe eft la plus 
dure , & de Couleur Blanche. 

On efl fort en peine pour détermi- 
ner la Structure des Parties charnues^ 
les uns.prétenfTeni; qii'éfles ont laFigure 
d'un petit Prifme à trois pans , coni- 
pofé de plufieurs filets , aufquels les 
Anatomiltes donnent plufieurs différen- 
tes Formes. Les uns veulent que chacun 
d'eux foit un alîemblage de plufieurs 
fils treiTés , qui laiffent entr'eux des in- 
tervalles de différentes Figmes. Les au- 
tres comme Borelly , prétendent que 
chaque Fibre doit être confidérée com- 
me un Cilindre creufé en Canal , Se 
rempli d'une fubflance fpongieufe , & 
que ces Fibres s'entrelalFent de telle 
manière qu'elles iailTent eutr'elles des 
efpaces en Lozanges. Les autres enfin 

* Obtat nimia Fibrarum Carnearum exilita 
^uae nimis veram earvmdem Strufturam oculi 
«etiam optimo Mieiofcopio armatij liceat iaTpi- 



HisTOTRE Naturelle , 

comme BernouUy regardent îa Fir^ 

■ bfe Mufculeufe comme une efpéce de 
THiyau qui eff lié de telle manière 
d'elpace en efpace , par les Fibres 
Membraneufes qui l'entourent , qu'en 
fe gonflant il fe forme entre les Ligatu- 
res autant de Veficules , qui par la 
çommuwcation qu'elles ont encore en- 

■ tr'elleà malgré ces Ligatures s'cntienl 
toutes à la fois par la Matière fluide 
qui en fait le gonflement , * ce n'eft 
que par hypothcfe qu'on a attribué 
toutes ces différentes Figures à la Fi- 

■ "bre •chafmic, parce "cjn^on ne peut 11 
déterminer précifément par les yeux, 
aidés même du Micjofcope. 

. Les Parties Te ndineufçs font corn- 
pofées de Filets blancs , fermer, durs, 
ferrés 8c élaftiques ; ces Filets (e fépa- 
rent.aifément , dans quelques- Tendons 
qu'on a fait tremperquelque temsdans 
l'eau ^ au qui commencent à fe pour-; 
rir. 

Quelquefois les Tendons devien- 
nent ofleux , comme cela fe voit dans 
celui qui ell au milieu de la Baze du 
Cœur du Cerf, du Boeuf, & à l'Hom- 
me, à mefure qu'il vieillit. Cela fe voir 
auffi dans les Tendons des Jambes dtc 
plufieurs Oifeaux qui deviennent Of- 
leux dans toute leur étendue , à la re- 
ferve dé l'endroit par où ils pafl'ent fur 
les Articles , comme on le remarque 
principalement dans les Coqs-d'Inde, 
dans les Grues & autres. 

Les gros Tendons percent, ou pouf- 
fent , & s'enfoncent avec le Periofie , 
pour s'implanter dans l'Os même ., le- 
quel efl toujours raboteux & inégal em 
cet endroit , pour rendre celte attache 
plus ferme. 

ccre , hinc ideèmeris conjeauris cogimux aSèrf 
qui. 



«UR LA Physique 

Dans tons les Mufcles , la Chair tient 
ïieu de reflbrt, c'efl-à-dire , qu'elle a 
Ja propriété de fe racoiircir, & le Ten- 
don fait roffi<;e d'une llmple Corde; 
en effet on voit par la DifTedèion des 
Animaux vivans , que dans l'Aftion des 
Mnfcles ^ il n'y a que les Fibres char- 
nues qui fe contraâent ou fe racour- 
cideiît, 6c que les Tendons au fqucis les 
Fibres font attachées , retiennent tou- 
jours leur même longueur fans aucun 
changement dans leurs dimenfions , * 
ik qu'ils ne font mouvoir la Partie à la- 
quelle ils font attachés , qu'autant qu'ils 
font tirés par les Fibres charnues qui fe 
racourcifTent , & qui font l'inftrument 
immédiat & complet de tous les mou- 
vement des Animaux. 

Ces trois Parties de la Fibre Motri- 
ce ne font iamais une Liorue droite . 
mais elles font difpofées de manière 
que la Fibre cliarnuë s'attachant par 
chacune de fes extrémités à la Fibre 
tendineufe fait des Angles alternatifs 
oppofés. 

Les Fibres cîiarnuës font arrangées 
inégalement dans chaque Mulcle : de 
manière que pour l'ordinaire le plan 
des Chairs a la Figure d'un Hliombe, 
ou d'un Rhomboïde, & les Tendons 
oppofés ont celle d'un Trapèze , & lorf- 
que pour tirer avec plus de force elles 
font obligées d'aSembler plulîeurs de 
ces plans , elles leur donnent à peu près 
la Forme d'une Plume , dont les barbes 
repréfentent les deux plans des Fibres 
charnues, & le Tuyau le Tendon mi- 
toyen , qui étant ordinairement grêle 
& délié , n'occupe par fon infertion 
qu'un très-petit efpace fur le Corps de 
l'Os. 



ET lui LÀ Peinturb: 6j 

Pour concevoir unz idée plus 
fenfible de ce Méchanifme, il n'y a 
qu'à fe repréfenter une longue Corde 
attachée à un poids que l'on voudroit 
faire tirer par un grand nothbre d'hom- 
mes, dans un chemin long & étroit : car 
au lieu de les ranger de front , ce qui 
nefe pourroit faire dans un fi petit ef- 
pace , on les difpoferoit en deux files 
aux deux cotés de la Corde. 

L'arrangement des Fibres en Forme, 
de Plume , fait à peu près le même ef- 
fet, chaque Fibre ayant fon point de 
force dans la longueur du Tenddri. 
C'cft par ce moyen que la Nature peut' 
mettre plufieurs Mufcles très-charnus 
les uns fur les autres, & aux côtés des 
Os , au lieu que fi les plans de Fibres 
étoient pofées les uns fur les autres à; 
peu près comme des Cartes , le Veri- 
tre du Mufcle feroit épais & demande-: 
roitun grand efpace: ce qui ne peutfe 
trouver aux côtés des Os ou la Nature 
eft obligée de ménager l'èfpace pour 
placer dans un petit endroit., un très-, 
grand nombre de Mufcles. D'ailleurs 
c-ss gros paquets de Fibres , ainfi entaf- 
fés les uns fur les autres , rendroiént les 
Parties difformes Si monffreufes. 

Après avoir déterminé quelle efl la 
Strudure de la Fibre Motrice , il efl 
aifé de concevoir ce que c'eft qu'un 
Mufcle , puifqu'il n'eff autre chofe qu'un 
compofé de plufieurs couches de ces 
mêmes Fibres. Quand elles fe placent 
les unes à côté des autres elles en font 
la largeur , ordinemftii latitudinem, & en 
fe plaçant les uns fur les autres elles ej» 
(ont l'épaiffeur. 

On diflingue auffi dans chaque Mut 
de trois Parties , fçayoir ^ celle du mi- 



* Nullusfit motus in CorpoKC Animali five 
fpontaneus fît, five volontarius , fivcmixtus, 
iHfi à Fibrâ Motrice , hinc > nonnulli malè 



definiunt Mufculum quod fît motus]|volont»rij, 
Organuia. 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



'<Î8 

Heu & Tes extrémités. Celle du milieu 
€i\ charnue 6c forme ce qu'on appelle 
fon Ventre ; fes extrémités font les 
deux Tendons qui font oppofés l'un 
à l'autre. Les anciens appelloient la 
Tête la portion du Mufcle qui ctoit 
attachée à la Partie qu'ils croyoient 
immobile ; & la Queue celle qui étoit 
attachée à la Partie qu'ils s'imaginoient 
être toujours mobile. 

Ils ont formé plufieurs difficultés fur 
les noms de Tête & de Queue; mais 
Qti doit regarder ces quertions comme 
inutiles j & pour éviter d'y tomber, il 
n'y a qu'à fe fervir toujours des mots 
d'extrémités , & dire, par exemple, 
qu'un Mufcle cfl attaché par une de 
les extrémités à telle partie d'un Os, 
& par l'autre à un autre endroit : car 
Éien fouvent la Partie qui efl im- 
mobile dans une fituation , devient mo- 
bile dans une autre. Dans un même 
Mufcle toutes les Fibres charnues font 
égales & parallèles. La raifon de cet- 
te égalité efl évidente ; parce que ces 
Fibres étant comme autant de relTorts, 



naiiTeni de la Mejnbratie propre du 
Mufcle. Ces Fibres font parallèles en- 
tr'elles , & entrecoupent tranfverfale- 
ment les Fib/es charnues ôc les lient 
étroitement. 

Chaque M'ifcle a fon enveloppe par- 
ticulière , qui ell formée par un liiïii 
ferme & ferré , 6< de laquelle nailTent 
les Fibres iWembraneufes dont on vient 
de parler. Cette Membrane lient en 
état les Fibres charnues, 

Quan I un Tendon fe dilate en for- 
me de Membrane , on l'appelle Mem- 
braneux , c'cft pourquoi un des Fié-' 
chilleurs de la Jambe ef\ appelle demi 
Membraneu x. Quand il eft rond comme 
un Nerf, on l'appelle Nerveux , tel efl- 
un desFléchilTeiirs de a Jambe qu'oit 
nomme demi Nerveux : c'eft là le lan- 
gage ordinaire. Mais lorfque les Fibres- 
tendineufes s'épanouilTent on nontme 
cette dilatation Aponévrofe , comme à 
l'avant Bras , ou au Fafcialata ; & lorf- 
qu'on voit que fon Ventre ell diftingué 
en deux ou trois Parties , par des Li-* 
gnes tendineufes , on les nomme in^ 



elles dpivent fe racourcir toutes égale- terfeBions , comme cela fe voit dans lés- 
inent 3 afin de fe fortifier & s'entc'aider Mufcles droits 



dans leurs fondions : au lieu que fi 
elles étoient inégales , les pîui courtes 
feroient non feulement inutiles ; mais 
elles empêcheroient même le mouve- 
ment des autres. 

Toutes les Fibres charnues dans un 
même Mufcle font égales ; mais celles 
qnicompofent les Tendons^ font dif- 
poLes de telle manière que la plus lon- 
gue d'unTendon répond à la pluscourte 
du Tendon oppofé.On voit parla qu'un 
Tendon quelque délié qu'il puifTe être 
renferme autant de filets qu'il y a de 
Fibres charnues. 

H y a un nombre prodigieux de Fi- 
bres Membianeules qui font implan- 
tées dans les Fibres charnues, elles 



Si tous ces iMufcles n'ctoient rete- 
nus Amplement que par leur Membra- 
ne propre ^ dans les aélions violentes ^ 
ils s'écarteroient les uns des autres & 
fe jetteroient en dehors; ce qui caufe- 
roit des gonflemens qui reniroient la 
furface des Parties inégales. Cette en- 
veloppe ne fert pas feulement d'en- 
veloppe , elle fournit eiicore plu- 
fieurs allongement, qui comme au- 
tant de cloifons , (éparent de diflin- 
guent les Mufcles, de la Partie où elle 
le trouve. 

Chaque Mufcle efl parfemé d'un 
très-grand nombre d'Artères , de Vei- 
nes & de Neifs , qui percent inditTé- 
remment le Ventre du Mufcle 3 tan-; 



SUR LA Physique 

tôt en un endroit, & tantôt à Pautre; 
(elon la fnuation & la route des Vaif- 
feaiix , d'où elies tirent leur Origine. 
Quand elles font entrées dans le Miif- 
cle , elles Te partagent en mille petits 
Raaieaux qui le raiiiii^nt de telle maniè- 
re fur la (urface de chaque Fibre char- 
nui-, qu'ils y font un Rezeau , ou Lacis^ 
qui la couvre entièrement. On voit 
anffiun très-grand nombre de VaifTeaux 
I.y.nphatique^qui naifle it de la Mem- 
brane propre de chaque Mufcle. Cou- 
per prétend avoir obfervè , '^ par des 
injeèlrons mercurielles, que tes Artères 
capillaires s'ouvrent dans le tiiïli Vtfi- 
culaire des Fibres charnues. 

C'ell par l'abondance du Sang dont 
ces Fibres font imbibées^ qu'elles re- 
çoivent cette Couleur rouge, qu'on ap- 
pelle communément Couleur de Chair. 
Cela ei\ fi vrai qu'à mefure qu'on fe- 
ringue de l'eau tiède dans un Mufcle 
& qu'on en ôte le Sang , fes Fibres de- 
viennent pâles & blanches, c'efl une 
des raifons qui a obligé quelques Ana- 
tomiftes à foutenir que les Fibres char- 
nues font de la même nature que les 
Fibres tendineufes; & qu'il n'y a point 
d'autre différence , fi non quo les char- 
nues font plus propres a s'imbiber de 
Sang & d'efprits , & les tendineufes plus 
lërrrèes. 

Mais je fuis perfuadé qu'elles ont les 
unes & les autres une Struâure très- 
différente , ce qui fe remarque allez 
par leurs effets : & d'ailleurs quoique 
les Fibics charnues foient étroitement 
attachées aux tendineufes , elles en peu- 
vent cependant être féparées par la 
CuifTon. 

On a dit que chaque Mufcle a deux 
Tendons oppofés, cependant il s'en 
trouve qui paroilîent n'en avoir qu'un 
feul : dans plufieurs Mufcles une des 
extrémités paroit toute charnue, & 



ET SUR LA Peinture. 6$ 

tient immédiatement aux Os voifin^ ; 
ce qui prouve que ce ne font point les 
Tendons qui fervent au racourciiïe- 
ment des Mufcles^ 8c qui en font !e 
mouvement , mais feulement les Fi- 
bres charnues. 

Ce que nous venons de dire, qu'il y a 
des Mufcles, dont les chairs font immé- 
diatement attachées aux O>,nous donne 
lieu de mieux faire concevoir quel eft 
le véritable ufage de h Chair & des 
Tendons. Cela fe voit dans plufieurs 
Mufcles qui couvrent le Crâne , l'E- 
pine , les Omoplates, les Os des Iles; 
6i dans prefque tous ceux qui fervent 
aux mouvemens des Doigts, des Mains 
Si des Pieds ; parmi lefquels il y en a 
quelques-uns qui n'ont point de Ten- 
dons. On pourroit dire alors que le 
Mufcle n'a ni Tête ni Queue, pour 
parler félon le langage ordinaire , puif- 
que fon Ventre ou fa Chair font immé- 
diatement appliquées par fes deux ex- 
trémités aux Os voifins. J'en remarque 
un principalement dans l'avant-Bras, 
qu'on nomme Quarrc à. caufe de fa Fi- 
gure, & qui fert à tourner la Main 
contre terre, ce qu'on appelle prona- 
tion j 5c unautre à la Cuilfe qui fert à 
l'écarter & à la porter en dehors qu'on 
nomme aulli de même nom à caule de 
fa Figure, il y en a nombre à la Fa- 
ce, &C. Si l'on confidére que les Mafcies 
qui n'ont point de Tendons , ne iaif- 
fent pas de faire mouvoir les Parties 
aufquelles ils font attachés , on re- 
connoitra facilement que la Fibre char* 
nuèell la Partie elTentielle du Mufcle 
& que le Tendon qui n'eft qu'une Cor- 
de, ne lui eft néceflaire que pour évi- 
ter certains inconvéniens. 

D'autre part fi l'on fait réflexion que 
plus une Fibre charnue a de longueur 
plus elle efl capable d'un grand rjcour- 
cillement. L'on ne s'étonnera plus de 



Observations stjr l'Histoire Naturelle, 



7« 

ce que certains Miifcles font nns 1 en- 
dons aux endroits de leur Origine ; 
parce que la Nature qui veut ménager 
le peu d'efpace , où le Ventre du .\iiir- 
cle doit être renfermé ^ donne par ce 
moyen à la Fibre cliarnur le plus de 
ionsTiieur qu'il lui ell poilible. 

Si l'on demande pourquoi donc tous 
les Tendons ne manquent point dans 
tous lesMiifcles; ileilaifé de répon- 
dre que comme il en a fallu placer plu- 
f;eursdans un très-petit efpace , & les 
placer commodément , fi tons les Muf- 
cles ctoient finis Tendons , ^- que 
leurs Chairs fii!Tent immédiatement ap- 
pliquées aux Os , comme elles ont la 
plupart un volume confidéraljle , elles 
occuperoient un très grand efpace lur 
le Corps de l'Os, lequel ne pourroit fer- 
vir qu'A l'attaclie d'un très-petit nom- 
bre deMufcles. 

D'ailleurs fi tous les Mufcles ctoient 
fins Tendons , c\' que leurs Chairs 
fulTentcoiuinucsjufqu'aux Parties qu'ils 
.doivcnt'mouvoir i comment feroit-il 
polTibie de renfermer dans des efpaces 
aulTi étroits^ que font ceux qui fe voient 
en divers en Jroits de l'Animal, tous les 
rellorts qui y font contenus en très- 
grand nombre; au lieu que par l'ar- 
rangenient & l'ordre établi , les Ven- 
tres des^Mufcles diminuent prefque tout 
à coup', Se dégénèrent , pour ainfidire, 
en Cordes polies , èv ordinairement 
déliées; ce qui donne une facilité mer- 
Tcilleufe à ces Cordes , ou Tendons , 
pour couler entre les Mufcles , par où 
elles pallent, Se à giilVer les unes fur 
les autres ; à fe percer mutuellement 
& à faire un chemin fort long , fans 
embarralfer les Parties eutre lelquelles 
ils s'inlînuent. 

Tous ces avantages font fort fenfi- 
bles dans l'arrangement des Mufcles 
qui fervent auxmouvemens des Doigts: 



la Partie charnue de ces Mufcles eS 
toute placée dans l'avaiit-Bras ; néan- 
moins fuivant les loix de la fituatioa 
des autres Mufcles , elle devroit être 
attachée aux Os du Métacarpe ; mars 
ces dilTérens pelotons de Chair au- 
roient ren Ju la Paume de la Main iné- 
gale (Si pleine de bo'.Tcs , Se par cou- 
fjquent mal propre aux ufages pour 
lelquels le Créateur l'a dellinée. 

Les Têtes charnues de tous ce» 
Mufcliis paroilTent immédiatement at- 
tachées aux Oi du CouJe.oudu Rayon; 
ce qui rend leur^ Fibres charnues plus 
longues , & par coiîféquent capaliles 
d'un plus gran.1 racourctlFement : Or, 
cela étoit trè^-iuile , les Doigts for- 
mant des Flexions & des Extenfions 
trc> éten Jues dans leurs divers raouve- 
mens. C^s Chairs par leurautre extré- 
mité fe terminent vers le Poignet en 
Cordes déliées qui pallent par-dellus 
& par-delTous la Paume de la Main , 
fans altérer le Figure qui doit être 
platte & polie^ pour fe plier en creux , 
& embraflfer commodément les chofes 
dont on a befoin. 

Les Mufcles fe divifent en fimples 
(Sw en compofés. On appelle lunplcs , 
ceux qui n'ont qu'un Ventre & deux 
Tendons. On appelle compofés ceux 
qui ont plulleurs Ventres , & donc 
chaque Ventre a fes Tendons , c'eft- 
à-dire, celui qui eR compofé de plu- 
lleurs Mufcles fimples. 

Il y a plufieurs fortes de Mufcles 
compofés. Le moins compofé ell ce- 
lui dont l'un des Tendons venant à 
fe partager en deux, embrafle les cô- 
tés du Mufcle, l'autre palTant par le 
milieu du Ventre reçoit les Filets^ des 
deux plans de Fibres charnues dont 
il ell compofé. 

Il ert inutile de parcourir les au- 
tres diiferences des Mufcles compofés ^ 



SUR LA Physique et 

. car on ne les peut faire fentir que par 
l'infpedion de la Partie même. 

Il faut encore remarquer que la lon- 
gueur des Fibres d'un iVIufcle , ne doit 
pas toujours fe mefurerpar la longueur 
de Ton Ventre , car il y en a qui ont 
un Ventre trcs-long dont les Fibres 

. font néanmoins très-courtes. Longitu- 
do Fibrarum dat magnituditum motus , &* 
hrcvitas Gr multitudo Cinim dat vires, 
C'eft-à-dire, la longueur des Fibres 
charnues fait la grandeur du mouve- 
ment , parce que le chemin d'une Fi- 
bre qui parcourt une Partie du Mufcle, 
ert toujours proportionné au racour- 
cifTement de ce Mufcle; (Se le grand 
nonîbre des Fibres augmente la force, 
& fe proportionne à l'étendue. 

Quand piufieurs puilîances agilTent 
enfemble, elles tirentavec plus de for- 
ce , c'ell pour cela que les Mufcles 
Crotaphites font fi épais^ c'eft aulTice 
qu'on obferve dans le Gizier dés Oi- 
feaux & dans le Cœur de tous les Ani- 
maux ; mais on obferve encore mieux 
cette force dans le Deltoïde, 

Conclulîon, les Mufcles qui fervent 
à nos mouvemens ont encore des diffé- 
lences très-confidérabies, foit par leur 
grofleur, foit par leurtilTu, foit par 
leur configuration , foit à raifon de 
i'eudroit où ils s'implantent , lequel 
dans les uns efl plus éloigné du point 
d'appuy , & l'eft moins dans les au- 
tres. 

A l'égard de leur grofleur elle efl vi- 
fible dans les Mufcles qui fervent au 
mouvement des Mâchoires : dans les 
Animaux carnaciers , par exemple , les 
feuls Mufcles Crotaphites ^ outre leur 
étendue très - confidérable , ont dans 
leur milieu plus de crois grarjds pouces. 
d'cpaitTeur. 

A l'égard de la force occafionnée par 
le tilTa des Mufcles > elle paroit dans le 



SUR LA Peinture. 71 

Gizier des Oileaux , dans le Cœur des 
Animaux, mais principalement dans 
le CœLir humain , dont les Fibres , 
outre leur tilfure ferrée , s'entrelalfent 
les unes fur les autres comme les fils 
d'un peloton , ce qui en augmente la 
fermeté & l'Eiafticité. 

Quant à la configuration , je parle 
de l'intérieure , elle efl vifible dans le 
Deltoïde, ce Mufcle occupe un allez 
petit efpace au delTus de l'article du 
Bras; cependant il ellcompofé de dou- 
ze Mufcles Rhombaïdaux, dont chacun 
eil form : d'un très - grand nombre de 
petites Fibres. 

Pour rendre fenfible l'aâion de ce 
Mufcle qui efi defliné à lever un poids 
très- confidérable, il faut fe repréfenter 
piufieurs forces, difpofées'eu douze fi- 
les de chaque côté, rangées artifiement 
de façon que chacune d'elles puilTe ti- 
rer la Corde qui e(t au milieu pour 
attirer le poids a'taché à cette Corde, 
Voilà ce que fait à peu près l'arrange- 
ment des Fibres qui compofent les dou- 
ze Mufcles du Deltoïde , la Nature fe 
fert de cet ordre pour mottre en jeu 
en même tems un nombre très-confi-» 
dérable de Fibres, qui joignent tous 
leurs efforts fur un feul point pour ti- 
rer d'nn même fens le Tendon c^ui fup- 
porce un grand cfiort. 

Examinons à préfent comment fe fait 
le mouvement des Mufcles. Les Ana- 
tomifies Modernes diRinguent ce me 
femble alTez bien les monvemens qui 
fe font en nous, eiipurement méc/foniques, 
&: en méchaniques volontaires. 

Les oremiers font ceux qui fe font par 
la feuie difpofition de la Machine, 
comme le mouvement du Cojiir ^ de» 
inteflins, de la Vedîe , Sec, 

Les derniers font ceux qui fe font 
par le commandement de l'Ame, à la- 
quelle laMicKine obéît, ainfi q_ue le- 



72 Observations sur. l'H 

niodvement des liras , des Pieds, de 
la Tcte & du relie du Corps. L'A ne 
eil la Maîtrede de ces mouveuiiiis , 
parce qu'elle dirige les efpiits dans les 
Mufcles; mais li cette diftribution d'ef- 
prît (était faiis fa participation , le mou- 
vement devient involontaire. 

On n'appelle jamais volontaires les 
mouvemens qui font purement mécha- 
niques , parce que le cours des efprits 
dans les Mufcles qui fervent à ces mou- 
vemens n'eft jamais fournis à la volon- 
té. Quand ces mouvemens purement 
méchaniques font déréglés . on les ap- 
pelle fimpleiiient Contre-nature Se Con- 
pulfifs. 

lis font nommés Contre - nature , 
quand ils font plus vîtes ou plus lents , 
plus forts ou plus petits que dans l'état 
naturel , & Convnlfifs , quand, outre 
quelqu'un de ces défauts , ils ont en- 
core celui de fe faire d'une manière 
diflerente de la naturelle, ou qui lui eu. 
oppolée , par exemple , le mouvement 
du Cœur & des Artères eft fimplement 
Contre-nature dans la Fièvre , & Coii- 
vuliîf dans la Palpitation , Scainfides 
autres. 

La Refpiration n'efl point un mou- 
vument con^polé comme on le dit com- 
munément. Il ell; purement méchani- 
que dans ceux qui refpirent fans y 
penfer , & volontaire dans ceux qui y 
font attention , parce qu'on peut l'ac- 
cellerer ou le retarder. 

Il eft à remarquer que les fondions 
Animales fe font quelquefois en nous 
fans que l'Ame y faffe aucune atten- 
tion j ou fans qu'elle y faiïe réfle- 
xion, 

La dilTcrcnce qui eft entre ces mou- 
vemens, eft que les uns font continuels , 
& que les autres ne fe font que dans cer- 
tains tems, comme ceux des Paupières. 

Lorfc^u'oii obfervç wi Mufcle qui 



iSTOiRE Naturelle," 
eft dans fa contraôion , l'on remarque 
en premier lieu qu'il eft d'ir ; cette du- 
reté augmente par la durée de raftioii 
ou par 11 feule augmentation du poids, 
fans que le mouvement augmente ; 
comme il arriveauBras qui demeure 
toujours dins la même fituatioii ; ce 
Phénomène eft fort beau & mérite at- 
tention. 

Deuxièmement , on reconnoît au 
Mufcle un gonflement très-confidèra- 
ble, troifièmement il change de Cou- 
leur. 

Il eft bon de dire que quoique le 
mot de FléchilTeur convienne dans 
nombre d'occafions, par exemple au 
Coude , il peut aulH-bren devenir Fié- 
chifTeur du Bras , fuivant les dillerenies 
attitudes , ainfi des autres , cependant 
il faut s'accommoder au langage vul- 
gaire , 8c avertir fon Leâeur. 

Les Organes immédiats de tous nos 
mouvemens font les Fibres Motrices ; 
non feulement celles qui compofent 
les gros Mufcles , qui fervent à remuer 
les Bras , les Cuilfes , &c. mais enco- 
re celles qui aident à former les Par- 
ties qui fe meuvent, indépendcmment 
de ces mêmes Mufcles , telles que font 
l'F.ftomach , les Inteftins , la Matrice, 
les Uretères, la VefTie, les Glandes.' 
Il en faut excepter les Artères, dont 
la dilatation dépend uniquement de 
rimpulfion du Sang que le Cœur y 
poulie , 8i le refTerrement , ou la vertu 
élaftique de leurs Fibres , qui ont été 
tendues au moment de leur Diaftole. 
Il en faut encore excepter les mouve- 
mens qui fe font par le reftort natu- 
rel ou des Ligamens , ou des Cartila- 
ges , comme aulTi les Gonflemens qui 
arrivent à certaines Parties par la dif- 
pofuion de leur tilTu Véliculaire , & 
l'abondance du Sang & des Efprits qui 
y coulent on certaines rencontres, tels 

font 



SUR LA Physique et sur la Peinture." 



font les gonflemens de la Verge , du 
Clitoris y du Rets admirable & du Va- 
gin. 



■OBSERVATION XXIV. 
De la Force des Mufcles. 

far M. Duverney , Auteur de la, précé- 
dente Obfervation. 

DANS la plupart de nos mouve- 
mens , la Nature fe fert des Os 
comme d'autant de Leviers , ce qui 
augmente l'effet de ia force des Muf- 
cles. 



Dans les mouvemens des Bras & des 
CuilTes elle employé le Levier de la 
troiriémeefpéce,qui efl: celui où la puif- 
fance ell; au milieu. En effet l'article du 
Bras, par exemple , eft comme l'ap- 
puy du Levier, le lieu de l'infettion 
du Mufcle ell l'endroit où la PuiCance 
pofe ,• & l'extrémité oppofée , c'efl-à- 
dire, le refte du Bras, ou de l'avant-Bras 
efl le fardeau fur lequel la Puiffance 
agit. 

Or , il eft certain que plus l'endroit 
où la Puiffance agit ^ efl éloigné de 
ï^appur, & plus elle a de force pour 
agir & pour remuer le fardeau. Pour 
mefurer cette dillance , il n'y a qu'à 
voir quelle ell la Ligne de direction 
des Mufcles , & tirer une Perpendicu- 
laire du Centre du mouvement à la Li- 
gne de Direftion , c'ell la longueur de 
cette Perpendiculaire qui marque cet- 
te dillance. 

L'on demande dans quel endroit 
précifément de l'article ell le Centre 
du Levier. 

Pour le bien déterminer , il faut re- 
inarquer que dans toutes les pièces 

Jnnee i-j^ZjTom. II, Partie, Vs, 



73 
Offeufes qui font articulées par Genou 
le Centre du mouvement ell au milieu 
de la Boule , & que dans toutes celles 
qui font articulées par GirtgZyme ce Cen- 
tre efl dans toute la longueur de l'Axe 
qui paffe par les deux extrémités Cy- 
lindriques de l'Os. 

Cela nous peut donner lieu de faire 
ici une réflexion qui ell que la grande 
dilatation des extrémités des Os qui 
forme les Epyphyfes.fert à augmenter la 
force des Mufcles : & pour le bien 
comprendre , il n'y a qu'à remarquer , 
premièrement que les Tendons des 
Mufcles font toujours implantés autour 
des articles. Cela étant , puifque plu- 
fieurs PuilTances appliquées à des Le- 
viers ont d'autanc*plus de force , que 
leurs direftions font plus éloignées de 
l'appui de ces mêmes Leviers , il s'ert 
fuit que les extrémités des Os étant 
fort grolTes , & les Tendons des Muf- 
cles pafTant par deiïus , leur force efl 
d'autant ^plus augmentée , qu'ils font 
par ce moyen , plus éloignés du Cen- 
tre de leur mouvement: de-là il arri- 
ve que quoiqu'un Tendon fe trouve 
couché fur la Tête d'un article , il ell 
pourtant toujours éloigné du Centre 
defon mouvement du demi Diamètre 
de cette Tête^ comme on le voit dans 
l'aftion du Fléchiffeur du Coude : & 
comme il arrive qu'à mefure que le 
Coude fe fléchit jufqu'à un certain 
point., la Ligne de direélion des Flé- 
chiffeurs s'éloigne de l'appui , cela 
fert encore à augmenter la rarce. 

On demande pourquoi les Tendons 
s'implantent dans ia Partie de l'Os qui 
eft voifine de l'appui. Il paroît d'a- 
bord étrange que la Nature les ait pla- 
cées fi proche , puifqu'en les pofant 
vers l'extrémité de l'Os qui doit être 
mû , elle auroit pu mouvoir les poids 
avec beaucoup plus de facilité. 



K 



Observations sur- l'Histoire Naturellf, 



74 

J! efl aiféde laiie voir que la Natu- 
re ne pouvait les placer avec plus de 
jufleire: car fi, par exemple les FIc- 
cliifToucs du Coude ctoient près du 
Poignet , le Coude ne pourroit Caire 
une auiTi grande flexion; ainfi qu'il eft 
nôccfTiire en plulîeurs occaiions : il 
£auJroit pour lors que le Mulcle Flé- 
çhilTcur fe racourcit plus des trois" 
quarts, ce qui efl impofTible; puifqu'on 
peut démoiiirer qu'un Mulcle dans fa 
contradion ne fe racourcit qu'environ 
de la troificme Partie de la longueur 

g' u'ii-a quand il eft étendu. D'ailleurs 
les Muîcles s'inipiantoieiu aux Par- 
ties des Os Les pius éloignées de l'ap- 
pui, le Bras & la Main deviendroient 
diforme» , parce que ces Muicles dans 
leur contraclion fe jetteroieni fi fore en 
dehors qu'ils occuperoient toutl'efpa. 
ce qui ell entre l'extrémité du Coude 
& le Bias : ce qui rendroit ces Parties 
non-leulement monllrueufes , mais en- 
core incapables des mouvemens auf- 
quels elles font deliinces. 

Déplus, fi les Mufcles FléchifTeurs 
du Coude aboutiffoient près du Poi- 
gnet leur Ligne de diredion ne feroit 
pas plus éloignée de l'appui que dans 
la fituation où ils font. Ainfi ils l\:- 
roient obligés de faire le même effort 
pour commencer à tiécliir le Coude, 
qu'ili font dan^ la fituation qu'ils ont. 
Enfin comme il faudroit qu'ils lifT-ut 
uns très-grande contradion , il faudroii 
aufTi employer une très-grande quan- 
tiié ddprlls, ce qui feroit une dcpen- 
fe inutile. 

On ^ voit par tout ce qui a été dit , 
que la méchiniq le dent la Nature fe 
fcit dans l'interiion de= Mufcles çon- 
firte à Fïien choifir le lieu de l'inier- 
tîon en la mettant le plus loin qu'il 
çfi polfibie <Ie i'Articii'.aiioa , quand 



les Mulcles qui font employés tmx 
mouvemens de la Cuiffe ont leur in- 
fertion fort éloignée par la fituation de 
ces cminences qu'on nomme Trockan- 
ters: Outre cet éloignenient , la Ma- 
ture donne à ces Mufcles une épailTeur 
tEcs-confidcr:ib!e. 

Piufieurs Fibres mifes en contrac- 
tion tirent avec plits de force , fi la 
Partie doit parcourir im grand efpace; 
elles font aulTr mouvoir l'éxtrcmité op- 
pofée à l'appui par un cliemin plus 
court: c'cll pourquoi la Nature a cou- 
uime de ménager la fiiua'.ion de I in- 
fertion des Mufcles, de taijon que la 
force fijtfife à réloign'*meni de Tin- 
feriion , & que l'efpace que l'ex- 
trémité oppofée d.; l'Os parco Mt , foic 
aufii fuffifant ^ couvenible ; l'exemple 
de mouvoir la Mâchoire vafaire feiufc 
ce qu'on vient de dire. 

.La méchanique de la Mâchoire con- 
fille en deux choies, premièrement à 
ménager une entrée convenable aux; 
alimens dont le lert chaque elp^ice d''A- 
nimaux ^ deuxièmement à donner aujs 
Mulcles qui fervent à les broyer., une 
force convenable & fiiifi^ante. Pour 
bien entendre cette méchanique , il 
faut remarquer que l'Oi de la Maclioi- 
re elt aullî une efpéce de Levier dont 
l'appui cA à l'endroit de fon aiticula- 
tion , que le iieu de l'infertion du 
Çr.naphite ell l'endroit où la puifTin* 
ce agt , & que l'oxrêuTité oppiilé ài 
cet article ell ia Portion de la Mâchoi- 
re qui contient les Dents. 

Par-là on voit que pour proportion- 
ner l'entrée de la Bouche à la grofT uï 
deî alimens , ta N iture cfi forcée d« 
pl'icer les M licles pius ou moins près 
des appuys Dan- l'Homme , par exern» 
pie, ils fout afT-v proches parce qu'il 
failoii lailTer à la Bouche ia liberté de 
uni grande force ell accelTaiie, Ainli s'ouvrir autant qu'il ellnccciraii:c. Mai% 



SUR LA Physique 

ta. récompenfe elle en aug.neace la 
force par ['cpaiflTii.r .S: le nombre des 
Fibres cliarnuëi , dont chique Mufcle 
eft compofé , & par l'inflinft qu'elle a 
donnée à l'Homme Se aux Animaux de 
porter dans le fond de la Bouche les 
•"Corps qu'on a befoin de brifer_: parce 
qu'étant plus près de l'appui ils font 
d'autant moins de refiftance. C'eft par 
cette même mécfianique qu'on peut 
rendre raifon de la Conformation des 
Mâchoires & de la fituationdes Dents 
dans tous les ditférens Animaux. 

A l'égard des Mâchoires, par exem- 
ple^ elles font plus ou moins longues 
endifferens Animaux^ ce qui fait que 
les Dents incifives qui font placées à 
leurs extrémités ont plus ou moins de 
force pour couper : les Molaires au 
contraire ont beaucoup plus de force 
pour broyer, parce qu'elles font plus 
voifines du point d'appui ainfi qu'il a 
été dit. 

Comme la force du Levier efl fort 
diminuée vers l'extrémité de la Mà- 
^choire , Se que l'eUort qui s'y fait pour 
ferrer n'ell pas confidérable ; la Natu- 
re, pour augmenter le mouvement qui 
eftnécelTdire pour Pincifion , nous fait 
ajouter Ja force de la perculTion, en 
frappant à petits coups de Dents le 
Corps que nous voulons brifer, ce qui 
efl ordinaire à certains Animaux com- 
me le Poi-c-Epy , le Cochon d'Inde. 

Le Bec de tous les Oifeaux Carna- 
ciers elt fort court de même que la 
Mâchoire des autres Animaux Vora- 
ces. 

La Nature fe fert aulTi d'autres efpc- 
ces de Leviers , par exemple ^ de celui 
de la féconde efpéce.fe voit où le point 
d'appui eft pofé au milieu de l'Os ^ il eft 
employé dans le mouvement de la Tête 
fur la première Vertèbre du Col. 
Celui de la troifiéme efpéce..ell quand 



ET SUR LA Peinture: 75- 

on fe drelTe fur les Oiterls: car pour 
lors l'appui efl au bout des Orteils , la 
puilTance efl au Talon qui efl dreffé 
par l'aâion des Mufcles qui y font im- 
plantés; & le poids du Corps efl fur 
i'Aflragal , lequel efl fitué entre les Or-' 
teils &: le Talon ; c'efl-à-dire , entre 
l'appui, & lapuiltance , mais bien plus 
près du Talon. Ce qui fait voir quel 
doit être l'effort prodigieux des Muf- 
cles extenfeurs du Pied. 5c c'efl pour 
en augmenter la force que la Nature 
donne au Talon le plus de faillie qu'iï 
efl pofGbIe , ainfi qu'on le voit dans 
ceux qui font légers à la courfe. 



OBSERVATION XXV. 
Sur le mouvement des Mufcles. 

JE n'ai rien à dire des Obfervation» 
précédentes , & je ne crois pas 
même que qui que ce foit piillFe les 
critiquer : il efl impolTible de pou- 
voir mieux raifonner fur la Sirudure 
& la Force des Mafcles. Mais il n'en 
eft pas de même de cette Obfervatiori 
ici , je donnerai un Sentiment con- 
traire dans l'Obfervation fuivante. 

Oeuvre pojîhume de M. Duverney , Con- 
feiller , Médecin ,^(p'c. Sur f Écoulement 
des Efprits Animaux Gr le mouvement 
des Mufcles. 

Tous les Syflêmes du mouvement 
des Mufcles , fe peuvent réduire à deux 
manières de les expliquer , l'une feule- 
ment par lavoye des Efprits , & l'autre 
par lavoye du Sang &des Efprits tout 
enfemble. 

Nous allons fur ce Sujet propofer 
les Sentimens qui nous ont paru les 
plus raifonnables laiflant à chacun la li- 



•^6 Observations sur. l 

bertc Je cTioifir. Nous commencerons 
par celui du Sang & des Efprits. 

Avant Stenon on ne parloit que du 
Syllême des Efprits , & il efl le pre- 
mier qui ait donné lieu de croire que 
le Sang contribue comme Matière au 
mouveinent des Mufcles par la célè- 
bre expérience qu'il a faite & que je 
vais rapporter. 

On lie le Tronc de l'Aorte defcen- 
dante dans un Animal vivant , & l'on 
remarque quelque tems après qu'il de- 
vient Paralytique^ d'où l'on conclud 
que le Sang mêlé avec les Efprits efl 
îa caufc immédiate de nos mouve- 
mens. 

Syjîhne du mouvement des Mufcles par le 
m^lan^e du Seing (jr des Efprits. 

Plufieurs Modernes , de entr'autres 
WilUs Si Mayou. Le premier croit que 
les Efprits qui coulent incelTimment du 
Cerveau par les Nerfs , fe ramnflent & 
fe retirent dans les Fibres tendineufcs , 
comme dans des refervoirs , d'où ils 
pafTcnt enfuite dans les Fibres char- 
nues , après y avoir été déterminé par 
l'Ame, ou par les Objets ; & que là 
ils fermentent en fe mêlant avec des 
Parties très-aèlives que le Sang y a 
laifTees , ce qui fait que les Fibres char- 
nues qui font d'elles-mêmes fort lâches 
& fort poreufes j s'enflent & devien- 
nent par ce moyen plus courtes ; après 
quoi les Efprits qui (ont reftés de cet- 
te fermentation , fe retirent de nou- 
veau dans les Fibres tendineufes , & y 
ïaident le refle du Sang avec lequel ils 
avoient fermenté. 

Mayou ayant remarqué que les Fi- 
bres charnues ne font pas difpofées fé- 
lon la longueur du Mufcle , ainfi 
qvi'elles ne peuvent fervir à fa con- 
tradion , parce que celle du Mufcle fe-. 



HtSTOrRE N.VTURELL, 
roit beaucoup plus petite que celles de' 
fes Fibres charnues, c'^ par confcquenc 
beaucoup moindre qu'elle n'ell en ef- 
fet. Cela pofé il prétend que la con- 
traétion des Mufcles dépenJ entière- 
ment de celle des Fibres Membraneu- 
fes, qui lient les Fibres charnue.^; &fa 
raifon ell que ces Fibres t tant ètendifës 
félon la longueur du Mufcle , la con- 
traftion du Mufcle fera proportionnée 
à celle de chaque Fibre. Il veut enfui- 
te que le racourciffement de ces Fibres 
fe faffe par le mélange & la fermenta- 
tion d'une Partie Saline & Sulfureu- 
fe fournie par le Sang Se par les Efprits 
qu'il appelle Nitro- Aériens. Suivant 
cette Hypotèfe, l'ufage de la Chair du 
Mufcle , eft feulement de fervir de 
Crible propre à féparer du Sing donc 
elle efl arrofèe fes Parties les plus 
grair.'s &- les plus Salines, ce que cec 
Auteur prétend prouver par cette Ob- 
fervation. 

Dans les grands i?c violens travaux 
Se dans les Fièvres , on tombe dans un 
grand amaigri (Tement , au lieu que 
quand on travaille peu, on engrajlïe 
très-confidérab!ement. 

Or, lagraiffe, dit-il , n'ert que la 
Partie la plus Onclueufe du Sang , fi- 
gée par quelques Efprits NitreuxS: Sa- 
lins de l'air, ou des alimens. D'où il 
s'enfuit que cette Matière gralTe & 
oi^dueufe , contribue beaucoup an 
mouvement des Mufcles; puifqu'oii 
voit que l'.Animal perd de la Matière 
de fa grailTi, à proportion qu'elle ell 
employée à cet ufage , & c'ell pour la 
même raifon que l'Animal le plus 
maigre reprend bientôt fon embon-» 
point quand il eft quelque tems en 
repos. 

Voilà quels font les Sydêmes de 
XC'illis^ 6c de Mayou , ceu>4 de Bor~ 
relly , & de Beiliny en approchent af; 



SUR. LA Physique et 

fez : maïs entre tous ceux qui préten- 
dent que le mouvement des Mufcles 
fe fait par le commerce du Sang , & 
des Efprits , il nie femble que le Syf- 
tême de M. BernouUy , ProfefTeur en 
Mathématique^ elt le plus plaufible. Il 
dit que la Fibre Mufculeufe efl; un ef- 
péce de Tuyau qui efl liée de telle 
manière , d'efpace en efpace , par les 
Fibres Membraneufes qui Tentourrent, 
qu'en fe gonflant il fe forme entre les 
Ligatures , autant de Sacs ou Véficu- 
ïes , qui par la communication qui refte 
encore entr'elles, nonobRant ces Liga- 
tures, s'enflent toutes à la fois par la 
Matière fluide qui en fait le gonfle- 
ment : d'où il conclud que l'adion du 
liquide renfermé dans le T^yau ainfi 
dillin^ué en plufieurs petits Sac doit 
néceffairement en les gonflant, pro- 
duire le racourcilîeaient de la Fibre 
charnue. 

Pour avoir le calcul exaft des forces 
que doivent employer les Mufcles dans 
leur adion^ il ell néceflaire de fçavoir 
quelle Figure prennent ces petits Sacs 
ou Véficulesdans le tems de leur gon- 
flement. Boreliy qui regardoit cette Li- 
queur non pas comme renfermée dans 
des Tuyaux, mais comme répandue 
entre lesFilamens des Fibres charnues, 
prétendoit que par l'écartement que 
îeur caufoient les Parties de cette Li- 
queur, ils décrivoient entre eux des 
Figures Rliomboïdales, ou de Lozan- 
ges ,• ce qui efl tout-à-fait contraire à 
la Nature de la preflîon d\m liquide : 
non feulement parce qu'on fqait qu'une 
Corde Héxible prelTée dans toute fa 
longueur, doit néceffairement fe flé- 
chir en Ligne courbe , & non eu An- 
gies faits de Lignes droites , poirr 
faire des Lozanges , tels que Borel- 
iy les fuppofe ; mais encore parce 
giue les prelTions faites par Les Par- 



suR LA Peinture. 77 

ties d'un liquide font égales en tout 
fens: d'où il s'enfuit qu'elles doivent 
toutes également fe courber , & for- 
mer par- là une Ligne circulaire. C'ell: 
ce qui a fait conclure à M.' Bernoully 
que les Sacs ou Véficules qui fe for- 
ment par le gonflement des Fibres 
charnues dovent être formés comme 
des Arcs de Cercle qui tourneroient 
autour de la Ligne qui va d'une Li- 
gature à l'autre ; Se de-là il déduit un 
calcul très-exacl & trcs-diflorent de ce- 
lui de Boreliy , mais cette dernière Ma- 
tière n'etl pas de notre Sujet. 

Quand à la caufe du gonflement de 
ces Sacs ou Véficules , il fuppofe avec 
Boreliy que les Nerfs ne (ont qu'ua 
petit amas de Tuyaux , remplis d'une 
Subfiance fpongieufe, qui efl toujours 
pleine de ce Suc (piritueux, qu'on nom- 
me Efprit Animal, qui y demeure fui- 
pendu comme l'eau dans une éponge. 
Or> ces efprits étant agités dans le 
Cerveau , ou par li volonté de l'Ame, 
ou par l'impretTion des Objets , agitent 
& fecouent le Nsif dans fon Orroine. 
Cela fait que cette liqueur Nerveufe 
difliile par l'une des extrémités, Ia-< 
quelle efl divifée en plufieurs Fibres, 
qui s'abboucSent avec les petitsTuyaux 
qui compofent la Chair du Mufcle. 
11 fuppofe que quoique ces petits Con^ 
duits de Neifs (oient toujours ouverts , 
l'Efprit Animal n'en peut découler que 
par cette fécouATe , de même que dans 
une éponge imbibée d'eau , il n'en fo;t 
aucune goutte, qu'on ne la prelTe , ou 
qu'on y verfe de nouvelle eau. 

Cela pofé , il dit que quand , par le 
commandement de l'Ame , ou par 
quelqu'autre caufe , plufieurs petites 
gouttes de cette Liqueur viennent à 
difliiler par les extrémités des Nerfs, 
& à tomber dans les Tuyaux quicom- 
pofcntja Chair du Muicle , pour lors 



7.S Obseîivatîons stjr 

les Parties les piu» fnbtileà de cette 
même Liqueur percent & brifent les 
petites Molécules du Sani^ , & ou- 
vrent par ce moyen le pa>Tage aux pe- 
tites Particules d'Air, qui y étoient 
emprifoniiées ^ 6< qui font tort conden- 
fées, Icfquellesfe dilatent fur le champ, 
& font l'cbulliiton qui iert au racour- 
cifTeujent du Mufcie. 

Cet Auteur explique aulTi comment 
cette fermentation cetfe fi prompte- 
nieiit, en nous faifant remarquer que les 
pointes de celte l.iqneur fpiritueufe 
font fi fines & fi délicates qu'elles ne 
peuvent ouvrir que les Porofités les 
plus déliées de ces Molécules qui ne 
donnent auffi pafTage qu'à la Partie la 
plus fubtih de Vair condenfé ^ qui fe di- 
late au même inftaat & gonHe tout le 
Mufcie; mais parce que les Particu- 
les de cet air font trcs-tines , elles s'é- 
clnppent facilement dans les Porof.tés 
du Mufcie , &: par celles des Tégu- 
mens ; c'efl pourquoi après cette ébu- 
Htion le Mufcie fe défeniie , & s'il 
Fie vient de nouvelles gouttes pour 
produire une nouvelle cbulition, il ne 
fe tait plus de gonflcmcHt. 

Ainli li l'on veut que l'aftion du Muf- 
cie continue; il faut que cette ébuli- 
tron fait entrcteiuië pat une effulîon 
continuelle de Sanî;',,S: d'Efprit5,&: pour 
l'arrêter il fulTit d'interrompre le Cours 
de Tune de ces Liqueurs. Mais comme 
■îa Circulation du Sang a d'autres ufx- 
g-îs qui foBt abfoiument ncceflaires ; 
c'cli poiu" cette raifon que la Nature a 
interrompu le Cours des Efprits dont 
,el!e a rendu ja volonté maitrelTe, Se 
c'cli en cela que cGulUte tout fon em- 
pire furies adions volontaires. 

Quant à ce qu'on dit que pour arrê- 
ter T'aLtioii d'un Mufcie , il fiitfit d'in- 
terrompre le Cours d'mie de ces Li- 
qujj^ts^ p'iïll ce ^uc Pexpérience fctii- 



VKisToiRE Naturelli! f 

bie coarirmer, puifqu'en liant r.\r!é- 
re , CI le Nerf d'une Partie , eIL> de- 
vient P iralytique. 

Pour comprendre comnmt ces Ef- 
prits, ei brifautcominj autant de Coins 
tes MolJcules du Sang , ciufent leg^n- 
flem;nt , d )nt on vient Je parler , Jans 
les Véficules des Fibres charnue-, par la 
liberté qu'ils donnent à l'air de fe dila- 
ter beaucoup au-delà de ce qu'il cloit 
dans ces Molécules ; il faut faire atten- 
tion à une Expérience très -curieufe 
que M. Bernjully a faite, il a trouvé 
lem>yen, en mettant le feu à quatre 
ou cinq grains di Poudre à Canon , de 
calculer la condenfatipn de l'air, ren- 
fermé dans ces grains, il s'efl apper- 
çu qu'il é^it environ deux cens fois 
plus conJenfé que dans l'air extérieur ; 
de forte que l'air compris dans les 
grains d'une Barique de Poudre en- 
Hammée, doit dans fa dilatation s'éten- 
dre jufqu'à deux cens fois plui d'efpa- 
ce que n'en occupe cette Barique. 

Sion fait attention à la minière dont 
l'air étoit renfermé dans ces grains de 
P.niJre , comment le feu l'en a dé- 
livré , & comment enfuite ce même 
air s'etl étendu^ on omprenira faci- 
lement , ditcet Auteur , q le l'air , ren- 
fermé de iTi'ïme dan=. les Molécules dti 
Sang doit j lorf.l'u Us El'prits Cen iic^a- 
ge.îf en brïfint ces Molécules ; comme le 
feu fait dans les grains de Poudre; 
doit, dis-)e, fe dilater jufqu à une efpa- 
Ce beaucoup plus grand , q l'il n'occu» 
poit auparavant dans cesniJmes Mo- 
lécules^ &c'cllpar cette grande dila- 
tation que les Vcficules fe gonfleront. 
En nn mot , les Moiccules du Sang font 
comme les grakis de la Poudre à Ca- 
non , les Efprits qui dardent contre font 
comme le feu digéré fur cette Pou^r 
drc , & la dilatation , qui gonfle les Vé- 
ficules , fe liii comme l'explofion de 



SUR LA Physique 

la PonJre , cette comparaiion fuivie , 
donnera par tout des raifons égales de 
Tnn (^' l'autre fait. 

Quant aux l.aflnuJes, on pourroit 
croire qu'elles font proportionnelles 
aux durces de l'aflton^& la raifon en 
paroît d'abord vraifernblable. 

La voici , il cil vilîble que les Laffî- 
tudes ne font que des lenfations de 
Pcpuifement qui fe fait dans la conti- 
nuation d'une même adion : car pour 
continuer cette adion , on vient de 
Toii" qu'il faut à chaque inllant faire 
de nouvelles djpenfes d'Efprits, qui fe- 
ront ks mêmes fi cette aâron efl la 
même adiorj , Si par conféquent les 
dépenfes totales feront proportionnelles 
aux durées de cette aiftion^ dont les 
épuifemens & les l.afluudes ,. feront 
de même proportionnelles aux durées 
de cette même aclion. 

Réflexions particulières de M. Duverney , 
fur le précédent SyjUme. 

Cette raifon frappe d'abord , mais 
quand orr confidcre qu'à mefure que 
les Efprits fe dilTTpent les pores ou les 
paiîages par où il^ fe font échappes ^ 
fe dilatent incclliimment. 

On verra que dans la continuité de 
ï'adion , il faudra tqu]enirs de^ Efprits 
de plus en plus , c'ell-à dire , en plus 
grande quantité à chaque fois , à cau- 
fe decatte dilatation des Pores ,& par 
conféquent , l'épuifement ne doit pas 
être proportionné à la .lurcede Tactionj 
mais il doit être beaucoup plus grand, 
Ainfi les Ljiru>i des ne fuivent pas non 
plus cette proportion , & elles croif- 
fent infiniment plus que les diaées j 
auffi voyons nous qvi'un fardeau foute 
nu pendant trois minutes, qu'il aura 
fallu pour nous JalTer , nous caufera 
dans la quatrième une lalTt de beau- 
.coup plus grande que la pteccdeiue. 



Ef SUR. LA Peinturé; 'j(j 

Se non pas feulement du tiers comuii 
il faudroit pour la proportion établie 
par M. Bernoully. 

Syjlêmes du mouvement des Mufcks ,- 
par les Efprits feulement. 

PalTons à prefent au Syflême de ceux 
qui fouiiemient que le mouvement des 
Mufcles fe fait feulement par les Ef- 
prits ; ce Sydême me paroit le plus 
Gmplcj & c'elt celui aivquel \e m'at- 
tacherois le plus volontiers fi i'avoi9 
à prendre parti. Il ne s'agit que de 
fe rappeljer ce que l'on a dit de la 
Srruéture' de la Fibre charnul- , foit 
qu'on la confidére comme un Tuyaa' 
Vélkulaire à l'exemple de M. Ber- 
noully, foit qu'on la regarde comme 
compofée de plufieurs fils trefïés; cec- 
te dernière Strudure paroit très-con- 
forme aux expériences de M-. Leven-* 
hoek qui dit qu'ayant examiné unr 
Fibre charnue neuf fois pins 'petite- 
qu'un poil de la Barbe, elk lui parue 
compolee de plus de foixante - douze 
fils entrelaifés & comme treiTes. Cela 
pofé , il fera aifé de juger que le Li- 
quide fpirrtueux qui découle par les 
Nerfs dans les prths Tuyaux Véficu- 
laires, avec Icfquels les extrémités de 
ces Nerii s'abbouchent , les dilate fans- 
celle , en les arrondilBnt , & que ces 
petites dilatations mu.tipliées dans la 
longueur de chaque Fibre, ou TuyaUy 
dans lequel elle fe font en très-grand 
nombre,, produifent en un indani fo» 
racourcilîement, 

La contraclfon de tout le Mafcle fe 

fait donc par l'intçodudion des Parties. 

. fpiritueufes de ce Liquide danstoute* 

les Veficules dont chaque Tuyau elt 

compofé. 

L'accourcîfTemenî de tout le Muf^ 
cic fait donc approcl-ier les extrénl^té3^ 



Observations sur l'Histoire Naturelle , 



80 

d;] Mufcle , c'cll-à-dire , fes Tendons: 
de forte que fi un des deux eft fixe , 
& qu'un poids foit attaché à l'autre , il 
remontera à mefure que ce Mufcle 
s'imbibera d'efprits , comme on voit 
qu'un poids monte au bout d'une Cor- 
de , à mefure qu'on la mouille : ainfi 
le plus ou le moins d'adion dans les 
Alufcles , ne fc fera que par le plus ou 
ie moins d'Efprits dont ils font imbi- 
bes. 

La plus grande difficulté qu'on puif- 
fe , ce me femble j) faire contre cette 
Opinion , c'efl que le mouvement que 
cauferoit les Mufcles , feroit à peu près 
auffi lent que celui d'un poids , qu'u- 
ne Corde mouiilce feroit monter. 
Miis on ne s'arrêtera point à cette ob- 
jection , fi on confidére qu:: les Efprits 
Animaux entrant dans les Fibres des 
Mufcles , multiplient leur force , par la 
même r;iifon que l'eau multiplie la lien- 
ije, lorfqu'eilo s'infinue dans les Fi- 
bres d^une Corde. En etfet l'aftiondes 
Parties de l'eau qui fe fait en tous feus 
les portant à heurter de toutes parts 
contre les Filets de la Corde fur laquel- 
le on la répand , elles s'infinuent cha- 
cune en particulier comme autant de 
petits Coins , dans les ouvertures qu'el- 
les trouvent entre les Fibres de cette 
Corde : par là écartant ces Fibres , & 
dilatant ces ouvertures dans lefquelies 
elles font entrées , elles doivent né- 
ceffiirement en racourcir la longueur , 
chacune à proportion de fa force. II 
£11 vrai que la force de chacune en par- 
ticulier ell peu dechofej mais entin 
elle eft toujours capable de quelque 
etietj & étant plufieursfois multipliée 
elle doit devenir trcs-grande. Comme 
toutes ces petites Parties d'eau y font 
dans un nombre prodigieux, leur for- 
ce doit aufTi y être prodigieufement 
inyUipiice : aulB voit-ou (ju'eiks font 



capables de donner à la Corde qui 
en ell abreuvée une force qui vajufqu'à 
élever des fardeaux énormes. 

Ce qu'on vient de dire de la maniè- 
re dont l'eau cil capable de racourcir 
une Corde , <?c d'enlever un poids iî 
confidcrable fe doit entendre de mê- 
me de la force que les Efprits font ca- 
pables de donner au iMufcle , & après 
avoir vu le premier effet par Expé- 
rience, la fiippofition du fécond nq 
doit plus avoir rien de furprenant. 

Mais le racourcifTement du Mufcle 
e(l dilférent de celui de la Corde , en 
ce qu'il efl plus fort , plus prompt , 
& qu'il ceiïe plus vite , il ell plus fort 
parce que les Efprits s'y infinuent en 
très-grande abondance ^ la vitelîe dé- 
pend de ce que les Efprits s'iyfinuent 
bien plus promptement ; parce que 
les Mufcles, qui doivent faire de grands 
mouvemens , font tellement fitués par 
rapport aux Parties , qu''ils doivent 
mouvoir , qu'avec un mouvement fort 
lent , ils en peuvent produire un fort 
grand. Par exemple , Bcrelly , tom. i. 
du mouvement des Animaux, dit que 
le Fléchiiîcur du Coude n'eft diUant 
du point d'appui de fon mouvement 
que de la vingtième Partie de fa lon- 
gueur^ ainfi le mouvement de l'ex- 
trémité du Coude doit être près de 
vingt fois plus prompt que celui de 
fon Mufcle. 

Cette Explication quoique fimple , 
rend raifon de tous les cliangemens 
qui arrivent au Mufcle quand il ell en 
action. Premièrement on voit qu'il fe 
durcit , parce qu'à mefiire que ces pe- 
tites Fibres s'écartent par la dilatation 
de leurs petites intervalles , elles s'ap- 
prochent plus exadement les vuies con- 
tre les autres , & qu elles fe ferrent 
de telle manière , que tout le Mufcle 
durcit, La même cliofe arrive à une 

Corde 



«uRLA Physique et sur la Peinture : 



8) 



CorrFe quand elle eft abreuvée. Le 
ftcond changement eft que le Mufcle 
fe gonfle contre l'opinion de Louver 
qui a avancé que minoratur dùm contra- 
kitiir. 

Le contraire de cette Propofition 
eft prouvé par l'Expérience ^ car on 
voit ce gonflement dans le Cœur &: 
dans le Mafieterre lorfqu'ils font en 
contradion. 

Réflexions de M. Dwerney, 

II paroît que fuivant ces deux Syftê- 
mes , le Sang ne fert qu'à fournir aux 
Fibres charnues la nourriture , la cha- 
leur & la vie par conféquent , comme 
aulTi à entretenir leurs fouplefles & 
leurs Flexibilités, & la diftribution des 
Efprits qui les parcourent ^ par le bat- 
tement des Artères dont le Mufcle eft 
parfemé : & on ne fçauroit douter, 
difcnt ces Meffieurs , que les Efprits 
ne foient la caule immédiate du mou- 
vement des Mufcles , puifquedès qu'ils 
font interceptés, par la Ligature des 
Nerfs , le mouvement des Mufcles cefte 
tout auftltôr. 

Cela eft li vrai que long tems après 
Li mort de l'Animal , l'on réveille ce 
mouvement par le feul tiraillement 
des Nerfs ; ce qui fe voit non feule- 
ment dans le Cœur ^ mais encore dans 
ks Mufcles du Bras. 

SYSTEME DE M. DUVERNEY , 
Sur l'aSion des Efprits. 

Voyons à préfent comment on peut 
expliquer Taâion des Mufcles qui ont 
des Antagonijîes , & celle de ceux qui 
n'en ont point. 

Les Mufcles qui fervent aux mou- 
vemens volontaires ont des Antago- 
niftes , c'eli-à-dire, d'autres Mufcles 



j^mee i-j^z^Tom. IL Partie. V, 



oppofés , qui fervent à remuer Tes mê- 
mes Membres en des fens contraires. 
Ceux qui fervent aux mouvemens pu- 
rement méchaniques n'ont point d'An- 
tagoniftes , fi l'on en excepte les Muf- 
cles du Cœur, auquel ceux des Oreil- 
lettes fervent d'Antagoniftes. Parmi 
les Spinélers, auiïi^ les uns ont des Muf- 
cles oppofés & les autres n'en ont 
point. Commençons par expliquer l'ac- 
tion de ceux qui en ont. 

Jf\ PROPOSITION. 

On ne peut pas douter que le Cer- 
veau ne foit la fource d'où coule le 
fluide qui fait agir les Mufcles. Cela 
eft prouvé par toutes les Maladies qui 
attaquent cette Partie & la Moelle 
de l'Epine , 8c par les Ligatures des 
Nerfs , ainfi qu'il a été dit tant de 
fois. 

II". PROPOSITION. 

Le Cerveau peut donc être confî- 
déré comme un refervoir qui fe dé- 
charge par les Nerfs comme par au- 
tant de Caneaux prêts à recevoir & 
à diftribuer les Efprits ; mais l'on ne 
voit pas pourquoi le Cours des Efprits 
peut être interrompu , tant qu'il yen 
a dans le Cerveau , ni pourquoi ils cou- 
lent plus abondamment dans les uns 
que dans les autres ; fi ce n'eft à cau- 
fe de la différence du diamètre des 
Nerfs ; ainfi on peut raifonnablement 
croire que les Efprits coulent toujours 
Si fans interruption dans tous les Muf- 
cles à proportion de l'ouverture des 
Nerfs qui y aboutillent. Dans les Muf- 
cles oppolés , c'eft-à-dire, dans ceux 
qui fervent à remuer les Membres ea 
fens contraires^ ou remarque à cha- 
cim 1.1 même quantité de Nerfs , ils pa-; 



5Bi^ 



Observations sur l'Histoire Naturellb^ 



roiflent à la vue d'un même diamètre, 
d'où l'on peut croire que les Efprits 
coulent aulïï abondamment dans les 
uns que dans les autres. 

Premier Corollaire. 

11 doittouiours fe dilîîpcr une cer- 
taine quantité de ces efprits par une 
efpéce de tranlpiration cavifie tant par 
leur mobilité & fubtilité pénétrante , 
que par le concours continuel de ceux 
qui font portes dans le Mufcle. 

Deuxième Corollaire, 

Tfon il fuit encore q'ie deux. M if- 
cles qui fjnt oppofes, quoiqu'ils foient 
continuellement bandés , doivent ce- 
pendant toujours paroître fans action^ 
c'efl-à-dire , qu'ils ne doivent point 
fortir de cet équilibre s'il ne vient 
qvielquecauie étrangère qui les rompe. 



1/7" 



PROPOSITION. 



Je ne vois point d'autre caufe pri- 
mitive du mouvement volontaire des 
IVhifcles que l'Ame ^ & la fi-ule mé- 
chanique des Parties dans ceux qu'on 
appelle Naturels , foit que cette mé- 
chaniquc vienne de la Nature comme 
dans le mouvement du Cœur > du Ven- 
tricule , &c. foit que l'habitude l'ait 
enfin formée, comme dans les Doigts 
d'un Homme qui joue du Lut , ou 
de la Viole fans y faire aucune atten- 
tion : nous avons déjà expliqué cette 



qu'il cède à Ion Mulcle oppofé ; ou 
à élargir ceux de fon Antagonifle, 
ou enfin à faire Tun & l'autre en mê- 
me lems ; & alors les Efprits coulanc 
plus abondamment dai>s l'un de ces 
Mufcles que dans l'autre , elle les tire- 
ra de cet équilibre où ils paroilToient 
fans adion. 

Mais comment l'Ame agit-elle ain« 
fi fur les Nerfs ? C'ed un Myllcre qu'on 
ne pourra jamais développer qu'avec 
celui de l'union de l'Ame & du Corps. 
C'ert pourquoi je le répète encore , je 
le fuppofe feulement , & de-là tous les 
mo'ivemens volontaires paroiffent af- 
kl faciles à expliquer. Les dilTérente* 
impreiïions des Objets peuvent faire 
le même elTet , tant fur le Cerveau 
que fur les Nerfs. 

Les Efprits qui coulent inceiïam- 
ment & également dans le Fiécliilleur 
du Coude , par exemple , & dans fon 
Antagonifle , les font agir également 
l'un contre l'autre ; ce qui les met 
dan.i une efpéce d'équilibre , & le Cou- 
de demeure immobile , parce qu'il en 
eft également tiré de part S*, d'autre > 
à peu près comme un Mât de Navire 
par (es Hautsbans , lorfqu'ils font éga- 
lement bandés : de forte que l'Ame , 
pour mouvoir le Coude doit rompre 
cet équilibre ; <Sc iî , par exemple , elle 
veut le fléchir, elle élargit les Nerfs du 
Fléchifleur, ou rétrécit ceux de (on 
Antagonille^ ou bien elle fait l'un ou 
l'autre en même tems. 

Premièrement^ en élargiiïant les Nerfs 
du FléchilTeur, les Elprits y coulent 



méchanique. A l'égard des mouvemens plus abondamment qu'à l'ordinaire 



volontaires , l'on ne peut fe défendre 
de les attribuer à l'Ame , foit phyiï- 
quement, foit occafionnellement. 

Cela fuppofé , l'Ame n'a qu'à ré- 
trécir quand il lui plaît ^ les Nerfs 



ce qui fait qu'il l'emporte fur fon An- 
tagonifte , quoiqu'aulîî fort qu'aupara-| 
vaut : à peu près comme les Bafllns 
d'une Balance également chargée ds 
part & d'autre ; iî on les furcharge d'un 



.de celui des Mufcles qu'elle veut cotéde [quelque poids ^ ce cote i'exo; 



SUR LÀ Physique et sur la Peinture; 



porte fur l'autre dont on n'a rien 6té: & 
même la différence de leurs poids efl: 
égaie à l'augmentation de celui qui 
l'emporte fur l'autre; aufll la différen- 
ce des forces des Mulcles en ce cas eft. 
égale au furcroît des Efprits qui fur- 
viennent au Flécliilleur. 

Deuxièmement , en retrécitTant feu- 
lement les Nerfs de l'Antagoniffe du 
FléchinTeur, les Efprits ycoulent moins 
abondamment qu'auparavant; & la di- 
minution qui s'en fait, regorge dans 
le Fiécliiffeur. Si les Branches ùes Nerfs 
qui vont à ces Mufcles ont quelque 
Tronc commun , hors le Cerveau , 
comme l'exemple le démontre , alors 
îe Fléchilleur l'emporte fur fon Anta- 
gonilte à peu près du double des Ef- 
prits , ou de la force que celui-ci a 
perdue. 

Mai» lî ces Nerfs n'ont de commu- 
nication qu'avec le Cerveau ^ le re- 
gorgement , ou. du moins l'épargne , 
qui s'y fait des Efprits que perd l'An- 
tagonifte du Fléchiffeur du Coude, fe 
répand à peu près également dans tous 
les Nerfs du Corps , comme le re- 
gorgement d'un Canal dans Ion Baffin 
{e répand dans tous les autres Ca- 
«aux. 

Troijiémement ^ fi enfin en même tems 
que l'Ame élargit les Nerfs du Fié- 
chiileur du Coude , elle rétrécit ceux 
de fon Antagonifle , fuppofé que ce 
Tetréciffement & cet élargiffement 
foient égaux , Se que les Nerfs de l'un 
ayent quelque communication avec 
ceux de l'autre hors le Cerveau , il 
ert clair que la ditférence de la force 
de ce Mufcle fera triple de celle que 
fon Ansagoniffe a perdue ; & fi ces 
Nerfs n'ont point d'autre communi- 
cation qu'avec le Cerveau , elle ne fe- 
ra qu'à peu près le double, pour les 
jaifons qu'on vient de dire* 



85 



Mais fi ce rétréci ffement & cet élar- 
giffement des Nerfs font inégaux .com- 
me ils le peuvent être en une infinité 
de manières , la différence de leurs 
forces fe peut auffi divçrfilier à l'in- 
fini. 

Corollaire. 

Comme l'Ame peut fléchir le Cou- 
de, 1°. foit qu'elle augmente feule- 
ment la quantité des Efprits dans le 
Fléchiffeur; 2°. foit qu'elle diminue 
feulement la quantité de ce qu'il y a 
ordinairement dans fon Antagoniffe , 
3°. foit enfin qu'elle faffe l'un 8i l'au- 
tre en même tems. Tâchons de déter- 
miner de laquelle de ces trois maniè- 
res l'Ame fe fert. 

II y a lieu de croire que c'efl la deu- 
xième manière , parce qu'il n'en coûte 
pas davantage à la Nature ^ pour mou- 
voir , par exemple , le Coude , que 
pour le iailfer en repos, puifque de* 
mêmes Efprits avec lefquels elle tient 
en repos , lorfqu'ils font également par- 
tagés dans ces deux Mufcles, elle les 
met en mouvement les y partageant 
inégalement, au lieu que des deux au- 
tres manières elle feroit obligée à des 
frais tous nouveaux comme il paroît 
partout ce quia été dit. 

Expliquons à préfent comment i[ 
arrive qu'un Membre, par exemple, 
le Bras , foit en mouvement au même 
inftant que l'Ame le veut. 

Il femble d'abord que le mouvement 
du Bras ou de quciqu'autre Membre ^ 
ne doive fuivre que de loin la volonté 
que nous avons de le mouvoir, parce 
que l'Ame ne fortifiant le Mufcle do- 
minant que parl'affoibliffement de ce- 
lui qui cède , l'on s'imagine naturel- 
lemert qu'il l'inflant qu'on veut remuer 
le Bras , les Efprits commencent feu- 
lement à palier de ce Mnfcle danii'au; 

Lu 



94 



Observations stjrVHistoire Naturells, 



tre ; & que n'y arrivant que quelque 
tems après qu'ils ont commencé de 
rétrograder , ils ne peuvent auiïi mou- 
voir le Bras que quelque tems après 
qu'on l'a voulu. Mais cette dilTiculté 
s'évanouit ix la vue de ce qui fe paÏÏe 
dans les Liqueurs contenues dans des 
Tuyaux. 

Suppofons im Tuyau tel qu'on vou- 
âra , ouvert par les deux extrémi- 
tés^ dont i'infcrieurc foit feulement 
bouchée du bout du Doigt ;. qu'on 
le remplifle entièrement de quelque 
Liqueur j il eR clair qu'au même inf- 
tani que le Doigt la p reliera par le 
bas , elle regorgera par le haut. Ce- 
la (uppofé , il n-^ faut que concevoir 
les Nerfs comme des Tuyaux , & les 
Eiprits comme une Liqueur qu'ils con- 
tiennent , l'on verra par la même rai- 
fon qu'au même inllam que le refl.is des 
Efprits fe fait d'un Mulcle dans un Nerf, 
au même inllant aufll le regorgement 
s'en fera dans l'autre Mufcle, s'ils ont 
d'autre communication que le Cer- 
veau i & s'ils jVei-i ont pas d'autre, la 
feule diminution des forces dans un 
Mufcle fuffit, ;ifin que fou Antagonif- 
le , qui n'a point changé, l'emporte au 
même tems que ceiui-là aura commen- 
cé de s'allbiblir ; comme le BalTm d'u- 
ne Balance également chargée , em- 
porte l'autre des qu'on en a ôté le moin- 
dre poids. 

Or, au même infiant que l'Ame veut 
mouvoir le Bras, elle allniblit un de 
fes Mufcleà , S: au même inllant il 
faut que l'autre l'emporte , & qu'ainli 
le Brai fe meuve , par l'aéle de la 
volonté. 

■ Ce que l'on a dit du mouvement du 
Coude fe doit entendre de celui de 
tous les autres Membses qui font mus 
par des Mufcles oppofcs ; & ce qui a 
été dit de fou Flcchifieur , fc doiiaulTi 



entendre de fon Antagonifle Se de" 
tons les autres Mnfcles du Corps. 

].''on voit comme on a dit qu'Hun 
Mufcle n'agit qu'en ce que les Efprits 
s'infinuant de tous les cotés dans les 
petites Véficules , les gonflent & les 
courbent d'autant plus qu'il s'yenin- 
fmue davantage ; d'où il arrive que 
leurs extrémités Se les Tendons q<ii les 
terminent s'approchent auffi davanta- 
ge : de forte que fi un de ces Tendons 
ell fixe iSc que l'autre fort attaché à 
quelque poids , ce poids fera enlevé 
d'autant plus haut que la quantité des 
Efprits, qui fegliffe dansce Mufcle, fe- 
ra plus grande; mai» ce poids qui tire 
incelîammcnt contre le Tendon qui efl 
fixe r tend , félon l'elVort d-e fa péfan- 
teur, à éloigner le Tendon auquel il eft 
attaché de celui qui eR fixe ; c'eR» 
à-dire, à redrefTer les Fibres de ce 
Mufcle, & parconféquent àlesrappro- 
clier les unes des autres ; ce qui ne 
peut arriver fans qu'une grande partie 
de ces Efprits, qui les tieunent écartés ,. 
ne s'échappent à peu près de la maniè- 
re que l'eau fort d'entre les Parties d'un- 
Linge mouille , lorfqu'en le tordant orv 
les prelPe les unes contre les autres. 

De la LaJJitude.. 

Tant que le Cerveau peut fournir à 
cette dilTipntJjn , l'on fe iencaffez fort, 
mais dès le moment qu'il n'y peut plus 
fournir , l'on apper(^oit fa foibieffe , & 
le fentiment qu'on a^ s'appelle LafTi- 
tude , Fatigue , Epuifement. 

Expiiqtions pourquoi le Cerveau, 
ayant bien fourni d'abord à la difTipa- 
tion des Efprits , que caufoit un poids» 
ioriqu'on a commence de le lever . ne 
peut plus y fournir dans la fuite : Il y 
a deux raifons de ceite diminution de 
forces; la po;i»i^ï'-'î ^'ell que la giandç 



SUR LA Physique et sur la Peinture; 8; 

qnânthécI'Ffpriti que le Cerveau a four- d'où naît cette tride fenraiion qu'on 



ni d'abord Ta cpuifé ; la deuxième, c'eft 
que ce qui s'en eft diflîpé ayant élargi les 
paffages par où ils fe fon échappés , il 
s'en difTipe plus fur la fin qu'au com- 
mencement ; quoique ce poids ne foit 
pas plus pefant dans un tems que dans 
un autre : ce qui fait que quand mê- 
♦ me le Cerveau ne feroit pas épuifc , il 
auroit peut-être encore de la peine à 
y fournir, parce qu'il en faudroit plus 
fur la fin qu'au commencement. 

C'efl donc non-feulement pour ar- 
rêter cetépuifement , mais aulTi pour 
ie réparer qu'on fe repofe de tems en 
tems , Se que lorfque l'on Ce laiïe d'être 
de bout , l'on fe met tantôt fur un 
pied , tantôt fur l'autre , c'eft aufTi ce 
qui fait voir pourquoi on fe latTe moins 
à marcher doucement qu'à demeurer 
toujours de bout. 

La Laffitude ( dit M. Duverney ) 
ell un Sentiment de douleur accompa- 
gné d'une péfanteur des Membres , Se 
en cela elle efl; différente de la limple 
foiblelTe qui n'elî autre chofe qu'une 
împuifïance de faire quelques mouve- 
mens fans qu'elle foit précédée d'au- 
cun exercice du Corps , au lieu que la 
Ladltude fuppofe toujours quelque 
violent exercice, 

Lorfqu'après un travail 'pénible & 
de longue durée , les Efprits commen- 
cent à manquer, les Fibres charnues 
des Mufcles s'aflailTent <Sc fe relâchent, 
ce qui fait que le Sang ne peut plus 
pafler avec la même vitede au travers 
d<;3 petites Fibres qui lescompofent . 
cependant comme le Cœur en poufle 
toujours de nouveau , les interRices 
de ces Fibres s'en remplilTiiu de plus 
en plus : Or , le Corps du Mufcle fe 
trouvant aiufi plein, &: furchargé, fes 
Fibres font comme écaitces , &. c'eft 



nomme LalTitude. 

On voit par- là pourquoi ceux dont 
le Sang a trop de confiflance , tels 
que font les Mélancoliques , & les 
Filles qui ont les pâles couleurs felâfent 
au moindre exercice ; & pourquoi les 
LalTicudes fpontanées font toujours les 
avant - coureurs de quelque Maladie : 
car^ ou elles marquent que le Sang a 
trop de confiflence , ou qu'il eft agité 
d'un trop grand mouvement de raré- 
faction, ^' par confcquent qu'il ne 
pourra facilement traverfer les Poro- 
fités des Mufcles & des autres Par- 
ties. 

Par ce même Principe , il eft aifé 
d'expliquer pourquoi on fe fatigue 
plus étant de bout , ou aiTis , qu'en 
marchant. 

L'on a dit que la Nature ne faifoit 
point de nouveau frais pour mouvoic 
un Membre; parce que l'on fuppofe 
que le Mufcle qui le devoit emportée 
ne trouvoit alors de reàftance que de 
la part de fon Antagonifte, que l'Ame 
petit affoiblir ; mais le poids dont il 
eft ici queftion faifant l'eifet d'un An- 
tagonifte que l'Ame ne peut affoiblir, 
elle eft obligée de fe fervir en ce cas 
de la manière qui a déjà été ci-deva!ir 
propofée i c'eft-à-dire, qu'elle élargit 
les Nerfs d'un des Mufcles & rétrécit 
ceux de fon Antagonifte. En vcylàaffez^ 
cemefemble, dans ce Syftcme pour 
prouver Padion des Mufcles qui ont des 
Antagoniftes. 

Quoique toutes ces manières d'expli- 
quer le mouvement des Mufcles foieiit 
fort ingénieufes^dit M.Dsiverney, elles 
fouffrent pourtant des difficultés pref- 
que iniurmontabies , comne l'Auteur 
célèbre de la recherche de la Vérité, l'a foi f 
bien remarqué, qui font la durée détej>._ 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



ininôe de nos mouvemens.l'.-iurtmenta- 
tioii S: la diminution déterminée de 
cette durée, (?c la promptitude furpre- 
nante du changement de quelques-unes 
de ces déterminations. Les exemples 
d'explofion , de fermentation des Cor- 
des mouillées , ni ceux qu'on donne 
des Vcflies gui lèvent des poids con- 
fidérables à m'jfure qu'on les gonfle 
ne lèvent point ces difficultés. 



OBSERVATION XXVI. 

SUR LA CIRCULATION 

D £s Esprits Animaux, 
fondée fur de nouveaux Principes j 

Et fur VAnatomie particulière du Cerveau 
£/ du Cervelet. 

L'ON vient d'obferver le Senti- 
ment de M. Duverney fur la fa- 
çon dont les Esprits Animaux opèrent 
le mouvement de tous les Mufcles. Ce 
fçavant Anatomifle a eu foin de rap- 
porter ce qu'en ont dit avant lui les 
Auteurs les plus célèbres. Mais ni les 
uns ni les autres n'ont pas défini la 
vraie Nature des Ejprits Vitaux , & 
encore moins leur Circulation Animale 
dam les Tltyaux Nervaix, d'où il fuit que 
l'on ignore toujours la manière dont ils 
acîiiïent véritablement fur les Mufcles , 
& fur les auues Parties de notre 
Corp'. 

Ce que nous venons de voira ce 
fujet , ne fatisfiit point pleinement , 
les dilTicultéi exirtent encore , ainfi 
que l'on jen convient^ il refle à fça- 
voir ce] que deviennent les Efprits 
après leurs fondions ; & s'il ell poffible 



que le Cerveau en fourniffe contînueî- 
lement dans les aftioiis violentes & de 
longue durée, fans tarir la fource ôc 
caufer la mort du Sujet. 

Je n'oferois cependant entrepren- 
dre de faire la Critique de tous ces 
Grands Hommes : il faudroit fuccom- 
ber abfolument dans l'entreprife ; 
mais il me fera permis , fans attaquer 
pcrfonne en particulier, de donner 
prcfentement mes Opinions fur le mê- 
me fujet. 

J'ai formé lePIan démettre au jour 
mes lumières: fi elles font bonnes , je 
m'en appercevrai par le fiience de mes 
Antagoniftes : fi elles pèchent en quel- 
que endroit, ils m'en feront bien mieux 
appercevoir : ainfi que Ton a vu , des 
fautes que l'on croyoit que j'avois fai- 
tes. Il arrivera peut-être qu'ils diront 
que ce que je donne a déjà été dit; mais 
ils n'entreprendront jamais de le prou- 
ver. 

Anatomii particulière du Cerveau Cr dm 
Cervelet. 

La Moelle renfermée dans l'Epînô 
du Dos , ell la continuation de la Moel- 
le allongée , & celle-ci n'cll que la pro- 
dudion commune du Cerveau & du 
Cervelet : ainli on peut conlidérer la 
Moelle de l'Epine i\ la Moelle allon- 
gée par rapport à leurs Origines, par 
rapport à leurs enveloppes 8c à leur 
fulDllance , comme l'union feule des 
Branches externes du Cerveau & du 
Cervelet. 

La Partie moyenne.de la Baze du 
Cerveau efi occupée par la Moelle al- 
longée, & la Moelle allongée ell for- 
mée par quatre Branches. Les deux 
plus fortes de ces Branches viennent 
du Cerveau , & font produites par les 
Lames Médullaires Se cendrées, qui 



SUR LA Physique £t 

ont auparavant formé les Corps cannel- 
les de chaque Hémifpîicre du Cerveau. 
Les deux petites Branches qui entrent 
dans la compofition de cette Moelle , 
viennent du Cervelet , & les Racines 
qui les produifent font ce qu'on appel- 
le dans le Cervelet, V Arbre de Vie; 
que l'on apperçoit par la coupe Verti- 
cale de ce Vifcére. 

Sur la réunion des groiïes Branches 
du Cerveau, qui vont former la Moel- 
le allongée , il y a une Protubérance 
tranfverfale , que l'on nomme le Pont 
de Varole; en fuppofant que les Bran- 
ches du Cerveau forment les Rivières 
du Fluide Animal, & que cette Protu- 
bérance efl le Pont fous lequel elles paf- 
fent j le nom de Pont que l'on donne 
à la Protubérance Médullaire dont il 
ell quellion , efl. allez naturel. Varole 
ancien Anatomille Italien , qui a don- 
né l'idée de cette comparaifon , & du 
nom duquel on s'efl fervi , enteadoit 
que les Liqueurs Nerveufes pafîoient 
du Cerveau dans la Moelle allongée 8c 
dans la Moelle Epiuiere fous cette Pro- 
tubérance. J'adopte cette idée & la 
trouve fatrsfaifante. Il relie feulement à 
fçavoir fi les Efpriis vont & viennent 
en mémeiems ^ du Cerveau & de la 
Moelle allongée fous ce Pont. 

Il me femble cependant que pour 
flonner une idée un peu plus précife 
de la Structure du Cerveau &: des Moel- 
les , l'on devroit appeller ce que les 
Anatomiftes nouiment les Branches 
de la Moelle a'.longce , les Racines 
du Tronc Médullaire ; il faudroit auiïi 
appeller la Moelle allongée, ie Tronc 
Médullaire; les Nerfs , les Branches Mé- 
dullaires ; Si la Moelle Epiniere , les 
Branches réunies du Tronc Médullaire. 
Celte dénomination donneroit une 
ïd'ée plusdillinde de la difpofition des 



SUR LA Peinture. 87 

Parties du Cerveau & de la Nature des 
Nerfs. 

I °. En confidérant le Cerveau & le 
Cervelet comme deux Vifcéres parti- 
culiers , dont les Filières fe réunilTent 
pour former les Racines du Tronc Mé- 
duUaire. 

2 °. Parce que le Corps de ce Tronc j 
ou le prolongement du Cerveau fe di- 
vife enfuite comme celui des Végé- 
taux, pour former les Nerfs qui for- 
tent du Crâne & ceux de la Moelle 
Epiniere. 

Les Racines d'un Arbre , par exem- 
ple^ s'épanouifTent dans la terre pour 
en filtrer les Sucs & former le Tronc , 
& le Tronc enfuite fe divife & fe fou- 
divife pour former les Branches , tout 
de même que les Filières du Cerveau 
& du Cervelet fe léuniflent pour for- 
mer les Racines de la Moelle allongée, 
& cette Moelle fe foudivife enfuite 
pour fornier les Nerfs. 

Cet arrangement nous conJuiroit à 
faire quelques réflexions ; fcavoir lî les 
Sucs Nerveux font de deux Natures j 
c'eil-à-dire, fi ceux qui proviennent 
du Cerveau font Hétérogènes à ceux 
qui proviennent du Cervelet ; ce qui 
n'efl pas vrai-femblable. Il vaut mieux 
croire que l'un fert à l'adion & l'autre 
à la réaction des Nerfs & à la filtration 
des Efprits : car les Filières qui for- 
ment les Branches de ces Vifcéres, pa- 
roiffent de difiérente cuuilruélion. 

J'ai dit dans mes précédentes Obfer- 
vations que les Parties ignées ou le Feu 
matériel , étoitce qu'on appelle les Ef- 
prits Animaux ; Scje prétends aulfi dans 
mon SyRêmej qu'on ne peut attribuer 
lacaufe de toute mutation, & de tou- 
te fluité, celle de tout mouvement iSc 
de toute dilTolution , & même de tou- 
te chaleur qu'à ces Parties ignées , que 



S5 Observations SUR. l'Histoire Naturelle 

ie crois répanJiies en tout iicu & pcné- Journaux. Je crois que fans ambr- 

trer tous les Corps de quelque Nature tionnerces rccompenfes hoivirables , 

qu ils fuient. qu'il eft fi difficile de mériter, je puis 

* La Matière EleBrique ert la même initruire le Public de ma façon de phi- 

que celle du Feu , & celle du Feu la lofoplier fur les Organes du Corps Hu- 

mênie que celle des Efprits Animaux ; main, & donner ici /'e^ence des Efprits 



c'ell ce que Ton a dcja éprouvé fur quel- 
ques Paralytiqueb j en leur impulfant 
dans les Nerfs la Matière Eleétrique ; 
c'ert-à-dire, les Parties du Feu qui 
forment aulTi les Efprits Animaux. Mal- 
gré l'évidence de cette preuve, on dif- 
tingue encore aujourd'hui la Matière 
Electrique du Feu, Se le Feu des Ef- 
prits Animaux. {Voyc^ ce que je dis fur 
ce Sujet dans lalV. Part, de cette Année.) 
Revenons au Texte &: n'abanJon- 
nons pas la Quellion. On trouveioit 
donc , félon la différence des Filières 
du Cerveau is: celles du Cervelet , que 
l'un de ces Vilcéres fourniroit les 
Branches qui portent les Efprits, Se 
l'autre celles qui les rapportent : c'eft de 
quoi il ne faut pas douter. Ce qu'il y 
a de très-certain , & que j'ai découvert 
après de longues recherches , c'eft que 
ces conduits Nerveux, du Cerveau &: 
du Cervelet , fe réuniflent enfemble 
fans fe confondre dans la Moelle al- 
longée , Si que de- là ils s'accompa- 
gnent dans les plus petits Filets des 
Nerfs quifortent du Crâne & dans ceux 
que fournit la Moelle Epiniére , ain- 
fi que les Veines accompagnent les 
Ancres dans les autres Parties du 
Corps. 



Animaux Sr leurs actions 6* réoBions fur 
les Mufcles & fur les autres Parties du 
Co.ps. 

Outre le dégorgement des Par- 
ties de Feu , qui fe lait dans l'Eflo-» 
mach pour échauBer & cuire les Ali- 
mens , dont j'ai parlé dans mes Tables 
d'Anatomie , les Efprits Animaux , ou 
les Parties de Fea^ qui font impuifés 
du Cervelet dans toutes les Filières qui 
dérivent de ce Vifcére , retournent, 
après la fondion des Mufcles 8i après 
leur relâchement, dans le Ceryeau par 
les groffes Filières Nerveufes dont 
nous avons parlé ; car il n'eft pas rai- 
fonnable de croire que les Efprits Ani» 
maux ( qui découlent du Cervelet pour 
fervir au gonflement & à l'adion d'un 
Mufcle) fc perdent enfuite Se ne re-, 
tournent plus dans leurs Refervoirs. 
La dépenfe de ce fluide feroit alors 
très-confidèrable , & fur-tout dans les 
grands travaux. Nous venons de voie 
dans les Obfervations précédentes , 
l'embarras des Auteurs pour expliquer 
rècoulement des Efprits , & qu'iU 
n'ont pas réfléchi fur leur retour. 

On ne peut contcrter que les Efprits 
Animaux , la Matière Eleèliique & le 
Feu ne foient la même chofe. Exami- 



nons avec réflexion tout ce qu'ont dit 
Remarques fur l'ABion (p" la Réaâion des jufqu'aujourd'hui les Auteurs fur la 
Efprits Animaux ù" fur leur EJjence. Nature des Efprits Vitaiix , ou Ani 



Les Académies propofent des Prix 
pour découvrir comment les Nerfs agil- 
îeni fur les Mufcles. Celle de Berlin a 
fait annoiKer fçs Lauriers dans nos 



maux , ainfi que je viens de dire, nous 
ne trouverons là-defTus rien de clair ; 
tout eft confus, ils ont imaginé des 
Corps inconnus & de peu de rapport 
avet lesOrganes: il eft inutile de citer ici 



SUR LA ThYSîQUE ÊT SUR LA TeINTURE. 



ïenrs remarques , il fuffit de dire qu'ils 
ne rcconnoilToientpas le Feu Matériel 
pour l'effL-nce des Efprits Animaux : je 
vais cependant prouver qu'il n'y en a 
pas d'autre. 

En admettant une Ame dirtincle de 
la Matière, en n'eit plus fujet à des 
Spéculations ridicules, où il faut tou- 
jours revenir fur fes pas. Le Labirin- 
te des Matcrialiltes eft fans fin : ils fe 
perdent dans leursidées, & le rcTuhac 
de leurs Théfes , eil qu'ils font auffi inf- 
truits fur la lin de leurs Queflions , 
qu'ils l'étoient au commencement. 

L'exiftence de l'Ame établie , alors 
les Efprits Animaux fe trouvent aifé- 
nient dans la Matière que nous con- 
noilTons; nous n'avons pas befoin de 
les nippofer & nous pouvons raifon- 
ner fur leur eiïence ; & fans aller bien 
loin , nous les prendrons dans le Feu 
même, pliuôt fans doute que dans les 
autres Elemens i.'aâivité du Feu , l'ex- 
trcme linelTe de fes Particules ^ leur 
Elaflicitè; tout nous fert alors j 8c nous 
bitilTins fur le folide^ 

La réflexion peut nous fervir pour 
confirmer l'iJèe fenfible que je donne 
des Efprits Vitaux. i°. Un Animal 
quel qu'il foit, que l'on mettroit dans 
la Glace pourroit-il vivre un infiant .? 
Où prenJroit-il de quoi entretenir la 
dilTipation des Parties de Feu ? 2". Un 
Membre engourdi, ne l'efl-il pas par 
îe défaut des Efprits Animaux ou de 
chaleur? Ne lui rcdonne-t-on pas fon 
état naturel en l'échauffant avec le Feu 



^9 



Matériel 



Dans les défaillances du 



Cœur où les Efprits Animaux man- 
quent, ne les fait-on pas revenir en 
lechautTant la Poitrine & la Tête du 



Malade, en lui froiiant les Tempes cx 
le Nez avec des Liqueurs infiamm a- 
r>Ies, pleines de Particules de Feu ? 
N'efl-ce pas en lui faifant avaler des 
Eaux combuilibles qu'on le fait re- 
venir ? 

4°. Les Nations plus proches du So- 
leil ne font-elles pas plus vives & plus 
fpititueufes *? s°. Les Animaux mê- 
mes ne fe reflentent-ils pas de cette 
plus grande abondance d'Efprits Vi- 
taux ? Ne dégénerent-ils pas en chan- 
geant de Climats : 6° Certaines efpé- 
ces de ces Animaux, par le défaut , on 
parle peu d'abondance des Parties de 
Feu , qu'il y a dans les Climats froids, 
ne cefiént-iis pas de produire ? 7°. Les 
Plantes mêmes ne font-elles pas dans 
le même cas ? 

8°. Les Aîimens qu'on appelle fpi- 
ritueux , ne font-ils pas ceux qui font 
les plus chargés des Parties de Feu , 
& ne font -ils pas en même tenis 
renaître avec plus grande abondan- 
ce les Efprits Animax ? 9°. Les 
Efprits tirés des Boilfons avec une 
trop grande quantité , ne déran- 
gent-ils pas laraifon î L'Ame eft-eile 
maitrelTe de les gouverner lorfqu'iJs 
furaboRdent : Ne les dirige-t-elle pas 
alors mal-à-propos .^ EnfinrEleélric'itc, 
comme je viens de le rapporter , ne 
défobftruë-t-elle pas les Nerfs , Se la 
force de fon impuifion ne dèbouche- 
t-elle pas les Conduits pour faciliter 
le pafTage des Efprits; c'ell - à -dire , 
des Parties Fiomogénes du Feu f 

Nous pouvons donc conclure de ces 
réflexions & de plufieurs autres , qu'if 
feroit aifé de faire, que le Feu & les Ef- 
prits Animaux font û même chofe : les 



* Je n'entenîs pas ici par les mots de plus ladîes en chaque Climat, ou des bénéfices de 
pives ic plus fpirnueufes , avoir plus de capa- Nature, qui augmentent ou diminuent l'aboR- 
ftité Si. p'iic «J'efprir. D'ailleurs il y a des Ma- dance des Efprits en certains (Sujets. 

Antîëç i-js^^Tom, IL Partie, r^ M 



Observations sur. l'Histoire Naturelle, 



Parùcviles de l'un font les Particules de 
l'autre. 

Le Cerceau & le Cervelet font les 
Filtres où ces Parties de Feu Çc fcpa- 
rent du S-uig , &c les Nerfs font les Con- 
duits où elles coulent pour dilater & 
racourcirles Fibres cliarnucsdes Muf- 
cles , eu fe gliiraut dans les Membra- 
nes^ que forment les Ligatures de ces 
Fibres charnues &' les Parois des Sacs 
Membraneux *. Ponr lors ces Sacs 
Membraneux faifant entre les Interfec- 
tions , une efpéce de Rcllort , ils les 
obligent de fe racourcir & de fe con- 
tracter ; comme les Mufcles du Cœur 
dans le mouvement de Diaflole ; en 
comprimant le Sang , occafionnent 
le durcllFeraent &; le racourcilTement 
du Cœur. 

Le Sang renfermé dans les Sacs 
Meînbrancux, dont les Fibres Miifcu- 
leufes font compofces , fe trouve com- 
primé par les Iprerfcdions des Pro- 
duflions de la Membrane commune 
duMufcIe, laquelle renferme efiec- 
tivement les Particules du Sang; mais 
en petite quantité ; c'eft ce qui donne la 
Couleur de Rouge-pale aux Fibres en 
particulier , & celle de Rouge foncé 
à l'alTemblage de ces Fibres. Je con- 
clus de-là que , lors du rcfT^rrement & 
du racouiciirenic'ut de ces Sacs Mem- 
braneux, les Particules de Sang relient 
plus enfermées & jilus contenues, & 
forment toute la force du Mufcle : 
mais lors du retour des Efprits , les 
Membranes étant relâchées , c«s Par- 
ticules fluent de nouveau de là dan^les 
Veines, & font moins comprimées. 
C'ell pourquoi en liant lagrolfe Artère; 
tv par confcquent la (ource du S.ing, les 
Fibres charnues perdent les Particules 



dcSang contenues dans les petits Sacs- 
Membraneux , dont nous venons de 
parler; & lesEfprits , dans la contrac- 
tion qu'ils occafionnent de ces Mem- 
branes, n'opèrent plus la dureté & le 
racourcilTement du Mufcle. Voyons 
préfentement la raifon de la réadion 
des Efprits apics PolTice des Muf- 
cles. 

Il ne feroit pas natiuel de croire que 
fi les Efprits Animaux découlent du- 
Cervelet par les Nerfs , pour l'adioii. 
prompte de chaque Mufcle , ou de 
toute autre Partie de notre Corps, ils 
retournent en même tems dans le mê- 
me Vifcére par les mêmes Filières ; en 
fuppofant qu'il y ait une adron Se une 
réadion d'Efprits tout à la fois , com- 
me il arrive lorfque Ton fait toute forte 
de mouvemens en même tems. 11 pa- 
roît donc bien plus naturel , que fi les 
Efprits découlent de l'un des Vifcéres 
du Cerveau , ils retournent dans l'au- 
tre ; puifque les Filières de ces deux 
Vifcéres s'uniffent enfemble (îk s'ac- 
compagnent, comme nous avons dit, 
pour former la Moelle allongée & tou- 
tes les Parties de Nerfs qui Ijrtent du 
Cerveau & da la Moelle de l'Epine. 

Si Ton me demande pourquoi je 
donne à l'un de ces Vifcéres l'adion 
plutôt qu'à l'autre , ]e répondrai qu'il 
paroit que les Filières les plus tlnes 
îout les plus propres à l'aftion de tou- 
te L'queur impulfèe,. Nous choifirons 
donc fans peine pour l'adion des Ef- 
prits le Cervelet , Si pour leur réadion 
le Cerveau ^ ce qui occallonne fans 
doute le gonllement &le relâchement 
des Mufcles. 

Il me femble que c'eft ce que l'on- 
cherche , & que l'on trouvera quand. 



* Les Anatomiftcs , que nous avons cité, 
rif.ns l'Obfervaiion précédente , ont obfervi 



les Ligatures & ces «Jacs Membraneux» 



suit LA Physique Et sur la Peinturô; ^T 

dn vou Jrâ , pour expliquer les mou- gard de la faqon de la traiter Se de la 



vemens Mufciilaires. Je puis a)outer 
ici que te Cerveau renvove enfuite au 
Cervelet , par le Plexus Choroïde , les 
Particules de Feu qu'il reçoit de la 
diilenfion des Nerfs. 

Ces réflexions faites , on peut croire 
qu'il fuffit à l'Ame , d'arrêter le retour 
gui fe fait continuellement des Efprits 
dans le Cerveau , de l'un des Mufcles 
qu'elle veut mettre en coritradion , 
Si d'impulfer avec plus de force ceux 
qui vont du Cervelet dans le même 
Mufcle. 



OBSERVATION XXVII. 



guérir, M. Faget en a donné la Dif- 
fertation dans les Mémoires de l'Aca- 
démie de Chirurgie , à laquelle ceux 
qui veulent opérer auront recours. 

Il y a deux fortes d'Auevrifme, l'une 
qui vient de la dilatation de la Mem- 
brane interne des Artères, lorfque la 
Membrane externe eft détruite ; 6c 
l'autre de la piquûre ou de la rupture 
de ces deux Membranes. 

Dans la première forte d'Auevrifme ; 
les humeurs corrofives , qui fe forment 
dans les Playes, peuvent ronger une 
partie des Tuniques Artérielles; c'eU- 
à-dire , la Membrane externe ; &: alors 
i'Impulfion continuelle du Sang , trou- 
vant moins de réfiÛance dans cet en- 



i«r l Anevnfme , ou fur les dangereux j^qJ^^ (^^ ja Membrane interne qui 



ejj'ets de la fai'Jfe Saignée, 

JWl été témoins en 17^0, de la 
Cure admirable de celte Maladie , 
faite par M. Faget ^ Chirurgien Major 
de la Charité. Je defTinai pour lors, 
félonie defirde ce célèbre Ariille , la 
Playe , l'Opération & les Inilrumens, 
dont il fe fervoit pour arrêter le Sang 
dans fa fource ^ & n'en donner au bras 
que ce qu'il falioit pour l'empêcher 
de périr. Ce qui produifit , moyennant 
le régime & les remèdes convenables, 
Ja parfaite guérifon. L Artère Brachiale 
fe reprit , & le Sang circule aujourd'hui 
dans le B:as du Sujet , comme dans les 
autres Parties de fou Corps. 11 exerce 
fon Métier, & fait les mêmes elîorts 
qu'il faifoit ci-devant *. 

Avant de donner la Planche , nous 
dirons quelques mots de cette Mala- 
die, pour inlh'uire les Amateurs. D'au- 
tant mieux que tout le monde s'y trou- 
ve expofè , fi on a le malheur de fe fer- 
vir d'un Chirurgien mal-à droit. A i'é- 



le retient , 8c forme de grofles poches , 
qui ferempliffent de Sang, & où il cir- 
cule comme dans un gouffre. L'égra- 
tignure d'une Lancette , ou de tout 
autre Inftruraent , qui ne perce pas 
tout-à-fait l'Artère, peut auffi caufec 
cette forte d'Anevrifme. 

La féconde elpèce d'Anevrifme efl: 
dangereufe , les fuites en font ordinai- 
rement funelles. Telle étoit celle qu'a 
guéri M. Faget dans l'Hôpital de la 
Charité. Cette forte d'Anevrifme con- 
fiite dans l'ouverture de l'Aitére , foit 
par incilion. avec la pointe de la Lan- 
cette dans les Saignées , ou avec tout 
autre Inllrument , dans tel accident 
que ce puilïe être ; foit par la rupture 
des Artères dans les grands eflbrts. 
Pour lors le Sang s'extravafe entre la 
Chair & la Peau ; il fe coagule pac 
couches, ne pouvant plus circuler, &: 
forme des malfes molles & libreufes, 
comme celles qui font ici repréfcntées. 

L'Anevrifare par conféquent peut 



" C'eft »UJ Porteur 4'eau du Quartier Saint Antoine, 



Mij 



p2 Observations sur l'Histoire N"atur.ct.i:i!:;. 

fefoiTnerde l'm.e ou de l'autre façon, d'apièi le cclcbre DwniSi 
dans toutes les Parties du Corps où il 
y a des Artères un peu confidérables' 
les Mu'cles. Mais 



entre la Peau &i 

la plus ordinaire eft celle du Bras ,. 

qu'occafionne la Saignée. 

Les quatre Veines que l'on nique 
dans les Saignéw>s du Bras font laOJp'ta- 
lique;, qui eil celle du de!Tus ; la iVic- 
diiinc,. qui eft celle du milieu ; la Ba- 
fi ique , qui fe trouve en delTjus ; ^' la 
CA'ffiîc, qui eil plus vûiilne du Cu- 
bitus. 

Celles que l'on ouvre le plus com- 
munément lont la Médiane & la Bafi- 
lique ; elles font auiïi les plus dange- 
reufes : la Bafilique fur-tmu eil fouvent 
très proche de l'Aftére Cubitale, &la 
Médiane fe trouve toujours placées 
iur le Tendon du Biceps ; mais aufli 
le b'uig ne fort pas fi aifémentde la 
Geplialique ^ £< il eft dilTicile de fai- 
gner à la Cubitale. C'e!l la raifon pour- 
quoion ne perce point ces Veines ici,. 
quoiqu'il y ait moins de danger, 

La plupart des Cliirurgiens Turcs , 
qui ne font point ufages des Sangrucs , 
ne faignent que ces deux Veines, 
pour ne pas rifquer d'eftropier leurs 
Malade; , ce que j'attribue à leur peu 
d'adrefic. 

Tous les Bras ne font pas faciles à 
faigner : à quelques-uns on n'ell pas 
maure de choilîr la Veine , &; bien 
fouvent il fauts'en tenir à celle qui efl 
la plus apparente ,.8c quelquefois de- 
viner l'endroit où elle doit cire, fur les 
inoindres apparences. 

Si mailieureufement on perce l'Ar- 
tére en piquant la Bafilique , on s'en 
apperçoit fur le champ , par limpe- 
tuofue & par la couleur vermeille du 
Sang : on peut a ►ors avoir recours à 
un prompt remède , mais un peu vio- 
ient , tel que je le vais ici rapporta: 



Guérifon fubite dune Ai evrifmei 



« Un Chirurgien de Paris faignanr 
» un Penilonnaiie du Collège d'Har— 
"courte lui ouvrit l'Aitcre., dont le 
>» Sang fe lança comme un trait dWr- 
» balOtre, de l'autre côté du Lit ; iL 
« faifoitune très-grande arcade ; ii lor- 
» toit en fautillaïu., (S: il s'élcvoit danS' 
j> le Plat une écume d'un vermeil oraii- 
= gé S< en grande quantité. Ayant con- 
D nu que c'étoit l'Artéie qui éioit ou- 
» verte, il ne s'étonna point , il dit aa 
» Malade que fon Sang étant aufli 
cr échaulle , il falloit en tirer Iseaucoup, 
a alîn que cette. Saignée calmât ceii'i 
3j grande chaleur; il demanda un fe- 
»cond Plat & en tira jufquà ce qu'il vît 
a que le Ma'ade commençoit à tomber 
« en foiblelfe. Pendant que le Sang 
y> fortuit , il avoit mis une pièce de 
» Monnoye dans la comprelfe, & il 
a> avoit demandé une féconde Bande;, 
jo A mefure que le Malade s'afToiblif- 
D foit , l'Arcade que îaifoit le Sang di- 
B minuoit c'k bailToit. Ayant ôté la Li- 
» gature ;, & le Malade étant cvauon' ;. 
H le Sang cefîa de fortir.Il prit ce mo-. 
» ment pour appliquer la comprelfe Se 
D bander le Bras qu'il ferra plus qu'à 
» l'ordinaire, & mit deux Bandes ; & 
» ayant ployé le Bras fur l'EflomacIi 
» du Malade & attaché à fa Camifol- 
ï>ie, de crainte qu'il ne l'étendit, Sit 
X) lui jetta de l'Eau au vifage , lui fit 
» lentir du Vinaigre & le fît revenir 
a» de fon évanouillement. II iut foi.ii 
» de faire jetter le Sang avant que de 
» s'en aller, & il recommanda bien au 
x> .Vlalade de ne point remuer fon Brasi> 
» hii difant que s'il le débandoit, fon 
» Sang étoit fi furieux , qu'il feroit 
» xuort avaiii qu'on le £Ût fecourir. Le 




m 













~i% 



SUR LA Physique 

» foir farginant d'avoir été appelle pour 
» un MalaJe dans fon voifinaije il l'al- 
3j.la voir,& trouva que le MilaJeavoit 
» été a(îe^ obcïlT;int pour avoir laiffé 
3» fon Bras -lans iemème état qu'il l'a- 
» voit mis : le lendemain il lui ren- 
a> dit encore vifite , & quoique la 
JB Malade fe plaignit que fon Bras 
3> étoitbienferré, il lui perfuada de n'y 
aj toucher que ie troinéme jour, & après 
J5 l'av-oir dcbandé, il y remit une nou- 
a> velle comprelTe c*^ une autre. Bande, 
3J pour plui grande fureté. La Cica- 
^ trice fe fit comme auroit fait celle 
3) -d'une Veine , t^- le Malade a cru 
:» qu'on ne lui avoit jamais fait une 
i> meilleure Saignée. » 

II a été facile ici de guérir Se de ci- 
catrifer une ATrtére^en fupprimantle 
Sang des l'inllant de fon ouverture; 
mais dans le cas où l'Anevrifme efl en- 
tièrement formée, ropéraiion de M. 
Faget efl l'unique , & la feule qui peut 
réulTir. C'eft lui qu'il faut alors conful- 
ter dars le traitement de cette Mala- 
die, ainfi que j'ai déjà dit. 



ET SUR LA PeiNTURST; 



I. 
!.. 

M. 

O. 



L'Artère Bracliiale. 
Le Biceps. 
Son Tendoni 
Son Aponcvrofe.- 
Le Nerf. 



H- 



I G U R E 



I I, 



P. L'Artère Brachiale. 

Q. La piquLire de l'Artère. 

R. S. Les Rameaux de cette Artère, 

T. V. Sa divifion fur le pli du Bras, 

T. L'Artère Radiale. 

V. L'Artère Cubitale, ■ 



EXPLICATION. 

De le Planche F d\4natomie^ repréfen" 
tant les Tumeur s fanguines caufées paV 
l'Anevrifme. 

El GU RE T. 

Elle repréfente la Tumeur dans fon ctaî' 
naturel avec fes Lames écaiileufes» 
du côté de la Peau, 



EXPLICATION 

J>e la Planclie E d'Anatomie ^ repréferi' 
tant l'AncV'ifme d'' après l'Opération 
de M. Faget. 

F I G u R £ 1,- 



I GU RE 



11. 



À. B. 


Le Bras makde. 


G.D. 


Les Tégumens renverfès ainfi 




que dans l'Opération. 


E. 


La Celphalique, 


F. 


La Médiane. 


G. 


La Bjhlique, 


H. 


La Cubitale,' 



Elle repréfente la même Tumeur di:i 
côté de l'Artère avec fa cavité. 

F I a u R s LI L 

Elle repréfente le Sang caillé fraîcRe'-- 
ment contenu dans cette cavité. 

F T G u R E IV. 

Elle repréfente les Lames écaill^ufes ■ 
détachées , où l'on apperçoit dis^ 
efpéces de Fibres»- 



94^^ Observations sur. l'Hi3tôixe Naturell 

c. Lef-Cavitcs de la Tumeur." 
F I G u R E V, d. L'Ancre piquée. 

e. Sou jet & la fource de l'Anevrifine^ 



Elle reprcfente la Coupe cavernenfe 
de toutes les Lames qui compo- 
feut la Tumeur. 

a. LesCoucIies coineafes & bîanclies, 
qui forinent une efpcce de Mem- 
biane racorncie. 

h. Les Couches rouges & fpongieu- 
fes qui font féparées des précé- 
dentes. 



Z G u R E 



FI. 



Inftrument ou Couninet qui a fervi à 
la comprcffion. 

Figure VII. 

Autre Couiïinet à vis &à reffortpour 
comprimer l'Artère. 



PHYSIQUE. 

OBSERVATION VII. 

Sus L^ CuE^TioK DU Monde , Et Se r leD élu ge Universez^ 
Et Critique de Telliamed , ou h Philofophe Indien. 




f E Livre en deux volumes (a) 
ell une efpcce de Roman 
Philofophique , où on a ren- 
fermé divers fentimens , & 
entr'autres une partie de la 
Doârine de Thaïes (b). 

Teliiamed n'admet que les eaux de 
la Mer, fleurs Diminutions pour prin- 
cipe aflif de la fonmtion de la Terre : 
il en fait fortir non feulement les 
Monts , les Vallées , l'Homme , les 
Animaux Quadrupèdes (S: les Infefles, 
riiais encore les Oifeaux , ^- les Plan- 
tes de toute efpéce. Les Hommes j dit- 

( fl ) Il eft imprimé depuis peu à Paris , & 
fuppoféde 1748, & deriraprefllon d'Amfter- 
dam. L'Editeur de ce Li\Te eft M. de Guer, 
je luis obligé de le nommer, parce qu'<>n m'a 



il , ont été tirés des Eaux , &" leur font re^ 
dei'ables de leur Origine. 11 conclud de-là 
qu'il n'y a jamais eu de Déluge , & 
que la Création eft une clûiiére. 

Le Piiilofophe Indien lait la Terre 
en forme de fufean & plus élevée vers 
les Pôles que vers l'Equateur; c'eft-à- 
dire , de la Figure à peu près d'un 
(Euf : Il prétend que la Partie Septen- 
trionale , étant plus grolTe & plus char- 
gée de Montagnes , emporte la Par- 
tie Méridionale : c'eft ce qui , felou 
lui , caufe l'obliquité des Pôles de la 
Terre, à la Ligne Ecliptique que no- 
fait rinjuftice de me foupçonHcr de l'avoir ctl» 

( i) Thaïes n'aJmetcoit que l'cau pourprinr 

cipe de toutes thofes. 



SUR LA. PhYSK^UE ET 
tre Globe parcourt dans le cours d'une 
année: Voici ce qu'il dienfuiie. « Lorf- 
3> que la Mer couvroit toute la furface 
» de !a Terre , alors tous les jours de 
» Ton circuit annuel autour du Soleil 
3j étoient à peu près égaux ; mais coin- 
» me lesE MX de la Mer renfermoient 
» en leur Sein des Montagnes beau- 
■ coup plus grandes dans la Partie Sep- 
^ tentrionale que dans la Méridionale 
» à mefure que les Eaux ont diminué 
» l'égalité qui avoit été jufques-!à dans 
» le Globe ^ s'etl aflbiblie. Alors par 
» la diminution de ces Eaux , le Pôle 
» Méridional a perdu le poids de fou 
^ côté , qui s'eft confervé dans le Pô- 
» le Septentrional. Ainfis'ell fait (ajoà- 
= te-t-il ) dans les Pôles de la Terre, 
» cette variation relative à la pofition 
^ du Soleil , & à l'état du Firma- 
^ ment. » 

Selon cette idée , il faut fuppofer 
que les majjes des Montagnes ont unepe- 
fantciir déierminée qui entraîne le Globe de 
la Terre. 

A l'égard de la caufe générale du 
mouvement des Globes, félon Telîia- 
med , la découverte en a été faite lors 
de Vlnventicn des Lunettes d'approche 8c 
par leur fecours : « Depuis l'Invention 
n des Lunettes d'approche , dit-il , 
3> on a découvert que le Soleil fait tour- 
» ner autour de lui, par fa clialeur Se 
5) par le mouvement qui lui eil pro- 
3> pre , notre Terre & les autres Pia- 
» nettes qui font à la portée de racci- 
3> vite de fon Feu * qui aait fur la Ma- 

4 O 

31 tiere dont le Globe du Soleil eil 
» compofé ,, &it arrivera un tems où 
» l'ayant tout confommé , ce Feu s'é- 
3) teindra entièrement , après s'être 
sa alfoibli iiifcrXiblemcnt à proportion 
p de TAliment qu'il y rencontre. « 



SUR LA Peinture,. ^5- 

Je fçais bi:n que cette définition ne 
fatisfait point ; mais il n'y en a p.is 
d'amre. Notre Pliilofopîiie entend que 
le Créateur n'entre piur rien dans les 
mouvemens qui fe pafTent dans la Na- 
ture , Se qui plus efi , félon lui , « il 
33 futîu de ne pouvoir comprendre que 
>3 la Matière S( le mouvement ayent 
)3 commencé ., pour les croire cter- 
3) nels. » 

C'efl là Tabregé & même la fubRan- 
ce totale des nouvelles Découvertes 
de M. de Miiltet. La Defcription de 
VEgypte qu'il nous a donnée , nous pré- 
paroit à cette dernière produclion. 
Les Matérialiltes ont ici un iiluftre 
défenfeur de leur caufe commune. 

L , A. D. P. digne Elevé du grand 
Pliilofophe Indien, vient depuis peu 
de faire paroitre les progrès qu'il a 
faits dans cette Pliilofophie. Il ne m'ap- 
partient pas de combattre celui - ci ; 
mais je puis attaquer Telliamed & 
mettre au grand jour les défauts cfTen- 
tiels & la foiblelTe dit raifonnement de 
ce PhiloTophe. Pour y réuffir il fuffic 
de ralFembler fous un feul point de 
vue , les diverfes idées qu'il a répan- 
dues dans l'étendue de fon Livre : alors 
il ne fera plusq.ieRion que de répon- 
dre à celles qui méritent quelque at- 
tention. 

SYSTÈME DE M. DE MAILLET. 

Concernant la Matière & le Mouvement. 

i'. La Matière efl éternelle, {pag^ 
6 1 du 2'. vol. ) 

2°. La caufe du mouven-ient afiiicL 
des Globes vient de la chaleur du So- 
leil ( 2.". vol. pag. 63. ) 

3°. La chaleur du Soleil Se des Etôr, 
les vient de i'embrafemenc des Aio.- 



S Ceci eft ajoûié à la Pliilofophie de Ait de I\Iaillet , ou-Telliamsii, 



•5)5 Observations sur l'Histoire Naturelle^ 

i;cr?s combutliblcs quilescompofent , ces coiirans éioient de pIiiHeurs efpé- 

( z'.vol.pag. Si.) l ces. ( i". vol. pag. i 8. ) 

4<'. Lorfqiie le Soleil s'éteint, il efl '• 7». Les Montagnes , les Vdllces& 
.remplace par un autre Soleil. Si un les dilTérens Terrains, qui font dans les 
-Globe femblable au nôtre s'enibràfe , Eaux^ &- ceux qui font fur la Terre, 
les générations fe font ailleurs. Tout fe n'ont été fomnés que par la force aftt- 
fuccédc, & par ce moyen le mouve- ve de ces courans. ( i".voLp. 27 ) 



ment de l'Univers a été S( fera perpé- 
tuel. ( i'-vol. pag. 2 19& 250. 

Telliamed prétend, moyennant ces 
quatre propofitions , fonder le Maté- 
rialifme & démontrer la Nature du 
mouvement. Il efl vrai qu'il dit à la 
£m du Livre, qu'il fuppofe une Création : 
miisen queltems fixer cette Création, 
■fi la Matière efl éternelle , & que les 
VifcinTuudes des Globes ayenc été de 
tout tems,? 

.SYSTÈME Be m. de MAILLET, 
Sur la Formation de la Terre. 

x°. La Terre a été autrefois toute 
couverte des eaux de la Mer, & elle 
tournoit alors fur elle-même^ comme 
elle fait aujourd'hui. ( a^ volpag. 74.) 

z°. La Mer dans cet état ne ren- 
fermoit rien de vivant dans Ton iein. 
( i". vol. pag. 68. ) 

La Klcr diminue continnelle- 
elle a diminue de tout tems Se 
elle diminuera jufqu'àl'exiinétion des 
eaux. ( l'-voLptig. i.b'fuiv-) 

4". Lors de la découverte des plus 
Iiautes Montagnes , par la diminution 
de la Mer, les Poiil'jus & les Coquil- 
lages ont commencé à fe multiplier. 
( i '. vol. pag. op. ) 

5*. La Mer en fe retirant a laiffé fur 
les Montagnes les moins élevées des 
Animaux Marins. ( i . vol. pag. idem. ) 

<>*. Le mouvement naturel de la 
Mer , efl le principe de ce Syftcme'; 
fille renfcrmoit de tout tems des cou- 
tODs dans prefque ioute fou étendue ; 



ment 



M. de Maillet avec ces fept Propo- 
fitrons , veut combattre TEcriture & 
nier le Déluge univerfel. Il ne s'ap- 
perçoit pas qu'il conmience par éta- 
blir Ini-mcme unDc.uge de la même Nu' 
tare de celui qu'il veut détruire. 

SYSTME DE M, DE MAILLET, 

Sur la Création des Hommes &* de 
tous les Animaux Terrejîres. 

i". La Nature opère les fémences 
de la Génération des Animaux dans 
le fein des Eaux où elles font répan- 
dues. ( 2'. vol. pag. zio. ) 

2*. Les Semences de toute efpéce 
fout auiïî répandues dans l'Air ; mê- 
me dans les Parties des Globes en- 
flammés, ou lumineux, qui ne (ont pas 
encore pénétrés par le Feu, ( 2', voL 
pag. 218. ) 

3<'. Que ces Semences foient éter- 
nelles , ou qu'elles n'exifleni que pac 
une Création ; ces deux Opinions peu- 
vent , félon M. de Maillet, être éga- 
lement admifes. ( i'. vol. pag. 215.) 

40. Les Animaux Tcrrellres ont été 
tirés du fein de la Mer.. ( 2'. volume 

P-''S' M 3-) ^ , 

■j*. Les Poiffbns , en patlant dun 

Elément dans l'autre , ont félon les di- 
vcrfes efpéccs , produit les divers gen- 
res d'Animaux qui font fur la Terre, 
( 2 . vol. pag. 155.) 

6». Les Hommes tirent leur origi- 
ne des Hommes Marins ù" Tritons, qui 
le font peu à peu accoutumés à vivre 

çniicremenc 



SUR LA ThYSIQUE ET SUR LÀ TeINTURE. py 

entièrement fur la Terre. ( z', volume j des mouvemens quis'opéreni àcîiaquc 



pcg. 150.) 

7°- La Nature a cTioifi le tems &Ies 
îreux propres à la tranfmigracion des 
Races Marines , & à la refpiration de 
l'Air. (2. vol. pag. JpJ.) 

S"^. Il y a plufieurserpéces d'Hom- 
mes. ( 1 . vol. pag. 171.) 

9". Il y a eu des Hommes à queue, 
comme, par exemple ^ un Proven- 
çal à la Cioutat , nommé CruvilUer. 
( 2 . vol. pag. 175. 

1 o". Il y a des Hommes d'une feu- 
le Jambe & d'une leule main. (2'. voL 
fag. i8s.) 

II*. Il y a des Races de Géans. 
<2'. vol. pag. 188. ) 

12*. La fuite de la Génération de 
tous les Animaux fe fait lorfque le 
Mâle efl parvenu à un certain âge , & 
que les Semences de fon efpéce fe réu- 
nifient en lui par l'air qiril refpire & 
par les Alimens dont il fe nourrit .; à 
caufe de la Loi générale de la Natu- 
re, qui veut que chaque chofe cher- 
che à s'attacher à fon efpéce. ( 2'. vol. 
fag. 221.) 

Moyennant ces douze Propofitions 
difperfées dans plulieurs endroits du 
fécond volume , M. de lyiaiilet veut 
iCtablir la Formation de l'Homme & de 
toutes fortes d'Animaux Terrellres & 
Aquatiques par le feul concours des 
Sémmces ou des Molécules contenues 
dans le fein de la Mer , qui , félon lui, 
«fl: l'inPirument principal & la Mère 
produftrice de tous les Etres vivans 
qui exiflent dans fon fein & fur la 
Terre. 

Cet Auteur peu raifonnable , aime 
mieux créer les Animaux par le feul 
fecours d'une Matière paflive , que de 
convenir qu'un Etre Suprême , vivant 
& aflif, efl: l'unique principe de la Créa- 
ïion , & l'Auieur primitif & perpétuel 



Jbnee ij^ZjTom. IL Partie. F. 



inilant dans la Nature. 

Le Philofophe Indien devroit s'ap- 

percevoir que non feulement les Eaux 

n'ont par elles-mêmes aucune activité, 

puifqu'elles reçoivent leur atfaiffement 

de la Lune , leur fluidité de l'impul- 

fion des Rayons du Soleil , & leurs 

flots , leurs courans & leurs agitations, 

de la prefîion de l'Air ; mais encore 

que lem- PalFivité efl démontrée en ré- 

fléchilîant feulement que la Mer feroic 

glacée &: immobile fans l'Allre da 

jour^ & qu'ainfi elle ne peut être la 

caufe primitive d'aucune forte de Créa- 

tion , puifqu'elle ne fe meut eile-mè- 

me que par un fecours étranger. 

Et fi ceux qui ont donné dans la Phi-." 
lofophie de M. de Maillet a voient en- 
fuite réfléchi que l'Agent Univerfel , 
c'efl-à-dire, le Feu lui-même, efl fem- 
blable à toute autre Matière , puifqu'il 
efl perceptible par nos feus; ils con- 
viendroient alors (ans peine qu'il ne 
pent pas y avoir une aâivité innée 
dans le Feu , qui lui foit plus propre 
qu'à l'Air & à l'Eau ou à la Terre , li 
elle ne lui efl imprimée par un Etre 
immatériel; la qualité la plu^ e(TentieI- 
te de la Matière étant l'inertie. 

Si la Matière en général étoit acti- 
ve , les Elemens fe nuiroient , fe dé- 
truiroient, s'embrouiileroient & l'or- 
dre établi fe difTiperoit , & tout refte- 
roit dans le cahos & dans la confu- 
ûon. 

Je crois que le peu de réflexions 
que je fais ici fuffit pour détruire l'aéti- 
vité prétendue des Eaux , & la forma- 
tion chimérique des Hommes & d?s 
Animaux qu'elles ont occafionne.Elies 
feront connoître la nécefnté d'un Ere 
Créateur; furtout fî on joint à ces ré- 
flexions celles que tous le^ H numes 
font naturellement lorfqu"i!s le confi; 



.1* 



Observations sur. l'Histoire Naturelle, 



iOO' 

me il» ont" fait en bien d'autres en- 
droits ; mais il n'eft point quellion ici 
d'écrit ni de tradition ,- on pourrait 
re'jetter l'un & l'antre. Ces preuves fe- 
roient mal reçues de certains efprits. 
Je ne veux adopter que les preuves 
Pliyllcjues. 

Les Impies , les Matcrialilles , ne 
trouvent pas leur compte dans cet 
événement, où le Bras de Dieu s'ell 
vifiblement fait fentir fur la furface de 
la Terre. l,e Menfonge avec lequel 
ils bâtifTent leurs Opinions a befoin 
d'un certain enchaînement de fuppo 



a Nil , du coté de la Libye& dans les- 
» Défers qui terminent l'Egypte à Ton' 
» couchant,, on trouve plufiturs rui- 
53 nés de Villes conlîdérahies. Les Sa-- 
» blés fous lefquels elles font enfeve- 
j) lies, ont confervés les fondcmens 
» & même une partie des Edifices , 
» des Tours c'^c des ForterefTes dont 
» elles ctoientacconipagnées;& com- 
» me dans ces lieux il ne pleut jamais,. 
" ou fort peu & très-rarement ; il y a 
«apparence que ces velliges y fub- 
» fixeront encore pendant pluHeurs 
» milliers d'années. Ces Villes détrur- 



luions pour foutenir f©n établilTement; » tes font placées à peu près fur une Li' 



mais ilccroule à là moindre attaque. 
Ainfi que nous allons voir. 

M. de Maillet, pour détruire le Dé- 
loge Uaiverfel ^ appercevant lui-mê- 
me la foibleiïe de fon raifonnement , 
cite l'autorité des Chinois, des Ara- 
bes , &-C. Je viens de dire que je ré- 
fute toute citation écrite pour &; con- 
tre ; &c pour convaincre les Incrédu- 
les , qui veulent s'en rapporter à des 
Peuples Barbares .plutôt qu'à la Tra- 
dition de nos Pères,, je ne donnerai 
dans cette Dilîertaiion que des raifons 
Phyfiques..On peut cependant obfer- 



» gne du Nord au Sud , ou fi vous vou- 
» lez de la Méditerranée vers la Nu- 
» bie. Elles font éloignées comme je 
>» vous l'ai dit ^ de deux à trois jouc- 
53 née de l'Egypte îiabitable , & en-.- 
» foncées d'autant dans les Déferts. 
i> Leurs diftances entr'elles efl d'une 
j) de deux , Se quelquefois de trois 
;> journées, (t. i , p, 1 28 Êr 1 19. ) 

•c Que l'on examine la pofition de' 
>» ces Villes, comme je l'ai fait, en 
M comm.ençant par celle oià etoit fi- 
» tué du tems d'Alexandfe & des Ro-. 
>> mains le Temple de Jupiter Ammon 



verenpaflant que li les anciens Ecrits j> il fera évident qu'elles ont été les 



Chinois répondent à la force du dcfllin 
de ces Peuples , à la beauté de leur 
Peinture & à la mélodie de leur Mu- 
fique , il n'y a pas beaucoup de fond 
à faire fur leurs connoifTances Hiflori- 
quesj qui doivent être apparemment 
de la même étofle ^ ainfi que l'Hilloire 
de leurs Dieux : je ne m'en rapporte- 
rai donc qu'aux»faits , iS: qui pluseft à 
ceux même que cite M. de Maillet. 

Exemples fur lefquels M. de Maillet 
fonde la Diminution de la Mer (s" la 
Découverte des Terres, 

«■ r?, A deux ou trois journées du 



n Ports delà Mer de J!E^ypte. La Ville 
3) & les Portes d'Alexandrie ont fuc- 
j> cédé à la Ville & au Fort célèbre par 
» le Temple de Jupiter Ammon : ce- 
n lui- ci avoit fuccédé à la plus pro- 
» chaîne des autres ruines, que l'on 
ï» rencontre en remontant vers la Nu- 
» bie, Scelle -là aux fuivantes. 

« Pour preuve de ceci on remarque 
» au-devant de toutes ces ruines , du 
» côté du Septentrion & de la Mer 
» Méditerranée, l'endroit qui leur fer- 
» voit de Port. Les BafTms n'en font 
» pas même encore totalement com-r 
» blés , & l'on en dillingue aifcmen*- 



S 



SUR LÀ Physique 

»-îa forme Se l'étendue. J? ne Joute 
» point que fi en divers Billlns on 
« creuloit dans les Sables d-)r.t ils fonr 
» en partie remplis , on n'y trouvât 
3) des rellc's de Bci'imens. Mais je n'a- 
j> vois ni afléz de Monde , ni afTez de 
» vivres & d'Eau pour entreprendre 
j) un pareil travail , que le hazard poii- 
« voit prolonger iniiiiiment. ( r. i^ 
i>p.- 130 &• 131.) 

« 2 "o. La grande & la petite Sirte , 
» fi renommées dans i'Hiltoire Ro- 
sj maine & toutes deux^alTifes fur le 
» iDord de la Mer , il n'y a que 1 6 ou 
s> 17 cens ans ^ en font déjà affez 
3»éloignées. Il ejî vrai que c'eft autant 
à caufe au. peu de fond de la Mer fur 
cette Côte Afriquaine. que par la di- 
» minution de les Eaux, Si vous en- 
30 trez dans les Ccferts dont cette Cô- 
3». te eft bordée , quelles vertiges 8c 
«quelles traces n'y trouverez -vous 
3* pas , comme en Egypte , des Villes 
3» & des Ports qui y fieuiiflbient au- 
»trefois? les apparences des Ports, 
» & les vertiges des Bâtimens qui les 
3* ènvironnoient , y fubfiftent en cent 
3> endroits. Des Barques pétrifiées en- 
X tiérement ou en partie , qu'on trou- 
» ve 350 ou 4.0 journées delà Mer , 
3& ariifi que dans les endroits qui en 
3D font plus voifins; des Coquillages 
3» fans nombre mêlés aux Sables des 
3> Déferts , ou attachés à des Rochers 
» ou à des Montagnes qu'on y ren- 
30 contre de tems en tems ; des Va]- 
30 Ions à leurs pieds remplis auffi de 
:» Coquillages j des Bancs entiers qu'on 
DO en découvre dans d'autres endroits, 
3» font des témoignages certains que la 
» Mer a couvert toutes ces contrées, 
>{t.i>p. 15^ &■ 154.) 

« 3°. On a beau dire que furies Cô- 
3» tes de Normandie , la Mer gagne 
(»coniinueiIement dans les Terreso- 



ET SUR LA Peinture. roi 

3> N'ert-il pas confiant que H.yïeur qui 
30 autrefois fervoit de PcrT à la Vil- 
3 de Pouen , & oîi on voit encore les 
IV Tours, que la Mer a ruinées par Tes 
» values , efi déjà éloigné de les 
:» bords ? Le Havre qui lui a fuccédéj, 
3» Si qu'on a bâti il y a peu de tems fur 
» le Sable 8c la Vafe qu'elle avoir- 
X a nalTf s entre Hai fleur 8c elle, ne 
i> tiendra pas long-téms fà place., IJ* 
30 faudra que l'Arc travaille de nouveau 
30 pour former plus loin un abri aux 
3» Bâtimens dertinés à apporter des 
» Pays éloignés les cnofes nécelTaires 
30 au maintient de l'abondance & des 
3> commodités deshabitans de Rouen 
» & de Pari?,- 

«r Tel eft le fort de tous les endroirs 
» ^î.^ritimes. La Marfeille de nos jours 
» n'ert dcja plus fituée au même en- 
3» droit où étoit placée celle des Ro- 
30 mains. Son Port n'ert aujourd'hui ni 
3> celui de ce teti)S-là , ni même à la 
B fuite de l'ancien : cejî un ouvrage de 
30 f j^rt , creufé à côte de celui-là; & 
30 une reftitutiou qui a été faite à la- 
30 Mer d'un lieu quelle avoit déjà aban- 
30 donné, Cq nouveau Port que l'Art a 
» formé depuis peu d'un Marais, fera 
33 encore abandonné pour toujours & 
» comblé par la retraite des Eaux de 
» la Mer comme le premier l'a été, 
» tandis que les Ifles d'If unies au Con^- 
» tinent du côté des vieilles infirme- 
3) ries , 8c privées du peu d'eau qui les 
M environne, en formeront un plus 
« beau. A peine fe fouvient-on déjà 
» aujourd'hui de la pofition de la 
» Marfeille ancienne &: de celle de 
33 fon Port, onfe fouviendra aufiî peu 
» dans la fuite du Port de la Marleil- 
33 le moderne. » 

« Frejus , Port fi célèbre autrefois 
» pour l'azile qu'il donnoit aux Galé- 
» rss des Romains, & où j'ai vu le 



10^ 



Observations sur l'Histoire Naturelx 



mains : H porte non feulement des Bâ- 
limens ordinaires ; mais encore des 
VailTcaux nflez confidcrables ; il eft 
eniomé de Rochers & paroit avoir 
été toujours le même : il conferve 
encore le nom que les Romains lui 
avoieut donné ; c'ell- à - dire , Portus 
CalUx, & en Provençal, Porté- Galb. 
Oeil dans ce BafTin où les enfans vont 
aujourd'hui fe baigner : j'y ai moi-mê- 



lieux plus profonds à mefure que les 
Hommes ont imaginés de pUis grofles 
machines flottantes. 

11 s'enfuivroit du Sentiment Je Tel- 
iiamed , que les Dunes de la Hollan- 
de, 8c les Digues qui retiennent les 
Eaux qui inonderoient ce Pay^ , fe- 
roient dans la fuite inutiles par l'aflaiffe- 
ment de la Mer ; mais c'eflce qui n'ar- 
rivera point : on obferve au contraire 



me plongé des Ourfins *, dans le tems que ces Eaux font touj.nirs dans la mè- 

que'fétois Ecolier; j'y ai même yû un — ~ '■■ :~-r.i — i„i?i.,.. o. i„ o .a..„ 

VailTeau Anglois qui s'étant trompé 
pendant la nuit , avoit pris l'embou- 
chure de ce Port pour celui dont on 
fe fert aujourd'hui. 

Les nouvelles Infirmeries font bâties 
à côté de cet ancien Port.: il ell ce- 
pendant vrai que ce Port eft préfente- 
ir.ent hors de la Ville; mais il faut oli- 
ferver -que la nouvelle Marfeille n'efl 
pas bâtie en-defTous ou plus proche 
de la Mer; mais fur la même Ligne & 
plus à l'Ell, dans une autre plage qui a 
été plus facile à agrandir que celle-ci,, 
,gc qui eft mieux expofée. 

A l'égard des autres prétendues di- 
minutions de Mer qui font arrivées à 
Fréjus, elles font de la même Nature, 



me élévation félon le Flux & le RcHux, 
& félon les Saifons,ou la fituation de la 
Lune. 

M. de Maillet nous prédit qu'un jour 
FAngkterre tiendra à la France &* aux 
Pays-Bas , que le Détroit de Gibraltar 
deviendra une Langue de Terre ; que la 
Mer Noire Qr la Méditerranée ne feront 
plus que des grands Lacs,, & qu'infenfi- 
blement les IJles &" les Cmtinens fe lieront 
mfemble. C'elt ce qui nous relie à fça- 
voir. 

Ayant détruit la fauffe preuve de la 
diminution de la Mer, malgré les exem- 
ples dont a voulu fe fervir M. de Mail-; 
îet, nous devons être alîuré de la fixar 
tion de fon lit. 

Nous avons auffi fait comprendre 



ainfi que celles du Havre & de Harfieur; que le Cours des E-uix des Fleuves Se 

les Sables que charrie la Seine avuont des Rivières peut former des terreins 

prolongé les bords de (on embouchu- à leurs embouchures ,(ur le bord de la 

re^ ainfi que le Delta s'eft formé en Mer, & même d'une grande étendue , 

•£oypte à l'embouchure du Nil , & la au moyen d'une longue fuite d'années, 

f^rfiu d'Arles àrembouchure du Rhône, ce qui eft alTez naturel en confidérant 

C'efl ainfi qu'aux environs de la Vil- l'aflTemblage qui s'y forme de plufieurs 



le d'Hiéres le terrein grolTit par les 
î)oues & les terres que charrient les 
pluies & les eaux du Torrent qui dé- 
coule des Montagnes voifines. La grof- 
feur de€ VailTcaux de notre tems eft 
fans doute lacaufe du changement de 
plufieurs Ports : on en fait dans des 

* Gtâtaignes de Mer, 



boues , terres, fables & graviers que 
les Eaux courantes entraînent ordinai- 
rement , fans que l'on en puiile con- 
clure que ces mêmes langues de Terre 
ont été autrefois fumergées. 

Je conclus de tout ceci, i'. qu'il 
n'y a aucune preuve de la diminutioa 

d9S 



svv. LA Physique et sur vk PEiNTuaiî. 



cTes Eaux de la Mer ; parce que les 

Continens , les Ides principales & les 
Ilîlunes les plus connus font toujours 
les mêiiics, c'eR ce qui prouve au con- 
traire Ja fixation de (on lit. 

20. Que les terres qui s'allongent 
furfes bords, ne le font qu'aux embou- 
chures des Fleuves & des grandes Ri- 
vières. 

3*. Que les vagues de la Mer , au 
contraire , creufent continuellement 
les Rochers fur lefquels elles fe brifent, 
fur-tout s'ils font efcarpcs. J'en ai vu 
des exemples fur toutes les Côtes que 
. ,j'ai vifitées : elles forment même des 
Antres & des Cavernes confidérables 
dans les endroits où la terre ell moins 
ferme, & où les Eaux gagnent les terres 
bien avant. 

40. Que les Plages ou les Plaiiies 
maritimes augmentent fouvent par les 
graviers c*îc les fables que la Mer poulfe 
fur le Rivage. 

5°. Et que malgré la fiabilité de la 
Mer & la (ixation de fon lit, l'on trou- 
ve réellement qu'il y a des proJuâions 
marines fur le fommet des Montagnes 
les plus élevées «Se les plus éloignées 
de la Mer ; productions non équivo- 
ques;, ainfi qu'ont voulu dire quel- 
ques-uns , mais très-véritables (^ bien 
conftatées. 

Moyennant la folidité de ces refle- 
xions , que bien d'autres ont faites 
avant moi , je reviens aux Coquilles 
8c aux Poilîons que l'on trouve par 
toute terre à une fi grande diflance de 
la Mer, & où il n'efl pas pofllble fé- 
lon le fentiment univerfel j que les 
vagues., les tempêtes ni tout autre 
accident ayent pu porter ces produc- 
tions. 

Je me fers ensuite du propre fyftê- 
me des Matérialilles"; c'ell-à-dire , de 
ia caufe propofée ., qui ne confilte qu'à 



lor 



Année ly^ZjTonii IL Partie. ^, 



la feule inondation totil^ Je tome ia 
Terre par les Eiux de la Mer. Il eI1: 
impolTible d'en admettre un autre pour 
expliquer le tranfport des Coquilles 
marines dans les endroits dont nous 
venons de parler: il m'efl aifé alors des 
prouver phyfiqucment le Déluge Uni- 
verfel , Si je dis : 

Si la Mer ne diminue plus préfen- 
tement , & fi elle a inondé la Terre 
autrefois , il y a donc eu un accident 
particulier qui a été caufe de cette 
inondation Univerfelle. Car tout le 
monde conviendra que fi elle s'étoit 
diminuée fans difcontinuation parfuc- 
celTi on de teras , elle dimiiiueroit en- 
core aujourd'hui , (S: nous en aurions 
des preuves plus certaines que celle* 
qu'on a voulu nous infinuer. 

Toiu ce que l'on pourroit me répon- 
dre, c'efi que la Mer inondoit la Terre 
avant la Création de l'Homme Se des 
Animaux terreftres , & qu'elle cont3- 
noit alors des PoilTons ik des Coquil- 
lages : on pourroit ajouter que lors de 
la Création des Hommes , Dieu ayant 
foulevé les Eaux dans r.-\tmofphere , 
n'avoit laiîTé fur la lurface de la 1 erre 
que les Eaux qui forment préfente- 
ment la Mer, aufquelles il avait donné 
des bornes , & avoit découvert les Ter- 
res nécelTaires à la Génération des 
Animaux terreftres, & à la multiplica- 
tion des Hommes. 

Nous avons d'ailleurs une preuve 
du foulévement des Eaux, parce qui 
arrive tous les jours , & fimmenfitc 
d'Eaux que contient notre Atmof- 
phére, ce qui ell prouvé par des ex- 
périences de toute Nature. 

Mais en adoptant cette hypotéfe , 
on admettroit deux fortes de Créa- 
tions , une pour les Poilîons , & une 
autre pour les Animaux terrellres , & 
il faudroit alors prêter à Dieu des va- 



o 



Observations sur l'Histoire Naturelle^ 

On peut encore due que les Torrens; 
qu'ont caufé d'abord raffailTement des 
premières Eaux, & les Terres de 
toutes façon qu'ils ont entraînés , ont 
formé les diftérens lits que Ton trou- 
ve en creufant la terre en divers en- 
droit*. Ce font ces mélanges qui ont 
compofj par la fuite les Marbres dans 
les Carrières : ce qui efl i;ne fécon- 
de preuve de la faç ^n que les Eaux 
fe font alfa lices fur la Terre , c'eft-à- 
dire, en peu de tems par ui Déluge: 
car il cft impoffîbie qu'elles eufTent 
entraîné & mélangé les Terres fi leur 
aflaifTementavoitcté infeufible , com- 
me le dit Telliamed. 



106 

riatijns doilt ii cil incapable 

Dieu , ayant déterminé de créer 
l'Hoinnic & les Animatix terreft'-ei , 
fçavoit que 11 Mer ne devoit pas inon- 
der toute la Terre. Pourquoi donc au- 
roit-il inondé Ja Terre avant de créer 
les Animaux terrcilres , & pourquoi 
auroit-il fait périr, en les créans, une 
intinitc de Coquillages & de PoiflT.ins 
qui fe promcnoient dans le feiii des 
Eaux , & dont nous rencontrons les 
traces. 

Il faut donc convenir que , puifque 
i'Houime & les Animaux terreilres ne 
peuvent avoir été créés après l'inon- 
dation totale de la Terre , & que 
i'on trouve fur toute l'étendue de fa 
furface des Coquilles & des Poillons 
pétriliés , qu'il y a eu inconteftable- 
ment un Déluge Unîperfel , c'efl -à - di- 
re , im artaiiromcnt univerfel des Eaux 
fupériiur:s , ouJss Particules aqueufes 
contenues dans notre Atmofphére , 
qui ont fo lové les Evjx de la Mer, 
qui pour lors ont fumage fur toute la 
furface du Globe , de détruit tout ce 
qui étoit fur la Terre , à l'exception 
de la Famille de Noé ^ & des ef- 
péces différentes des Animaux qui 
croient contenus dans l'Arclie, ainfi 
que nous l'apprend l'Ecriture Sainte. 

L'Ecriture Sainte, comme l'on voit , 
•ne m'a pas fervi à prouver qu'il y avoit 
eu un Dcluge,- mais ayant démontré, 
par le raifonnement Pliylique , le plus 
à la portée de tout le monde, qu'il 
étoit impoflîble qu'il fe trouvât des 
Animaux Marins dans les lieux les plus 
éloignés de la Mer, fans qu'il y ait eu 
lin pareil Phénomène ; & que l'allaif- 
fement aéluel & perpétuel de la Mer 
étoit une chimère ; les Philofophes 
peuvent ajouter foi à l'Ecriture Sain- 
te , puifqi.'elle s'accorde fi bien avec 
les Vérités Naturelles. 



F^E 



EXPLICATION 

De la Flanche A , des Pétrifications 
eurieufes, 

A. B. Partie de Pierre compofée de' 
deux couches diiférentes, où 
efl la moitié du Poiiïon. 
C. D. Autre Partie de la même Pierre, 
fur laquelle efl relié la fécon- 
de moitié du PoilTon. 
Diverfes fentes qui ont été far- 
tes avant de partager la Pier- 
re , qui paroît avoir été 
fendue , après avoir fcié le 
tour du Poiffbn ; lequel a été 
découvert apparamment dans 
ia Pierre par fes extrémités, 
mifes en évidence pas ces 
mêmes fentes. 
J'ai vu de ces fortes de pétrifica- 
tions au Jardin du Roi & dans le Ca- 
binet de M. de Raumur, fort belles Se 
bien entières , mais celle-ci m'a paru 
contenir un Poillon d'une plus grofle 
forme & mieux confervé , dans la lé- 
paration delà Fieire. 



•■*- 



m 



suRLA Physique et sur la Peinturé. 



'Î07 



4> <-^4> <-^4> <>4> <¥4^ <>4-> <l^-^ <^^> <^ 4> <4^ <^ 

LES DISPUTES 

DES PHILOSOPHES 

ET DES ARTISTES MODERNES, 

«#i^««^«:^««:^^HïH(:#^^^^^^^ * ************************ 

ARTICLE VI.IL 

Sur ?rt Llthotomie ^ concernant des nouvelles réflexions , en faveur du Grand &" du. 
Haut-appareil par Ai, de Ch^ignebrun. 






o,-3p^ij N a vu depuis peu les fa- 
«-> o -4 nieufe» Difputes qui fe font 
élevées dans les Arts , ainfi 
que dans la Philofophre ; 
entr'autre le Lithotome caché a fait 
grand bruit. Aujourd'hui , Monfieur 
TE Chaignebrun, Auteur de 
laipréfente Diiïenation^ vient à l'ap- 
pui de M. le Cat contre le Frère Co- 
rne , & donne des nouvelles réHexions 
que le Public amateur recevra avec 
plaifir. 

Lettre à un Chirurgien de Pro- 
vince. 



M 



ONSIEUR. 



■ 'Depuis' rîmpreffion du petit Ou- 
vrage fur la Taille, que i'ai eu l'hon- 
neur de vous envoyer , &; fur lequel 
vous m'avez fait des objedions contre 



le Grand appareil , j'ai eu occafion de 
voir Meffieurs les Chirurgiens en chef 
des Hôphauxde Lyon, de Bordeaux, 
de Nantes , M. Nigoul ( Lithotomifie , 
Penfionnaire de la Ville de Touloufe ) 
& nombre d'autres Lithoiomiftes ; ils 
m'ont dit qu'ils tailloient au Grand 
appareil avec un fuccès des plus heu- 
reux ; & c'ell l'expérience de ces 
Meiïîeurs , jointe au fuccès particu- 
lier que M. Boudoii a eu en fe fervant 
de la mcme méthode , qui fervira à 
vous faire voir que ce n'efl pas fans 
fondement que j'ai voulu prouver l'a- 
vantage de cette ancienne méthode fur 
certainesprétenduesnouvelles manières 
de Tailler à la Partie inférieure de la 
Veffie , fous le nom de Grand appareil 
en méthodes latérales , qui font quel- 
quefois des plaies ù grandes à ce vif- 
cére , qu'elles font fuivies de très-fà- 
cheux accidens , ainfi que M. le Cat 
illuilre Chirurgien , l'obferve dans une 

Oij 



io8 



Observations sur ê'Histoire Naturelle, 



Lettre Jii JoiiiiialdeaS^javans dumoi^ 
de Mars 1749. 

M. I: Cu y réfute les prctendua 
avantages du Lithotom« caché , que 
le Frère Côine a annoncé comme nou- 
veau dans celui du mois de Décembre 
1748 , mais qui ne l'ell pas félon M. 
le Cat : aulïî M. delà Paye convien- 
droit-il ^ fi on le lui dem;inJoit, qu'en 
I 74') ^ je lui communiquai TiJce d'un 
femblabicXitliotome , à l'exception de 
la vi-rolle, que je voulois faire conf- 
truire ; mais ce fçavant Cliirurgieu 
m'ayant répliqué qu'il avoit été fait 
mention d'un pareil Inllrument , je 
n'en parlai [)as davantage , quoique je 
me fuiTe propofc de m'en fervir dans 
d'autres vues que celle du Frère 
Côme , (qui prétend en être l'In- 
venteur : ) c''eft-à-dire , que je 
n'aurois pas voulu me fervir de 
mon I.Tthotomc , ou Biflouri caché , 
pour étendre riucifion aufTi avant dans 
îe corps de la VelTie que le propofe le 
Frère Côme de le -faire avec le fien j 
parce que les plaies de la partie infé- 
rieure de ce Vifcére qui anticipent 
beaucoup fur fon corps , fout plus fu- 
jettes à l'inflammation , à la gangre- 
né & aux intiltrations de l'urine, des 
glaires, des fables , dai fang cSt du pus, 
& plus difiïciici à fe réunir que dans la 
fimple fedion de fon col , ou dans une 
încifiou qui ne palTe pas quatre à cinq 
lignes au-delà. 1 .araifon eil que la partie 
inférieure du corps de la VelTie iouffre 
tous les effets de i'aflion de fa Partie 
fupérieure , qui efl la principale Partie 
agilTanrb de cet Organe , & qui poufle 
de haut en bas , ou vers fon Orifice, 
l'urine , les glaires , & les autres corps 
étrangers qu'il peut contenir j ce qui elt 
capable de le mutiler & de l'irriter j y 
étant déjà difpofé , foii par la plaie qui 



fections contre nature, qui précédent 
cette opération: ce quieft mcmeencoce 
capabiede faire dégénérer en inllamma- 
tion , ou en gangrené, une piilogofe, 
qui en général, accompagne plus ou 
m jins les playes des Parties membra- 
neufes & aponévrotiques, & qui s'op- 
pofe à la réunion des grandes plaies 
de fa région inférieure du corps de la 
veiïie , en les faiflun ouvrira mefure 
qu'elles veulent fe cicatrifer. Ce.i ac- 
cideus arriveroicnt d'autant plus foci- 
lement, que ce Vifcére ell moins fixe, 
moins charnu & moins épais vers fi 
Partie moyenne, qu'il ne l'etl à fon Ori- 
fice , ou à un pouce près. 

Je fuis donc pcrfuadé, par les raifons 
alléguées ci - delïïis , que fi le Frère 
Côme é^ fes Partilans réuffilTent quel- 
quefois en fe fervant du Litliotome ca- 
c!ié , ce n'ell pas en faifant de fi gran- 
des playes au corps de la Velîîe, que 
le propofe le Frère Côme ; ce qui re- 
viendroit aux vues que j'ai indiquées, 
avant lui, dans mon Parallèle imprimé 
le 1 1 Oftobre 1748 , & inféré dans le 
Journal desSçavans du mois de Janviec 
I 749 ; dans lequel je confeiile d'éten- 
dre l'incifion , en faifant le Grand ap- 
pareil , jufqu'au corps de la Veffie avec 
un leul Liihoiome courbe & dirigé pac 
une Sonde , dont la crénélure ne fçau- 
rojt être trop profonde. Cela revien- 
droit auffi aux vues que M. le Dran a 
propofées dans fon excellent Parallèle , 
6c aux intentions de la plupart de ceux 
qui en croyant commencer leurs rnci- 
fions lur le corps de la VelTie , après 
avoir coupé les Tégiimens , les com- 
mencent fur rUreire , ou fur le col 
de la Veffie ^ les étendent enfuite 
plus ou moins latéralement dans la 
fivbilance de Vifcére. Ces manières 
d'opérer du Frère Jacques^ de Mef- 



fuitla Lithotomie, foit par d'autres af- fieurs Kau, Chefelden (^ de plufieurs 



SUR LA Physique et 

Cliirurg'enî François , nommées Mé- 
thodes latérales , ne font en quelques 
fortes que des efpcces de Grands ap- 
pareils plus OH moins variés , foie par 
îa grandeur, la figure & la fituation 
de i'incifion , foit par les Inflrumens 3 
puifque les Auteurs de ces nouvelles 
manières de tailler fe fervent de Sondes 
pour diriger leurs Litlioromes , comme 
l'on s'en i'ert dans le Grand appareil , 
& que la plupart coupent une portion 
de l'Urètre , & le col de la Veffie avant 
d'atteindre à fon corps. C'efl ainfi que 
nombre de Lithotomiftes opèrent au- 
jourd'hui en employant le Grand appa- 
reil fous le nom de Méthode latérale ; 
qui cependant ne diucre de l'ancien, 
que par l'incilTon que Ton fait plus gran- 
de qu'autrefois , & que l'on étend juf- 
qu'au corps de la VelTie, afin de couper 
ce que Ton déchiroit , & aulTi parce 
qu'onlefait plus ou moins latéralemeivt. 
La Méthode des Romains , ouïe 
Grand appareil , qu'on peut encore 
nommer Ùrethro KYSTForoMiE, à 
caufe de l'Urètre & de la Veffie qui 
fe trouve intérefTée dans cette Opé- 
ration^ eft comme ^el'ai avancé dans 
mon Parallèle , la plus jvantageufe aux 
Taillés & là pliis aifée à exécuter, (ex- 
cepté le Haut appareil;) foit qu'on le 
faite fuivant les Anciens en coupant 
le long de la Partie antérieure de l'U- 
rétre jufqu'en deçà du col de la Veffie , 
avec dilatation & déchirement du refle 
du canal ; foit qu'on le faife félon les 
Modernes , en coupant antérieurement 
ou latéralement Le long du même ca- 
nal julqu'au corps de la VelTie avec 
divers Inflrumens ; comme Biflouris 
ou Liihotomes , droits, courbes , lar- 
ges , étroits , longs , courts , cachés ou 
enchaflTés dans des Sondes crénelées; 
ou bien avec des gorc;erêts armés de 
languettes tanchantçs & condudeurs 



"SUR LA Peinture. 109 

tranchans par leur dos j pourvu qu'on 
obferve de ne faire qu'une fimple fec- 
tion du col de la VelTie , ou une inci- 
Hon qui ne paffe pas quatre à cinq 
lignes au-delà ^ & une dilatation mé- 
nagée du corps de ce Vifcére, afin 
d éviter "les accidens qui peuvent ar- 
river aux grandes playes de fa Partie 
inférieure. Si cette Méthode ou Grand 
appareil ne réuffit pas toujours , ce 
n'ell pas à caule de l'extrême douleur 
qu'on fait que cela dépend, puifque l'on 
déchire quelquefois l'Urètre des fem- 
mes d'une extrémité à l'autre fans qu'il 
leur arrive aucun accident : ainfi que je 
Tai remarqué à l'Hôtel-Dieu de Paris , 
Si comme on l'a éprouvé entr'autresfur 
la nommée veuve Marie , feptuagenai- 
re, de la ParoifTe de Noillientel que je 
taillai en 1747 ; lorfque je traitois pat- 
ordre de M. de Sauvigny , Intendant 
de la Généralité de Paris , les mala- 
dies de Beaumont fur Oife , avec M. 
du Chenney , fous la direâion du cé- 
lèbre M. Boyer , j'avois cependantMë- 
chiré l'Urètre de cette femme d'une 
extrémité à l'autre en tirant une grofTe 
pierre , & il ne lui fmvint pas le moin- 
dre accident. Il eft même à remarquer 
que malgré tout ce que je pus lui dire 
pour l'obliger à garder le lit pendant 
quelque tems , elle fe leva deux jours 
après l'Opération & guérit parfaite- 
ment. 

La douleur que quelques-uns font 
fi terrible dans cette Méthode, fi on 
pouvoir la niefurer avec la durée' de 
certaines autres manières de tailler , fe 
trouveroit bien moindre,' carune dou- 
leur aiguë d'une mimute & demie 
qu'tin bonLithotomille excite , en fai- 
fant la dilatation é!< l'extraclion , fera 
moindre que celle qui ne fera pas fi 
vive mais qui durera plus long-tems , 
comme cela doit a rrxyer dans l' Appareil 



110 Observations sur. l' 

du Frcre Côme où on ell obligé de 
fe feivir de deux Litliotomes au lieu 
d'un. D'ailleurs onfçaitque l'incifion^ 
le palTage & le frôlement des teneltcs, 
(ont fuivis de douleurs à peu près éga- 
les à celles qu'une prompte diluation 
fait foufl'rir, fi l'on s'en rapporte aux 
fignes extérieurs qu'en donnent les per- 
fonnes taillées par les ditîérentes Mé- 
thodes. 

J'ai avance que le Grand appareil 
pratiqué par d'li;jbiles Maîtres de l'Art, 
fuivant les Anciens, ou félon les Mo- 
dernes étoit le plus avantageux aux 
taillés , & cela fondé , fur le fuccès des 
plus Experts Chirurgiens de l'Earope, 
excepte la Méthode de Franco ou le 
Hiut appareil,furnommé Cistitomie- 
HiPOGASTRiQUE , que je préfcrc daus 
plufieurs cas à i'Urf.thro-Kysteoto- 
MiE Si à toutes les autres manières de 
tailler à la Partie inférieure de la Vef- 
fie , pourvu que cet organe foit aflez 
fain , fpacieux Si exteufible ; ce qu'on 
peut connoitre par la Sonde, par la 
faillie delà VelTie au-delTus des Os 
pubis , par la quantité d'Urine que le 
iMalade rend à chaque fois après avoir 
bu beaucoup de liqueur diurétique & 
avoir retenu fon Urine, ou bien en- 
core par les injeftions. 

Voici les railbnsqui me déterminent 
àpréférer k Haut appareil. 

i'. Il efl plus facile d'extraire par 
cette haute Méthode, des greffes pier- 
res fans les écrafer, même celles qui 
font chatonnées , comme il arrive par 
les autres Appareils , ainfi que nombre 
de célèbres Auteurs l'obfervent. 

2°. La partie fupérieure du Corps 
de la VefTie étant un peu plus épailTe 
que l'inférieure , ik beaucoup plus que 
fes parties latérales , excepté un pou- 
ce près de fon col , comme je lai 
déjà obfervc 3 il arrive aufll , qu'en 



Histoire Naturell 

fe coiitraâant, elle approche fa partie 
fupérieure vers l'inférieure , ou vers 
fon orifice , pour y poufTor ce qu'elle 
contient ; d'oià il réfulte une plus 
grande difpofition pour la réunion de 
fes plaies dans fa partie fupérieure , 
que dans l'inférieure. 

5°. La propenfion qu'ont les corps 
étrangers contenus dans la Veflie , à fe 
porter vers la partie inférieure de ce Vif- 
cere,font toujours capables del'afTedec 
Si de caufer tous lesaccidens dont j'ai 
fait mention. 

4°. Les grandes Hémorragies , les 
Fift'iles, ou les incontinences d'urine 
auxquelles fontfujets ceux qu'on taille 
à la partie inférieure de la velTij, ainlî 
que le danger de l'impuifTance , qui 
peut arriver par la deftrudion de quel- 
ques parties propres à la génération. 

"5°. Les fuccès que Douglas, Che- 
felden, Thornill, Malgill, Se d'autres 
Lithotomiftes ont eu en fe fervant dit 
Haut appareil , comparés avec ceux 
qu'ont eu d'autres Lithotomines , en 
opérant parles autres Méthodes. 

€". Ce qui me détermineroit enfin 
à préférer dans nomJjre de cas le Haut- 
appareil, c'efl que les plus fça vans & 
habiles Médecins <Sc Chirurgiens l'ont 
adopté ; entr'autres les illuflres Mrs 
"W^inflow Si Morand , qui le préfèrent 
également , dans leurs Diflertations fi;t 
cette Méthode, aux autres manières de 
tailler. Le célèbre Dionis dit dans 
fon Traité d'Opération, pag. 232, 
que cette manière de tailler paroic la 
meilleure. 

Enfui en attendant que la manière 
de tailler du Frère Côme prenne raci- 
ne , le Grand appareil qui a très- bien 
réufTi lorfqu'il a été pratiqué par d'ha- 
biles Chirurgiens , fuivaot la Métho- 
de des Anciens , ou fuivant celle des 
Modernes, ainliquele Haut appareil, 



SUR LA Physique et stJR la Peinture, 

continueront d'avoir leurs Praticiens , 

& ces Méthodes fe perfectionneront à 

lin point qu'il y a lieu d'efpérer qu'elles 

ne feront pas plus dangereufes que les 

playes ordinaires , qui ne fontlouvent 

mortelles que par les mauvais tempe- Ôc même contre le Haut appareil. 

ramens. 

J'ai l'honneur d'ctre , Monsieur, 



1 1 1 



Voilà, Monfieur, mes nouvelles ré- 
flexions , ^e fouhaite que vous les trou- 
viez julles , & qu'elles vous dilTuadcnt 
de votre prévention contre le Grand 



H. AUDOUIM DK Chaignebru^î, 



L'Auteur de cette DifTertatîon efi toujours dans le deffein de publier une Edition plus ample de 
fon Parallèle des différentes Méthode* de Tailler. 



LES SECRETS 

DES ARTS 

ET LES NOUVELLES DÉCOUVERTES. 

ARTICLE Vm. 

LfTTRE concernant une nouvelle Machine Hidraulique. 
IvloNSIEUR; 



Atant lu dans vos OBfervationsque 
vous vouliez bien procurer au Public 
l'avantage de faire graver les deiïeins 
qui fe trouveroient dans les Mémoires 
que l'on vous enverroit, j'ai faifi cet- 
te occafion pour rendre publique une 
nouvelle Machine Hidraulique de mon 
invention , à laquelle j'ai appliqué la 



force de percufîîon. Tous les Mécha- 
niciens n'en ignorent pas l'utile appli- 
cation dans les Arts & Métiers : mais 
il n'eft pas venu à ma connoiflance 
qu'on l'ait employée pour les Machi- 
nes|Hidrauliques. En voici laDefcrip- 
tion en gros. 
£n pelant pour principe que tous 



12 



Observations sur. l'Histoire Naturflle, 



les Corps mis en mouveinciit , t'cip- 
pcnt en raifon de leur m i(fe multipiiee 
par leur vîtefle; je fis diverfes Expé- 
riences fur divers Baiancieri que je 
chargeai de ditlérens poids à leurs ex- 
ircmités: leurs tras étoîent égaux aulTî 
bien que leurs poids. Je remarquai 
avec (urprife , combien étoit grande 
leur force de percuiïion , fur-tout lorf- 
qu'ils svoient acquis une certaine vi- 
tefic. Lcigrnnds Balanciers àfraperles 
Médailles font une preuve de ce que 
^ava' ce. Après plufieurs effais qu'il 
feroit trop long de rapporter ici , ^e 
trouvai la Maciiinc dont je vous en- 
voyé le DeiTein ; je l'ai tirée fort à 
3a liâte, & trcs-grofTiérement; mais 
fcjachant combien vous excellez dans 
cette Partie, je vous le lailFe à cor- 



riger. 



A.E. 



C. B 



Defcr.îption. 

A. E. Sont deux Pieux qui fou: 
tiennent un Balancier, 

Eil un Balancier allez large pour 
qu'un Homme puille s'y pro- 
mener. 



D 



Efl l'Homme qui fait mouvoir 
la Machine par fon propre 
poids. 

G. H. I. K. Sont des Sous-papes^ 

O. O^ Sont deux Tourillons qui fou- 
tiennent les deux Tuyaux à 
Sou-papes L. P. L.R> 

Pour bien concevoir le jeu de cette 
Machine , il faut commencer par la 
force motrice qui cÛ l'Homme ,que 
nous avens dcfigné par la Lettre D. 
iorfqu'il ell parvenu .vers un des bouts 
du Levier ^ il fait delcendre par 
fon poids le Bras du Balancier fur le- 
j^uel il eu j & par confécjuem le Tuyau 



qiii le trouve de ion cote , fnrvant Ta 
proportion de la chute des Corps, il 
devroft porcourir en tems égaux des 
efpaces qui augmenteroient comme les 
nombres impairs : mais il s'en faut 
bien que fon mouvement foit libre ; 
il le diiliibue à toute fa made , qui , 
pir fon équilibre , ne panche par elle- 
même ni d'un côté ni d'autre , & retar- 
de confidérablement la vitelTe du mou- 
vement que l'on communique à l'un 
des Bras. 

Il faut encore remarquer que quoi- 
que lesdeuxTuyaux à fous-papes foienc 
en équilibre ; lorfqu'ils font pleins 
d'eau , l'on doit en diminuer la péfan- 
teur de l'eau dont chaque Tuyau fe 
vuide alternativement. Je le fuppofe 
de trente livres , il faut en conféquen- 
xe ôter trente livres du poids que 
•péfe l'Homme. L'excédent de ce poids 
efl l'évaluation juûe de la force mo- 
trice. 

Je ne calcule point ici les frote- 
mens ; ils dépendent de trop de cir- 
conllances , la qualité du Bois , fa pé- 
fanteur , la conllrudion du Tourillon 
qui lui fert de point d'appui , en ua 
mot l'Huile oii la Graitfe que l'on em- 
ployé , changent quelque chofe aux 
irottemens. 

Jeu de la Machine. 

Le Tuyau L. P. fuppofé vuide, ve-/ 
rant à frapper pour la première fois la 
furface de l'eau, avec une certaine vî- 
tefle proportionnelle à la Colonne 
d'Eau que l'on veut foutenir, aufil-tôt 
la Sous-pape G. fe levé ; l'air contenu 
entre G. 6i H. s'échappe par les Sous- 
papes fupérieures. Le bas du Tuyau 
plongeant dans l'Eau jufqu'au niveau 
de la Sous-pape H. il n'efl pas douteux 
que cet efpace doit fe remplir d'Eau. 

Le 



'sur. la Physique et su* la Peinture. 



T;e Balancier abbaiffe à fon tour le 
Tuyau I-.. R. Se celui-ci fe trouve éle- 
vé hors de l'Eau ; mais le Tuyau I.. P. 
venant à frapper pour In féconde fois la 
furface de l'Eau , la Colonne d'Eau , 
qui occupoit l'efpace G. H. ei\ fojte- 
niie par la force du choc en fa place , 
tandis que le Tuyau en defrendant la 
fait trouver dans l'efpace H, I. quoi- 
qu'elle n'ait point remué. De plus l'ef- 
pace G. H. étant plongé dans l'Eau , 
il n'eil pas dout-^ux que le Tuyau ne 
foit rempli jufqu'à la hauteur de la 
Sous-pape I. Le troifiéme balance- 
ment foutient encore cette Colonne, 
Se elle fe trouve être à la hauteur de la 
Sous-pape K. & entin jufqu'au haut 
de ce Tuyau , on doit appliquer le 
même raifonnement à l'autre Tuyau , 
d'où elle fe dccharçe dans la conduite 
qu'on lui a defliné. 

L'on peut faire ietter plus ou moins 
<d'Eau à chaque balancement , en y 
proportionnant la force motrice. L'on 
a ici un avantage qu'aucune Machine 
Hidraulique n'a eu "jufqu'à préfent ( du 
moins fuivant tous les Livres de Mé- 
chanique que j'ai confultés ) c'eil de 
faire foutenir la Colonne d'Eau , pour 
Kn indant par une force étrangère. 
Le Tuyau L. R. étant lui-même 
entraîné par le mouvement de bas 
en haut qu'il a reçu de la force mo- 
trice, il n'a pas le tems de contreba- 
lancer cet indant où le Tuyau fe trou- 
ve réduit à fapéfanteur propre ; mais 
bientôt reprenant un mouvement de 
haut en bas, il fe remet en équilibre ; 
la force motrice pafTant fur fon bras de 
Levier , le fait baifler lui-même , Se 
enlever l^autre Colonne d'Eau, Je 
iaifle à penfer aux Méchaniciens l'a- 
vantage de celte Machine qui peu: 
devenir immenfe , en augmentant la 
capacité des Tuyaux : la Colonne 



'.'î 



d'Eau elle-même pir fon propre ot i. s 
fert à arg nenier le choc qui ki fj rient 
J'ai trouvé qu- pi il'eu:s f us - 
papes en équilibre faifoient un meil- 
leur effet qu'une feu'e ,• fo"t qu'il 
fe trouvât de l'air a'.i-d iTous de cha- 
que fous -pipe, & qu'a!, r, cet 
Air , par fon relTort , augmentât la 
force de perçu fllon , en fe déban- 
dant contre chaque Colonne d'Ea-i en 
particulier, c'elt une imitation de la 
Nature , qui en met un lî grand nom-- 
bre dans nos Veines. 

J'ai fait avec fuccès mes Expérien- 
ces fur des Tuyaux de fix pieds de 
haut. Mais mes affaires ne me permet- 
■ tant pas de continuer de long-tems ce 
travail , je vous envoyé d'avance cet 
eflai, tout imparfait qu'il eft : j'at- 
tends avec impatience le jugement 
qu'en porteront les Sçavans Mécha- 
nicien?. 

Si cette Machine peut être utile ; 
je jouirai avec plaifir de la fatisfadion 
d'avoir rendu fervice à la Société, G 
elle devient inutile, il me reliera du- 
moins la confolation d'avoir travaillé 
pour le bien public. J'ai l'honneur 
d'être, Monfieur, avec toute Teftime 
& la confidération pofflble. 



A Calais ce 1 8 
Novimbre 17^2. 



Votre, &c. 



Signé, De Villembuve, 



ARTICLE IX. 

Ls T T R E à l'Auteur des Ohfervaions 
concernant le bureau Mufi aL ou l'A t 
(fenfeigner la Mujique avecfacilitJ. 



y o u s renfermez , Monfieur, fans 
vos ObfetYaiions tant de bêles Dé- 
Ann/e i-j^z^Tom, II, Partie, V^ E 



14 



Observations sur l'HIstoim; Natureele, 



couvertes fur les Matières les plus in- 
tcrefluntes , qu'on ne fçnnroit mieux 
aJrelTcr qu'à vous, Monfieur , celles 
qui méritent l'attention Ju Public. 

On vn mettre au jour une nouvelle 
Al 'tlioJe tièi-abrégée pour apprcn Jre 
la Mullque^ & qui met fous dillcrcns 
points de vue- tiè? frappans, les prin- 
cipes ie.i plus néCL-ffaires , d< les rend, 
inéf.iç'ables dans la mémoire des jeunes 
perfonnes. Je cror- que les Amateurs 
de cet Art feront bi;Mi aifes de fi^avoir 
qu i'e elf cette ALtIiode.. 

Le Lkirenu Mufical en quoi elle con- 
lîfle eft compofé de trois divillons^ 
qui forment trente colonnes. 

La première DiviTion eft de trois co- 
lonues pour les Fleniens de la Mufi- 
que. La féconde ell de dix- huit colon- 
nes , contenant chacime les Cartes 
qui préfentent la progrefTion de trois 
Oâaves d'un feul ton , d'où procèdent 
tous les autres tons. La troificme en- 
lin contient neuf colonnes qui renfer- 
ment toutes les leçons qui conduifent 
à faire chanter dans la Partition. 

La fice du Bureau eH étiquetée avec 
tant d'Art , que du premier coup d'œil 
& fans confufion , l'Elevé voit où il 
en ell , & ce qu'il a à faire. A la fuite 
de cette Méthode , il y aura un re- 
cueil de leçdns pour les agrcmens Se 
l'exprefTion du Chant , qui fera {accé- 
dé d'un elTai de Compofition. 

En un mot avçc plus ou moins de 
difpofitions & d'application ; mais tou- 
jours en très -peu de teiîis, on de- 
viendra grand Muficien & bon Com- 
pofiteur. 

C'en eftaffez, ce me femble, pour faire 
fentir quelsfont lesavantages de la nou- 
velle Méthode. J'ajouterai néanmoins 
pour prouver les lumières qu'on eu 
peut retirer j que la Mufique a fait toute 



me la baze de ti)us mes plaifirs. Je ne* 
l'ai apprife cependant qu'avec beau- 
coup de p^ine & par une étude lon- 

P 



gue & pénihie ; ce qii(; j'attribue pré- 

lentemeiu moins au défaut d'Oreille 

(^ de concepiion , qu'aux Principes 

léi que je recevois 



nbfcurs *< embrouil 
de mes Viaîtres. 

M. Dumas Auteur Je la nou- 
velle M thode m'a ouvert les yeux : il 
m'a démontré clairement qu'il y a 
prefque toujours deux inconvéïiiens 
attachés à l'inllruélion que l'on donne 
à la jeuneffe fur cet Art.. 

I*. Que les Enfans n'apprennent que 
fuperliciellement- par l'inllrudion or- 
dinaire; que rarement ils exécutent 
avec précifion , &: que prefque tou- 
jours ils oublient à une certaine âgç- 
ce qu'ils ont appris,. 

1°. Que ceux qui s'y appliquent: 
aiïez pour parvenir à un degré deper- 
feâion , y employent un fi grand nom- 
bre d'années, que des parens un peu 
inlbuits doivent fe faire Scrupule de 
facrifier la plus précieule portion de 
la vie à ce qui , au fond , ne doit faire 
que le délalîemert de l'efprit. 

Les vues de l'Auteur n'ont d'abord' 
été que d'abréger l'étude que feroit 
un jour de la Mufique ^ Monfeigneut 
le Duc de Chartres, Mais ayant en- 
{uite prévu que toutes fortes de per- 
fonnes de tout âge pourroieni profi-^ 
ter de fes travaux , & fur-tout la jeu- 
neffe qui fe plaît dans les principes 
faciles. l/Auteur a voulu rendre fon 
Ouvrage public & pourl'appuyefd'un 
litre honorable , il a cru ne pouvoir 
mieux faire que de le dédier à Mon- 
feigneur le Duc d'Orléans qui a bien 
voulu accepter cette Dédicace. Tou- 
tes les difficultés étant prévenues & 
applanies , les Etudians y trouveront 
ma vie,ma principale occupation & me- ce qu'ils défirent en détaillant j par or^ 



SUR LA Physique 

■Sie fur certains Plans le choix des le- 
çons les plus épineufes. 

Les Maîtres mêmes de l'Art ap- 
plaudiront à cette nouvelle Méthode: 
ils s'en ferviront avec facilite , parce 
qu'elle explique tous les Principes de 
la Mufiqne , qu'elle rend raifon de 
toutes les difficultés, & développe 
les Régies les plus cachées de cette 
Science. 

Pour vous analifer le mérite de cet- 
te Méthode , il faudroit copier ici 
toute la Table des Matières j les Ama- 
teurs de l'Art auroient un vrai plailir 
de la parcourir; fa netteté & l'étendue 
des vues de l'Auteur les furprendroit. 
Depuis la fimple notion des Monofyl- 
labes de la Munque iafqu'aux plus 
grandes difficultés de cet Art ; tout 
vous y paroitra lumineux & d'une 
pratique très- facile. 

Le bien public m'a mis la plume à 
la main, & me force de nVadreffer à 
vous. Soyez perfuadé de la confidé- 
ration avec laquelle j'ai l'honneur 
d'être. 

Moiifieur, Votre très-humble, M**^. 



ET SUR LA Peinture. 



lïj 



■fj^^i..3ji''-»mw» 



La Méthode en quejïion fe vendra aux 
Bureaux ordinairesquijbnt à la Règle d'Or^ 
rue S. Honoré, 

A la Croix d'Or , rue du Roule. 

A la Mufique Royale , rue des Prou- 
paires, 

Le Bureau &" la Méthode feront vendus 
cke^ l'Auteur , rue Montmartre , à coté 
de la Communauté des Prêtres de S* 
Eujîache. 



ARTICLE 



X. 



Rapport de ïOuverture Gr de l'Examen 
du Cadavre delà nommée Supiot : com- 
muniqué à la Faculté de Médecine de 
Paris , par Monjîeur Morand, 
fils :, Ecuyer , DoSeur Régent de la 
Facultés &'c. 

J'A I formé le projet de raifonnet 
dans mes Obferv.ations d'Hilloire 
Naturelle de l'Année prochaine 175 }, 
fur la caufe de la M:tladie dont nous 
allons donner le rapport, comme une 
Découverte irès-intéreir^nte : mais je 
ne m'hazarderai à en parler que quand 
j'aurai écouté tout le monde , Se que 
j'aurai fait certaines Expériences que 
je me propofe de mettre en pratique. 
Le Rapport fuivant qui vient tout 
fraîchement d'être rendu public dans 
une petite Brochure ( annoncée dans 
la Gazette de France du ii^ Décem- 
bre 1752), que je crois trcs-véritable , 
fera de quelque utilité dans notre futur 
raifonnement. 

Crainte que l'on ne me reproche 
d'avoir changé quelque chofe dans le 
ftyle je le donne tout au long , tel 
qu'il efi, ainfi qu'il lera aifé de véri- 
fier, 

M. HoUy ( dit M. Morand ) s'étant 
alTijré du confentement du Mari & des 
parens de la défunte^ qui nous accor- 
doient i o heures de tems pour i'examen 
du Cadavre, écrivit lui-même à Mrs 
Dupouy Se Leguernery Maîtres Chi- 
rurgiens, aufquels il paroillbit naturel 
de donner la préférence ^ pour faire 
l'ouverture devant nous , & nous y in- 
vitâmes pour le|lendemain i i du mois 
à fix heures du foir, M. le Doyen , 



'ii<5 Observations sur l'^ji^toire Naturelle, 

M. Ferrcin(^), M. Henirmt (h), même de cet Os 



M. Petit (c), & mon Père (d). 

Les arraiigemens que nous avons 
pris en y appellant de témoins aufTi ca- 
pables 8c auffi 'éclairés , tels que nous 
étions oblii^cs de les choifir, pour le 
Public &. pour la Faculté , fe fout trou- 
vés conformes aux intentions de la 
défunte , que nous avons fçu depuis , 
& qui dans les derniers tcms de fa vie , 
ayant conjîdéré que la maladie dont elle 
ttoit attaquje avott dis ejjeu fî prodigieux , 
qj'dpou.'oit être utile au Public que la cau- 
Je en fût examinée. & s'il étoit pojjîble y 
cj;!n«e^avoit faitle; dirporuions(e)pour 
que fon corps mort fàtoui'ert &" dijjéqué , 
ainft qu''il ferait nécejjaire pour l'utilité pu- 
blique ; elle avoit même nomnié pour 
cette fonflion M. Dupouy fon Chir. r- 
gien -ordinaire. 

Ee Samelr lo Novembre , à fix 
heures du foir, M. Dupouy , (?c â la 
p'ace de M. Leguernery , M. Sue le 
cadet, ont pioccdé à l'ouverture du 
Cadavre, en pïéfencede M. Ferrein^ 
M. Petit, & M. Herilîant, de Mef- 
fie irs Bw-nomont , la paye , Verret , 
Mùtres Chirurgiens qui s'y font 
tr )uvés. 

On a commencé Texamcn par la 
Jambe gauclie , fur laquelle on a fait 
une iucifion depuis {"épine du tibia]iii- 
qu'à ù bife. 

Les Tégumens féparcs, ont laifTé 
appercevoir la crête du tibia Se le corps 

( II) Profefleiir au Collège Royal , Mem- 
bre de l'Académie Royale des Sciences , Pro- 
fetTeiir d'Ajiatomie & de Chirurgie au Jardin 
du Roi, 

(h) Membre de l'AcaJérnie Royale ^es 
Sciences de Paris , & delà Société Royale de 
Londres, Ancien Profeiïeur en Chirurgie aux 
Ecoles de Médecine. 

{c) ProfelFeurde Chirurgie, d'Anatomie & 
de l'Art des. Accouchemens aux Ecoles d« 
Médecine, 



a cte entame avec 
l'inllrumcnt. , la fubUance Compaftè 
n'ayant offert aucune rcfiftance ; elle 
étoit abfolument changée , plus o\i 
moins ramollie dans toute fon éten- 
due , prefque détruite dans quelques 
endroits; où ayant beaucoup perdu 
de fon épailTeur dans d'autres. 

La Çubilsince fpongieufe des deux ex- 
trémités de cet Os , étoit fort fouple ; 
& prêtoit aifémeat a la moindre pref- 
lion. 

La fubUance recticulaire qui traverfé 
le milieu des Os longs , pour fou- 
tenir la Moelle , étoit prefque obli- 
térée. 

La cavité intérieure s'elltrouvée rem- 
plie d'une fubl^ance fort rouge , fem- 
bkible à du Sang caillé., qu'on auroil 
mêlé avec de la graiflfe. 

Les ciiangemens arrives au perone 
ctoient bien plus marqués ; on avoit 
peine à reconnoître fon extrémité fu- 
péricure . & on fentoit uniquement au 
lad un relie de fon extrémité inférieu- 
re , près la malléole ; pour fa partie 
moyenne, elle étoit entièrement anéan- 
tie 8t confondue avec les chairs voi-;: 
fines. 

L'incifion plongée fur le genouil a 
mis à découvert la rotule, qui étoit en- 
tière , mais d'un tilTu fort mol, & qui 
paroilfoit fous les doigts comme une 
éponge, ainll que les condyles inter- 
nes & externes du fémur. 

(d)M, Morand , * Ecuyer, Chirurgien Ma-' 
jor de l'Hôtel Royal des Invalides , InC- 
pedeur des Hôpitaux Militaires , Membre 
de l'Académie Royale des Sciences de Pa- 
ris, &c. 

* M. Morand dont il efl ici quefîion eft kerani 
Artifle de quijs tiens une partie de mes lumières. 
Anatomiquss, 

(e) Par fon Teftament du.ii Août. 



SUR LA Physique et 

tes cartilages qui font dansTarticu- 
îafron du genouii aux extrémités du 
Jfmur , du tibia , & du péroné n'étoient 
altérés en aucune manière ^ ils avoient 
confervé leur blancheur , leur poli, & 
leur élafticitc 

II en étoit de même des cartilages , 
de toutes les autres parties du corps , 
comme de ceux qui garnilTent les fa- 
cettes articulaires des os, an carpe , du 
métacarpe , du tarfe Se du métatarfe. 

Les Os de l'avant-bras , 3i du bras 
droit, ont été entièrement décou- 
veris , Se on les a féparés dans l'articu- 
lation avec le poignet d'une part , & 
avec l'omoplate de l'autre. 

La tête de Vhumerus étoit petite , & 
ne paroilToit pas fi arrondie que dans 
i'état naturel : le corps de cet os , ce- 
lui du cubitus Se du ra^fui étoient fort 
diminués de leur volume , qui n'étoit 
pas le même dans leur longueur ; leur 
mollelTe étoit aufïi différente ; dans 
quelques endroits ils étoient fouples 
ôc piians, dans d'autres ils étoient caf- 
fans quoique flexibles. 

On pouvoit en tirant ces Os par les 
extrémités , leur rendre leur direction 
naturelle j mais ils fe replioient bien- 
rôt dans les endroits où ils étoient 
courbés auparavant. 

Les phalanges n'avoient pas même 
la moUelTe , qui fe remarquoitdans les 
autres Os longs; à la vue,- elles ne 
paroiffbient pas altérées , mais avec le 
fcapel on les coupoit fort aifément , 
& elles étoient fouples & éiafliques 
comme de la baleine. 

Les cliangemens communs aux Os 
longs , étoient fur-tout marqués dans 
ies fémurs , qui dans prefque toute leur 
longueur refTembloient plutôt à des 



SUR LA Peinture. i a , 

cordes charnues qu'à des Os ; la moel- 
le fanguinolente qui fe trouvoit amaf- 
fée en plus ou moins grande quantité 
dans l'étendue de leur cavité , rendoit 
leur grofleur inégalé dans quelques 
endroits. 

La capacité du petit bajjîn étoit ex- 
trêmeinent étroite ^ les deux Oi ilium 
avoient fort peu d'étendue , ils étoient 
trc3-épais ^ Se leur face interne étoit 
raboteufe & inégale : d'ailleurs leur 
tiiîu étoit ramolli comme celui des Os 
pubis & ifchium. 

Vépine du dos avoit fa configuration 
naturelle , mais les vertèbres étoient 
fouples & molles au toucher. * 

Le lîernum avoit comme tous les Os 
celleuleux & fpongieux confervé une 
folidité apparente , mais il fe coupoit 
fort aifément. 

Les côtes , quoique molles , étoient 
calîantes dans toute leur longueur ; 
quelques-unes des vraies étoient re- 
pliées fur elles - mêmes dans l'extré- 
mité qui s'unit arec les cartilages du 
Jîernum. 

Les clavicules qui font formées d'une 
fubflance compare , & d'une efpéce 
de diploe , étoient prefque caiiilagi- 
neufes. 

Les omoplates étoient beaucoup plus 
épailTes qu'elles ne le font ordinaire- 
ment i elles avoient en même tems 
perdu de leur étendue , Se s'étoient ra- 
cornies ; leurs éminences connues fous 
ie nom d'épines s'étoient fort appro- 
chées de la côte fupérieure , &: for-- 
moient un conduit. 

La côte inférieure des omoplates étoif 
échancrée en deux endroits , & con- 
tournée en S Romaine. 

Les apophyfes acromion & coracoïde 



* On n'a rien trouvé d'extraordinaire dans étoient très-fains & bien confUtués. 
ie bas ventre Si dans h poitrine , les yifcéres 



ii8 

fe joignoientprefque. 

Les Os du crâne c'toient tellement 
ramollis, qu'oïl les coiipoit fort aifc- 
mént avec le fcapel ; leur cpaiiïeur 
étoit augmentée du double au moins j 
les deux tables ctoient confondues^ 
On n'yconnoiflbit aucune trace du ii- 
ploë ; Se en les comprimant un peu, 
on en faifoit fortir un fuc très-aqueux, 
dont ilsétoient jbbreuvés. 

Les futures étoient prefque détrui- 
tes. 

Les Os mêmes de la bafe du crâne , 
ainfi que l'apopliyfe pierreufe des tem- 
poraux , tous les Os de la face , les ma- 
xillaires fupérieures Si la mâchoire in- 
férieure , participoient de cette mo- 
le fTe. 

Les dents feules avoient confervc 
leur foiidité , quoique la Malade ait 
prihendu qu'elle:, étoient ramollies, ce 
qiij venoit de la Hexibilité des Os nia> 
xillàires. 

La ^ure-mere étoit confondue avec 
le crâne j le cerceau étoit d'une con- 
fillenceordinaire, fonhcniifplicre droit 
étoit d'un tiers plus gros que le gau- 
che , de manière que la faux ne par- 
tageoit pas le Cerveau en deux par- 
tics égales i & elle étoit aiufi que la ten- 
te du Cervelet , plus épailîe que dans 
Tétat naturel. 

li y avoit environ une cuillerée de 
fang épanchée dans les deux vencrkuhs. 

Le plexus choroïde étoit engorgé ik. 
variqueux. 

Réflexions par M. Morand , fils , fur la 
Nature &" la caufe de cette Maladie. 

Quelque finguliere que foit la 
maladie qui vient d'être circonflan- 
cite , il n'y a cependant perl^^mnè 
qui ne fçache qu'elle n'ell pas fans 
exemple , & qui en rapprocliaat ceux 



Observations sur l'Histoire NATURELtE, 

dont nous avons les Hilloires les plus 
détaillées , que î'ai cité dans le deu- 
xième articfe de mon premier Rap- 
port , ne reconnoille que celle dont 
il efl aujourd'hui qneflion , efl tout-à- 
fait femJj'able. 

Sans rappeller ici la conformité qu'il 
y a entre les premiers fymptomcs dont 
furent attaqués Pierre Siga , Bernarde 
d'Armaignac , & ceux qui fe font mon- 
trés il y a cinq ans dans la nommée 
Supiot , je remarquerai feulement en 
palFant , que la reflemblance s'éteni 
jufques fur les altérations furvenues 
dans la charpente oiTeufe , comme il 
a été conllaté par l'ouverture du ca- 
davre. 

Ceux qui feront curieux de s'en aflTu- 
rer , auront plus de fatisfadion à com- 
parer eux - mêmes ces cas fingu- 
liers , en les litant dans les ditlércns 
Auteurs. 

Je ne f(çai s'il efl aifé d'établir bien 
pofitivemeut le caraélére de cette ma- 
ladie; les autres, dont j'ai fait men- 
tion , ont été regardées coBime diflé- 
rentes quant à leurs caufes , quoique 
femblabics par les efléts, le cas de Ber- 
narde d'Armaignac a été prononcé 
fcorbuiique , parce qu'on ne fçavoit à 
quelle caufe l'attribuer. 

Celui de Pierre Siga a été loupçon» 
né vérolique , parce que cet homme 
avoit eu une gonorrhée avant d'être 
attaqué d'un ramollilTement d'os ; fans 
cela ^ peut- être qu'on l'eût allure fcor- 
butique. « 

Dans le cas préfent, les fentimens 
font partagés ; quelques-uns de ceux 
qui ont vu la nommée Supiot , ont at- 
tribué fon état à un vice vérolique, de 
ils prétendent qu'elle a pris du mercu- 
re ; d'autres ont regarde fa maladie 
comme un rachitisfcoibutique. 

Ce qu'il y a de certain , c'eft qu'elle 



SUR LA Physique 

n'a iamais déclare aucune incommo- 
dité qui doive faire fonpçonner un vi- 
rus vcnérien ; cela n'empccFie pa> à 
la vrriiéj. qn'elie ne puiile avoir pris 
qneiqMe-proparatîon mrrcini.'i'.le : il')' 
a lies Auteurs qui pn! tenaient q'i'oii 
peut guérir le (corbiic avec du mer- 
cure doux fub'.iine , de manière qifii" 
excite ia fueur ; d'aiix-iirs le mercura 
elt le grand fecret de lous les empyii- 
ques,& il leroit étonnant qu'aucun de 
ceux aufquels la Malade a eu recoure , 
n'eût point ellayé iur elle la vertu de 
quelque foécinque prelendu , compofé 
avec du mercure , mais la Malade l'i- 
gnoroit; 6< on fçait que la confiance 
aveugle qu'on accorde li injuRement à 
ces fortes de gens , va iufqu'à prendre 
de leurs mains toutes fortes de remè- 
des, fans leur en demander compte , 
& fans faire toutes les difficultés que 
l'on fait tous les jours à devrais Méde- 
cins, qui par efprit de probité, ne 
promettent jamais de guérir, quoiqu'ils 
agiffént par des prijicipes fages {k éclai- 
rés. 

La defcription des parties offeiifes , 
qui a précédé , montre qu'elles n'a- 
voient rien du rachitis, quiert propre- 
ment une attropliie avec diflormrté de 
l'épine , gonflement dans les articula- 
tions des os , & augmentation du vo- 
lume de la tête , toutes chofes qui ne 
fe font pas trouvées ici. 

Si donc il n'y avoit ni rachitis ni 
virus vénérien , relie le vice fcorbuti- 
que , que Ton pouruoit avec quelque 
raifon regarder comme la caufe de l'é- 
tat miférable dont on a vu toute l'Hif- 
toire ; j'ai fait à la Malade dans l'efpa- 
cedetems que je l'ai fui vie ^ beaucoup 
de queflions fur les incommodités 
qu'elle pouvoit avoir eues avant de de- 
venir CQlume elle étoic, alla d'être en 



ET SUR LA Peinture. x-19 

ctat de juger de la nature de fa ma-r 
ladie. 

M. MilTa , l'un de nos Bnclicliers, 
que l'on fçait être animé de cette ému- 
jation fi ordinaire dans nos Licences, 
crsnt venu vo\\' avec moi la Mplade , 
s'etl aitacHc particulièrement à i'interr 
roger fur ce mêrne article ; & ce qu'il 
a appris ne s'eiî pas trouvé différent de- 
ce que i'ai fçu de la Malade, ou de 
fés proches parens ,. comme de fa mè- 
re , de fa fœur, de Ion mari , qui de- 
puis m'ont confirmé le détail fui-- 
vant. 

La nQmmce Supiot avoit trcs-fou- 
vent des maux de téte,,&; des infom- 
nies: ou il elle dormoit , fou fommeil 
étoit asité,- elle fe mouehoit três-ra- 
rement.^ 

Elle étoit trcs-fujette à des brouif- 
lard.s fur les yeux ^ à des éblouilîemens 
fiîbits, mais fur- tout à une opthalmie 
humide dont l'œil gauche étoit le plus 
fou vent malaae ; à desbourdonnemens 
dans l'oreille du même côté, fuivis- 
quelquefois de furdités paflagéres. 

Dès Ion enfance, jelle avoit fré- 
quemment, fur-tout aux approches 
du Printems & de l'Automne , des flu- 
xions opiniâtres, principalement fur 
la joue gauche , des maux de dents, 
des gonflemens de gencives, qui ab- 
ccdoient même à la racine des dents, 
fur-tout incifives & carines ; les côtés 
des mâchoires éîoientprefque dépour- 
vus de dents. 

La Malade a rapporté a M. MifTa , 
que la couronne des dents non cariées 
tomboit lorfque la fluxion fe dilTipoit , 
tandis que de l'autre côté, les dents 
cariées refloient en place. 

Souvent la Malade ne pouvoit re- 
muer librement la mâchoire ^ & avoit 
un gonflement, qui, quoique léger ^ . 



Observations sur. fHrsTOiaE Naturelle;, 



lia- 

lui ctoit importun j il paroilloit a'iffi 
très -fréquemment des boutons §: des 
petites aphtes fur la langue^ & dans 
3a bouclie. 

L'haleine de la Malade ctoit natu- 
rellement courte , Si la rtTpiration la- 
torienfe ; elle a eu plufieurs fois dans 
fa vie des accès d'allhme convulfifs, 
des palpitations de cœur , & des étouf- 
femens , fur-tout avant l'âge de feize 
"à dix-fept ans, qu'elle a commencé à 
avoir (es régies; elle ctoit aufTi fujette 
à des évanouitiemens qui ctoient d'une 
longue durée , très - communément ^ 
'Clie étoit incommodée d'une petite 
touxfechî^ de rhumes , d'enrouemens, 
.& d'extindions de voix fubites^ & mo- 
jmentanées^ 

Son appétit a de tout tems été bi- 
zarre Si dépravé , mangeant quelque- 
fois beaucoup, quelquefois peu ^ ne 
pouvant pas (upporter un bouillon ; 
elle étoit fujette aux maux & péfanteurs 
d'eftomach, à des rapports aigres & ni- 
doreux, à des vomiffemen?. 

Ces douleurs de reins & d'entrailles 
lui étoient fort-ordinaires , ainfi que des 
coliques, qui étoient très- violentes ; 
elle fentoit prefque toujours de la ten- 
fion dans le bas ventre avec des borbo- 
rigmes^ qui fe terminoient par rendre 
des vents ^ tantôt elle étoit fort conlli- 
pée , tantôt fort relâchée. 

Ses urines étoient communément 
légères , d'une odeur défagréable , & 
dépofoient une quantité de fcdiment 
■gras , cpais, blanchâtre ou cendré. 

Elle rel!entoit prefque continuelle- 
ment des douleurs vagues dans l'épine 
du dos , dans les mamelles , entre les 
deux épaules j des crampes, des pé- 
fanteurs, deslafTitudes fpontanéesdans 
les membres , des inquiétudes univer- 
«lies , des dçmangeaiibns., qui la for- 



cneiit de 



fe gratter 



au point Je 



s'e- 



fcorcher, & d'occafionner un ulcère 
qu'elle a eu long - tems far la jambe 
gauche. 

Les cuifTes , les jambes étoient pref- 
que toujours enHées , roides ^ pefan- 
tes , fur-tout li jambe & le pied gail- 
che ; quelquefois elle avoit de la peine 
à mouvoir ces extrémités, ou à fe fou- 
tentr ferme fur fes pieds. 

Outre toutes ces incommodités Fia- 
bituellcs & journalières dont la plu- 
part redoubloient le foir ou la nuit^ la 
Malade étant âgée de 2^ ans environ , 
a eu la galle ^ après avoir couché avec 
une lille qui avûit cette maladie ; & 
c'ell: après qu'elle en a été guérie qu'i[ 
lui étoit venu fur une ja nbe ^ l'ulcère 
dont j'ai parlé , qu'elle attribuoit à cet- 
te humeur qui étoit rentrée. 

La Malade avoit une perte blanche 
avant & après fes régies. 

Toutes ces différentes maladies qui 
n'en caradérifeiit aucune efpéce par- 
ticulière , réunies dsns un même fujet , 
indiquent une cacochymie fcorbutique 
qui peut enfuite avoir été déterminée 
par le mélange du lait reÛé dans le fang 
après les dilfcrcntes couches ; je laifTe 
cependant cette décifion aux Méde- 
cins , qui à l'aide d'une prvatique con- 
fommée, font en étal de porter un ju- 
gement précis fur ce point. 

Pour moij je m'arrêterai feulement 
à ce qu'il y a de plus fiappant dans le 
cas de la nommée Supiot qui cil celte 
perte de conl-.llance dans des parties 
aulTi dures que les Os ; quant aux fpaf- 
mes & aux contradions qui l'ont ac- 
compagnée , ce font des etfets allez or- 
dinaires du fcorbiit , lorfqne le levain 
acre & llimulant agit fur les Libres ner- 
veufes. 

Dans l'explication de ce ramollifTe- 

ment 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



ment des Os, je ne peafe pas qu'on 
doive s'écai'ter du fentiment de Mon- 
iîeur Courtial * , la caiife doit eflea- 
tiellement réfider dans le fuc nourri- 
cier des Os , c'eft lui qui donne aux 
libres dont ils font compofés , la folt- 
dité qui leur eft néceflaire pour être 
propres à Jervir d'appui aux parties 
molles , àfomenir tous les organes , 6c 
maintenir l'animal dans toutes les fitua- 
"tions convenables à leurs fondions ; 
c'eft donc ce même fuc qui a perdu fa 
qualité ordinaire, & qui au lieu de dur- 
cir les Os, les a ramolli. Comme ce 
fuc , ainfi que tous les autres fluides 
qui pénétrent dans toute l'habitude du 
corps émanent du fang , il eft nécef- 
faire de rapporter le vice qu'on y dé- 
couvre , à la MafTe du fang^ dont il 
en un extrait , Se qui en a été elle-mê- 
me affeftée primordiaîement. 

Quelle que foit la caufe de cette al- 
tération, il eft facile d'expliquer ce ra- 
molliftement par une dilToiution du 
fang, ou une décompofition de prin- 
cipes , comme on en conviendra en fe 
rappellant qu'elles font les parties élé- 
mentaires de ce fluide. 

Le fang cliarie avec lui une matière 
terreufe , des fels & des foufres : ces 
derniers font eux-mêmes falins & aci- 
des : de plus il eft compofé d'une 
partie féreufe on aqueufe, & d'une ma- 
tière Iniileufe ou gelatineufe. 

C'eft la combinaifon de tous ces 
principes qui conflitue un fang pro- 
pre à entretenir la vie & la faute , pour 
peu que ces parties foient défuntes , 
que leur mélange (oit détruit ou déran- 
gé , ou qu'elles pèchent dans leur quan- 
tité , elles perdent dès lors leur quali- 
té , & au lieu d'être falutaires^ elles 
deviennent contraires à rœcononiie 
animale. 
JNouv. Obferv.furles Os. pag. 8j. 



Kî"; 



Année i-]y2 ^Tom, II, fortif. V^. 



La jpartie féreufe qui fèrt de véhi- 
cule aux parties élémentaires mêlées 
avec elles , venant à dominer , le glu- 
ten ou rhuileépars dans cette férofité, 
fe fond petit à petit , la matière plâ- 
treufe ou terreufe que les Artères dé- 
pofent entre les couches ofTeufes , ne 
peut s'y appliquer , le fang devenant 
trop aqueux, perd fa coniiiftance, & 
féjournant dans les cellules olFeufes , 
ramollit les Fibres. 

Les fels du fang , qui vifent naturel- 
lement à devenir plus développés , n'é- 
tant plus embarraflés dans cette par- 
tie huileufe quiémoufToit leur pointe; 
picotent le periofle , occalionnent des 
douleurs, & la férofité du fang ac- 
quiert une acrimonie qui irrite les 
Mufcles , les fait entrer en contradioui 
& les Fibres ofteufes fe trouvant ab- 
breuvées , prêtent & fe courbent dans 
la direélion que leur donne le racour- 
ciffement des Mufcles. 

La fubftance graÏÏe des foufres , dé- 
gagée des fels qui tempéroient leuc 
adion , occafionnera dans la tilTure du 
fang , une chaleur ou une efpéce 
de fermentation qui augmentera fa 
fonte. 

Tous ces eflets d'une diftolution da 
fang , fe remarquoient dans la mala- 
die dont il s'agit, 

La fimple infpeftion des Os fpon- 
gienx, & fur-tout du Crâne qui étoient 
foLiples au toucher; & dont on expri- 
moit une quantité d'eau fort limpide, 
ne laiiïe pas de doute fur la colliqua- 
tion des fucs dont ils étoient ab- 
breuvés. 

Les fluxions aufquelles îa nommée 
Supiota été fujette dès fa plus tendre 
enfance, & qui fe font déclarées en 
différens tems fur plufieurs parties , an- 
noncent une furabondance de Cérofités 
falfugineufes. 



l66 ■ OESERVAtlONS SUR l'HiSTOIRE NatUJIELLE ,. 

L'appétit que la MalaJe a toujours nous avons obfervées M. Hody & mor;. 

fur; les ferviettes & les linges de la- 
Malade , & qvii relTembloient à de la 
graille môlée avec de la craye. 

En admettant cette lîicorie , avr 
moins comme probable, il ne paroît 
pas qu'on doive dcfLTpcrer de guérie 
le ramolliflement des Os ;_ celte ma- 
ladie n'ell pas abfolument au-defTu» 
des fecours de l'Art, puifque la Mé- 
decine poiïede des renicdes efficaces, 
pour donner aux Huides une confillan- 
ce uniforme , rendre la liaifon aux par- 
ties du fang , procurer un mêbflge 
exad de fes principes , les rapprochée 
quand ils font trbp dégages , & que 
d'ailleurs , on a plus d'un exemple 
de la guérifon d'une pareille mala- 
die. 

Toute la difficulté efl de la recon- 
noître dans les commencemens , lorf- 
qu'il eft encore lems d'y appliquer 
les remèdes qui peuvent lui être pro- 
pres , & non pas dans la nommée Su- 
piot, lorfque la maladie a fait des pro- 
grès qui rendent inutiles tous les fe- 
cours de l'Art. 

Le fucccs des bains préparés avec 
l'alun , le foufre & le vitriol , ne don- 
ne-t-il pas un préjugé pour employer 
avec conliance des médicamens inter- 



confervé .prouve l'acidité dos levains 
de l'ellomach , d'où en paiïbnt dans 
ie fan'T , ils ont pu pénétrer les Os, & 
ramollir leur fubdance , de inéme que 
ïe vinaigre la dilTout. 

La nature di" la Moelle trouvée dans 
ï'intciicur des Os du Cadavre , c*^ qui 
reiïembloit plutôt àdeja grailT-^ figée , 
démontre, ce me femble^ la préfjnce 
de fels acides ou autres, qui ont agi 
furies fucs médullaires, comme l'ef- 
prit de nitre fur l'huile d'olive , qui 
devren.t graille , lorfqu'on verfe delîus 
cet acide. 

L'odeur forte des urines de la Ma- 
lade , fi puanteur avant d'être en état 
de -putréfaâion , indiquent dans la 
mafTedu fangune grande quantité de 
foufresfon exaltés par les fels. 

La matière gypfeufe , qui a paru 
îong-tems dans les urines, n'étoitfans 
doute autre chofe qiie la fubflance ter- 
reufe apportée avec le fang par les 
Artères , pour donner la dureté con- 
venable aux Os , mais qui étant privée 
de cette vifcolité néceltaire pour pou- 
voir s'attacher dans les cellules olTeu- 
fes, repalîoil même avec celle qui y 
étoit déjà , & qui fe fondoit , dans les 
Vaiffjaux fécrétoires & excrétoires , 



qui après les crifes & les fpafnes des nés qui feroient analogues à ces fubf- 

«arties nerveufes & vafculeufes , fe tances falines ? 

relâchent toujours & fe prêtent au par- Ne pourroit-on pas auffi fur-tout 

taaedes parties excrémenteufes grof- dans certains cas .dépendans d'un vice 

fiéres. fcorbutique qui commence à fe dcve- 

Ceite partie terreufe alkaline ayant lopper, recourir à la vermiculaire bru- 

enfuite repailé par les émundoires de lante * dont la venu a été conftatée 
la peau avec la fueur , ou même la 
grailfe du corps fondu par la chaleur 
interne , occafionnoit les taches que 

* Semper vivum min. Vermiculatum acre , 
C. R. P . i8 j . Sidum parvum acre FL luteo. J. 
£. 4. 6p \. Injl- R. h. 163. Raii. hifl. 1041. 
Vermifidaris fivs illecebra minor , aeris. 



pat l'expérience , dans des retiremens 
confidérables de Nerfs & de Ten- 
dons **f 

ger. En François, le pain d'oifeau» 

** On trouve dans les Epliénieiid. d'Aile» 
magn. decur. 1. an. VI. Vil. pag. 53. Une 
Obl'crr, du Doûeut Bernard «elow » qui 



SUR LA Physique 
Enfin feroit-il pollible^d'ctablirbien 
prccifément des figues, auxquels on 
puifTe s'appercevoir que les Os com- 
mencent à fe ramollir ? 

Qu'il me foit permis, en finilTant-, 
de propofer ces idées : je fouliaite que 
quelqu'un les trouve dignes d'être.ap- 
profondie* , Se qu'elles puitîent faire 
•naître quelque difcuirion utile au Pu- 
blic & à la Médecine, c'efl l'unique 
But que j'ai en donnant cette Hiftoire, 
6< en remettant fous les yeux' une par- 
tie de ce qu'on trouve fur cette ma- 
tière dans les Auteurs» 

Nora. M. Morand a oublié de dire que la 

Malade confommoit une prodif^ieufe quan- 
tité de fe! ; ce qu'el'e n'a jamais déclaré à 
fes Médecins. Nmis ferons entrer cette re- 
marque dans les Oblervations que nous don- 
nerons fur les caufes de cette maladie , félon 
nos Principes. 



ARTICLE XI. 

iJouveau Semoir accompagné de quelques 
réflexions jur V A^^ricuiture , par M. 

de ViLLENM'jyE, 

LES Hommes fe font accordés dans 
tous les tems à reconnoitre l'Agri- 
culture comme le fondement de la So- 
ciété , fans lequel l'efpéce humaine ne 
pourroit fubfiiler. Cet Art nécelîaire 
a été plus ou moins en honneur (ui- 
vant l'efpric du Gouvernement des dif- 
férens peuples. Perlonne n'ignore com- 

affure avoir guéri par la feule décoâion de 
cette plante plus de cinquante Malades at- 
taqués de retiremens de Nerfs & de tendons, 
fi confidérables , que le talon touchoit au 
jaret, l'aus pouvoir s'étendre : il fiifoit pour 
cela bouillir huit poignées de cette plante 
lavée & mondée , avec huit liv. de bierre 
dans un vailleau couvert , & le tout réduit 
à moitié, il donnoit de deux jours l'un , ou 



ET SUR LA Peinture, i6j 

bien il étoit honoré chez les Romains, 
fur-tout dans le tem> où cette Républi- 
que a montre le plus de ("agcfle. Les 
Grands ne regardent plus cet Art que 
comme une vile occupation , qu'ils 
abandonnent toute entière à l'induf- 
trie des Payfans. 

Les Chinois nous donnent un bel 
exemple à fuivre ; ils ont une telle 
vénération pour l'Agriculture , que 
l'Empereur même par une Loi ex- 
prefTe de Contujîui eft obligé d'enfe- 
niencer fon Champ. Sans cette ar- 
deur mutuelle, il feroit impofTiblede 
nourrir tous les Habitans de ce vafte 
Empire. Un petit-maître de Paris di- 
ra pour toute réponfe ; ce font des 
Chinois. 

Les Sçavans qui font de tous tems 
en polTeffion d'être utiles aux hom- 
mes , & qui pour toute rccompenfe 
s'attirent fouveit leurs perfccutions; 
foit par un mépris afiéété , ou le plus 
fouvent par le ridicule que le beau 
monde tâche à jetter fur eux ,• les Sça- 
vans, dis-je , ont trop fouvent négligé 
les Arts les plus utiles aux Hommes , 
pours'occuper d'idées plus fubiimcs,à 
la vérité , mais moins avantageufes à 
la Société. 

On doit réellement une double re- 
connoiffance à un Mathématicien lorf^ 
qu'il veut bien quitter pour ces Arts , 
la Sphère de laGeométrie tranfcenden- 
te , oii l'efprit eft occupé d'une façon fi 
interreffante , fouvent même enchanté 
par les vives lumières d'une vérité qui 

tous les matins à jeun|, fuivant la force des 
fujets trois ou quatre' onces de cette dé- 
coftion tiède. 

Il faut avoir attention que la maladie ne 
foit pas accompagnée d'une trop grande 
chaleur , "car alors cette plante prtcipiteroit 
la fonte du fang , & pourroit produire doK 
effets funeftes. 



i68 



OsSERVATrÔNS SUR L*HiST6iRE NaTURELLB|; 



femble n'être pas faite pour les hom- 
mes , tant il leur faut de travail pour la 
découvrir dani l'obfrurité où elle s'obf- 
tine de fe cacher. C'eft ce qu'a fait un 
Académicien du premier ordre (a) : il 
a tourné Tes vues du côté de la culture 
desterres^il alui-mêuie cherché â fépa* 
rer dans un AuteurAnglois (b) quelques 
vérités mcléeiavec beaucoup Je cho- 
fes inutiles ; il nous a donne ladefcrip- 
tion de fes Charrues , il a encore eu 
la patience de nous donner celle de 
fon Semoir, qu'il avoue lui-même être 
impraticable par beaucoup d'inconvé- 
niens , dont un eft de mou Jre le bled. 
Il feroitcepcndant à fouhaiterque nous 
eunions un inftrument de labourage 
qui put femer les grains de bled a éga- 
le diftanre les uns des autres, afin 
qu'ils enflent tous une. égale quantité 
de terre pour fe nourrir. Seconde- 
ment, dans la quantité que Ton auroit 
reconnu la plus avantageufe à la qua- 
lité de la terre que l'an voudroit en- 
femencer , il faudroit outre cela que 
ce même inilrument pût placer chaque 
grain de bled à la profondeur qu'on 
auroit éprouvé lui être la plus conve- 
nable. Si ce même inilrument le re- 
Gouvroit à même lems, il ell: certain 
qu'il relleroit très- peu à délirer. 

Nous n'aurions point encore rem- 
pli notre but fi cette Machine n'étoit 
affez lîmple pour être mife à la por- 
tée des gens de la campagne , &. en 
même-tems d'une exécution afl!ez fa- 
cile pour y être fabriquée. Je crois 
avoir alTez exaélement rempli ces corit 
ditiins, & on en pourra juger par la 
defcription. Je marque des mêmes 
lettres les mêmes parues qui fe trou- 
vent répétées dans les ditferens dcye- 
îjppemens,. 



. Defcription des Parties du Semoir, 
F 1 G u R £ h- 

A, Efl un Cilindre de bois que l'oir 
fora lolide ou creu\ fuivanl qu'on le 
jugera à propos. S'il el^ folide le 
moindreToiu"neurde campagne eft 
en état de l'exécuter. S il elf creux 
on fe fervira des Butlffiiers., on ob- 
fervera feulement de donner lUie 
certaine épailTcur au bois pour y 
pouvoir creuner les cavités. 

D. D. D. Sont des irou« qui ont leurs 
cavités prccifément affez larges pour 
loger un grain de bled fort à l'aife,, 
mais cependant trop petites pout 
en contenir deux. Si l'on craint que 
les grains de bled ne lèvent pas en 
alTez grand nombre , l'on pourra 
leur donner alVez de capacité paut; 
en contenir deux. 

B. B. Ell l'axe du Cilindre. Il faut re- 
marquer que ce même axe fertd'Ef-- 
fieu aux deux roues qui font fixes ^ 
de forte que les roues , l'ElFieu «Se le 
Cilindre , ne forment .qu'une feule 
pièce qui tourne tout à la fois. Je 
ne parle point ici des proportions 
du Cilindre, elles dépendront de 
celles que l'on donnera aux roués, 
pour la diflance que l'on donnera 
aux trous qui reçoivent les grains de 
bled; cela dépendra aufTi comme l'on . 
voudra femer maigre ou ^rtt,pour me 
fervir des termes employés parles 
Laboureurs.. 

y, y. Ell la coupe d'un autre Cilindrs 
qui fert de ray au première qui em- 
pêche le Bled de s'échapper avant 
d'avoir rencontré les Entonnoirs P.. 
P. P. Le fécond Cilindre ell attache. 



.(a) M. Duhamel;. 



(*)M. TbuUe. 



SUR LA Physique et 

ffxement fur les Brancards, On peut 
fe repréfemer cette Machine par 
deux BoilTeaux mis l'un dans l'autre, 
celui du dedans (eroit la feul qui 
tourneroit.. 
K. K. Eli la trémie qui fe termine en 
quatre entonnoirs. On peut en met- 
tre davantage fi l'on veut il faut que 
le bout des entonnoirs prenne très- 
julle fur la circonférence du Cilin- 
dre; 
H. H. H. Sont des efpaces vurdes. 
G. C. Etl une tringue de bois fixement 

attachée aux Brancards. 
E. E. font plufieurs trous pour atta- 
cher la tringue qui contient les pe- 
tits focs propres à tracer un lillon 
plus ou moins profond fuivant qu'on 
le délire , il ne s'agit que de hauffer 
ou baifTer cette tringue. 
¥-. F. Sont de petits crochets pour re- 
tenir la tringue fi elle vouloit trop 
s'élever. 
Fig. 1 & 5 . f. f. f. f. Sont des focs & 

mortoifes dans la tringue. c. c. 
La Fig. 4 repréfente le Gilindre vu par 
derrière, de ce côté il ne doit plus- 
y avoir de grains de bled dans les 
trous D. D. D. puifqu'ils font palTéî 
par les entonnoirs P. P. P. cepen- 
dant comme il peut très-bien fe fai- 
re qu'il y ait quelque grain impré- 
gné d'une liqueur glutineufe qui par 
conféquent s'attacheroit aux cavités 
du Gilindre , l'eau feule peut occi- 
fionner cette adhérence. On con- 
çoit parfaitement que ce trou ainf'i 
rempli d'un grain de bled devien- 
droit inutile. Pour remédier à cet 
inconvénient, l'on a découvert le 
Gilindre A. on a placé une efpéce 
de Broffc M. M. dont les poils chaf- 
feroient les grains de bled des ca- 
vités fi par hazard il s'en trouvoit 
^iiieiulTent pas tombés. On doit 



SUS. Ia Peinture. lë^ 

préferveria trémie de la pluie aulTi 
bien que l'efpace du Gilindre qui 
efl à découvert; une toile cirée ell 
fulîifante. 

J'avois d'abord en deiïern de ren-- 
dre les focs indépcndans des autres 
mouvemens du Semoir , mais ayaiu 
remarqué que les focs dévoient ctre 
parallèles à la furface de la terre , pour 
s'enfoncer tous à la même proton- 
dem- ; j'ai confidéré qu'er femant fur 
un Coteau, la roue qui étoit vers le' 
fommet, quoique beaucoup plus éle- 
vée que l'antre, meitoit cependant 
la tringue qui porte les focs dans un 
exaâ parallelifme avec la furface de la- 
terre. Geci elt aifé à démontrer , l'Ef- 
Geu quiertune ligne droite efl paral- 
lèle à la furface du Coteau , puifque 
ces deux extrémités font également 
éloignées de ia furface de la terre , 
ayant pourriiéfure les rayons de deux 
roues égaies , 6c également inclinées 
fur le plan incliné que forme le Co- 
teau. Les focs le font aufiî puifque par 
la connrnâion, la barre C. C. eft 
parallèle à l'ElTieu c. q. f. d. 

Dans le cas où ilyauroitdes pier- 
res qui éleveroient les roues par fauts ; 
ce qui dérangeroit les focs, on a atta=^ 
ché la barre G. C. au point E. avec une 
cheville de fer, de forte qu'elle n'é- 
prouve dans toute fa longueur que le 
même mouvement qui fe fait fentirati 
point E. qui peut être regardé comme 
le centre commun des ofcillations du 
Semoir. Les petits crochets F. F. font 
pour la retenir dans un mouvement' 
trop violent, fi par hazard il en arri- 
voiî dans un Champ où l'on a pour 
l'ordinaire le foin d'ôter toutes les 
groITes pierres. Lorfqu'une rouepafTe' 
fm- une pierre les arcs décrics par les 
différens points de l'Effieu fom pro- 
portionnels à leurdiflance , au point: 



I70 Observations SUR l'Histoire Naturelle, 

d'appui qui eft (i:i la cire Mitcrence de petit que cela n'airivoit nullement ; 

Taiitre roue dans le point qui touche un Scavant qui s'y connoit mieux que 

la terre. Lon peut r.^|;'.^.Iquor ici en perfonne ed convenu de i'eHet en pe- 

paToui que ies Arts qui- fembloient lî tit, mais il lui refloit encore un doute 

grortlers en apparence , iont cenenJant fur TelTet en grand ; quoique le Cilin- 

lufcepiibles d'une tliéorie aflez fine dre le plus petit ell lujet aux plus 



iorfqu'on veut les approfondir. 

LaFig. 5. repréienteun rouleau que 
Von a,ttr.che à la traverie de derrière 
il (ert à faire retomber la terre dans ies 
petits filions 5 de forte que ce Semoir 
a la propriété de recouvrir le bled en 
même tems. Qn peut aulTi mettre des 
dents au rouleau , fi Ton vewt on fe 
fert de la Herfe.Fig. 6. z.z. la Herfe. 

Jeu du Semoir, . 
Fi g V r m V 11. 

Les Chevaux attelés au tjmon T. T. 
obligent les roues à tourner : l'Effieu , 
auquel cJles font fixement attachées, 
doit nécefl'airement tourner auffi bien 
.que le Cilindre. Il faut confidérer 
toutes ces pièces comme n''en faifant 
qu'unefeule lorfqu'ils'agit de leur mou- 
vement de rotation. 

Lorfque les cavités a. a. a. du Ci- 
indre fe trouvent fous les entonnoirs 
de la trémie , le grain de bled qui fe 
trouve le plus à portée entre dans cet- 
te cavité & laremplit ; le Cilindre con- 
tinuant à tourner, après une demie ré- 
volution , ce même grain de bled fe 
trouve vis-à-vis les entonnoirs p. p. p. 
trouvant alors une libre ilîue , il tom- 
be dansle petit fiUon qui lui efl pré- 
paré par les petits focs qui fe trouvent 
immédiatement devant. 

On fait une Objedion que l'expé- 
rience n'a pas confirmée & c'efl elle 
qui décide en dernier refTort, On 
craint que les grains de bled ne foient 
/roilTés & écrafés par le Cilindre fupé- 
ikur. J'ai fait voir dans le modèle en 



grands inconvéniens ; parce qu'ayant 
plus de furface , eu égard à fa malFe, Se 
de plus fa circonférence s'éloignant de 
la tangente fous un plus grand Angle j 
il doit avoir plus de frottement , &: 
en fécond lieu les grains de bled fe 
voyent expofés à être frottés bien plus 
violemment, pour peu qu'ils fi-u-palTaf- 
fem un peuleniveau du Cilindre. 

Cependant pour ôter ce derniec 
retranchement au doute , que l'on ne 
fçauroit trop employer dans l'elTet des 
Machines en grand ; je fis conflruire 
par un Boifielier deux grands Boilleaux 
qui s'enclavoient l'un dans l'autre, je 
fis faire les<:avité£ avec un Fer rouge ,' 
cette pièce qui efl la principale de la 
Machine a été exécutée dans moins 
d'un jour par deux ouvriers; le Se- 
moir a mieux réufiî en grand que dans 
le Modèle en petit ; on voit que ce 
Semoir ne demande ni beaucoup de 
frais , ni beaucoup de tems pour l'exc- 
cuter. 

Je ne croirois point encore avoir 
été tous le? doutes du l^ubjic, fi je ne 
démontrois qu'il ell impolTiblc que les 
grains de bled foiciu écrafés ou même 
froififés par le Cilindre iupérieur. 

DémonjQration. Les cavités font allez' 
profondes pour^queles grains de bled 
foient au dslTous de la furface du Ci- 
lindre inférieur j par conféquent le' frot- 
tement du Cilindre fupérieur ( qui n'a- 
voit lieu que dans le cas où l'on au- 
roit trop ferré le Cilindre , ) porte en- 
tièrement fin- le Cilindre intérieur, & il 
faudroit qu'il en eût ufè tout ce qui ex- 
cède le niveau du grain de ^'led ren- 



SUR LA Physique 

fermé clans la cavité avant d'atteindre 
au grain de bled , & dans ce cas-là il y 
atiroit allez de jeu entre les deux Cr- 
l'indres pour qu'ils ne fe toucRalîent 
plus. c. q. f. d. * 

On peut encore par le moyen de ce 
Semoir connoître combien ilejitrera 
de grains de bied dans un Champ quel- 
conque. Il ne s'agit que d'avoir exac- 
tement mefuré la furface de ce Champs 
enfuite il faut mefurer la furface d'un 
Cilindre dont le diamètre feroit égal à 
celui des roues & qui auroit la même 
longueur que le Cilindre dont on fe 
fertpour femer. Il ne s'agit plus main- 
tenant que de fçavoir combien le Ci- 
lindre dépofe de grains de Lied par 
chaque révolution. Voici L'Opération. 
' On clierclie par une divifion com- 
bien de fois la furface du Cilindre efl 
contenue dans la furface du Champ , 
enfuite on multiplie le quotient qui 
exprime le nombre des furfaces par le 
nombre des grains de bled que chaque 
révolution laifTe tomber. Le produit 
donne exaftement la quantité de grains 
de bled qu'jl a fallu pour enfemencer 
ie Champ. 

Je ne dois point oublier ce qui m'a 
fait rechercher ce nouveau Semoir j 
étant ennuyé de ne rien comprendre 
au Semoir de M. Thulle, après avoir 
ïu le quart de fa Defcription ; je pris 
la réfolution d'en chercher un plus fim- 
ple , & de larlTer ma ledure. Je le tra- 
çai après environ deux heures de réfle- 
xion. 11 feroit fort avantageux à l'Hif- 
toire de l'efprit humain que chaque In- 
venteur nous eut marqué lescirconflan- 
ces qui lui ont aidé à faire fes Décou- 
vertes. Il y entre fouvent plus de ha-r 



ET SUR LA PeiNTURI. 171 

zard que l'on ne s'imagineroit d'abord. 

Réflexions fur l'Agriculture. 

Malgré l'utilité des bonnes Inven- 
tions, une des plus grandes difficultés 
qu'éprouvent trcs-fouvent les Inven- 
teurs ; c'elt l'oppofitio;! qu'ont ordi- 
nairement les hommes pour les avan- 
tages que l'on veut leur procurer. Il y 
a en nous un certain efprit de contra- 
diction & j^en méme-tems une envie , 
fugerée par l'amour propre , de blâ- 
mer tout ce qui fe préfente de nou- 
veau. 

, La différence dans la conflruflion 
des charrues a lieu de nous furprendre. 
Le proverbe dit avec raifon , chaque 
Pays chaque Coutume. 

Il ne faut pas s'imaginer que ce foit 
la variété des terres qui ait donné lieu à 
cette différence. Depuis les terres que 
l'on nomme fortes à caufe de la liaifon 
de leurs parties , jufqu'à celles que Ton 
nomme légères par des qualités tou- 
tes- oppofées , il ne faudroit tout au 
plus que quatre charrues différentes ; 
une pour les terres fortes du premier 
genre ^ une autre pour celles du fé- 
cond & deux pour les terres, légères. 
Les autres qualités des terres comme 
leur plus ou moins de noirceur , leur 
plus ou moins de fertilité , font abfo- 
îument étrangères à la charrue dont 
l'effet efl fimplement d'en divifer les 
parties. 

Confidérons maintenant le prodi- 
gieux nombre de charrues faites fut 
diffïrens modèles. 

lettons un coup d'oeil fur les chi- 
noifes j elles ne reffemblcnt prefque 



_ • On pourroit (e pafler du Cilindre fiipé- 
rieur , en inclinant les cavités de façon 
qu'elles ne lâitt'aAeac combcv les grains ^uc 



lorfqu'ils feroient dans la perpendiculaire 
L> I» U Fig, I, en donne une coupe. 



172 Observations sor. l'Histoire Naturelle, &c. 



£11 rien aux nôtres , il n'y a aucunes 
qui y ayent rapport , tout au plus le 
■foc parce qu'il le faut ncceiïaircmsnt. 
Les Chinois femblent ici alFeâer plus 
pariiculicrement rirrégularité qu'ils 
adoptent par-tout ailleurs. Ils aitelent 
lin Iiomme avec un cheval , ils atta- 
chent les cordes qui fervent à tirer la 
charrue immédiatement à la pièce de 
bois qui porte le foc ^ ils ne fe fervent 
point de roues; en un mot , il faut en 
voir la Figure * , & l'on appercevera 
un degré de furprife auquel onne s'at- 
tendoit pas 3 cependant l'on convient 
que le Royaume de la Chine efl de 
vous les Pays connus le mieux cultive. 
Les terres jfortes de la Chine ou de 
tout autre pays du monde demandent 
la même charrue , c'efl- à-dire, la 
meilleure que l'on puiffe employer 
pour les bien labourer. Il s'agit donc 
de réunir les meilleurs modèles que 
i'on pourroit trouver dans ce genre , 
6< les effayer dans le même Champ 
avec la même force motrice & de com- 
parer les réfultats de leur labourage. 
On feroit le même effai fur les char- 
ïues propres aux terres légères ^ on 
s'alïureroit par-ià de la meilleure conf- 
irudion: cariln'eft pas douteux qu'il 



ties , ce fera toujours dans le masci-^ 
mum, 

M. le Maréchal deVauban, qui avort 
une jullelle de difcernement prefque 
unique dans toutes fes vues, avoit fort 
bien fenti qu'il coniribueroit beaucoup 
à la perfeélion du labourage en faifant 
adopter par toute la France la charrue 
la plu5 parfaite qu'il pourroit inventer. 
Se ce ii'efl pas peu dire; quel avantage 
n'en retireroioin point les Laboureurs 
qui fe fervent de médiocres charrues 
ou même de mauvaifes. 

Le projet de M. de Vauban efl fort 
utile , fa charme très-bonne , cepen- 
dant le tout ell reflè fans exécution; 
il a laifTè plufieurs Mémoires de pro- 
jets utiles à la France. Nous pouvons 
conclure qu'il ell bien plus aifé de ré- 
former les ijiHrumens du labour-age 
que l'opiniâtreté des Laboureurs. Ce 
que nous difons d-e la charue l'on peut 
le dire de tous les autres indrumens, 
& fur-tout de ceux qui fervent à battre 
le bled , danj lefquels il ne devroit 
fe trouver aucune différence, fi l'on 
fe fervoit du meilleur ; puifque le bled 
eft le même^partout. Nous finirions par 
fouhaiter que les perfonnes intelligen- 
tes falFent adopter chacun dans leur 



n'y en ait une plus parfaite que les au- pays la Méthode qu'ils auront éprouyé 
très ; ii ce n'eft pas dans toutes fes par- être la plus avantagea fe. 

• Mémoire pour fcrvir à rHifloire Cénénéralc des Voyages, 





OBSERVATIONS 



SIXIÈME PARTIE. 



HISTOIRE NATURELLE- 



OBSERVATION XXVII. 
Sur le principe du mouvement dans le Fœtus, 



ja^} U E L Q u E s Auteurs ont mis Bres cTiarnues ne pouvant agir par el- 
CÈWi\ en quellion lequel des deux , les-mêmes fans le fecours des Nerfs 3 il 
"^^1 duCerveauouduCœur,com- faut aulTi convenir que le Cerveau ne 
mençoit le premier à fe mou- peut recevoir les Efprits animaux qui 
voir dans l'Animal ? riueut dans les Nerfs, que par les impul- 
En effet rien n'eft plus embarraflant: fions du Sang , duquelil extrait les par- 
cette Queftion ne peut fe décider en fa- ticules qui compofeni ces Efprits. ^' 
veurde l'un ni de l'autre ; car fi le Cœur On pourroit cependant fuppofer que", 
a befoin du Cerveau pour fes mouve- les Nerfs ont été créés avec une cer- ^ 
inens de Diaftole & de SiRole , les Fi- taine quantité d'Efprits, contenue dans " 
Année .i752jTo;«. II. Partie. VI, R '^ 



Observations sur l'Histoire Naturelle^ 



leur capacité , ^- dans celle des Réfer 
voirs du Cerveau , pour commencer le 
piemter ade de mouvement; 8c que 
de là font fiiivis tous les autres. Alors 
ce feroit le Cerveau , qui le premier 
auroit ce qu'on appelle Vie. Mais il 
laiidroit encore fuppofer pour la per- 
' feâion de ri-Iypoicfe,que le Sang ctoit 
crcé autli dans les Veines pour fournit 
dans l'inftant une Impulfion propre à 
répondre à celle du Cerveau , & à rcpa^ 
rer la dilTipation que (ouBre le Fluide 
nerveux à chaque inftant de fes pul- 
fions ; malgré le retour qui s'en peut 
faire vers le Cerveau. On pourroit en- 
core fuppofer que ce n\i été que par la 
luccefrion impuKlve des Efprits Ani- 
maux que le Sang s'ell formé , ^ que 
le Méchanifme de la Circulation du 
Sang & des Efprits a eu lieu dans l'A- 
iiimal. 

D'un autre part , fans avoir recours à 
CCS RippoPitions , on peut croire que 
k. Fœtus formé, les Organes difpofces , 
ïe Cordon UmtDilical auaché, fur quel- 
que Artère ou Veine Menllruelle , dans 
le fond de l'Utérus ^ a d'abord reçu des 
Particules fanguines qui ont pénétré 
iufqu'au Cœur de l'Embrion, ^ que la 
force & l'adivité impuifive de ces Par- 
ticules a pouffe le Sang Menllrucl dans 
Je Cœur du Fœtus & du Cœur dani^le 
Cerveau , où (e font formés les Elprits;: 
& qu'alois les Efprits pouflés dans les 
Nerfs ont commence le jeu AnimaL 
Ainli de façon ou d'autre, c'etl toujours 
le Cerveau qui a commencé , lorfque 
la Circulation naturelle s'ell formée 
dans l'Embrion. 

Je puis autorifer cette Hypotcfe par 
un fait cité dans l'Hilloire de l'Acadé- 
mie de l'année 1703 , d'un demi Fœ- 
tus Quadrupède, qui n'avoit niCoeur ni 
Poumon , 7!/ Foye, m Rate.nt Rein^ m Vef- 



on trouvoit cependant une portion dt 
Cerveau , quelques Nerfs , un Méfentére » 
quelques Boyaux^ i:;" quatre gros Vai^eaux' 
qui ahoutilj'oient au Cordon Urnbilical ^ Qf' 
qui for m oient toute la Circulation. 

le Cœur ne peut avoir aucune ac- 
tion particulière fans le fecoursdu Cer- 
veau , &■ il n'eft pas plus propre à im-* 
pulferleSang , que tous les axures Con- 
duits qui le re<;oivent, fans les Nerfs. Sr 
le Cœur de quelques fortes d'Animaux 
conferve fon mouvement après Ion ex- 
puHion du Corps ; ce n'efl que par l'c- 
jallifité des Particules ignées, & la 
preflion que foulTrent ces Particules 
pendant quelque tems,par le rctrccifle- 
ment du Vifcére qui K;s contient dans 
les Conduits nerveux, où ces particules 
font enfermées ; lequel mouvement 
dure alors jufqu'à la dilTipation des Par* 
ties ignées. 

On peut aifément conclure de -là; 
que l'Einbrion Vivipare fort tout for- 
mé, mai-i fans vie , & qu'il ne la reçoit 
que du Sang de la Mère , qui ^r.et fes- 
Organes en jeu ; ce qui ne fe trouve 
pas dans les Ovipares , où les Fœtus- 
doivent être fîais & paffaits pour croî- 
tre & vivre dans l'Oeuf, ne pouvant 
recevoir aucun m.ouvement de l'Oeuf,.^ 
où ils s'attachent pour fe nourrir feule- 
ment. 

Je ne crois pas qu'ion puilTe créer 
d'autres Sytlcmes , fi on veut s'accorder 
avec la faine Philofophie. Car d'ad- 
mettre des Attrapions , des Fermenta^ 
tions des concours de Molécules , c'cR tou- 
jours chercher ii faire de l'Or avec du 
Criivre , & vouloir ôter à la Nature fe» 
droits & fa fimplicité. Je trouve encore 
plus ridicule de prétendre qu'il y a des 
Oeufs qui contiennent des Effigies par- 
faitCb , puifque dans le cas que nous 
venons de citer ci-deCfus ^ on n'a trou- 



fuf ni Vaijjeaux Spermatiques , & auc^uel vé qu'une demi-Figure vivante. Qi ii^ 



SUR LA Physique et sur la Peinture; 



èfl Jit Jans îa Dodiine des Oviparif- 
tes que les Effigies Humaines, ou Ani- 
males , font contenues les unes dans 
les autres à l'inlîni , mais il n'efl pas 
parle des demi-Figures. Nous en voyons 
cependant. 

Les Mâles de toutes efpcces dans les 
Vivipares ne donnent que la forme & 
ies Organes de l'Embrion, & la Fe- 
melle fournit le Sang, Se donne le pre- 
mier mouvement au Fœtus. Cela n''a 
lien de contraire aux expériences qui 
prouvent que les Foetus fortent tout 
formés de tous les Mâles Vivipares. 

A l'égard des Ovipares , il n'eft pas 
poflTible que la Femelle ait donné lieu 
à la circulation des fluides dans l'Em- 
brion , fur-tout dans ceux qui dépo- 
fent leurs Oeufs d'un coté pendant que 
les Embrions fortent de l'autre , ainfi 
que font les PoilTons & les Grenouilles. 
Le Foetus de ces Animaux fort du Mâ- 
le , non-feulement tout formé , com- 
me dans l'Homme 8c dans les Quadru- 
pèdes , mais il fort en vie , & n'a be- 
foin de l'Oeuf, que pour s'entretenir 5c 
s'accroître. J'ai donné dans mes Obfer- 
vations une Expérience fur la Généra- 
tion des Grenouilles , qui confirme 
cette vérité. ( Tom. 2. 4'. Partie, An- 
née 1752. ) 

L'on peut enfin conclure de ces Re- 
marques , une fois pour toutes , que 
les Vivipares dillcrent des Ovipares , 
non-feulement dans la façon de nour- 
rir & d'accroître leurs Foetus , mais 
encore dans la fa(,-on de les produire. 
Les uns les produilant tout formes fans 
vie , Si les autres les produifant vifs & 
formés, prêts à fe nourrir d'un Qeuf. Au 
lieu que les Vivipares ont des Hfefer- 
voirs ( l'Utérus) dans leurs Femelles , 
dans lefquels ils les dépofent pour être 
vivifiés , pour croître &; fe fortifier. 

C'eft ici où il faut convenir de la Sa- 



Î5Î 



gelîe divine qui a pourvu à la forme 
& à la vie de fes Créatures félon leurs 
états. Dans les Vivipares , où le Fœ>- 
tus fort des Véficules du Père débile Se 
fluide , à travers les Filières les plus 
étroites, & dans divers endroits.où il efl 
obligé de palfer. & où il périroit certai- 
nement toujours, le Créateur a réfer- 
vé de donner à ce Fœtus la vie dans 
rUtérus d'une Femelle. O merveille,' 
digne de fou Auteur ! Au contraire 
dans les PoilTons & les Ovipares , où 
la Mère ne peut fournir que l'Oeuf. 
Cet Etre fuprême a fait fortir du Mâle 
l'Embrion, avec toutes les qualités né- 
celTaires à la vie. 

Ayant une idée un peu diftiiiéle fur 
le principe du mouvement dans l'Ani^- 
mal , fur les relTorts qui la conflituent 
& fur la nature de leur activité , & en 
un mot fur la caufe & l'origine de îa 
circulation des fluides ^ voyons préferi- 
tement la Struclure du Cœurliumain, 

StruElure du Cœur lutmain, 

I.r. CœuR eft compofé de deux F'en- 
triades ou Cavités , Van à droite Se l'au- 
tre à gauche : le Ventricule droit efl 
ouvert à fa bafe par deux Orifices , dont 
l'un répond à l'Oreillette , & l'autre à 
bouchure d'une grolTe Artère. 

I.e Ventricule droit efl plus grand 
que le gauche , il s'abouche avec l'O- 
reillette droite &: le Tronc de l'Artère 
Pulmonaire ; & le Ventricule gauche 
s'abouche avec fOreillette du même 
côté j & le Tronc de l'Aorte. Ces Ori- 
fices font garnis de plufieurs Valvules. 
Les Valvules qui s'avancent dans lés 
Ventricules fe nomment Tng/oc/2z/2?i, & 
celles qui fe replient dans les gros Vaif- 
feaux s'appellent 5/g?7ioiiej .• on donne 
aulTi le nom de Alitrales auxTriglochi» 
nés du Ventricule oaUcTie. 

R ij 



Observations suk l'Histoire Naturell," 



Ij2 

l.a fiirface externe des Ventricules 
eR inégale, remplie de Cavités , & de 
pliifieurs Eniinences ; & la furface 
interne de ces Cavités cft remplie de 
FolTcttes de toutes fortes défigures , 
très-profondes & en très-grand nom- 
bre, de forte qu'elles forment fur le'firs 
iords pkifieurs Monticules de diver- 
fes formes. 

Les Ventricules font compofés en 
particulier de fortes Fibres qui fe croi- 
fent en tous fens , mais fur - tout de la 
Bafe à la pointe , & en travers de droit 
à gauche. L'aélion oppofée de ces Fi- 
bres caufela dilatation & la contradion 
du Cœur. 

L'adolîement des deux Ventricules 
& leur liaifon forme la Cloifon qui les 
fcpare. M. Winflow a prouvé ( Mc- 
inoires de l'Académie des Sciences , 
Année 1 7 1 1 , page i 5 o) que ces Ven- 
tricules ne font unis enfemble que par 
quelques couches de Fibres qui forment 
ia furtace extérieure du Cœur. De forte 
qu'il regarde le Cœur comme compofé 
de trois Miifcles ; les deux premiers 
qui forment chaque Ventricule en par- 
ticulier, & le troifiéme qui les envelope, 
en fortaiu par la pointe du Ventricule 
gauche , & s'épanoiiiffant extérieure- 
ment à la Bafe. Quoique cependant cet 
Anatomille avoiie que le troifiéme Muf- 
cle ne doit être regardé que comme la 
continuation des Fibres de celui qui 
forme le Ventricule gauche. 

Par cette Sirudure on s'appercevra 
que lors de la contraâion des Fibres 
Longitudinale^ & du relâchement des 
Fibres Tranfverfes, le Cœur fe dilate 
& fe racourcii j & dan» la Contraâion 
il s'allonge ^ & ie leilerie , c'cil ce que 



j'ai vu dans le Cœur de pTuOeurs Grè' 
nouilles vivantes : lorfque le Cœur de 
ces Animaux s'emplit il fe racourcit 
8i s'élargit ; & lorfqu'il fe vuide , il fe 
rétrécit & s'allonge. 

Le Ventricule gauche efl plus épais 
& plus élaflique que le Ventricule droit. 
A l'égard des Oreillettes , on les re- 
garde comme deux Sats mtifculeux fi- 
tués à la Baze du Cœur. L'Oreillette 
droite efl: plus grande que la gauche , 
ainfi que fon Ventricule. Les deux 
grofles Veines , c'ell-à-dire , la Veine 
Cave fiipérieure afcendante & la Veine 
Cave inférieure, s'abouchant enfemble 
dans cette Oreillette , elles ne doiveiît 
être confidérces que comme fes Bran- 
ches. La furface interne de cette Oreil- 
ktte ell raboteufe, inégale & pleine de 
Ligne tranfverfes & faillantes. 

L'Oreillette gauche eft un Réfervoif 
mufculeux, auquel on trouve un ap- 
pendice, qui iait comme une troifiéme 
Oreil ette , ia Surface interne de la- 
quelle eu im peu raboteufe & refTenv» 
ble à l'Oreillette droite : mais en gé- 
néral les Parois de l'Oreillette gauche 
& de fon appendice font plus épais que 
ceux de l'Oreillette droite. Les quatre 
Veines appellées Pulmonaires fe dé- 
gorgent dans cette Oreillette. Quel- 
ques Anatomilles l'appellent pour cette 
raifon le Tronc des Veines Pulmonaj- 
res. Le Sac principal de cette Oreil- 
lette ell alTez uni en dedans & en de- 
hors ; fes Couches Fibreufesfe croifent 
en plulieurs fens. 

Pour accompagner cette D{ffertiition &• 
les deux fuivantei, ;e donnerai des Figures fif 
leur explication ayant l'artULt de Phjfiqut» 



SUR LA Physique 



OESERVATION*XXVIII. 

Sur la htruBure des Poumons humains 
(.r leur Ojjice. 

PLufieurs Auteurs ont cherché d'ap- 
profondir la Structure des Pou- 
nions , & nous en ont donné la Def- 
cription ; mais ils ne font pas d'accord 
entre eux. 

L'Ofllce de ces Vifccres dépend de 
ïeurMcchanirme,& il eft difficile d'ac- 
corder lenr Strufliire avec la nature 
des Fluides , fur iefquels ces Vifccres 
eireftuent leurs fondions. 

Ces Fluides font l'Air & le Sang. II 
efl queftion de mêler l'un avec l'autre : 
voilà l'ufage général des Poumons, & 
celui don: on convient. Mais lorfqu'il 
s'agit d'expliquer comme fe fait ce 
mélange , les fentimens font partagés j 
parce que la difficulté confille à fçavoir 
C l'Air feul entre dans le Sang , ou s'il y 
entre avec toutes les Parties hétérogè- 
nes qui le fuivent dans la Trachée-Ar- 
tère ; ou du moins s'il n'eft fiiivi que 
des particules du Feu , qui fans con- 
tredit ne doivent pas être féparées de 
l'Air, iorfqu'il pénétceles Qoifons qui 
le féparent du Sang. 

I.a néceffité d'expliquer ces Quef- 
tions fi importantes à la Médecine , a 
mis les Anatomifles dans le cas de fa- 
briquer les Lobules qui reçoivent l'Air 
dans les Poumons fur ditîérens Modè- 
les. 

Parmi ces Auteurs , plufipurs ont ad- 
mis des Veficules à l'extrémité de cha- 
que Bra iche , où l'Aii fe terminoit , 
felon eux, pour fe fe parer des Parties 
groffiéres qui l'accompagnent ^ & pour 
palîer Je-là Jans le Sang , par le moyen 
d'une iûiinité de Trous, formés exprès 



ET SUR LA Peinture. 155 

fur les Vaideaux Sanguins qui tapiiîjiu 
ces Véficules , & à travers Iefquels l'Air 
fubtil palfoit comme à travers plufieurs 
Cribles. 

y D'autres ne pouvant expliquer le 
Méchanifme qui occafionne le mélan"e 
de l'Air & du Sang dans les Poumons , 
& ayant rejette les Cribles^ parce qu'ef- 
feâivement on n'en apperçoit aucun, 
ont eu recours à VAttraBwn : reflburce 
commode & favorite dont fe fervent 
les Newtoniens. Us ont prétendu que 
le Sang attiroit les Particules de l'Air 
dans les Poumons , à travers les Pores 
des Tuniques qui forment les Capil- 
laires des VaiHeaux Sanguins , dont 
les Cavités des Poumons font entou- 
rées , fans cependant attirer les Parti- 
cules des autres Corps , qui pénétrent 
l'Air & le fuivent dans les Bronches. 
Mais ces raifons ctoient imparfaites , 
&vi'étoient fondées que fur de fimples 
conjeécures. 

Mdpighi efl entré dans un plus grand 
détaiL & s'ert plus attaché à dévelop- 
per la Strudure des Poumons. II a vou- 
lu expliquer de quelle façon l'Air s'in- 
finue dans ces Vifccres, & la route 
qu'il tient pour arriver jufques aux Ca- 
pillaires des Vaiiîeaux Pulmonaires. Il 
prétendoit que les Lobules renfermés 
dans chaque Lobe du Pounïon étoient 
compofés de plufîeurs Veficules; & que 
tous les Véficules d'un même Lobule 
communiquoient enfemble, fans ce- 
pendant communiquer avec celles d'un 
autre Lobule. Cet Anatomiite difoit 
auffi qu'outre ces Lobules , il y avoit 
des Interftices, ou des Civiles rem- 
plies de quantité des Membraiies , dont 
les unes font parallèles , (Se les autres 
s'entrecoupent pour foraver diverfes 
Cellules dans lefquelles l'Air pa;re li-^ 
farement. 

Nous ayons beaucoup d'obligations 



134 Observations SUR 

ce Sçavant ; mais il ctoit rclervc à M 
Hdféthis de mieux appiofondir la vé- 
ritable Strudure des Poumons ; 8< nous 
pouvons nous repofer fur les Obrerva- 
tions qu'il a faîtes de l'Anatomie de 
ces Vifcéres. C'efl ce que je vais citer 
ici, en ajoutant quelcj-ies Remarques 
de ma façon fur les Glandes Bronchi- 
ques. Je donner;ii aulTi les raifons Phy- 
fiq'ue de la Refpiraiion félon mes Prin- 
cipes : avec lefquelles j'expliquerai le 
mélange d'Air & du Feu, qui s'efledue 
à chaque mouvement de puifaiion. 

Dans les Mémoires de l'Académie 
■M. Heîvétius nous a donné ime fça- 
vantc DilTertation fur la Structure des 
Poumons de l'Homme : les Obferva- 
tions font oppofces au fentiment de M. 
Malpiglii ; il n'admet aucune Véficule 
dans les Poumons , il ne regarde ces 
Vifccres que comme un fimple tilTu 
fpongteux , dans lequel les Bronches 
& les VailTeaux Sanguins fe répandent. 

Cet Anatomille reconnoit deux 
Membranes au Poumon , une Mem- 
brane externe iSc l'autre interne : il con- 
fidére ces Mambranes comme la con- 
tinuation de la Fièvre. La Membrane 
externe des Poumons , folon lui , ell la 
continuation de la Membrane interne 
de la Plèvre , & la Membrane interne 
de ces Vifccres n'efl que U Membrane 
externe de la Plèvre. Il a oblervé qufe 
celte Membrane interne des Poumons 
accompagne les VailTeaux Pulmonai- 
res, 8: qu'elle forme plufieurs Cellules 
entrecoupées Se attachées fur ces Vaif- 
feaux. 

M. Heîvétius ne regarde les Fibres 
de la Trachée- Artère que comme des 
Fibres Ligamenteufes, couvertes d'une 
Membrane garnie d'un Raifeau San- 
guin , Se n'admet point les Fibres char- 
nues des Auteurs qui l'ont précédé. 11 
réunit à l'exuêniité des Bronches la 



l'Histoire Naturelle, 

Membrane externe & interne de îa 
Trachée-Artère, Se nie les Velkules 
ou Sacs Menft^raneux que ces Auteurs 
ont prétendu reconnoitrc au bout des 
Bronches , formées par leur continua- 
tion, M. Heîvétius dit au contraire que 
les Bronches fe perJent feulement dans 
les Lobules fans compofer le moindre 
Véficnle. 

J'ai obfervé que la Mambrane in- 
terne de la Trachée-Artère étoit garnie 
de très-petites Glandes qui répondoient 
à une infinité de petits Trous par où 
découloit une Liqueyr Muciiagineufe , 
qui fert apparemment à défendre la 
Surface interne de la Trachée-Artère 
& les Bronches , de ITntempèrie de 
l'Air. M, Winjlow a fait ces Obferva- 
tions avant mji. li ell du feiuiment 
que cette Mambrane ell en partie 
Charnue ou Mufculeufe , & en partie 
Lii^amenteufe, contre l'opinion de M. 
Heîvétius. Je n'ofe décider entre ces 
deux grands Anatomilles. 

M. Heîvétius prétend que l'Air ne 
palTe pas d'im Lobule à l'autre ; mais 
qu'il palfe des Lobules dans leurs In- 
terilices , & que de là il reflbrt par les 
mêmes Lobules , & bien loin de regar- 
der ces Inierllices comme les Emunc- 
toires des Lobules , il les confidere 
comme les Rèfcrvoirs de l'Air. 

'Il conclut de toutes cesJObfefva- 
tions , i®. Qu'il n'y a point de Vèficu- 
les formées par l'extrémité des Bron- 
ches. 2'^. Que les Cellules ou Cavités , 
qui forment le TiiTu Spongieux, font 
compofées , en général , par la conti- 
nuation de la Membrane externe de la 
Plèvre. }°. Que Tune des Lames de 
cette Membrane s'enfonce & fe perd 
dans tous les replis des Poumons. 40. 
Que l'autre Lame de la même Membra- 
ne forme le« Gaines qui entourent tout 
tes les Ramifications des VailTeaux Sai>; 



SUR. LA Physique et 
gnîm , 8c produit encore les Membra- 
nes des Inierilicesj qui font entre les 
Lobule?, 

M. Helvétius aobfervé que les plus 
groiïes Kamificaiions des Artères & 
des Veines Pulmonaires paflent le long 
de l'intérieur des Interllices , Se qu'el- 
les fournillent de tous côtés, 8i en très- 
jrrand nombre , les Vaiïïeaux Capii- 
ïnires qui fe dillribuent dans chaque 
Lobule , & qui fe Ramifient encore fur 
toutes les Membranes qui forment les 
Cellules. Il oblerve encorejjue les Ar- 
tères s'anadomofent avec les Capillai- 
res des Veines , îv forment ce Refeau 
admirable do\n Malpiglii a donne la dé- 
couverte. Je ne puis me difpenfer d'a- 
jouter ici les Réflexions que M. Hel- 
vétius met à la tin de fa DilTertation. 

i''. Le PùuiiTon eft incapable par 
lui-même de fe dilater; tout Ion mou- 
vement vient de l'impulfion de l'Air & 
du relTort des Fibres Ligamentcufes 
de laTraclue-Artere qui le repoulTent 
par leur élallicité. 

1*. L'Air ne peut pafTer d'une Cel- 
lule à l'autre dans le Poumon ,, ni par- 
venir jufques dans les Interflices des 
JLobules fans foutilfr une infinité de 
Collilîons,& (ans être léparé de quan- 
tité de Parties hétérogènes & crès-arof- 
ficres qur l'accompagnent. 

3^. Le même Air en tombant dans 
ïes Cellules , environne les Vaifleaux 
Sanguins , & les touche immediate- 



jment. 



4°. Toutes les Membranes qui coai- 
potent les Cellules, Si qui envirv-nnent 
ies Lobules, font percées^ ou poieu- 
fes; de forte que l'Air peut facilement 
pafler de là dans les Interllices, &. en 
jevenir par la même route. 

5°. Les Interllices font des Ref;r- 
voirs où l'Air peut être conferve en 
#eïiaines eccaiiows, & d'où il relloït 



SUR LA Peinture. x}). 

avec -moins de facilité que des Lobu- 
le--, lefquelb peuvent être an'aiflés, pen- 
dant que leurs Interllices peuvent coii- 
fcrver leur tenfion &. tout l'Air qui peut 
les remplir. 

6°. Toutes les Cellules , que l'on dé- 
couvre dans les Poumons fur lefquelles 
les Vaiffeaux s'cpanoiiilTent par une 
infinité de petites Ramifications ^ fer- 
vent à donner plus de fuperlicie à l'é- 
tendue interne des Poumons ^ afin que 
l'aâion de f Air fe répande tout à la fois 
far une plus grande quantité de Parti- 
cules Sanguines. 

Dijfeâion particulière que fai faite des 

Poumons , Gr confcquences Phjfiquei 

que j'en déduits. 

Comme je Phyf^ue autrement que 
n'ont fait les Anciens & les Modernes ., 
Si comme mes feniimens ne s'accor- 
dent point avec ceux des Cartéfiens & 
des Ne\»toniens, il eft impoirible que 
je puilTe concilier mes idées , avec ce 
que dit enfuite M. Helvétius, fur la na- 
ture de la Circulation , Si fur ce qui oc- 
cafionnela différence fenJîble que l'on 
recoimoît entre la capacité des Veines 
& des Artères Pulmonaires , o< entre' 
la couleur du Sang qui Hue dans l'un 
& dans l'autre de ce» Vaifîeaux.( Voyez 
les Mémoires de l'Académie de 171 8.) 

J'ai apperçu^outrece que je viens de: 
citer ci- devant^ que toutes les Bifurca- 
iions des Bronches jufqu'à leurs extrc- 
mitc.-, da-is les Lobules, ctoient gar-- 
nies de Glandes molles , irrègulieres & 
d'une couleur bkuatre,& qu'elles di- 
minuoieiit avec les bronches (S^ deve- 
no eut à la tin prefque imperceptibles ; 
que ce- GlinUeS' .ivoient leur Orifice- 
tians la Cavité des LJronches , \- qu'ei- 
l 's cominuniquoieiU avec les Capillai- 
ïes des Ajicres Pulmonaii-es^poux te- 



136- 



Observations sur l'Histoir.e Naturelle^ 



cevoîr les Secrciions du Sang, lorf- 
qiril fe dépouille des Liqueurs giaireu- 
fes qui raccoinpa;4neut (^ qu'il clmnie 
du rcrte du Corps, i*. C'cfl: ce qui 
diminue le Volume de la Malîc du Sang 
Veinai, & qui dépouille Tes Particules. 
1°. C'ell ce qui le fait cîiangcr de cou- 
leur. Et enfui c'eft par ces Glandes 
que fortent les crachats que nous im- 
pulfons de la Poitrine par la Traclice- 
Artcre. 

.Tai apperçu aufTl que les Artères Pul- 
monaires ctoient couvertes par desTu- 
iiiques plus lînes que celles des Veines , 
avec lefquelles elles s'anaftomofent; ce 
qui fait que TAir & les parties de Feit 
ne patTent que dans ces Artères pour 
augmenter la chaleur & la Huiditc du 
Sang ; c'eft ce que je vais expliquer. 

La Faculté de MIdecine &: les Aca- 
démies ne peuvent raifonner Phyfique- 
inent aujourd'hui qu'en coniéquence 
de la Doctrine établie par Defcarics ou 
par Nevton. Ce font les feuls Dognies 
reçus : ainfi le Public ne fera pas fâché 
que je donne une troifiéme conjeâure 
fur la prejjîon de l'Air ditis les Poumons . 
fur les parties hétérogènes de tous les Corps 
qui accompagnent cet Elément dans la Tra- 
chée-Artère : &: fur la Séparation qui fe 
fait dans les Poumons , entre les Particules 
fines &• grojfiéres qui compofent VAir que 
nous refpïrons. 

L'on ne peut pas difconvenir que 
dans l'Air il n'y ait \m mélange de par- 
ties hétérogènes à cet Elément ; c'eft- 
à-dire, des Parties Tcrreflre ou Sali- 
nes , des Parties d'Eau & de Feu , Se 
fur-tout dans notre Atniofphere. 

En admettant le vuide dans les m- 
tervalles des plus petites Particules, & 
remplilTant l'intervalle des plus grolîes 
par les plus petites , on n'ell point em- 
barraîTé de ce que deviennent ces Par 



on ne fçait de quelle forme eft l'Ethcr; 
ou le premier Elément ^ qm remplit^ fé- 
lon Defcartes , les Intervalles de tous 
les autres Elémens. On ne fçait alors 
fi cet Elément pafTe avec l'Air dans le 
Sang , ou s'il relie, au moyen de ce 
Plein, dans un état d'inertie. C'ell ce 
qui a fait imaginer aux Seélateurs de ce 
Philofophe que l'Air feul entroit dans 
le Sang pour le condenfer ou pour le re- 
froidir. Jamais perfonne ne s'efl avifé 
de dire que la refpiration échauflbit 
l'Animal , qu'elle étoii l'inflrument de 
la Chaleur naturelle,&: la fource des El- 
prits Vitaux. 

Je dis que lors de la Ke/^/Mf ion, l'Air 
n'entre dans la Tracliée-Àitére tel qu'il 
efl autour de nous : que par TimpuU 
fion naturelle de cet Elément il entre 
dans les Poumons , comme dans un 
Soufllet, lorfque l'on écarte fes Parois j 
qu'alors il fuit les Bronches jufqu'aux 
Lobules , où elles fe terminent ; que de 
ces Lobules il paife dans les Interrtices 
en fe feparant des Particules groiriéres 
qui Font fuivi. 

Je dis enfuite que lors de VInfpira-, 
tion ^ ou de la preiïion des Poumons, 
PAir fort avec impéiuofité. Que les 
Particules groffiéres fortent d'abord 
des Lobules j mais qu'alors les Parti- 
cules lînes contenues dans les InterlU- 
ces, étant prelTées de toute part, s'in- 
finuentà travers lesTuniques des Vaif-. 
féaux Capillaires ; où elles trouvent 
moins de réfiflance, par l'aifailTement 
des Membranes , à travers lefquels elles 
font d'abord palTées , lors de la tenllon 
de ces Membranes : au lieu que les Par- 
ticules tineSj qui fe trouvent renfer- 
mées dans les Interflices , ne peuvent 
en foitir, dans le tems de leur ali'aille-» 
ment. 

On peut prouver dans ces RemarJ 



I 



tics. Au lieu que dans le Plein abfolu, ques l'iufinuaiion de l'Air dans les Ca-» 

pillaireç 



SUR. LÀ Physique Ït sur là Peinture; 



pîlîaires en Jonnant l'exemple de la 
^slachine Pneumatique. Tout le Mon- 
de fçait qu'en tirant l'Air de cette Ma- 
chine , on retire toutes les Particules 
en général qui entrent dans la compo- 
fition de l'Air que nous refpirons. La 
retraite de ces parties d'Air contenues 
dans le Récipient, le lailleroit vuide Jeu qu'il contient, dans le Sang. 



ï?7 

dans cet état , les MemBrancs aiTaiU 
fées , dont nous avons parlé , qui répa- 
rent les Lobules des Interflices , em- 
pêchent par leur atTailTement l'air fub- 
lil de parvenir iufqu'aux Interflices des 
Lobules , Se l'empêchent par confé- 
quent de s'infinuer , avec les parties de 



de tout Corps, & interdiroit par confé- 
quent toute communication de la vue 
avec les Objets qui foin au milieu du 
Récipient: c'efl ce qui n'arrive point ; 
-çarce que l'Air fubiil & les parties de 
Feu, qui le pénétrent, entrent tout aufîî- 
tôt à travers les Paroirs du Récipient, 
quelques épailîes qu'elles foient. Alors 
cet Air pur & fluide n'efl point com- 
primé &impulfé , comme l'Air extérieur, 
il ne fçauroit l'être que par la preffion , 
impofTible, du Récipient; c'eÙ ce que 
l'expérience nous p.rouve tous les jours. 

•Il faut donc conclure, que puifque 
l'Air fubîil & le Feu s'infinuent à tra- 
vers le Verre, à mefure que les Parti- 
cules grolTiéres , que contient cette Ma- 
chine , abandonnent la place ; à plus 
forte raifon cet Elément doit s'infi- 
nuer à travers les Tuniques des Vaif- 
feaux Capillaires des Poumons, lorf- 
qii'il ell; prellé par la comprefTion de ce 
Vifcére ; puifque ces Tuniques- font 
alors les Parois les plus minces^& à tra- 
vers lefquels il trouve le moins de ré- 
Cllance. 

Les Animaux ne pcrilTent dans le Ré- 
cipient , lorfqu'on en a pompé l'Air 
groffier , que parce que leurs Poumons 
relient alors aHailTés , & qu'ils ne peu- 
vent plus fe gonfler par la preffion de 
l'Air extérieur. Par conféquent il n'efl 
pas étonnant que le Sang cefTe de rece- 
voir (a fluiditéjquoique l'Animal fur le- 
quel on fait cette Expérience foit pofé alors par le dépouillement des Partr- 
dansl'Âirlepluspropreàcetiefluiditéfi cules grolTiéres. 6°. Qu'il refte , dans 
laéceflaire à la vie. Il faut convenir que cet état , plus dilaté dans les Capillai- 



D'où je conc'Ius , i^. que l'Air grof- 
fier compofc de divers Corps ell pro- 
pre àlaRefpiration par l'Impulfion que 
fouffre cet Air dans la Dilatation des 
Poumons. 2"^. Qu'il fert à entraîner leS 
Particules fines qui le pénétrent juf- 
ques dans les Lobules des Poumons, 
&: à les faire pafTer après dans les In- 
terflices. 3''. Que la preffion des Pou- 
mons force les Particules fubtiles de 
l'Air Se celles de Feu à entrer dans 
les Capillaires des Artères Pulmonai- 
res ; tandis que les autres Particules 
plus groffiéres , qui ont relié dans les 
Lobules , en fortent , en formant ua 
Corps plus compact & moins fluide , 
c'efl ce que l'on voit l'Hyver , où l'Aie 
qui fort de la Bouclie ell beaucoup 
plus chargé d'humide. 4^. Que pouc 
lors la Couleur du Sang change par 
le Méchanifme le plus fimple du Mon- 
de , Si fur lequel aucun Anatomille ne 
nous a pas encore dit un mot. C'efl-; 
à-dire , que les Capillaires des Artères 
Pulmonaires étant plus grolîes que 
celles des Veines avec lefquelles elles 
s'Annflomofent, dans l'effort de la Cir- 
culation , les Particules fe dépouillent 
d'une partie des SérofîtSs qui les ac- 
compagnent & qui les entourent pouc 
paffer dans les Capillaires des Artères, 
C'efl alors ce qui clarifie le Sang , 5c 
lui donne une Couleur plus Rouge, 
■5'. Que le Volume du Sang diminue 



ï^s 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



xes, fFes Veines Pulmonaires , quoique 
d'uiT Volume moins confidilrable. Il le- 

{>rend fa fluidité, & fon adivité , par 
e mélange qui s'ell fait de l'Air & du 
feu : mélange qui ne fait alors qu'aug- 
menter la vivacité de fes Couleurs. 



OBSERVATION XXIX. 

Sur Vufage des Vaijfeaux Lymphatiques du 

Méfentcre , &■ conceiTiant celui 

de la Veine-porte. 

LEM.Tcntcreeflune efpéce de Toi- 
le, cjui ell an milieu des Intellins : 
iî lei'r fcrt Je Ligature générale , 5c 
empécUe ces Vifcéres de s'entortiller,, 
en leur perm:tniit de flotter, fimple- 
meni l.-s uns fur les autres. Les Glan- 
des & les Vaifleaux du Aléfentére fer- 
vent à nourrir les Inteflins , & à con- 
duire les Liqueurs de la Digeflion dans 
le Sang-, pour réparer les pertes que 
fait continuell-'ment ce Fluide, dans 
les fondions aufquelles Je Crcateur l'a 
def\iné povir l'eniretien de notre Vie. 

Les Médecins anciens ont été jadis 
dans un grand Débat, pour f(çavoir fi 
les Boyaux n'ont qu'une feule faculté ; 
ç'eft-à-dire,l'Ej7Ju/fr;ce,ou bien les qua- 
tre qualités enfenjble qu'ils appeUoient 
AttraHrice , Eétemnce , ConcoBrict 8c Ex- 
fultrice. No.s Pères étoient fort portes 
poui Icj Qualités Occultes, ainfi que les 
Nc-wioniens de nos jours : mais fans 
avoir recours à ces Qualités , on peut 
fort bien expliquer laCliilification & le 
mouvement qu'ont tous les Intellins 
pour recevoir & pour impulfer leCIrile 
à travers les Glandes Méfentériques. 

Les mouvemens du Cœur, des Pou- 
mons, du Ventricule & des Intellins 
font des Mouvemens Naturels , ^ui le 



font par l'écoulement des Efprîts , fans 
le conlentement de l'Ame. Le premier 
fert à Fimpulfion générale du Sang dans 
les Poumoué & dans tout le Corps. Le 
fécond fe fait pour Impulfer le Feu 6c 
l'Air dans le Sang , & le Sang dans le 
Cœur. Le troifiéme fert à Triturer les 
Alimens & à les porter dans les Intef- 
lins , & le quatrième fert à poufler le 
Chile dans les Veines Ladées & à ex- 
pnlfer les Matières fécales hors du 
Corps» 

Les Fibres circulaires des Inteflins, 
dans leurContradion^ prelTent le Chile 
à pafler dans les Glandes, & les excré- 
mens à fortit enfin du Bas-Ventre, 

Expnjïtion Anatomîque du Méfenterc. 

On divife le Méfentcre en deux por- 
tions : la plus étendue ell la plus courte, 
Scelle qui s'attache auxintedins Gref- 
les j elle eft compofée d'une infinité 
de plis , Si ell appelléc proprement le. 
Méjentére. L'autre portion ell plus lon- 
gue , moins plifTée , contournée en for- 
me Spirale, &- attachée aux gros inteP- 
tins : elle eft appellée pour cet effet le 
Mdfocolon. 

Ces deux portions ne font que la 
continuation de la Lame Membraneufe 
du Péritoine , redoublée fur elle-même. 

Le Méfentére commence à la der- 
nière Courbure du Duodénum, def- 
cend obliquement de Gauche à Droite 
le long des Vertèbres Lombaires. C'efl 
dans cet efpace que la Portion Mem- 
braneufe du Péritoine fe détache & 
produit la Duplicateure des Lames, 
qui s'adofTent pour former le Méfenté- 
re. Il ell d'abord fort étroit , mais il 
s'élargit enfuite , Se fornoe une efpéce 
de Fraife Antique, dont les Piis, qui 
s'attachent auxluieflins j font fort coi\; 



SUR LA Physique 

Les deux Lames du Péritoine font 
jointes enfemble par line Subftance 
Spongieufe , qui renferme les Glandes, 
lés Vaifleaux Se les Nerfs du Méfentére. 
Dans les Sujets d'Embonpoint on trou- 
ve beaucoup de Graille entre ces deux 
Lames , qui les écarte en plufieurs en- 
droits. L'extrémité de ces deux Lames 
enveloppe les Inteftins, & leur fert de 
Tunique Externe. 

Le Mefocolon s'attaclie d'abord à 
l'Litellin Colon , monte enfuite, pour 
fuivre fonjArc, vers le Rein droit, & s'é- 
largit après fous le Foye , fous l'Eflo- 
mach & fous la Rate i où il redefcend 
dans l'Hypocondre^ vers le Rein gau- 
che , & où il fe rétrécit pour s'élargir 
enfuite & defcendre fur le Mufcle 
Pfoas du côté gauche , vers les derniè- 
res Vertèbres des Lombes. 11 finit fes 
Attaches au Reôum , lequel Boyau efl 
enveloppé par une Produdion particu- 
lière du Péritoine. 

LesGlandes Méfemériques font difper- 
fées dans leCorpsCeiluleux qui fe trou- 
ve entre les deux Lames du Méfentére. 
Elles font fort petites & de diverfes 
Formes, mais prefque toutes applaties, 
& fouvent entourées de Graifle. Leur 
TilTu paroît Cellulaire. Malpighi a ob- 
fervé dans ces Glandes un entrelaiïe- 
ment de Fibres charnues. Les Anato- 
niiftes conviennent que jufqu'à prcfent 
ils n'ont pu diftinguer les VaifTeaux 
Sanguins & les Secrétoires , qui péné- 
trent ces Glandes. 

Outre les Vailleaux Sanguins qui fe 
diflribuent en forme de Rcfeau dans les 
Glandes du Méfentére , on y voit plu- 
fieurs Filamens Nerveux, qui les péné- 
trent en tout fensi on y voit auffi un 
grand nombre de Vailleaux particuliers 
fins & tranfparens , garnis de quantité 
de Valvules en dedans, qui forment en 
dehors des petits Noeuds fort proche 



ET SUR LA Peinture." i0 

les uns des autres : on appelle ces Vait 
féaux j Lymphatiques & LaBés, 

L'-s Veines Ladées fortent des Glan- 
des des Inteftins par plufieurs Ramifi- 
cations , qui fe réunilfent pour formée 
un Tronc commua, & après avoir com- 
muniqué avec une grande partie des 
Glandes du Méfentére, ces Veines Lac- 
tées aboutiffent au Réfervoir de Péquet 
pour porter le Chile dans le Canal Tho- 
rachique. Il eft aifé de voir la Liqueut 
Blanche que contiennent ces Vaifleaux^ 
dans un Sujet qui auroit mangé quel- 
que tems avant fa Mort, & fur- tout 
dans ceux qui périlTcnt de M jrt violen- 
te. On peut voir le mouvement de la 
Chilification dans les Chiens , ou tout 
autre Animal vivant , auquel on ouvre 
le Ventre pendant la Digeftion , & fur- 
tout après l'avoir nourri de Lait durant 
vingt-quatres heures. 

Les Vaifleaux Lymphatiques partent 
des Glandes du Méfentére communi- 
quent ^ de l'une à l'autre de ces Glan- 
des, & forment des Troncs particuliers, 
qui vont auiïi au Réfervoir. De forte 
qu'il y a desVailTeaux Lymphatiques 5c 
des Vailleaux Ladés fur le Mcfentere, 

Ufage des VaiJJ'eaux Lymphatiques 
du Méiemere. 

Les VaitTeaux LympTiatiques , qui 
aboutilTent aux Glandes Méfentériques^ 
peuvent y dépofer cette Liqueur Lym- 
phatique , qui fans doute fe mcle avec 
le Chile dans les Veines Ladées & dam 
le Canal Thorachrque, avant le Mêlati- 
ge du Chile & du Sang , foit pour tem- 
pérer la nouvelle Liqueur & la rendre 
plus Analogue , ou pour en empêchée 
la Fermentation. Toutes les Glandes du 
Bas -Ventre fourniflent d'autres Vaif- 
feaux Lymphatiques qui vont aboutir, 
OU dans le Tronc des Veines Ladées , 

Sij 



Observations sur. l'Histoire Naturelle J 

tout d'iincûupransaucune fortede pré- 
paration duiî la Veine-Cave. 

La Veine-Porte entre dans !e Foye , 
y porte ces Liqueurs, les mêle avec 
le Sang Artériel de ce Vifccre , & les 
prépare dans les Glandes Hépatiques &: 
Biliaires, d'où le S uig retourne dans 
la Veine-Cave j fous une Modification 
convenable,par les Veines Hépatiques, 
fe réuiiilîant , par plufieurs Ramifica- 
tions , en trois Branches^ qui fe jettent 
alors fans aucun danger dans le Kcler- 
vorr commun , c'ell-à-dire , daiis la 



?6d 

ou dans le Réfervoir même du Cliiie, 

que quelques-uns appellent la Gterm 

LaBée, 

^ Vfage de la Veine-Forte, 

Les Anatomiftes difcnt que le Sang 
ïïu Mêfentere , du Pancréas, de la Ratte 
Si de l'Epiploon , après avoir dépofé 
d'ans les Glandes de ces quatre Vilcéres 
trois différentes Liqueurs, retourne , 
décompofé fous divers Modes , dans 
ïa Veine-Porte j Ik , félon ces mêmes 
Anatomifles, ces divcrfes Modulations 
du Sang que porte cette Veine , fervent 
è la compofition de la Bile. 

Je dis , au contraire , que fi les Glan- 
des Biliaires font conllruites de façon à 
re féparer du Sang que la Liqueur Bi- 
lieufe , il importe peu que le Sang en- 
tre dans ces Glandes compofé ou non. 
Il doit toujours donner les mêmes Par- 
ticules qui compofent la Bi'e. Je croi- 
rois pliiiôt que les quatre Vifcéres dont 
nous parlons ^ fournilTcnt quatre Li- 
queurs différentes , chacun plus ou 
moins ^ félon la température du Sang ; 
îefquelles fervent à mitiger le Cliile , 
qui fe forme dans les intellins , à pro- 
pos de les befoins, & il me fen>ble que 
îe réfidu du Sang en généial, qui fe 
porte de ces Vifcéres au Foye, par la 
Veine porte^mclé avec le Sang de l'Ar- 



Veine-Cave.' 



OBSERVATION XXX. 

Ejfai far les Oifeaux CarnaJJîers , &" fiw 
Us Oifeaux de Couleur. 

JE me propofe de donner une uiîttf 
d'Oifeaux , de toutes efpéces , avec 
Teurs Couleurs Naturelles , éxademenc 
deffinés fur la Nature. M. de Reaumur, 
qui polléde l'un des plus fameux Cabi- 
nets d'Hiftoire Naturelle, & la Col- 
iedions d'Oifeaux , la plus belle 8i 
la plus complette qu'il y ait en Europe 
m'a promis de me lailler peindre cette 
fuite : l'on ne doutera pas , par con- 
fcquent , qu'un Ouvrage fait fous les 
tére Hépatique , de telle façon qu'il y yeux d'un auffi grand Naiuralifte, que 
vienne ^ ne produit jamais que la même M. de Réaumur , ne foit bien exécuté , 
forte de Bile , qui ne peut abfoKiment & qu'un préfent de cette nature ne foit 
différer, que lelon i'ctat de Santé ou de bien reçu du Public. 
Maladie. Je me fervirai auffi de toutes les Re- 

Le Créateur ayant prévu les défor- marques que nous ont donné les autres 
tires qui rcfulteroient immanquable- Sçavans fur les Oifeaux de chaque ef- 
ment de la Fermentation de plufieurs péce : mais je me garderai bien deco- 
fories de Sangs mêlés & décompofés, pier les Figures colorées ou non colo- 
a bien voulu créer la Veine-Porte pour rées, qu'ils ont joint à Jeius Piiierta- 
détournerles quatre fortes de Liqueurs', tions, 
qui fe prccipiteroient mal-à-propos & 



/ 



^n/hcc j~6i, . Pi, ^A . cLe<f Qiji'Aïax Tatn . l> .'hrt n pria ■ ibi 




C .irr.i.r- 



m 



SUR. LA Physique et 

Le Biqard ^ en Laùn Buteo,' 

Cet Oifcaii efl de la grandeur d'une 
îeune Poule. Il pcfe environ 3 5 .onces : 
la longueur de la pointe du Bec, ]uf- 
qu'à l'extrùmité de la Queue eft à peu 
près de 2 I . pouces ; il a la tête grande , 
le fommet eu ell large & plat, le Bec 
d'une longueur médiocre , crochu, & 
d'un bleu foncé -Jà Màchoirefupérieure 
ell couverte d'une peau jaune depuis fa 
racine', jufques au delà des Narines ; 
les Coins de (a Bouche font auflî de 
couleur jaune. Sa Langue efl-épai(îe, 
charnue & émoulTée , comme on la 
Trouve dans les autres Oifeaux", qui ap- 
partiennent à la clalTe des Faucons. II 
a au Palais une cavité égale à la Langue. 
L'angle de fa Mâchoire inférieure efl 
Tond. Il a les yeux fort grands , l'Iris 
blanchâtre , un peu omîjragé de jaune, 
êc quelquefois de rouge. La Paupière 
-de defTous en ell cotonneufe, la mem- 
brane qui les lie , eft de couleur bleue, 
La partie fupérieurede la Tête, du Dos, 
des Ailes, èx de la Queue ^ font d'un 
brun foncé , tirant fur le noir , avec 
plufieurs taches brillantes, fur le Dos , 
& fur le fommet de la Tête ; quelques 
unes des Plumes des Ailes & de la Poi- 
trine , font bordées d'un blanc pâle , 
fale & jaunâtre. Le Menton , la Poi- 
trine & le Ventre , font d'nne couleur 
de gris-de-fer pâle, entremêlée de ta- 
ches d'iuT brun fonce. Entre les Yeux 
& les Narines de cet Oifeau , il fe trou, 
ve de longues loyes noires & blanches. 
Son Dos ert couvert dans le milieu , de 
Duvet, & le rerte de Plumes courtes. 
Les longues Plumes de chaque Aile, 
ne fopt qu'au nombre de quatre , ou 
environ , la plus avancée defquelles elt 
iapius cûurte,Ia troificme & laquatric- 
jïiQ font les plus longues. Les poimes . 



SUB. LA Peinture. ■ t6f 

des quatre, qui fortenten dehors , font 
plus noires & plus étroites que celles 
des autres. LatilTure intérieure de tou- 
tes ces Plumes eft diverfifiée de raies , 
ou de barres , en travers ; ces raies font 
larges , fombres Se blanchâtres , & 
femblables à celles de la BécalTe. Le 
deffous des autres plumes des Ailes eft 
blanc, diverfifié de lignes parallèles, 
qui les traverfent. 

Les Aîles, lorfqu'elles font pliées-, 
s'étendent prefqu'à l'extrémité de la 
Queue , dont la longueur eft de 9. ou 
lo. pouces : la Queue eft compofée de 
12. Plumes, lefquelles étendues , for- 
ment un éventail. Les pointes les plus 
avancées de ces Plumes, font couleuc 
de Frêne ; elles font fuivies d'une ban- 
de noire, qui les traverfe de la largeur 
d'un pouce: les autres Plumes,bigarée5- 
de noir & de couleur de cendres , font 
traverfées de raies brunes 3 leur extré- 
mité eft blanche. 

Cet Oifeau a les Cuiftes longues^ 
fortes Si charnues , garnies de Plumes , 
un peu au-defibus du Genoux : fes Jam- 
bes & fes Pâtes font courtes, greffes & 
charnues, couvertes d'écaillés jaunes: 
le Doigt de dehors tient par une mem- 
brane , aux premières phalanges de ce- 
lui du milieu : les Ongles de cet Ani- 
mal font forts , & noirs 3 celui du Doigt 
le plus avancé en dehors, eft le plus pe- 
tit ; celui du Doigt de derrière , elt le 
plus grand. 

En ouvrant le bas Ventre Je cet Oi- 
feau , on trouve le Foye , partagé en 
deux Lobes , & la Veftie du Fiel , très- 
étendue , ce qui prouve la voracité de 
fonEftomach.Laliate eft de ligure ova- 
Ie,& l'Eftomach.large: im'eft m mulcu- 
leuxni clvarnu, comme le Gcfier d'une 
Poule ou d'un Dindon ; mais membra- 
neux, en forme de peau j corVaIc celui 
des autres Animaux. 



Observations NaturelleIswr l'Histoihe, 



Le Buzard mange non feulement^ 
des Souris , des Taupes & des Oifeaux ; 
mais, faute de meilleure nourriture, 
des Vcrmifleaux & autres Infedes. 
Ayant ouvert l'Ertomach d'un Buzard , 
j'y ai trouvé une Grenouille, un Cra- 
paud , un gros Mulot Se plufieurs Ver- 
mifleaux. Ils détruifent auffi les La- 

;pins 8i les Levrot?, 

On dit qu'en vieilliiïant , la Tête de 

-ces Oifeaux devient couleur de Cen- 
dres , & que les Plumes du Dos blan- 
chilTent ; mais il n'efl pas décidé fi ce- 
la arrive par l'âge , par la diflérence du 

•^exe , ou par quelqu'autre accident. Ils 
diflérent cependant beaucoup , par la 
couleiH" de leur Plumage, quelques- 
uns ayant plus de blanc, quelques au- 
tres n'en ayant point. 

Les Oeuf» de Buzard font blancs, 
marquetés de quelques grandes, ta- 

.ches rouges , & quelques fois tout-r 

.à -.fait blancs. 

Pline Si Aldrovandus rapportent que 

•cet Oifeau a trois Telficules 3 mais les 
Auteurs modernes n'en ont trouvé que 
deux, malgré leurs éxaâes recherches. 

■l^oyei la Planche A. de l'HiJîolre.NatureUe 
des Oifeaux. 

La -Bondrée , en Xiatin Bulteo- aprivorus. 

CEt Oifeau a 25. ou 24. pouces de 
longueur , depuis la pointe du 
SBec , juuju'à l'extrénitc de la Queue : 
fes Ailes étendues occupent un efpace 
de <, 2. pouces ; fon poids e£l d'environ 
.3 3, ou 54. onces. Son Bec depuis la 
pointe , jufqu'aux coins delà Bouche , 
,ert long d'un pouce & demi , de cou- 
leur noire ^ crochu ^ avec une émi- 
.nence entre les Narines & la Tête. La 
fcafe de la Mâchoire fuperieure eft cou- 
verte d'une peau noire au-delà des 
JMaiiaes , laquelle elt épaille & inéga- 



le ; les Narines ne font pas cTaflemenC 
•rondes , mais longues Se courbées. II 
fait voir en baillant une bouche très- 
large Se de couleur jaune. Le coin de 
la Mâchoire inférieure fait un demi cer- 
cle femblable à <elle des autres Eper- 
viers. L'Iris de fes Yeux eÛ. d'un beau 
jaune. La couleur de fa Tête , en géné- 
ral, efl ou d'un bleu clair, ou couleur 
de Souris. Le Sommet de fa Tète , eft 
plat 6c large, mais étroit vers le Bec. 
-Le Dos de cet Oifeau & fes Ailes font 
de couleur de fer , ou d'une couleur 
de Souris tannée : les Plumes de fes 
Ailes , lorfqu'elles font pliées , ne 
viennent pas jufqu'à l'extrémité de la 
Queue : chaque Aile cft compofée de 
24. grandes Plumes , & la Queue de 
1 2. d'environ un pied de longueur. 

Le Bondrée a le Menton, le Ventre; 
les Guides ôc le delTous de la Queue 
d'un bleu pâle , tirant fur le blanc , avec 
des rayeûres jaunâtres & plus foncées; 
ces rayeûres ne fe trouvent point à la 
Queue , qui eft toute unie. 

Les Plumes qui garniffent fes CuifTesi 
palîentun peu plus bas que les Genoux 
fes Jambes & fes Pattes font courtes ' 
fortes Si jaunes: il a les Ongles longs t 
forts , aigus & noirs ; les Boyaux plus 
courts que ceux du Buzard ordinaire : 
l'IntellinCaecum eft court & épais. On 
a trouvé dans l'Eftomach d'un de ces 
Oifeaux, un grand nombre de Che- 
nilles vertes. Se plulieurs autres In- 
feâes. 

Ils compofent leurs Nids , avec des 
petits rejettons de diverfes Plantes , 5c 
les couvrent de Laine, fur laquelle ils 
pofent leurs Oeufc : on en a trouvé, qui 
s'étoient fervis d'un Nid de Milan pour 
y couver leurs Petits : ils les nourriflent 
des Niniphes ♦ des Guêpes. On a mê-: 

* Petits Vers qui fe forment du réiîdu des 
l'Oeuti. 



J 



& 



Pi. L,.,Lj Ouiecttiœ Scrn . ILil'aré^ W: .ym 




■■"-~rr't''---7^ 



I 



,4 



SUR LA Physique et 

ine trouvé des Crêtes de Guêpes dans 
ce Nid. Deux jeunes Bondrées, prifes 
dans leur Nid, ont été trouvées cou- 
vertes d'un Duvet blanc, & tachetées 
de noir , ayant les Pieds d'un jaune pâ- 
îe, le Bec blanc , entre les Narines & 
la Tête. Leurs Jabots étoient remplis 
de Lézards 7 de Grenouilles & de plu- 
fieurs Infedes. Dans celui d'un d'en-^ 
treux, on a trouvé deux Lézards en- 
tiers , ayant les Têtes tournées vers le 
Bec de rOifeau , comme fi ils s'efibr- 
çoient d'en fortir. 

CetOifeau court avec la même vî- 
tefTe qu'une Poule ; la femelle eft plus 
grande que le mâle , comme il anive 
ordinairement parmi les Oifeaux de 
proye. Leurs Oeufs font cendrés , & 
marquetés de taches encore plus fom- 
bres. 

Voyei la Planche B, de VHiJîoire Naturtllt 
des Oifeaux. 

Le Buiard de Marais^ en Latin MilvuSf - 
J^ruginofus. 

CEt Oifeau n'efl pas fi grand que le 
Buzard ordinaire , & n'a pas le 
îômmetdelaTête^ fi plat, ni fi large. 
Sa longueur , depuis la pointe du Bec , 
jufqu'à l'extrémité de la Queue , efl; de 
34. pouces. Ses Ailes étendues , font 
de 55. pouces : le Bec efi d'environ un 
pouce ôi demi de longueur , crochu , 
Se couvert par le bout .l'une peau , ou 
membrane , couleur de Frênt* ; il efi 
fouvent noir , & dépouillé de cette 
membrane. Ses Narines l^nt longues : 
ïe dedans de fa bouche eit noir & bleuâ- 
tre ; il a la langue large, charnue ^S: 
mol'.e , comme celle dcb autres Oifeaux 
de Proye. La Fente de fon Palais eft 
ïarge & ouveite : fes yeux font d'une 
graudeui médiocre i l'ias. en ell jaune. 



SUR LA Peinture. i6^ 

Les Plumes de cet Oifeau , fur le 
Sommet de la Tête , fous le Menton, 
& celles qui font couvertes fur la partie 
du deflus des Aîles contigue an Corps; 
font de couleur d'Ocre pâle ou jaui â- 
tre , &' bigarrées de lignes noires. Tout 
le Corps , tant en delfus qu'en deflbus 
êft d'un gris -de -fer foncé. 

Ses Ailes étant pliées , s'étenden^ 
prefqu'à l'extrémité de la Queue. Cha- 
cune eft de 24. grandes Plumes , elles 
font les plus fombres en couleur ; la plus 
avancée en dehors , eft plus courte' 
de quelques pouces, que celle qui la fuit 
immêdiatementjles Plumes, qui foitent 
du Corps, fur le defTus des Aîles, fonc 
bigarrées de brun & de jaune vit. - 

Sa Queue contient 12 . Pluines , d'en- 
viron 10, Pouces de longueur. Se fe 
termine en demi -cercle lovfqu'elleeft 
étendue. Elle efl bigarrée ^ d'un jaune 
fale &' clair , ou rouge brun. 

Ses Jambes , depuis le genou , juf- 
qu'à l'extrémité de la Griffe du milieu, 
ont fix pouces de longueur , & font 
garnies de Plumes ; un peu au deflouy • 
di: Genou, elles font pins longues , & 
plus déliées, (eu égard à la grandeur de 
l'Oifeau ) que celles d'autres Oifeaux 
de la Clafle des Faucons. La couleur 
de fes Jambes & de fes Pieds , efLjau- 
ne ; celle de fes Serres eft noire. Le 
Doigt de dehors fe joint à celui du mi- 
lieu, par une Membrane intermédiaire 
laquelle s'étend prefqu'nu milieu de la 
Membrane qui lie les Pattes. La Serre 
du Doigt du milieu eft mince, en def- 
fous , & tranchante : ces Oifc-aux 
ont la Venîe du Fiel fort grolTc , ainfi 
que ceux que nous venons d'obferver, . 
Si le refte des Inreftinsde niCme. -On 
les rencontre ordinairement dan^ des 
Bruyères & dans des Terres en Fricl.e; 
fuxdes petits Rochers, ouiurdesAr- 



i'64 



Observations sur l'Histoire Natureu^^ 



hriireaux. Ils font leurs Nids, dans des 
endroits marécageux. 
t^oje^ la Planche C. 

La Vie Gricfche des Moluques. 
Lanus minor Moliicarum. 

Cette efpéce ell fort rare , le Doc- 
teur Deiham n'en parle pas dans fa 
çollecTron. M. de R...aumur, qui enpof. 
iede bien d'autres dans fon Cabinet , 
dont on n'a pas parlé ^ conferve cet Oi- 
feau fui ces pieds , dans la latitude que 
je le reprcfenie,& auquel il ne manque 
que le mouveat &la vie ; fes plumes 
font fi fraîches & iï bien confervées , 
ainfi que le corps, les pattes & la tête , 
qu'il vaut raieux^de cette façonne défi- 
gner embeaumc que vivant; il ne fe 
liendroit fùrement pas fi tranquille , & 
on n'aroit pas le tems de le peindre fi 
exaâement. 

Je ne donne aucune mefure de fa 
grandeur , le repréfentant ici tel qu'il 
eft. Je dirai feulement que le dedans 
des ailes efl gris brun^ & l'eftomacH, 
ie deflous de la gorge , le bas-ventre Se 
tes cuilTes couleur d'ocre obfcure , ou 
canelle ciair ; à l'égard du deffiis du 
corps 6: des ailes on voit ici les nuan- 
ces telles qu'elles font colorées par la 
Bature , ainfi que les pattes & le bec. 
p'oj-ej la Planche D. de l'Hijloire Nu- 

Le Loriot Mile de France^ Francus 
GalbuUis Mafculus. 

CetOifeau e(l aulTi peint tel qu'il efl 
clans le Cabinet de M. de Keaunmr: 
M. Dcrham n'en parle pas non plus. 
L'agrément qu'il y a dans laColledion 
de M. de Reaumur, c'efl qu'il n'y a 
4ju'à défigner. Ses Oifeaux font tous 
pofcs fur leurs pattes , & en divers at- 



très biens confervées; on- peut mcnwi 
dire qu'il n'en manque pas une , & 
qu'elles ne font aucunement endom- 
l'iiagces. 

Le Loriot jaune efl ici repréfentc de 
grandeur naturelle. Cet Oifcau a le 
cliant très-agréable , & fréquente nos 
Bois; il fe nourrit de fruit & d'infede; 
on en élevé dans de- cages avec diver- 
fes nourritures, aufquelles ils s'accou- 
tument lorfqu'ils font pris jeunes. 

l^oje^ la Flanelle E. de IHiJîoire Nti-- 
turelle des Oyfeaux. 



Invention d'une nouvelle Impri- 
merie /'ar ï Auteur des préfentes Obfer- 
vationsjfour compofer ir décompofer les 
Planches des Figures d'Animaux Gr de 
Plantes , comme on fait celles des Carac- 
tères. 

JE finis mes Obfervations fur l'Hif- 
toire Naturelle de cette année 17^2, 
en annonçant aux Naturaliftes ce qu'ils 
pou voient attendre de plus fatisfai- 
fant & de plus utile pour former des 
Colieâions pariiculieres & univerfelles 
de toutes les efpéces d'Animaux qua- 
drupèdes, volatilles& ran^^5ans, aqua- 
tiques &: amphibies , avec leur forme 
leur couleur naturelle,rcpréfentées dans 
des Planches qui s'imprimeront fous 
une PrelTe comme celle desCaraderes, 
& avec autant de facilité que les Li- 
vres. Les Plantes même les plus bel- 
les fortiront , avec leurs plus brillantes 
couleurSjde cette PreflTe: & les PlaqueS 
qui ferviront pour imprimer lefdits Ou- 
vrages, fe compoferont& fe décompo- 
feront comme on fait aujourd'hui de 
celle des Caradéres , par les mains des 
phiç fimplcs Dellinateurs , fur les Mor 



limdes fort nautelles , & les plumes déles que je donnerai. 



fa 



f^ 



'1 ■' 



./ 



,uu'c ilbx.Pl- 1^-^ ^^' 



COAA^ Toni.U. Part.Ji^. Pa<^ - ^<^4 




1 f.iPr.'.nr'ce<>cAc de^ ^fo/fiqJt^l^^s;^^^;^^^^' 



- Ititice Jjà-x .PTTE . Torrv .11 T Part . Vl . pa^uc 



3 Ly ^ 







Le LonobyGrande^A.r' rLoéwc^ 



ic- M 




« 



J 



sua LA PhtSIQuë è¥ 

J'ai fait mon Eirat avec une Planche 

?ui repréfente deux PoilTons, dont les 
louleurs font extrêmement vives & 
belles. J'ai en l'honneur de la préfen- 
ter au Roy & aux Miniflres. Monfieur 
de Malesherbes, Amateur-du bien Pu- 
blic , A' digne Proteâeur^ en même- 
tems,deTémis& des Mufes,anommé 
Monfienrde BozepourCommilTairede 
cette découverte ; c'efl le même Sça- 
"vant qui a fauve ma première inven- 
tion de fa perte totale, & à qui je dois 
tour. 

Ma première découverte efl celle 
avec laquelle j'ai donné mes Tableaux, 
& mes Planches Anatomiquesjeliecon- 
fille à imprimer fous la Preffe des Tail- 
les-douces, avec quatre Cuivres, toutes 
fortesdemorceauxpeints. Mais quoique 
cette manière foit excellente 8c unique 
pour TAnatomie , le genre de la Figu- 
re & l'Hilloire , elle ne peutfervir aux 
plantes & au petit détail que nous trou- 
verons dans la façon que j'annonce pré- 
fentement i tout comme celle-ci ne 
peut pas' donner la Figure : ainfi j'ai 



SUR LA Peinturé; ^ '"r^-j^ 

trouvé le moyen de tout faire par ce» 
deux Inventions. 

Il faut aulli obferver que la manière 
nouvelle que je propofe pour les Plan- 
tes, elt fi facile & de fi peu de dépenfe, 
que je pourrai donner les Planches fous 
preffe de Caradére,à un prix bien au- 
delfous de celui, que je fuis obligé de 
mettre aux autres impreffions. 

Si j'obtiens le Privilège exclufif, alors 
toutes mes CoUedions de l'Hifloire Na- 
turelle , hors les Quadruples & l'Ana- 
tomie , feront dans ce genre, & au lieu 
de trois ou quatre Planches dans cha- 
que Brochure , pour le même prix , j'ea 
donnerai quinze ou feize. 

La vivacité des Fleurs les plus bril- 
lantes fort de cette FrelTe, avec les 
traits les plus fins; les Verts fur-tout de 
tout efpéce , Scies Rouge vifs de toute 
nuance ^ fe rendent à merveille. 

Je ne donne pas ici mon Secret , cela 
n'efl pas jufle , mais je le donnerai après 
l'obtention du Privilège , & lorfque 
j'aurai mis le fruit de mes travaux ea 
fureté. 



PHYSIQUE. 

OBSERVATION VIII. 

Sur l'inutilité des Calculs pour prouver la réjlftance des Fluides, 



Es Particules des Fluides font pofées. Ceci ne peut être contredit ; 
ii^ T 7^ mobiles & fèparées entre elles, & c'eft juflement avec quoi je démon-; 



trerai l'inutilité des Calculs , avec lef- 
quels les Géomètres ont voulu prou- 
ver la vraie réfirtance des Fluides aux 
des Elémens, auxquels elles font ex- autres Corps ^ fondés apparemment fwji; 
née ij^z^Tom. IL Pqrtie, VL % 



par des iniervailes plus ou 
moins grands, félon le mé- 
lange, qui s'y fait continuellement. 



?4<^ 



Observations sur. l'Histoire Naturelle 



rxnz Force quelconque. En détruiCint cette 
Force, le Calcul tombera; il faudra en 
recommencer un autre, &aiiir!, julqu'à 
l'infini. 

Jevaismefervir des Calculs, faits par 
Tun des plus fçavant de nos Gcomctres, 
concernant la réfinance des Fluides , & 
après les avoir expliqués & mis à la 
portée de tout le Monde , je les ferai 
écrouler en peu de mots , d'où l'on 
conclura l'inutilité que j'entreprends de 
prouver, . 

Obfervatiens générales fur les iiverfes cfpéces 
de Fluides, par M. d'Alemben. *. 

Ces Obfervations ici font la bafé de 
rHipôtéle admife , on ne tardera pas 
de s'en appercevoir , lorfque l'on aura 
pris la peine de les parcourir , & on 
verra diaindement , que tous les Cal- 
culs de M. d'Alembert font fondés fur 
cette Bafe. Les Géomètres ont beau 
cacher leurs principes , on les décou- 
vre à la fin • le Phificien attentif ne les 
iaiiïe pas échapper, & s'il attaque le 
Géomètre , c'efl toujours de ce côté-là : 
car l'attaquer autrement , ce feroit 
perdre fes peines : on fçait qu'un CaK 
cul , forti des mains d'un habile Hom- 
me, efl toujours jwfîe ; mais il n'en eft 
pas de même de la chofe calculée. Par 
exemple , fur une certaine pofition , on 
peut calculer une certaine force ; il 
Ji'efl queftion alors que de fçavoir , fi la 
pofition efl jufle , & fila force efl ad- 
miffible : on convient cependant qu'elle 
ell bien calculée. 

I °. M. D'Alembert dit = Tout Fluide 

■ dans lequel un Corps fe meut , ell 
» élaftique , ou non élafiique. J'appelle 

■ Fluide éladique , celui dont les Par- 
» ties peuvent fe refl^errer , de manière 



SI 



\ 



» qu'elles occupent un efpace moîndret' 
«■qu'avant la comprefTion, & rccipro— 
tr quement fe dilater , . de manière 
a qu'elles occupent un efpace plus 
X grand qu'avant lem- dilatation. Et 
» j'appelle FJuide non élafirque celui 
» dont les Parties m peuvent nife rejjèrrer , 
^ ni fe dilater ^ mais occupent toujours le- 
» même efpace,qudle que fcit la force qui les 
» comprime. . 

a 1°. Si un Corps fe meut dans uni 
» Fluide de cette dernière efpéce , 8c 
» que le Fluide foit , ou indéfini, ou- 
» renfermé dansun vafe fini 8c fermé de 
» toutes parts, dont il remplriïe éxac-- 
» tement la capacité , en ce cas , il ne 
» peut & ne doit jamais y avoir aucun 
» vuide entre les Parties du Fluide , &:< 
^ îa furface du Corps qui s'y meut. Cizr ' 
ail ne pourrait y avoir à' ejp ace vuide . à- 
» moins que les Parties du Fluide ne fe ref- 
^ferrafjentj ce qui ejl contre l'Hipothèfe. . 

^ 3°. 11 pourra en arriver autrement,' . 
» fi le Corps fe meut dansun Fluide non • 
3> élafiique 8< contenu dans un vafe qui ' 
» ne foit point fermé de tous côtés,^. 
» Car foit par é:«emple de l'eau ftagnan- 
« te dans un Baflin , Ce foit plongé dans 
» cette eau flagnante un corps, .qui ne 
» foit pas fort éloigné de la furface fu- 
» pévieure de l'eau , Se qui foirauffi pé- • 
ijfantqu'unégal volume d'eau; j'ajoute 
3> cette condition, pour pouvoir faire • 
»abflra£lion plus facilement deiapé-- 
30 fauteur du Corps- & de celle du FÎui- - 
30 de. Qu'on donne à ce Corps une 
?> impulfion de bas en haut vers la fur— 
30 face fupérieure de l'eau ftagnante , , 
>5 il efi vifible que par cette impul- 
3j fion le Fluide efi poufie dans fa partie 
» antérieure, c*efi-à-dire^dans la partie • 
3> qui cft entre la furface de l'eau & la fur- 
j» face fupérieure du Corps. Ainfi com^ 



* Page 91 de l'cflài d'une nouTcUc Théoic de la lélifljnce dc5 Fluides, 



«SUR LA Physique 

• me les Parties qui font à la furface de 
» l'eau peuvent fe mouvoir librement 
= de bas en haut , il pourra arriver 
-» que le mouvement imprimé au Corps 
^ oblige en efiet ces Parties de fe mou- 

■B voir ainfi», de manière que la furface 
» de IVau perde en cet endroit -là fafi- 
-» tnation & fa figure reâilique & hori- 
» zontcie , & s'élève au - deflus de fon 
■» niveau. C'ejî pourquoi rien n^empCche 
» alors qu'il nefefaJJ'e un vuide entre lafur- 
^ face inférieure du Corps Ù" Us Parties 
-» voffinzs du Fluide; furtout fi le mouve- 
» ment imprimé au Corps eft alfez 
«grand, pour que la prelTion fe cora- 
•« munique , dès le premier infiant à la 
» furface de Teau, &pour que le Fluide, 
» contigu à la Partie poftérieure du 
«Corps, ne puiiïe pas s'élancer avec 
« affez de vîteffe, dans l'efpace que ce 
•> Corps laiflTera vuide par derrière. 
» 4°. Si le Fluide eft élaftique , foit 

• fini , foit indéfini , il eil évident que 
»Ies Parties du Fluide doivent fe ref- 
MferernccelTairement à la partie anté- 

• rieure du Corps, & fe dilater à la par- 
•»>tie poflérieme ; il peut même arri- 
wver, dans un grand nombre de cas, 
» que le Fluide en s'élançant dans le vuide 
» que le Corps laiffepar derriere^ne remplijfe 
^ypas entiéement ce vuide, ce qui arivera 
»fi la vitelîe qtie le Fluide doit avoir en 
9) vertu de fa compreflion, eft moindre 
«que la vîtelTe imprimée au Corps. 

35 Nous diviferoiis donc en trois 
s» Parties nos recherches fur la réfiftan- 
a>ce des Fluides, Nous traiterons dans 
wla première de la féfiftance des Flui- 
« des non élaftique & indéfinis , ou , 
» ce qui revient au même , contenus 
a>dans un vafe tranquille & fermé de 
*»tous côtés, dont ils rempliffent exac- 
M.tement la capacité, c'eft-à-dire(gè- 
jinéralement parlant) de la réfiftance 
3» des Fluide» dans le cas où il ne fe fait 



feT SUR LA Peinture; 14.7 

M point de vuide entre le Fluide & le 
» Corps. Dans la féconde Partie ^ nous 
» traiterons de la réfiftance des Fluides 
>»non-élaftiques & finis, c'efl-à-dire,des 
3>cas où il fe fait un vuide derrière le 
» Corps. Enfin dans fa troificme , nous 
» traiterons de la réfiftance des Fluides 
» élaftiques. Nous deftinons à chacune 
«de ces Parties un Chapitre particu-; 
» lier, & nous inférerons entre ces Cha- 
» pitres plufieurs Remarques impoc- 
» tantes. 

Réflexions à faire fur ces principesi 

II ne s''agit ici que du Fluide âafli', 
que ou non élajïique; des Fluides ^icm ; 
c'eft- à-dire de ceux dont les Parties ne 
peuvent fe refterrer ni fe dilater ; 8c 
des Fluides qui contiennent du vuide 
entre leurs Particules, 

Il faut d'abord fçavoir s'il peut y avoir 
plufieurs fortes de Fluidité ; c'eÛ ce 
que je ne crois pas. Les Corps ne de- 
viennent Fluides que par le détache- 
ment plus ou moins grand de leurs Par- 
ticules, & parle roulement de ces Par- 
ticules les unes fur les autres. Si un 
Fluide cioit plein ^ ainfi que M. d'Alem- 
bert le définit, &: que fes Particules ne 
pulTent ni fe dilater ni fe réferver, il ne 
feroit plus Fluide , & en cette qualité 
fa réfiftance feroit totale & abfolue : le 
Calcul feroit pour lors inutile. Si au 
contraire le Fluide contenoit des inter- 
valles, & par conféquent du vuide entre 
fes Particules , ainfi que font tous les 
Fluidessalors ce Fluide feroit lujet à des 
variations perpétuelles ^ Si le Calcul de 
la réfiftance de fes Particules feroit im- 
poftîble i la raifon en eft aifée à com^, 
prendre : tout Fluide eft pénétré dePar- 
ticules hétérogènes , qui entrent 8c for- 
tent librement des intervalles, que for- 
ment les Particules homogènes qui Le 



<f4^ 



Observations sûr. l'Histoire Katurëllê, 



eflimation ce que devient leur cFiârge^J. 
& dans les tempêtes , combien à peu 
près il en faut jetier pour élever le Bâ- 
timent 8c le mettre mieux à l'abri des 
vagues. 

Si on veut appliquer le Calcul de la 
réfiftance des Fluides à la conflrudion 
des. Navires, comme le dit M. d'A- 
lembert , ( Préface page VII. ) je crois 
qu'il ne peut C-tre d'une nécejjité ahfolue , 
la forme des Poilîons les plus leltes , ell 
celle qui fert à celte conflruâion. 

La Caréné d'un VailTeau & fa for- 
me inférieure,font toujours femblablcs 
à celle de ces Animaux Aqviatiques j 
l'Avant eft toujours plus large que l'Ar- 
riére ; & le Gouvernail ^ ainfi que la 
Queue du Poilfon , fert à diriger fa 
route à droite , à gauche , ou en avant. 
De quelque qualité que foit le Fluide 
dans lequel le Navire elipofé , la même 
forme fert toujours. G'ell au plus habile 
Conllrufteur à y prendre gardejans s'a- 
mufer au Calcul , de la rcfirtance que 
pourra rencontrer fon Navire dans les 
ditférens Fluides où il fera pofé. Les 
' D'où je conclus que le Calcul Aî^é- bonsVoiliersfontbonsVoilierspartout: 
brique de la réfillance des Fluides ell il efl vrai cependant que les uns font 
inutile, puifque la rcfillance de l'Eau , meilleurs fur un plus grand lefl , & 



conrtituent. C'ert ainfi que l'Air efl fou- 
vent pénétre d'Eau ^<c deFeu , & l'Eau 
toujours pénétrée de Feu & d'Air, L'eau 
8i l'Air feroient glacés fans cette péné- 
tration ,& par conféquent non Fluides. 
Il faut donc nécelTairement calculer 
la réfi If ance de trois fortes de Fluides.en 
calculantla réfillance de l'Eau tlaçjnante 
aux Corps durs de Forme quelcon- 
que. Mais comme les Fluides, qui en- 
trent dans la compofition de l'Eau (Se 
Jans celle de l'Air,ne font jamais déter- 
minés à une quantité connue fixe & fia- 
ble , & étant infiniment oppofés dans 
leurs réfillances, on ne peut les calcu- 
ler enfemble. II fuit de cette vérité , 
que fi on fonde le Calcul fur une force 
& une réfillance connue,(dont la preu- 
ve ait été faite dans tel Fluide que ce 
foit ) on ne peut pas adurer que, l'inf- 
tant après le Calcul , la réfillance du 
IFluidefoitla même. L'Expérience nous 
enfeigne que la Fluidité de l'Air & de 
l'Eau & de toutes les Liqueurs , varie 
à toute heure du jour 6c en toute Sai- 
fon. 



::i.r:i 



qui efi l'objet principal de M. d'Alem- 
bert , efl fujette à tout moment au plus 
ou moins de Fluidité, que cet Elément 
acquiert par le mélange plus ou moins 
grand de l'Air & du Feu. 

Si c'efl un Vaifl^eau, par exemple, 
dont on veuille calculer le poids ; il fe 
trouvera que dans certaines Eaux il s'en- 
foncera plus que dans d'autres, dans les 
Mers du Sud plus que dans les Mers 
du Nord , quoique chargé par tout 
également : il fera plus à Ilot l'Hyver 
que l'Eté, 8c la Nuit que le jour. Le 
Calcul ici ne fervira de rien ; c'efl en 
chargeant le Vaiffeau que l'on connoît 
fon port 2 & les Mariniers fjavent par 



les autres avec plus de poids, ce qui 
n'eil toujours que l'effet de la forme. 

Pour fe fatisfaire encore mieux fur 
kl préfenie Quellionj voyez les Elé- 
mens de l'ArchiteBure Navale de M. D«- 
haiml dn Monceau , de l'Académie des 
Sciences , & Ini'pedeur de la Marine de 
France, vous v>-rrez comme ce Sçavan.t 
Conflrudeur laide aux Géomètres le 
plaifir de calculer : car ne s'attachant 
lui-même qu'à la feule pratique , que 
demande l'Art de conllruire les Navi- 
res , dans tout fon Livre vous ne trou- 
verez pas un feul mot d'Algèbre , ni un 
feul exemple de la conllru<ftion impar- 
faite (^e§ Anciens: mais à la place vous 



sua LA Physique et 

y téncontrez de bons Modèles de Vaif- 
L-aux de toute grandeur fabriqués fur 
divers Effais , & dont les Formes ne 
font pas équivoques. Cet Auteur parle 
auffi de la réliftance des Fluides , mais 
fur des principes plus fûrs. 

La réliftance , que doit vaincre la 
maffe du VaifTeau par Teffort des Voi- 
les, pourroit être définie en calculant la 
quantité de Colonnes d'Eau que poufte 
le Navire de fa Proue . le froillement 
qu'il foufTre fut la Surface Fluide qui 
prelTe fes bords ,• S^ rimpulfion natu- 
relle de l'Eau qui fuit le Navire & qui 
remplit la place qu'abandonne la Cale 
du VailTeau :imais alors il faudroit fixer 
laFluiditéderEau,& la force des.vents. 
Ainfi tout fe réduit à mater îe Vaif- 
feau à proportion de fa grandeur , &: 
de fa largeur fur fon avant , & afin que 
îa prefTion des Bords foit moins grande, 
il faut que fon plan latéral foit incliné 
vers la Poupe.Il faut auffi laiiTer à cette 
partie du VailTeau une étendue conve- 
nable à recevoirleslmpulfions desEaux 
poflérieures , comme nous avons dit. 
Voila le point de vue que l'on choi- 
fit pour coniidci er la réfillance de l'Eau, 
fans entrer dans le dctail du Calcul de la 
force de fes Particules , comme a fait 
M. d'Aiembert. 

Si on vent confidérer la force motri- 
ce de rimpulfion des Eaux, par le Navi- 
re, c'eft-a-dirc, l'efibrt de f Air fur les 
Voiles. Cet effort eft autant varié que la 
Réfillance duFluidei& fart de mater un 
VailTeau fe rédnit , encore , à pofer les 
Mâts & les voiles àl'erdroit le plus pro- 
pre pour profiter de toute forte de Vent; 
c'eft ce que l'expérience donne : mais 
on ne pounajamais caleulerla force des 
Vents. c'eft ce qui eft au- delfus de no- 
tre portée. 

L'on conviendra fans peine , de ces 
Réflexions, que ie Calcul eiUnutiie, S^ 



SUR LA Peinture. 14^ 

que l'Expérience réitérée efl îa feule 
régie que l'on puiffe fuivre pour fondet 
la Théorie de la réfiftance des Fluides, 
& fur-tout celle de l'Eau. 

A l'égard de VElafticité & de la non- 
Elafiicité des Fluides , ce font des ter- 
mes qni me font inconnus. Je ne vois 
d'Elafticité parmi les Fluides que dans 
le Feu , & je ne crois pas que les autres 
Fluides foient capables de nous démon- 
trer cet effet , fi ce n'efl par les Particu- 
les du Feu qui les pénétrent. 

L'Eau glacée & dépourvue de Feu 
n'eft pas EIaftique,-& l'Air ne conferve 
fon Elafticité, que parce qu'il ne peut 
pas être abfolument dépourvu des Par- 
ticules de Feu. Si on pouvoit l'en dé- 
pouiller , il feroit auffi dur que la glaça 
Les Fluides n'ont donc aucune Elafti- 
cité que celle qu'ils reçoivent du Feu- 
qui les pénétre ; que fi tous les Fluides- 
font pénétrés de Feu, & que le Feu foit- 
féul Elaftique , ils ne le font donc, je la 
répète , que par rapport au Feu qu'ils, 
contiennent. 

Les Fluides finis Se indéfinis, qu'if 
nous refte à expliquer , iont de deux; 
efpéces , félon M. d'Aiembert il^s pre- 
miers font contenus dansdesVafes,dont:_ 
les Parois occafionnent la réadton dei 
forcés qui les compriment , & les in- 
définis font ceux qui n'étant contenus, 
que dans des vaftes cavités , cette réac- 
tion n'a aucun lieu : c'eft , je crois , ce. 
qu'entend M. d'Aiembert par les ter^ 
mes défini & d'indéfini. Defcartes s'efti 
fervi de la même fignification pouc 
prendre un milieu entreie oui & le nonu 
il a dit que la Matière n'éioic lii finie, ni 
infinie, mais indéfinie. 

Ayant détruit rHypotéfe , le CaicuL 
n eft plus rien : il faut cependant eiv 
expofer ici quelque choie pour connot- 
tre s'ils peuvent exifterfans l'Hypoiéfe.. 



ijo Observations sur l'Histoire Naturelle , 

Proposition XII. Problesme. ♦ n - -i a i ■ i j 

» elt i! , il efl clarr que le rapport de 

ii Déterminer la Vhejfe qu'un Corps de ,„ „ v ku , ôc de iS lu dcpend de la 

r> Figure quclcor:que , ma avec une vîtejfe » fmiation de la Particule N pnr rap-i 
quelconque . communique aux Parties d'un „ po^ au Corps , & de TeCpace .v déjà 



j> Fluide fans pejanteur , Gr d'une denfitê 
3iquelconque lorfquii fe meut dans un tel 
3j Fluide. 

B Soient comme dans N^ B , C,D ^ 
»(Fig. z.p\^i-i.F.)quatreParticulesdeFlui- 
» de difpofées de telle manière quelles conjîi- 
■» tuent un parallélograme reilangle , dont 
alecôtéiV^ C> loit parallèle au che- 
« min du Corps. Il eft vifible que la vî- 
teffe de ces Particules à chaque inf- 



«parcouru par le corps : or comme 

■ = I , il s'enluit que le 

»rapport de y à m & de t< à « dépend de 
3>l''efpace x parcouru par le corps , & 
3>de la.pofuion du point N. 

Je réponds à cette Propofitioii qu'A 
efl abfurde de fuppofer que quatre 
Particules d'un Fluide conîlitiient u« 



Parallélograme. II faudroit alors (up- 
:x> tant peut être regardée comme com- pofer aux Particules inême , une forme 
3» polce de deux autres ; fçavoir d'une Parallélograme , ce qui efl contre leuc 
» vîtelfe égale & parallèle à celle que le Fluidité : dles ne rouleroient aucune- 
* Corps mu a dans cet inlknt , &. d'une 
30 autre vîtetîe qui fera lavitelTe refpec- 
» tive de ces Particules par rapport au 
«Corps. Soit M la vîtelïe reâiligne du 
» Corps dans un infiant quelconque , 
» V. la vîtefTe rerpcdive de la Particule 
» A''; donc la vîiefTe abfolue de cette 
=0 Particule fera compofée de la vîtefTe 
I i( . & de la vîtelïe V. La première u 
» de cesvîtelîes cft fuivant C. N, pa- 
» ralléle & égale à la viieffe du Corps : 
» à légard de la féconde vitelTe V , on 
35 peut la regarder comme compofée 
3» de deux autres vîtelTes , dont l'une 
3 que i'appellc v , fera (uivant NC, Se 
sj l'autre que.je nomme»!, fera fuivant 
^NB. 

3> Or , quand le Corps eft à la fin d'un 
m efpace quelconque , la viteflTe abfo- 
=.lue de la Pat'.ic.iie A^. doit avoir 
» (an. 8.) le incme rapport à la vîteffe 
a. afluelle du Corps, quelle qu'elle foit , 
>» Se la Particule A^ doit avoir la même 
» fuuation par rapport à ce Corps , &: 
3» la même direàion ; donc, puifque la 
» vîtelïe abfolue de la Particule A^fui- 

* P. V7 ^e i'Mii de la rcfiftance des Fluidct. 



ment les unes fur les au4res , fi elles 
étoient cubes , parallclogrames Se quar- 
rées , ceci efl contre le fentiment de 
tous les Phyficiens On ne peut don- 
ner aux Particules des Fluides que U 
forme ronde ; d'où il fuit que quatre 
Particules rondes ne peuvent former 
un Parallélograme. Ainfi la Propofiiioa 
ne fe foutient plus, n'étant fondée que 
fur cette Pofuion : il eil clair que la 
rapport de «— .vàu, & de v à« dé- 
pend de la fuuation Si de la forme de 
la Particule N- 

Proposition XIFI. Probltswe *. 

» Les mêmes chofes étant fuppofées qut 
ndans l'Article précédent ^ iiererminer 
» la réfiftance du Fluide. 

»La force qui tend à mouvoir le 

>» Corps dans l'inflant d ï efl -t- — , 

3> foit fx. le volume de ce Corps , &: A fa 
denfité ; donc f/. x A fera fa malTe ; donc 

» /* X A X -f- -T^ fera la force fuivant 



fPige 10^. 



dt 



SUR tA Physique et sur la Peinture; 

sy-C A' ; celte force doit tn;re équilibre ficiens. 
:ir{art. I,) à la prelTion du Fluide , c'efl- 



15>î 



df 
3>-7rrb') Donc puifque>6-— J — fi— — 



; o , on aura /* A 



-fi- 

du 
dt 



iyJ'<pu ^ = o. - 

Dans cette Propofuron on fait îa mê- 
me ruppofuion que dans l'Article pré- 
cédent , ce qui nous met devant les 
yeux les mêmes inconvéniens. L'on 
voit de phis que l'on fuppofe 1.1 force 
imprimée , le volume du Gorps & la 
denfité , pour en conftruire la mafle 
împulfive , ce qui peut fe faire. Mais fi 
on veut fuppofer un équilibre de cette 
malTe , & de fa force impulfive avec la • 
léfiftance-du Fluide , la Propofition e'a- 
néantit; 

Nous avons déjà dit que les qualités 
des Fluides 5 & par conféquent leurs 
réfinances plus ou moins grandes, ne 
peuvent ^tre fixées par aucune forte de 
Caicinh , Si que l'expérience feule eil 
le Guide & la Tiiéorie de cette réfiftan- 
ce. D'où je conclus enfin que la Géo- 
métrie des Anciens fiiftit en bien d'oc- 
caCons , &l que ['invention des Calculs dif- 
férentiels &* intégrais n'a misperfonne en état 
àefidvre i.e mouvemenr desCorps jufques dans 
Itufi^ Elément, ou dernières- Particules. 



O B-SERVAT ION IX. 

Sur la Caujk- de la. variété des dégrés 
de chahur dans notre Atmofphére ^ par 
M. D. F***.- 

L'AUTEUR annonce qu'il ne 
rapportera que des faits prouvés 
par les Expériences des meilleurs Phy- 

* Selon moi , ce n'eft pas la pcfanteur de rAtmofphére fupérieure qui épaillit \es ceuchfs 
inférieures (le l'A:r que nous respirons 5 mais c'clt le mêlan^^e des Particules d'E.iu qui s'c- 
}evenc plus ou moiiv% de la furface de la terre, parla léa^lion des Rayons Ju§okiJ, • 



1°. L'Atmofphére efl. compofé de 
couches d'Air, qui augmentent de der- ■ 
fité à mefure qu'ailes s'approchent de 
la furface de la terre. La caufe dectt 
efiet eft claire ; plus une couche d'Aic 
efi chargée , plus fon refîort efl: com- 
primé, & par conféquent reiïerré dans 
un moindre efpace ; les couches d'Air 
les plus près de la terre font chargées 
de tout le poids de l'Atmofphére , pas-' 
conféquent plus rapprochées. * 

Si l'on efl. curieux par foi- même , 
de voir en quelle proportion l'Air fe 
condenfe , l'on prendra un tube re- 
courbé , l'on comprimera l'Air dans 
la Branche recourbée , en faifant en^ 
trerdu Mercure dans la longue Bran"- 
che; vous augmenterez fon poids fui=-- 
vant le degré où vous voudrez porter 
la condenfaiion. Cette Expérimce efl 
très-bien détaillée dans les Mémoires de 
ï Académie des Sciences. 

M. Pafchal a porté le Baromètre " 
à différentes hauteurs fur la Montagne 
du Puy de Dôme en Auvergne ; il a contta=>- 
té par cette Expérience , (jufqu'à la 
hauteur où il a porté le Barométro 
inclufivenient ) en quelle progreflion ' 
l'Air diminuoit de pefanteur,- mais 
comme il s'efl fervi d'uneJi^'porfîèfe ' 
pour déterminer la fuite de fa progref- 
•fion , jufqu'au point où ce poids de " 
l'Air feroit nul ; nous n'avons pas cru 
devoir partir d'après fon calcuLM,- 
Caffini 6( bien d'autres ont aufli don- 
nés leurs calculs; M.^e *•♦ ^'a voidu * 
la déterminer plus exaétemcnt en fe (.jr- 
vant de la lumière boréale : mais' leurs ^ 
débats font fort indifférens. Nous pou- • 
vons aflurer que nous n'avons encore ' 
rren de certain fur la hauteur de l'At- - 



if2 Observations SUR l'His 

inofplicre. Nous n'avons pas cru de- 
voir calculer exactement d'après ces 
•HvpotiKTes , c'crt proprement bàtif un 
Edifice fur un Sable mouvant. 

2 o. L'AtmofpIiére ell borné par une 
courbe , à peu près parallèle à celle 
de la terre prife au niveau de la Mer. 
Les Montagnes ne contribuent pointa 
augmenter la hauteur de l'Atmolphére 
dans le point qui leur correfpond; en 
voici la railon : TAir, de même que les 
liquides. cherche à fe mettre en équili- 
bre avec lui-même. Un Rocher dans 
îa Mer ne coupera jamais le niveau de 
fa furface , il fera feulement l'office 
d'une malle d'eau de même grolleur. 
II en efl de même de l'Air. 

î". Si aucun Agent ne modifioît 
i'Air , il relleroit toujours au même 
degré' de chaleur , attendu qu'il n'y 
auroit aucune caufe pour le faire chan- 
ger. Les Caves de l'Obfervatoiie, ref- 
tcnt fenfiblement au même degré, 
fuivant les Expériences réitérées avec 
un bon Termométre, 

4'=. Les Rayons du Soleil fortent 
divergens , & forment par rapport à 
iious'l un cône de' lumière dont la 
baze ert pofce fur la furface de notre 
Atmofphére , mais auffi-tOt qu'ils paf- 
lent d'un fluide plus rare dans un plus 
denfe , ils fe rcfradent en s'approchant 
delà perpendiculaire , chaque couche 
d'Air augmente de dcnf.tc, à melure 
qu'elle s'approche de la terre, par 
conféquentle Rayon de lumière doit 
s'approcher fans celle de la perpendi- 
culaire. Il fuit donc dans fa route une 
courbe quelconque. 

M. de BirnouUy a démontré qu'il fui- 
voit la Ligne h plus vite de defcente.M. de 
la Hirc îiûit que ce devoit être une 
cjcloide.en adoptant néanmoins la pro- 
portion fur les dirtérentes denfités des 
«ouches dAir de l' Atmofphére. 



TOIRE Naturelle,' 

Il ell vrai que nous ne connoilTons 
pas plus jufqu'à préfent de ligne plus 
vite de defccnte que la cycloïdeion ne 
peut cependant pas affiimer pour cela 
qu'il n'y en a point , & il n'ell pas dé- 
montré que l'on ne la découvre li elle 
exille. L'on peut coix;lure par tout ce 
que nous venons dédire que la cour- 
be que fuit un Rayon de luniiere en 
traverfant l'Atmofphcre , ell une cy- 
cloïde, ou une courbe qui en appro» 
che beaucoup. 

■> e. Les Rayons du Soleil en paf-, 
fant de la (uiface extérieure de l'At- 
mofphére , jufqu'à l'intérieure s'ap- 
prochent de plus en plus de la perpen- 
diculaire, pxrïan. 4. ils formeroicnt 
fans contredit , un Foyer fi la terres 
ne s'oppofoit à leur réunion. 

6'^, Pour déterminer la Fi'gure que 
décrit dans l'Atmolphére un failTeau 
de Rayons, il ne faut connoitre que les 
courbes qui terminent le faiffeau. Si 
les Rayons du Soleil luivoient une Li- 
gne droite , ce feroit un c6ne tron- 
qué , qui auroit pour Baze "une portion 
de Sphéroïde. 

Mt-nTieuis de V Académie des Sciences 
ont démontré) parleurs Objerpations faites 
au Cercle polaire ù' fous f Equateur que la 
terre etoit un Sphéroïde applati vers les Pê' 
/ei; & par confcquent l'Atmofphére,p«r 
l'art. 2. mais les côtés du cône font 
terminés par deux portions decycloï- 
de,ou d'une courbe fort approchante ; 
par conféquent un failTeau de Rayons 
doit décrire dans fon pafTage un co- 
noïJe fphéroicicloidal. 

La reflexion des Rayons qui fe 
fait fur la furface de la terre doit être 
divergente , par la propriété du Sphé- 
roïde , outre cela les Rayons fuivent 
encore une courbe Cycloïdale, par 
l'art. 4. 

70. Suppofc que l'on veuille déter- 

ininei 



SUR LA Physique 

►tniner les différens clcaiés do chaleur 
•que doit faire naître , i différentes hau- 
teurs dans l' Atmofphére , le même faif- 
ceau de Rayons;il faut pour cela un Ciel 
ferein. Nous prendrons le cas où le So- 
leil fera perpendiculaire"; par confé- 
quent les Sections que l'on fera dans le 
Conoïde, paralleiemcntà l'horizon, fe- 
ront perpendiculaire à fon axe , & don- 
neront desXZercIes ; ces Cercles feront 
. d'autant plus grands qu'ils approche- 
ront plus près delà Baze du Conoïde , 
c'efl-à-dirCj delà furface de l'Atmofphé- 
re. Chacun de ces Cercles ne contien- 
dra pourtant que le même nombre de 
Rayons , puifque ce font toujours des 
Sedions du même faifceaii. Suppofons 
maintenant deux Sedions du Conoïde 
dont l'une ait un diamètre douîîle de 
l'autre; les Cercles étant entr'eux com- 
me les quarrés de leurs diamètres ; Le 
diamètre de l'un étant fuppofc 4, Sfce- 
îui de l'autre 8 , leurs furfaces fe- 
ront entr'elles, comme i^eft à 6^^ 
donc il y aura autant de Rayons dans 
une efpace de 16 pieds quarrés du petit 
Gercle.que dansune efpace de ^54 pieds 
du grand. Il s'enfuivroit de ce calcul que 
la chaleur de ces deux Cercles devroit 
être en raifon jinverfe de leurs fur- 
faces. . 

Mais les Expériences que M. Hom- 
berg a faites avec le Vetre ardent de 
M. le Duc d'Orléans , inventé & tra- 
vaillé par le Baron de Tfchirnaufen ; 
dans lefquelles ce fçavant ChirniHe 
remarque que les dégrés de chaleur ne 
font point dn tout en raifon des quar- 
rés des diamètres, des diffèrens Cercles 
formés par les Rayons de lumière , 
que le Verre ardent réunit. L'Or qui 
bout jufqu'à pétiller ik s'évaporer à 
fon Foyer, fe fond à peine à deux 
pouces au-deffiis; quoique la diBéren- 
ce des Cercles ne donne pas à beau- 



Jjî/iee i-j^z-jTom, IL Partie. FL 



ET SUR LA Peinture. ij^ 

coup près par le calcul une femblablo 
diminution de chaleur. 

Le même effet doit s'opérer dans 
notre Atmofphére puifque ce font les 
mêmes Rayons. Nous expliquerons 
par-là le froid exceffif des Montagnes 
entre lefquelles celles du Pérou tien- 
nent le premier rang. La formation de 
la grêle dans l'Eté le plus chaud , doit 
aulTi fe rapporter à ce même prin- 
cipe. 

Si l'on avoit la hauteur de l' At- 
mofphére déterminée Géométrique- 
ment; l'on pourroit calculer l'efpa- 
ce de la dernière fedion du Conoï- 
de vers fn Baze j qui feroit une corde 
de Sphéroïde, & la première fedion 
vers la furface de la terre qui feroit 
une tangente. Il feroit facile après cet- 
te Opération d'avoir toutes les fedions 
intermédiaires; mais il nous manque- 
roit encore de connoitre en quelle rai- 
fon l'approximation réciproque des 
Rayons augmente leur chaleur intrin- 
féque; jc'ell - à -dire , celle que leur 
nombre devroit exciter naturellement, 
ç'ell; une Exrpèrienceà laquelle j'ex- 
horte les Phyfici'ens de travailler. 

8". Quoique les Rayons de lumière, 
allument de la poudre, dans le vuide de 
la Machine pneumatique , & faiTent 
à peu près les mêmes effets, que dans 
l'Air greffier; il faut cependant bien 
fe donner de garde de conclure ^ qu'ils 
ayentle même degré' d'adivité , outre 
que plus l'Air ell épais, plus la refrac- 
tion ell grande ,• il faut encore conve- 
nir qu'un Rayon de lumière ayant un 
certain degré de force pour traverfec 
l'Atmofphere , (je ne donnerai au- 
cun nom à cette force ) il doit dé- 
ranger plus de parties dans un Air 
plus épais , éprouver par conféquent 
plus de frottemens; les Particules ignées 
répandues par-tout j ou li vous vou- 



Observations sur l'Histoire Naturelle , 



plus 



174 

lez la Matière du feu doit être 
aboii Jame dans un Air plus denfe, ( ce 
que je démontrerai tout-à-l'heure ) 
donc ie même Raycni doit mettre plus 
de Paiiicules en mouvement dans un 
Air condenfé que dans celui qui efl 
rarelic ; il doit y avoir une propor- 
tion quelconque, qui eft peut-être 
com:ne les dillcrenà degrés de pelan- 
teur de ce fluide. 

Niaintenant appliquons notre rai- 
fonnement au feu ordinaire. 

Expérience. 

Je mets une chandelle allumée fous 
le récipient de la Machine pneumati- 
que , j'y joins un Baromètre , j'en 
pompe l'Air^ je remarque qu'à mefure 
que l'Air diminue de denfité & devient 
par conféquent plus léger , la flamme 
de la chandelle devient plus foible , 
lorfqu'enlin l'Air efl à un certain dé- 
gré de pefanteur que le Baromètre 
m'indique, la chandelle s'éteint j il_ 
en efl de même des Charbons allumés 
&' de tout autre feu. Je puis encore 
aflurer que la même chandelle , por- 
tée à ditlerentes hauteurs dans l'At- 
mofphcre diminueroit dans les mêmes 
proportions , c'ert-à-dire ^ fui- 
vant la diHérence de la pefanteur de 
.FAir. 

5°. Ilferoit àfouhaitcrque l'on fit les 
Expériences fuivantes , fur des Monta- 
gnes extrêmement élevées comme cel- 
le des Cordeliers au Pérou. Il faudroit 
choifirun jour ferein où le Soleil fans 
nuages, darderoit fes Rayons fans obfla- 
cles On partiroit d'une première fec- 
tion faite à la lurfacede la terre^enfuite 
îvec un Baromètre , on verroit les 
différentes pefanteuis de couches de 
l'Atmofphére , on détermineroit la di- 
vergence qu'occafionneroit fes dillc- 



rens milreux ^ qui deviendroienttou— 
jours plus rares, par conféquent l'on 
fuivroitdans leur réfraction les Rayons 
qui terminent la Figure du Conoide ; 
l'on féroit alors fur d'avoir toujours les 
feclions du même Conoide qui con- 
tiendroient par conféquent le même 
nombre de Rayons. De plus on calcu- 
leroit l'efpacede chaque fetlion , ou- 
tre cela on auroit leurs, dificrentes 
hauteurs , & leurs diffancts récipro- 
quef. 

Enforte que l'on pourrait toujours 
dire ^ à telle hauteur le Cercle du Co- 
noide avoit tel diamètre ^ donc il 
contenoit tant de pouces ou de lignes 
quarrées ; à cette même hauteur le 
pied cube d'Air pefoit tant & la di- 
vergence des Rayons s'èloignoit de 
la perpendiculaire, en telle propor- 
tion. 

En portant en même-tems un Ther- 
momètre , l'on connoîtroità telle hau- 
teur qu'il a defcendiv de tan: de dé- 
grés, à celle-ci de tant 3 d'o'à l'on s"'ap- 
percevroit que les Rayons de lumiè- 
re , en fe rapprochant les uns des au- 
tres auroient augmenté la chaleur de 
tant de degrés , au-deffus de l'efiet que 
leur nombre devoit produire. 

Il relie encore une dilTicultè , la den- 
fité de l'Air diminuant toujours à mc- 
fure que l'on s'élève dans l'Atmolphè»- 
re^ elle doit contribuera la diminu- 
tion de la chaleur conjointement avec 
la divergence des Rayons de lumière; 
mais on ne peut fçavoir en quelle pro- 
portion, qu'en obfervant fèpafément 
ces deux caules différentes, ce quieft 
impoffible. 

Nous fuppofons toujours le Soleil 
perpendiculaire ; car dans tout autre 
cas , les Sedions du Conoide faites 
parallèlement à l'horizon , nefeioient. 
plus des Cercles.. 



SUR LA Physique 
lo'. Dans uninllant quelconque ji 
n'y a qu'un feul point de la Terre pour 
lequel le Soieil fort perpendrcubire, 
il eft oblique pour tous les autres 
points ; par confcquent toutes les fec- 
tiorrs des ConoiJes obliques faites pa- 
rallèlement à l'horizon donnent des 
Elipfoides , dont les aires augmentent 
ou diminuent , fuivant langle plus ou 
moins aigu que forme l'axe du Conoi- 
de avec l'Iiorifon ,• plus le Soleil fera 
oblique , plus l'angle fera aigu , plus 
l'aire de l'Èilipfoide augmentera j mais 
le faifceau des Rayons qui forment le 
Conoide étant toujours compofé du 
même nombre , il en réfulte que plus 
Tobliquité du Soleil fera grande , 
moins il y aura de Rayons dans xm 
même efpace ; d'où'l'on peut conclure 
que la iîtuation la plus avantageufe du 
Sùleil , pour augmenter la chaleur eil; 
la perpendiculaire ; & par la même 
raifon la plus oblique eil la plus défavan- 
tageufe. Aioûtez encore que moins il 
y a de Rayoïîs , plus la chaleur caufée 
par réflexion e'il; petite. 

II». Si aucun Agent ne troubloit 
l'équilibre & le calme de l'Atmofphé- 
re j fi aucun Nuage ne réfléchilîoit 
îes Rayons du Soleil &: ne les em- 
pêclioit par-là de parvenir jufqu'à la 
furface de la Terre , & que de plus on 
eût déterminé géométriquement & 
fans aucune hypotèfe la hauteur de l'At- 
mofphére , Ton feroit à même de cal- 
culer les différens dégrés de chaleur , 
fuivant les différentes hauteurs que 
l'on fixeroit dans l'Atmofphére ; mais 
jls'en faut beaucoup que l'Air foit 
loujours^ans la même fituaiioni fou- 
venl dans la même heure, dans nos 

* Je croîs aufll que l'affaiflement des 
Nuages comfirime les Particules ignées 
& arrête la réa<Sion de ces Particules, c'eli 



ET SUR LA Peinture. ijf^- 

climats, l'Air paffe du chaud au froid. 
Un Nuage empêche les Rayons du 
Soleil de parvenir jufqu'à nous, un 
vent de Nord chargé de particules 
nitreufes, vient à fouffler {bbitement, 
l'Air fe refroidit à l'indant ; ce que 
j'entreprends ici de démontrer c'eft la 
route que fuit la Nature pour nous 
tranfmettre une chaleur vivifiante que 
l'on peut appeller l'ame du mouve- 
ment, tant dans le régne animal que 
dans le végétal. On ne peut lien fla- 
tuer fur les difiérentes caufes qui em- 
pêchent l'effet naturel de la chaleur 
du Soleil , elles fe combinent à l'in- 
fini. 

Il fe trouve fouvent des Nuages qui 
n'étant pas allez opa»^s pour réfléchir 
les Rayons du foleil & les empêcher 
devenir jufqu'ànous, les laiflent paf- 
fer en les rétraâant. Ces efpéces de 
Nuages font le même effet que les 
Verres lenticulaires; ils réunifient les 
Rayons de la même façon, l'on feni 
alors une chaleur infupportable fous 



ces Nuages *. 



Réfultat. 



Il réfulte de tout ce que nous ven ons 
d'avancer que l'Atmofphére fait l'office 
d'un Verre ardent qui réuniroit les 
Rayons du Soleil , & augmente la cha- 
leur lut la Terre. 

Nous ne pouvons ici aiïez admirer la 
fage œconomis & l'admirable variété 
de la Nature qui lait multiplier le même 
principe de chaleur pour le mettre à 
por.ée de vivifier tousles Habitans de 
la Terre & qui même en modifie & va- 
rie tellement les diiférens dégrés pour 
l'utilité du Méchanifme de notre Glo- 

ce qui forme , comme j'ai dit autre part , le 
Tonnerre 6i les chaleurs qui anaoncenç 
l'Orage, 



!.,'(? 



Observations stjr l'Histoire Naturelle, 



\n', que noiH cpronvons veis les Pôles, 
Jîii irùuLmum , pafTe lequel les Animaux 
ne pouiToient plus fupporter une plus 
t^ranJe diinimition de cliale^r; vers 
la ligne, au contraire, nous éprouvons 
un maximum^ dont l'augmentation fe- 
'voit pcrir tous les Animaux & delîc- 
cheroit. les vh^taux. 

Application de notre mifonmmmt au 
Globe Tevrefire. 

Nous pouvons maintenant confidérer 
lousiesliommcs qui Iiabitent la furtace 
de notre Globe , comme plonges dans 
lin fluide, dont la denlité , la chaleur 
& les autres qualités, varient prodi- 
gieufement d'un Pôle à l'autre. LeS: 
Homnies , les Ammaux & les végé- 
taux , {ans celTe entourés de ce fluide 
actif qui influe tant fur rœconomie 
animale, devroient porter l'empreinte 
Clos qualités de l'Air dans lequel ils font 
nés. Voyons fi notre conjedure Je trou- 
vera vraie; prenons un Globe terreflre, 
parcourons la Zone torride , nous y 
verrons des Hommes noirs , brûlés par 
l'ardeur du Soleil. Parcourons depuis Je 
cinquantième degré de latitude juT- 
qii'ay foixantiéme , nous y trouvons 
des PJommcs dont la peau eflfort blan- 
che , & la taille très - avantageufe. 
Avançons vers le Cercle polaire, nous 
y découvrons des Lappons , des Groe- 
landois ^ fourés des dépouilles des 
Rennes ésc des Veaux marins : quelles 
petites taille» , quelles Figures.' le froid 
excelTif empêche fans doute ici la Na- 
ture de le développer. lis aflVontent 
les glaces & la neige fans y paroitre 
fenObles , leur peau a fans doute très- 
peu de fenfation en comparaifon des 



Hommes ncs fous un Climat plus tenr» 
péré. Examinons maintenant les Anr- 
niaux de ces Climats^ pour en fairela 
diiTérence d'avec ceux de la mémj ef- 
péce nés dans les Pays chauds; pre- 
nons pom- exemple les Chiens d'e la^ 
Baye de Hudfori , leur long poil nous 
indique d'abord qu'ils (ont d'un Pays 
froid , comparons-les avec les Chiens- 
de Turquie qui ont le poil fi ras ^ leur 
façon de vivre ell aulTi tonte dift'éren— 
te. Les Moutons (Se les Boeufs d'iflan-- 
de , dilTérent de ceux des Pays chauds ; 
les Ours de la E,aye de. Hudfon font 
également diBcrens pour la figure 8c 
pour les mœurs des autres Ours. Je- 
renvoyé aux Relations fidélles des 
Voyageurs j plus on examinera de près, 
les Habitans de notre Globe , plus ont 
y remarquera la diflérence des Peu- 
ples de difiérens Climats ; la tempé- 
rature de l'Air paroîtra en être la cau- 
fe ; mais cette température ne vienf 
elle-même que de la diiiérente obli- 
quité des Rayons du Soldl ; principe- 
qui paroît d'abord bieii foible , mars- 
qui à l'examen , devient prefque dé-_ 
montré *. . 

La Caufe des Variations relatives à ces.< 
Principes. 

II arrive fouvent qu'il fe trouve dans- 
l'Air des caufes qui empêchent reflet 
des Rayons du Soleil & diminuent fen-- 
fiblement le degré de chaleur qu'ils 
devroient exciter naturellement. Un 
vent de Nord chargé de Particules ni- 
treufes ( comme nous avons dit ) efl 
capable de refroidir l'Air au pohn de 
glacer l'eau ; quoique ce même Ail 
fût affez chaud un moment aupara-5- 



• Je prends plaifir à m'âppcrccvoir du Jans l'efprit des PhyCciena»^ 
progrès que fait mon SyRèmeJblaire ou igr.i. 



SUR LA Physique 

vant. Les terreins incultes font tort 
cliaigcs de Pariicules nitreufes , & ce- 
la ell caiife qu'au même degré d'un 
autre tenein culiivé, il doit y faiie 
un froid confiJcrablcment plus grand. 
La Neige qui reile fur les Monta- 
gnes refroidit très- fen'lblement i'Air 
qui l'environne. On fçait que le Ni- 
tre s'empare teUemer.t de ia c'naleur 
ré:-!.'in due dans l'Air & mêaie da ns Teau , 
qu'elle la convertit en giace. L'eau qui 
entoure les terreins incultes s'en ref- 
fent beaucoup , les bords des Mers 
y font glacés pendam uns bonne par- 
tie de l'année ; les Mers du Canada 
en font une preuve. Loin des terres 
la même caufe ne fublîfte plus^ les 
Mers y font liquides, quoiqu'à un 
degré de latitude bien plus au Nord 
que Québec. 

Dans la Tartarie Chtnoife, vers les 
quarante-quatre &: quarante-cinq dé- 

frés , il gelé fept ou huit mors l'année j 
e forte qu'elle eft aulTi froide que l'If- 
lande , quoiqu'elle dut être plus chau- 
de que le midi de la France ; dans le 
refte de la Grande-Tartarie , il n'y a 
que quelques Villes , à caufe du froid 
extrême. Il faut obferver que les Voya- 
geurs nous affurent que le froid excef- 
fif vient de la nature du terrein qui ell 
nitreux, plein de Salpêtre, fablonneux ; 
joignez - y fon élévation *. Le Père 
Verbrefl a trouvé qu'un certain en- 
droit à 80 lieues au nord de ia grande 
Montagne vers la fource du Kam-vam- 
haram txcéào'n la hauteur du niveau 
deP:kinde 3000 pas géométriques j 
cette hauteur eft la caufe que toutes 
les grandes Rivières de l'Alie ont leurs 
fources dans ce Pays. 

♦ Voyez les Voyages du Nord tom. viij, 
Hiftoires des Tarwres, 8c le quatrième vol. 



ET SUR LA Peinture ; 15^7 

Nous pouvons regarder la Tarta- 
rie comme une grande Montagne pla- 
ns, & raifonner ainfi : la Tia'ueur du» 
terrein ell caufe qu'il y a m-:trns de 
Rayons réunis dans un même efpace,. 
par conféquent il doit y. faire beau- 
coup plus froid que fi ce mC-me ter- 
rein étoit au niveau de la Merj de 
plus , l'Air a plus de légèreté , par con- 
féquent le même Rayon de lumière' 
doit y exciter moins de chaleur.- 

Mais il ouvre ces eaufes un vent de 
Nord venoit à foufHer, combien le 
degré de froid n'en dcvroit-il pas' être 
augmenté : en eHét rien ne la garantit 
du côté du No-rd , & ce Pays eft en 
proye aux mêmes vents de Nord , 
qui, après avoir rendu la Nouvelle 
Zemble inhabitable, la Sibérie incui- 
te , viennent chargés de Particules ni-- 
ticufes refroidir la Tartarie. 

• Remarquis. 

L'eau qui s'élève dans l'AtmofpJié-- 
re jufqu'à une certaine hauteur , de- 
vroit fe glacer, c'eftaudi cequi arrive • 
lorfqu'elle palTe une certaine élévation. 
La Neige qui tombe fur les hautes 
Montagnes , reÛe fous fa même forme ; 
en b'approchant de la- terre , elle fe 
fond , & n'eft plus que de la pluye. Si 
cependant l'Atmofphére eft alTez re- 
froidi , elle fe conferve en neige ou 
en glace , fe brife & tombe en petits 
glaçon^ qui fe fondent S: s'arrondiflent - 
en paflant par des couches d'Air plus 
chaudes que celles où ils ont été for-- 
més ; ils arrivent enfin fur notre Gio-- 
be fous la forme de petites boulles & : 
ravagent nos Moiflbns, 

de la Defcription de h Chine du Perc dits 

Hâldc. 



r;8 Observations sur l'Histoire Naturelle. 



Mats, contiiiucra-t-on à m'objeder, 
au nicine niveau, dans la même Cam- 
' paguCj un terrein efl fort chaud , par- 
ce qu'il efl environne de petits Ro- 
cliers ^ tout mûrit de bonne Iicure 
dans cet endroit, tandis que cet au- 
tre terrein voifin relevé en bolîe , ne 
donne que des fruits tardifs. 

Cette augmentation de cFialeur ne 
vient que de ia réflexion des Rayons 
du Soleil, Les Rochers reçoivent fur 
leurs dillorentes furfaces les Rayons du 
Soleil & les rcfléchiireni fous un an- 
gle égal à celui d'incidence , celte ré- 
flexion fe multiplie danô le même en- 
droit, fuivant le nonr.bre des furfaces 
que les Rocliejrs préfentent fous un 
angle propre à produire cet effet. II 
n'efl: pas étonnant qu'on reilente dans 
cet endroit une chaleur proportion- 
nelle au nombre des Rayons réfléchis. 
Le Miroir ardent de M. de Buffon en 
cft une preuve démonflrative ; le con- 
traire doit arriver fur une bofle de 
terre ifouc ; les Rayons feront réflé- 
chis fort divergens ; & la chaleur dort 
dJminuej: proportionnellement à la 
diminution des Rayons dans le même 
ef^iace. Il ne nous rcfleroit plus qu'à 
trouver un Pays, où le Ciel toujours 
ferein, entretînt pendant toute l'an- 
née un degré de clialeurcorrefpondant 
à l'obliquité plus ou moins grande des 
Rayons du Soleil ; dans ce Pays les 
K'oiffbns fuivroientun ordre régulier, 
& l'on pourroit régler tous fes travaux 
dès les premiers jours de l'arHiée , fans 
craindre les caprices des Saifons. Cet 
heureux Pays ell encore à trouver ^ 
mais 'il en eftun ^li en approche, 
c'eû l'Egypte fi rénommée , quoique 
très-peu connue de nous. 

Ce feroit ici le lieu de parler de 
notre Ciiaiat. On peut fur-tout s'éten- 



dre fur la variété & l'inconflance de 
notre Atmofphére j nous fommes pla- 
cés entre le Nord & le Midi, nous 
éprouvons tour à tour du froid & du 
chaud , (?,; ce font les vents qui font la 
caufe de ces variations. Un vent de 
Nord foufHe-t-il, auffi-tôt l'Air fe 
condenfe , notre Atmofphére fe refroi- 
dit ; eft-ce un vent de Midi , il Jcfle- 
che fouvent par fon fouflle les m liflbns 
de nos Campagnes. Un vent d'Oucfl 
fouRle-t-il , l'hûiizon s'obfcurcit de 
Nuages qui bientôt fe fondent en eau 
& arrofent nos guerrets ; en un mot > 
l'inconflance de l'Air efl fi grande que 
dans une même iournëeTon pafle fou- 
vent du froid au chaud ; & récipro- 
quement , ceu;: qui refpirent cet Air, 
pourroient fort bien participer de fon 
inconflance; je laiffe aux Leâeurs à 
en décider. 



Récapitulation Phyjîque de la décadence de 
la Philofophie de Newton , pour cette 
Année 175" 2. 

II efl jufte d'obferverà quel point fe 
trouvent au bout de l'An nos entre- 
prifes phyfiques, nous devons en ce- 
la nous rendre compte à nous-mêmes, 
ainfi que nous le rendons au Public en 
même-tems. Il ne nous efl pas poflihle 
de rapporter cependant ^ en génér.il , 
tout ce qui a pu nous favorifer dans 
le courant de cette année , letemsne 
me le permet pas ; je fuis trop occu- 
pé à mes Planches Ana:omiques : mais 
je dirai quelques mots feulement fur 
la décadence de la Philofopliie de 
Newton, pour conflater les faits qui 
pourroient par la fuite nous être de 
quelque confcquence. 



SDR. LA Physique et 

Journal de Trévoux. ( Novembre 
175 1. fnr rExirr.it de mon Livre) 
1'' Père Beriier dit , on remarque aujour- 
d'hui que les Advzrjcurcs àeM. Newton ne 
le combattent point en faijant naître jim- 
plement des doutes , en propofant des Ob- 
jeElions :, en drfjjant leurs batteries contre 
quelque branche du Syfltme, ù'c. Monjieur 
G^uTZERj dont nous annonçons COu- 
vrage , cil un des plus difpofés à détruire 
tout le Newtonianîfme , & peut-être a-t -il 
ici quelque avantage. 

hl d'Alembert de rAcadémie Roya- 
le des Sciences, de celle de Berlin & 
de Londres ,_dans fon Ellai d'une 
Nouvelle Théorie de la Réfiflance 
des Fluides ( 1 75-2 ) , dit : Voilà Pu- 
nique preuve , ( parlant de la Théorie 
de Newton fur les Fluides ) que don- 
ne Newton de cette propnjït ion fondamen- 
tale ; preuve qui ne paraît pas d'une gran- 
de force. 



SUR LA Peinture. i^p^ 

On n'ofoit pas parler aînfi il y a 
. quelque tems. 

M. Duhamel du Monceau , de 
l'Académie Royale des Sciences ^ de 
la Société Royale de Londres , & Ho- 
noraire de celle d'Ediinbourg , dit 
dans fa Préface de fes Elémens d'Ar- 
chiteélure navale ( 1752), q,'f/? le 
ton d.éîijîf qui a fait que les Phyficiens fe 
font contentés pendant plufieurs fîécles des 
qualités occultes , que dans les fîécles les 
plus éclairés on a été long-tems à s''apperce- 
voir que les tourbillons ne pouvaient cadrer 
avec Les loix de la Méchanique , & nous 
touchons peut-être , au tems au l'on fera, 
hontcu" de la DoBrine mal entendue de 
fattraâion , telle que la foutiennent quel- 
ques outrés' StSlateurs de l'iiluflre New-^ 
ton. . 

Dn aura peut- être occaHon d'èrî; 
dire davantage l'Année prochaine.. 



PEINTURE, 

OBSERVATION V. 

Sur le Parallèle des Peintres Anciens & Modernes de M. le Marquis 

d'Argens, * 



'î^-ft^^. Perrault, dans fon Parallèle des 
-»• M *■ Auteurs Anciens & Modernes , 
1^ À ^ a palTé trcs-Iégerement fur les 
choies fubliaies dont les premiers 
font remplis , &-n'a été occupé que du 

» Ce Livre eft intitulé, Réflexions Critique! 
jf«r ks différentes Ecoles de Peinture, ■ A Pari» 



foin de relever leurs fautes. II a échoué 
dans fon entreprife.M. d'Argens efpé- 
re que fes Ledeurs ne lui reprocheront 
pas le même défaut , & il croit qu'en: 
rendant juftice aux Peintres Anciens. 

chcs RolJin> &c,i7îâ* 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



i5o 

lur les points les moins impoitaiis , & 

en relevant avec coinplaifance les qiia- 

liic-s les plus brillantes des Modernes, 

il ne fe trouvera pas dans le cas de M. 

Perrault. 

Le projet d'àbailTer les Anciens 
Peintres de l'Ecole Italienne, & d'c- 
îevcries Modernes de notre Nation, 
pour former un Parallèle prccis entre 
les uns & les autres ^ efl digne de M. 
d'Argcnsj fentimens julles & raifonna- 
bles , lî la prévention n'y avoit aucune 
part , & fi (a mefure y ctoit exaâeQnei.t 
obfervce.: mais fi au contraire la compa- 
raifonproiettcecloclie, ellene peut cire 
que trcs-prcjudiciable à l'avancement 
de l'Art de peindre : M. d'Argens en 
conviendra lui - même quand il aura 
fuivi mes réflexions. 

J'avoue avec M. d'Argens que les 
Peintres «S: les Sculpteurs François fiir- 
pallent acluellement ceux des autres 
Nations, ct^qu'il n'cll pas difficile de 
prouver ; mais au lieu de comparer nos 
plus célèbres Artiftes aux fameux Maî- 
•tres de l'Ecole Ancieiuie , je dis , au 
contraire, que les Modernes fe font 



ctoit beaucoup déclinée , &^ dont Tes 
Peintres & les Sculpteurs qui la for- 
moicnt encore dans ce Pays, & que 
le Sénat de Florence avoit attiré dans 
laTofcane, n'étoient que les foibles 
ombres des Grands Hommes de qui 
nous pofTedons aujourd'lnii quelques 
Statues , pour monument de leur pro- 
fond fçavoir. 

L'Italie, comme l'on voit^ fut à 
fon ordinaire obligée de recourir à fes 
premiers Maîtres , le zélé des Clué- 
liens ayant détruit les Ouvrages que 
cette célèbre Contrée avoit polTédé 
pendant pKifieurs fiécles. 

Tous les morceaux de Sculpture 
qui ont été faits, depuis ce renou- 
vellement de goût jufqu'à préfent , 
font regardés comme Modernes. 
On- entend au contraire par Pein- 
tres Anciens les defcendans de Cima- 
hué , qui peignirent àfnfque & à gouajîr, 
ainfi qu'on l'avoit toujours pratiqué 
en tout tems 6c en tout lieu ; Ceux 
mêmes qui ont mis en iifage la Pein- 
ture à l'huile dans les premiers tems 
de fon Invention, font auffi compris 



éloignés du point de perfcétion: mais parmi les Anciens Peintres 



ils peuvent y revenir , les • Anciens 
ctoient des hommes comme nous. 

11 y a ici une ditlinclion à. faire pour 
l'intelligence de cette Obfervation. On 
entend par Sculpteurs Anciens, ceux 
du tems des Grecs & de la Républi- 
que Romaine, aux Ouvrages defquels 
on donne le nom d'Antiques. Les 
ScuIpteursModernes fontceux que l'on 
compte depuis le renouvellement des 
Arts en Italie , c'eil-à-dire , depuis la 
findu XII. Siècle, 

'Cividbué eft le Clief de cette nou- 
velle Ecole : il ctoit Florentin ^ & 
pr>.'nii'!r Difciple des reûes de l'An- 
cienne Ecole Greque^ qui, pour lors 



Sans la Découverte à'HcrculancSiÇ^m 
quelques fragmens qui retient à Rome, 
de peu de contèquence , nous n'au- 
rions aucune idée des Tableaux des 
prcmiersPeintres : ces refies de Pein- 
tures font encore peu de cliofe en 
comparaifon de ce qu'elles étoient au- 
trefois ; l'altération des Couleurs en 
ell la caufe : de lorte que nous ne pou- 
vons porter aucun jugement lotidefur 
le vrai mérite des Peintres Grecs , 
dont fans doute les plus parfaits 
Tableaux ont été détruits ^ & ont 
moins réfiflé aux laps des tems, que 
.les Figures de Marbre qui cnt été 
faites dans les mêmes fiéciss & àm% 

le» 



s"uu LA Physique 

faîtes dans les mêmes fiécles & dans 
les mêmes enclrorts , par des Ouvriers 
fans contredit, de la même force. II 
efl: abfolument ridicule de croire que 
les Sculpteurs célèbres du tems d'A- 
iéxandre , defquel? nous connoilTons 
les Ouvrages, fuflenc aiïociés avec des 
misérables ^eintres , ainfi que le pré- 
tendent quelques Auteurs. Les Hom- 
mes ont eu des yeux de tout tems ; Se 
la Nature toujours préfente auroit 
empêché le Conquérant du Monde de 
donner fa MaîtrelTe à un Barbouilleur 
en échange de fon Tableau ! 

Les Drogues brouillées avec de 
l'eau feulement & un psu de gomme , 
ont poulTé des Tels , fe font dépouillées 
de la plupart des parties qui les coni- 
pofdient ; les Couleurs claires font de- 
venues noires , les Ombres fe font 
afToiblies , les Reflets fe font éteints , 
les Glacis fe font difTipés; & parcon- 
féquent les Lointains & les Fonds fe 
font approchés des Figures & du de- 
vant du Tableau ; les demi - teintes 
fe font confondues avec les Ombres 
Se les Clairs ; la vivacité du Coloris 
s'ell éteinte. L'on juge cependant fans 
toutes ces réflexions. Se l'on accufe 
mal - à - propos les Anciens d'avoir 
un Coloris bien au-deîîous de celui 
des Modernes. Un peu d'amour pro- 
pre a beaucoup de part à cette déci- 
fion. Nous voulons furpalTer nos Pè- 
res, & nous n'en fommss que les 
Difciples dans l'Art de peindre & de 
fculpter. 

Si les Tableaux de tout tems avoient 
été peints en huile Je peu de morceaux 
quinou» relient fe feroient mieux con- 



-ET SUR LA Peinture. kSi 

fervés^ ils nous humilieroient Dutaiit 
que font les Figures de Marbre de nos 
Maîtres, que les Modernes étudient. 
Ne voit-on pas , dans ces vieux Ta- 
bleaux que l'on découvre, que les An- 
ciens étoient de vrais Sçavans ? Les 
contours, par exemple, de leurs Figu- 
res ne font-ils pas élégans , la touche 
hardie , les proportions nobles , & la 
compoiition admirable? Je ne les ai 
pas vus, cela ell vrai: mais une init- 
nité de Connoineurs ne nous en ont- 
ils pas intlruits? les Critiques mêmes 
les plus outrés de ce^ morceaux , ne 
difent-ils pas * , que le goâc de Compo- 
fition qui régne dans ces Peintures , tient 
beaucoup du bas-relief. N'efl-ce pas faire 
l'éloge de ces Tableaux, plutôt que 
de les critiquer ? Michel-Anae & Ra- 
phaël, n'ont-ils pas perfeétionnés leurs 
deflcins fur ces bas-reliefs f N'accufe- 
t-on pas Raphaël même de les avoir 
détruits en partie , après les avoir 
pillés dans fes Compofitions î Ces Cri- 
tiques difent aulTi, que ces Peintres, dont 
nous voyons encore quelques morceaux , 
avoient peut-être été élevés dans des Éco- 
les où l'on opérait facilement. Qneil- ce 
qu'opérer facilement, fi ce n'eft avoir 
une touche hardie ? Ell-ce que les igno- 
rans opèrent facilement ? 

Le Père 'Belgrade , de fa Compa- 
gnie de Jefus plus amateur du vrai & 
plus fçavant que tous ces Critiques 
anonymes , dit fort bien *, contre 
les prétendus Connoiflenrs , qui ont 
foutenu que le Crzeau des Anciens va- 
loit mieux que leur Pinceau éC- que 
nos Peintres font infiniment lupérieurs 
à ceux de l'antiquité, ji(e/ei rafons de 



•Lettres fur les Peintures d'Hêrcu/fwe, au- ' Dans/ès Lettres adreffées à M. le Mar- 

iourd'hui Portici. Voyez l'extrait au Jour- quis Maffei touchant les Monumens décou- 
saldeTrévoux, Juin 1751. ^^f^s '«"s Refîna & Portici, à Venife chezi 

J. B. Pafcali, 

Asnù ij^ijTom. IL Pttrtîe^ VU X 



162 Observations sur. l^Histoire Naturelle , 

ces Juges font abfurdes Cr mal fondées^ nous aurions pris d'autTi bonnes leçons- 



Pour détruire leurs feiuimens , il y op- 
pofe îcs remarques les plus judicieufes: 
». 11 y avoit , dit - il , des Peintres 
n exccllens en Grèce , lorfque RoiTie 
» fe comentoit de Fabius Se de Pacu- 
» vius Aftilles grolTiers, tels qu'on 
»les pouvoit attendre d'un fiécle Se 
» d'une Nation qui ne connoilToit que 
» la gloire des Arni«s : ce fut après 
» la conquête de Syracufe & de Co- 
î» rintlic , que Rome ouvrit les yeux 
3» furies Chef- d'œuvres de l'Art. Le 
35 Conful Mummius commença à les 
» eftimer quand il vit le Roi Attale, 
» allié des Romains , choifir dans les 
«dépouilles des Corinthiens, un Ta« 
».bleau qu'il paya fi.K mille grands Sef- 
» terces *. Telle fut l'époque du goût 
j> qu'on prit à Rome pour la Peintu- 
31 rei ce qui prouve la beauté des Ta- 
» bleaux du tems des Grecs: en elFet 
» peut-on s'imaginer que les Grecs 
j> eulFent excelle dans la Sculpture au 



que celles que nous prenons fur leurs 
Figures. 

l.a Découverte de brouiller 8c d'em- 
ployer les Couleurs en huile fi utile 
à l'Art de peindife ^ a été faite par 
Jean-Van-Eyx , natif de Majjeyk fur la 
Meufe , & depuis fon Inv'ention , ap- 
pelle Jean de Bruges , à caule de Thon- 
neur que ce Peintre reçut, dans cette 
Ville , de Philippe le Bon , Duc de 
Bourgogne, qui lui donna une place 
daiis fon Confeil. Cet Anifte étoit noa 
feulement, elHmé par l'excellence de 
fes talens , mais encore par la foliditc 
de fon efpritinvent'f^c fécond en plu- 
fîeurs fortes de Sciences. Alphonfe L 
Roi de Naples , le plus grand amateur 
de Peinture de fon tems, enleva le 
premier Tableau en huile , que l'In- 
venteur mit au jour i lui donna des 
Elevés , le combla de biens , & intro- 
duifit en Italie cette façon de peindre, 
Tunique à préfent & la plus commo- 



» point de nous laiflfer des Miracles de, ai nfi que fera ma gravure en Cou» 
» de l'Art , & que la Peinture nean- leur un jour , fî je fais des Elevés 



îj moins eût été parmi eux fans goût , 
« fans génie tk fans agrément , &c ? 
>3 Ce qui Ceroit encore plus fingulier, 
jj i'eroit que leurs Ecrivains n'eulîent 
» rien fait connoître de cette ditié- 
s> rence d'état & de Tortune entre 
3> deux Arts fi femblables ? 

Que nous fommes heureux préfen- 
tement de peindre en- huile , & qu'il 
efl trille pour nous de n'avoir pas le 
même talent des Grecs & des premiers 
Romains ! Nos Tableaux parviens 
drom à la Pollérité la plus reculée, 
â: nous avons le malheur d'avoir per- 
du ceux des Anciens , fur lefquels 

* Gc Tableau repréfentoit Bacchus : on 
peut jpiger de fon mérite par Ivin prix. Mnm- 
mins ilors cafla le marché, & fit porter one. 



C'ell dans le X V*. Siècle qu'on a 
trouvé la façon de faire des Tableaux 
en huile : de forte que depuis Cima- 
bué , dont nous venons de parler , qui 
renouvella à Florence & dans le refte 
de l'Italie, la Peinture à frefque & en 
détrempe , jufques au tems où Jean de 
Bruges trouva la Peinture en huile , 
il s'efl écoulé environ trois fiécles ; 
dans lefquels on a vu des grands hom- 
mes , mais dont il nous relie auiïi peu 
d'Ouvrages ^ qu'il en reftoit alors des 
premiers Peintres de la Grèce 8c de 
l'Italie ; par conféquent n'ayant plus 
aucun Tableau ancien en état de per•^ 

pièce fi précieufe à Rome pour être pUci»- 
dans le Temple de Cércs«~ 



SUR LA Physique 

fedron , comme font encore les Fi- 
gures antiques, nous ronimes forcés 
de dillinguer les Tableaux de l'Ecole 
Italienne & de l'Ecole Francoife en 
Tableaux Anciens & Modernes , (?cde 
commencer l'époque des premiers à 
l'année 1430, & celle des derniers, 
au tems de François I. c'ell - à -dire , 
vers l'an 1551. 

L'Ecole Flamande a auflTi fes Arr- 
ciens & fes Nouveaux Peintres ; mais 
on peut les féparer , comme a fait M. 
d'Argens, & mêler les premiers avec 
les Italiens, de qui ils étoient Difciples, 
Si les Modernes avec les François. 

Le RoJJo & le Primatrke, celui-ci de 
Bologne & Difciple de Juki-Romain , 
& l'autre de Florence , font les relliu- 
rateurs delà Peinture en France. C'ell; 
eux qui nous ont enfeigné ce que 
ieurs Prédécefleurs avoient appris des 
Grecs : ils furent invités par le Roi 
François L à pafler en France où ils 
enfeignérent le bon goût aune mul- 
titude de Peintres qui n'en avoient 
que le nom. 

On voit préfentement quels font 
les Anciens Peintres & quels font les 
Modernes: nous avons des Tableaux 
des uns & des autres. II n'eit plus 
queftion que de fuivre le parallèle que 
fait M. d'Argens pour examiner s'il 
eft iurte. 

M. d'Argens ne parle nullement des 
Sculpteurs} il feroit aifé de lui prou- 
ver qu^aujourd'huimême nos Peintres 
& nos Sculpteurs étudient avec beau- 
coup d'attention, non feulement Ifes 
Originaux, mais aulTi les Plâtres que 
l'on a moulés fur les belles Figures 
de l'Antiquité. Le Marbre de nos Fi- 
gures Modernes efl: bien inférieur au 
Plâtre de ces anciens morceaux. Les 
ConnoilTeurs peuvent décider la quef- 
tion avec facilité en fe tranfjportant 



ST SUR tA Peinture. 1^5 

auxSalles de TAcadcmie. Tous les Ar- 
tirtes en conviennent , & perfonne 
d'entr'eux n'ofe égaler les Clief-croeu- 
vres de leurs Confrères à ces illu lires 
Copies. L'Auteur dit lui-même: Nom 
av»m des Antiques à Paris Jî parfat-- 
tement moulées que nous pouvons les deffi- 
ner avec autant de profit que les Origi- 
naux qui font à Rome ( pag. 21. ) 

Michel - Ange , dont les Figures 
étoient prefque animées , a étudié & 
a puifé fon fçavoir dans les Originaux 
des Plâtres que nous polTédons : fes 
Ouvrages de Sculpture , tiennent fans 
doute un rang entre les Antiques 8c 
les morceaux que l'on fait aujourd'iiur. 
Si on s'avifoit préfentement de cacher 
une Pièce de nos Sculpteurs , dans uii 
endroit où l'on croiroit trouver des 
Antiques , les Connoilîeurs s'y laifle- 
roient-ils tromper , comme fit le Car^ 
dinal de S. Grégoire , auquel on vendit 
un Cupidon qu'avoit fait Michel-An- 
ge , & qui avoit été trouvé dans les 
débris de l'Ancienne Rome, où ce 
Sculpteur habile l'avoit caché ? Les 
Modernes auroientbeau leur calfer le 
Bras & même tous les Membres & en 
garder les pièces dans lenrs Cabinets, 
on ne s'aviferoit jamais de les compa- 
rer au Tronc pour s'afTurer du fait ; 
comme il fallut faire du bras du Cu- 
pidon en queftion que Michel-Ange 
avoit gardé pour s'en faire reconnoitre 
le maître. Ainfi il eft inconteftable que 
dans cet Art les Anciens faifoient mieux 
que leurs Defcendans & que la Sculp- 
ture a dégénéré. 

En abandonnant les Pièces de Sculp- 
ture , les Antiques gravées & nos Mé- 
dailles , on peut efpérer de mieux 
rèulTir dans la c.omparaifon projettée. 
11 femble à M. d'Argens que dans les 
Tableaux, les Modernes ont plus beau 
jeu; c'eit auffi pourquoi il n'a hazaf- 



i6^ 



Observations sur. l'Histoire Naturelle, 



dé nue le parallèle de ceux-ci. 

Mon but eft prcTentement de prou- 
ver que la même fupérioriic , le même 
orJre, In même dêclinaifon régne tout 
à la fois dans la Peinture & dans la 
Sculptmre; que les uns ^ les autres 
de ces Ariiftes fe font fuivis dans leur» 
Pt riodes. Si je viens à bout de mon 
dolTein, il me fera alors facile de 
d monireï que Monfieur d'Argens fe 
trompe. 

Il eft cependant vrai que la Peintu- 
Te (?c la Sculpture ont eu des interval- 
les de force & de foiblefle, des celîa- 
tions totales , & des teins où elles ont 
femblé renaître & reprendre des noii- 
velles forces ; mais c'efl toujours 
pour faire de plus lourdes chûtes. 

La Peinture ell un talent qutdemande 
b.^aucoup d'étude & beaucoup de tems. 
Autrefois les Peintres Si les Sculp- 
teurs îàerifioicnt toute leur vie au tra- 
vail ; ils quittoient le Cizeau pour pren- 
dre le Scapeîle, 6i enfin ijs quittoient 
fe Scapeîle pour prendre les Livres. 
Nous avons dit dans la première par- 
tie de ces Obfervations tout ce qu'il 
felloit dire fur les cavifes fecrettes de 
la décadence des Arts & nous n'en di- 
rons pas davantage. Il efl queRion de 
prouver maintenant qu'ils font réelle- 
ment déclines. 

Cette queftion a été très-fouvent 
agitée : M. d'Argens prétend la dé- 
cider en faifant une comparaifon fui- 
vie , &; mettant les ArtiHes deux à 
deux dans les mêmes Chapitres j tou- 
jours un Ancien avec un un Moder- 
ne , un Italien ou un Flamand avec 
un François : Il ne fe contente pas 
(«ulementde comparer la manière ou 
le CoJIume , le Pinceau , le Coloris , 
le deflein &: la touche de chaque Pein- 
tre qu'il veut égaler , il les appareille 
encore dans leur naiftance , dans leurs 
fiariunes, dans leurs traverfes , & en- 



fin dans leur façon de vivre. 

Ce parallèle . bien loin de nous fai- 
re G innoître fi les Arts de peindre Se 
fculpter font déclinés , ou s'ils font 
augmentés^ ne fert qu'à nous embrouil- 
ler t^ à nous éloigner du but. Te! lira 
dans le Livre de M. d'Argens : Michel- 
Ange montra dis fa tendre' jeunejje un 
grand amour pour le deffi'in : le Brun fit 
paroiinU même amour ij? la mum dijpo- 
Jîtion pour le d:Jfein àhjesp cmkres an- 
nées, Rapha-d a p-ijjé prowp:cment de la 
médiocrité où il •.toit en fortant de l'Ecole 
defon Aiuître Peruj^in à la grandeur qu'' on 
voit dans Jes Aernurs Ouvrages. Le Sueur 
fut ainfi que Raphaël fous un Maître qu'il 
furpafja bimtôt : d quitta de bonne heure 
la mankre de Vouet , en prit une beau~ 
coup plus noble, Grc 

N'ell-il pas vrai qu'après cette îedvi- 
re jointe à quelques réflexions de mê- 
me efpéce , que l'Amateur ou l'Ar- 
tilte ne fera pas trop inftruit, & que 
s'il avoir les Tableaux de ces Maîtres 
devant les yeux , au lieu de leur^ ac- 
tions & du détail de leur façon de pein- 
dre , ils fçauroient mieux à quoi s'en 
tenir.? Mais comme les Perfonnes de- 
Cabinet voyagent dans les Relations 
que l'on donne des quatre Parties du 
Monde , Si que les Peifonnes indiffé- 
rentes fur la Peinture s'en rapportent 
aux écrits de ceux qui ont de l'cfprit » 
ainii qu'il faut avouer que M. d'Ar- 
gens n'en manque pas j il eft à propos 
de répouiîer deux ou trois de fes pa- 
rallèles , pour prouver au Public que 
M'. d'Argens ne les a donnés que pour 
s'égayer, S< qu'il penle différemment. 
Je ne ferai pas hien long ; car un 
exemple ou deux bien combattus fuffi; 
ront pour détruire les autres. 

Comrafle de le Brun à Michel- Ange»- 

Ces deux Peintres ne fe leffenv; 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



blent qne pour avoir commencé à' 
peindre de bonne heure ^ avoir vécu 
long tems, & pour avoir établi chacun 
tme Académie de Peinture & de Sculp- 
ture ; l'une Italienne & l'autre Fran- 
çorfe. Celle de Michel-Ange fut fon- 
dée à Florence, Scelle de le Briirî à 
•Paris ; Se de plus , le noviciat de cel- 
le-ci fut établi à Rome par le même 
Peintre , ce que Michel-Ange avoit 
oublie de faire quand il créa celle de 
fon Pays. Dans tout le reife du pa- 
rallèle Aï. d'Argens n'eR pas jufte, 

M, d'Argens dit que Michel-Ange a 
dejjîné très-coneBement &■ de la plus gran- 
de manière. Cela eft très-vrai. Mais il 
femble enfuite douter de cette cor- 
ledion, de cette manière ;.il cite alors 
pour garant de fon doute M. de Pile , 
qui dit fans fçavoir pourquoi , que 
Michel-Ange ayant regardé le Corps Hu~ 
inain dans fa plus grande force ^ ^ ayant 
poujjë trop loin fon imagination li-dejjus , 
il a fait les Membres de fes Figures trop 
puijjàns tjr a chargé fon dejjein ; c''eft ce 
qui a fait dire à hien des Connoijfeurs que 
Michel-Ange était Sauvage, 

Ceux qui ont vu les Tableaux de 
Michel- Ange , & qui font Peintres & 
Connoiiïeurs , malgré le fentimentde 
M. d'Argens & de M. de Pile , ne 
trouvent pas que ce Célèbre Peintre 
ait péché d'avoir regardé le Corps 
Humain dans fa plus grande force. Au 
contraire il n'app'arcient qu'aux Pein- 
tres médiocres de le confidérer dans 
fon état de foiblefle. Cette façon de 
feifir la Nature dans un Tableau eft 

* A Rome dans la Chapelle de Sixte IV. 
ce Tableau eft à fiefqiie , peine au-deffus de 
l'Autel , vis-i-vis le grand Portail, & d'une 
étendue prodigieufe : il fourmille de Figures, 
& toutes plus belles les unes que les autres» 
Quand Michel Ange l'entreprit, il n'avoir 
i amai» peint à frelque î il le coœpofa & le fi- 



I<^f 



plutôt îa marque de la foibleffl- rnè- 
me du Peintre & de i'Amateur qui 
l'approuve, que celle du Corps Hu- 
main. 

La p^MJfance des Membres ne charge 
point un Sujet ; elle le met dans l'é- 
tat où la Nature le défire, ainfi que 
font les Figures des Tableaux de Mi- 
chel-Ange, les Hommes bien faits 
n'ont pas les Membres décharnés-, les 
Parties fcches & allongées , comme 
les Figures de Sijnon Vouet ^ qui au 
lieu de mains faifoit des pattes d'Arai- 
gnées , & au lieu de mufcler les Cuiffes 
& d'entrer dans l'action & le mouve- 
ment des Figures j ptaquoit des bofles 
& des creux fur les extrémités dii 
Corps, felouque l'idée g'ùdoit le peu 
de connoillance qu'il avok dans i'Ana- 
iiatomie. 

Cet air fauvage , que l'on attrilDue 
aux Figurei de Michel-Ange, eil la 
Nature elle-même dajis fa plus gran- 
de nobleir^ , s'il avoit gonflé fes Fi- 
gures corn Uie Ruhens ^ & qu'il les eût 
chargées de graifle , fur-tout dans les 
Femmes , on auroit pu dire qu'elles 
étùient trop puilTantes Se trop graiïes, 
mais au contraire , quand on évite cet 
excès , & que l'on s'éloigne de l'état de- 
maladie & de fécherelîe , on ne cliar- 
ge jamais trop la Nature. 

Quelle conipolltion 8c quel feu d'i- 
magination ne trouve-t-on pas dan? 
le Jugement Univerfel de Michel- Ange*! 
A la vérité le Chef-d'œuvre de ce 
Peintre, & qu'il n'a pas même fini 
ainfi qu'il s'étoit propofé, le Pape Ju- 

nie en vingt mois de tems, (ans fecours de 
perfonne, pas même pour broyer & préparée 
les Couleurs. De Piles prétend au contraire 
qu''I a été aidé par FugiardinsSc J-dlia.no di San. 
G allô , Pémtres peu connus, quoique de l'A- 
cadcniie Florentine dont Micliel-An'jje éîoitu 
le Fondateur,. 



f 66 Observations sna l'Histoire Naturelle , 

les II. grand Amateur de Peiiuiire, auiri s'il n'avoit eu que ces deux (jua 



lut ayant fait abbatre tous Tes cchataux 
pour jouir plutôt de la vue d'un fi bel 
Ouvrage, avant même que le Peintre 
y eut donné fon coup de maure. C'efl 
dans cet état que Raphaël puil'a d.ans 
ce Tableau fes plus grandes lumières, 
qu'il f(,ut mettre à profit , malgré la 
jaloufie qu'il avoii conçue pour fon 
concurrent. 

Si on reprocîie à Micliel-Ange d'a- 
voir porté trop loin fon im.:ginaiion ^ ce 
n'cù. certainement pas un reproche 
que l'on puilîe faire à tous les Pein- 
tres; car pouffer l'imagination bien 
ioin efl une qualité peu ordinaire. 

On vient de voir à quel point Mi- 



lites S< qu'il eût ignoré toutes les au-» 
tres> auroit-iiété plus grand Peintre ? 
Non certainement: ces qualités feules 
ne font qu'un Peintre ;itédiocre, fi les 
autres manquent. Si M. le Brun avoit 
pôlTedé les Parties de la Peinture que 
Micliel-Ange avoit au fuprême degré; 
& fi Michel. Ange avoit fçu aulTi bien 
colorer & avoit aulTi bien entendu les 
Ombres & la Lumière que M. le Brun, 
ils auroieiit été l'un Se l'autre plus par- 
fait dans la Peinture; mais malheu- 
reufement^le BnindelTinoit d'un goût 
médiocre, & Michel -Ange coloroit 
mal ; tandis que le premier coloroit 
palIaHement , celui-ci deirmoit com- 



cheUAnge a porté la Sculpture > puif- me l'Antique. Voilà un grand Con 



qu'il a trompé ( comme je viens de ci 
ter) les Connoifleurs de fon tems, au 
milieu de Rome même, en préfence de 
toutes les belles Antiques qui ont orné 
cette Capitale du Monde ; il leur a 
donné l'échange & a fait couronner 
fon Cizeau en le donnant pour celui 
de nos premiers Maîtres. Onvoitauflî 
que cet homme fi célèbre dans un 
genre fi difBcile , n'étoit pas moins fa- 
meux dans celui de peindre , puiique 
Raphaël, le Prince des Peintres , ctoit 
fi avide de fcs leçons, qu'il ne fe fai- 
foit pas (crupule de piller les belles 
Compofitions. Quefaut-il depluspour 
prouver que Michel-Ange podcdoit 
les plus éminentes qualités de la Pein- 
ture , qui font le Dejjdn , ÏAnatomie . 
la Compofiiion , la * FerfpcBive & la/or- 
a des caraBtres. 

Il ell vrai que Michel- Ange ne co- 
loroit que fo.blement & n'avoit pas 
l'ufage du grand Clair- obfcur : c'ert 
tout ce qu'on peut lui reprocher: mais 



trafte , bien loin du parallèle prétendu 
avec lequel M. d'Argens alTocie le Fon- 
dateur de l'Académie de Florence 
avec celui de l'Académie de Paris. 

On ne nous croira peut-être pas fur 
notre parole, li l'on n'a pas vu les Ou- 
vrages de l'un& de l'autre. C'eil pour- 
quoi examinons ici fpéculaiiveuîent, 
( car il n'y a pas d'autre moyen quand 
on n'a pas les pièces en main ) ce qu'a 
valu le Brun , & quels font les talens 
8c les morceaux de Peinture que l'on 
compare à Michel- Ange, ce qui nous 
mettra au fait de la quefiion. 

Michel-Ange s'ètant formé & per- 
feôioné à Florence même, où il avoit 
fait fes études; le Brun ne fut capa- 
ble de faire du bon qu'après fon voya- 
ge d'Italie ; le Portrait que fit celui- 
ci de fon ayeul avant d'aller à Rome, 
ne valoir pas le Serpent d'Airain qu'il a 
fait enfuite dans le Couvent des Picpus 
à fon retour à Paris ; Se il n'a établi 
une Académie dans cette Ville qUç 



• On voit dans IcTabieau que Ton vient perfpeftivc.d'une multitude infinie de fujets, 
«le citex «Il accord parfait dans l'ordre & I2 c« qui fouvent entraîne la confufion. 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



ï6j 



îong-tems après. Au contraire Michel- 
Ange avant de fonir de Fiorcnce , 
érigea fon /kcaJcmie , & avoit par 
Gonféquent déjà donné des marques 
de fon grand fçavoir. Le Brun n'a ja- 
mais été Sc«lpteur,& Michel-Ange 
étoit Peintre , Scoipteui &; Architeâe. 
I.e Brun n'a jamais «té copié par le 
Sueur fon Compétiteur , celui que M. 
d'Argens égale à Raphaël , & nous 
venons de voir que ce dernier a bien 
profité des le<^ons de Michel - Ange. 

J'aurois encore cent Contrafte à op- 
pofer à M. d'Argens ;. mais revenons 
aux Tableaux ; car voilà oii doit être la 
bonne ou faufle coniparaifon. Nous 
avons choifi le Jugement dernier de 
Michel-Ange pour fon Chef-d'o:uvre, 
prenons aâiiellement les Batailles 
d'Alexandre de le Brun , fi connues 
de tout le Monde , & que Ton voit à 
Verfai^lles. Les Figures dillinéles des 
einq morceaux qui compofent ces 
Batailles prifes enfemble , font à peu 
près le nombre de celles du Tableau 
de Michel-Ange. Au lieu de reflem- 
blance perpétuelle dans le Deiïein , 
dans la Compofition, on ne trouvera 
dans l'CEuvre de celui-ci que des op- 
pofnions & du contrafte ; contralle 
que M. d'Argens avoue lui- même. 
( Voyez fon parallèle pag. yy, ) Les 
» airs de têtes du Tableau de Michel- Ange 
:^ font fiers Gr variés. Ceux de te Brun ne le 
x> font pr e [que potm du tout; les airs de têtes 
» des Figures que compofoit ce Peintre , 
» étoient toujours les mêmes. 

Que de caraâéres admirables ne voit- 
on pas dans la prodigieufe Compofi- 
tion du Jugement Univerfel de Mi- 
chel- Ange i au lieu que dans les Ba- 
tailles d'Alexandre ^ de le Brun, pref- 
que tous les Soldats fe reffemblent, 
Alexandre paroîtà la vérité plus jeune 



être tous de la même iamilfe. Les vieil- 
les & les Eumiques , fous celle Tente , 
ont la même phifionomte ou peu s en 
faut. Mais dans le Tableau de l'Italien^ 
les Anges & les Saints, quoique tous 
caraclérifés d'un air de tête difTérent,, 
repréfentent tous la vertu & la fageffe / 
& (ont dans une il grande variété d'at- 
titude, qu'il faut une journée entière 
pour les étudier les uns après l«s au- 
tres ; on y rencontre toujours du neuf ^ 
chaque fujet vous jette dans l'admira- 
tion. Les grotefques grimaces , & les 
attitudes burlefques des Damnés &des. 
Diables , eft la chofe la. plus fingulicre 
du monde. 

D'ailleurs quelle comparaifon y a- 
t-il à faire d'un homme auflT fçavanf 
dans le nud , comme Pétoit Michel- 
Ange , dont l'abondance du fcavoic 
Anatomique fe préfente continuelle- 
ment dans les (Éuvres les plus éten- 
dues, & qui fembloit avoir fait renaî- 
tre l'âge d"Or, dans plulîeurs fortes de- 
morceaux qu'il a compofes j quelle 
comparailon, dis- je, y a-t-il à faire 
avec un Peintre comme le Brun, qui 
ralîembloit dans fes plus belles Com- 
poiitions le falle Se le luxe » pour ca- 
cher ce qu'il ignoroit des Parties de- 
notre Corps: Avons-nous aujourd'hui- 
dès Peintres en état de peindre à fref- 
que un J//geme«t C/n<Ve;ye/ d'une gran- 
deur épouventable , en vingt mois 
fans le fecours de perfonne f Et quel- 
qu'un d'entre nous a-t-il aflTez de fcien*- 
ce pour habiller un nombre infini de 
Figures plus grandes que Nature ou. 
comme Nature , & en toutes fortes 
d'attitudes , avec un méchant bour 
de Draperie, comme a fait Michel- 
Ange ? 

Un exemple feul ne fufïira peut 
être point pour fe faire entendre ; i!i 



gue fes Capitaines^ mais ils feniblent en faut du moins un fécond £oub: 



i5S Observations sur. l'H 

ton vaincre entiéreiueiu. 

Contrajle de Léonard de Vinci à Jean 
Coujln. 

Jean Coujîn , dit M. d'Aigeiis , a rendu 
aux François le même ferpicc que Léonard 
de Vinci aux Italiens. Léonard compofa 
divers excellens Ouvrages ; fon Traité fur la 
Peinture cjî très efîimé aujourd'hui encore ; 
les plus habiles Connoijfeurs le regardent 
comme une Source où Pon peut pu'tfer beau- 
coup de cliofes excellentes. C^ufîn a travaillé 
fur la Géométrie ùi' fur la Perjpeêiive : fon 
Ouvragefur les Proportion^ du Corps hu- 
main ejl très ejîimé , £r les différentes Edi- 
tions qu'en en a faites font des preuves de 
fon utilité. 

Nous connoiflons à merveille ces 
deux traités , ils font entre nos mains • 
Hiais il faut obferver qu'au lieu que 
celui de Léonard de Vinci eft origi- 
nal & rempli de fublimes notions fur 
toutes les Parties de la Peinture j ce- 
lui de Jean Coufm ne traite que de 
quelque -délinitions de Géométrie , 
des proportions Se du racourcilTe- 
ment de quelques Figures, & le tout 
eft copié du IV. Livre d'Albert Dure, 
touchant le fouplement ou pUeures ù' gejîes 
déjà décrites es Images. 

En fui vaut les mêmes préceptes Se 
la même Régie d'Albert Dure ^ Jean 
Coufui a feulement mis en Perfpedive 
quelques Figures dîH'érentes de celles 
de ce Peintre '; mSis ni' la beauté de 
l'(Euvre, ni l'excellence delà Doârine 
de ce petit Traité , ne font caufe de fes 
diilerentes Editions ; puifque l'on trou- 
ve dans le Traité d'Albert Dure, im- 
primé prefqUe cent ans ayant celui-ci, 
bien plus d'éruditions , de propor- 
tions de toute nature , avec un détail 



iSTOiitE Naturelle , 
i& des circonllances infinies ; mais 
c'eft plutôt la modicité du prix Se le 
peu de faculté dune infinité de Pein- 
tres qui a occafionné le grand débit 
du Livre de Jean Coufin. Au contrai- 
re Léonard de Vinci étoit célèbre Ma- 
thématicien , grand DeJJinattur^ fçavoit 
la Pcrfpeâive Linéale Se la PerfpeBive 
/Erienne a fond: Jean Coufin n'a ja- 
mais connu celle - ci ; où l'auroit - il 
pratiquée." Seroit-ce dans les Peintu- 
res fur Vitres , aufquelles il s'efl exer- 
cé prefque tout le tems de fa vie» 
Il faut ici mettre en comparaifon 
les Tableaux mêmes que M. d' ,rgens 
cite de ces deux Maîtres. Celui de la 
Cène que Léonard de Vinci a fait à 
Milan dans le Refecloire des Domini- 
quains, & celui du Jugement dernier 
que Jean Coufin a peint dans la Sa- 
crirtie des Minimes du Bois de Vin- 
cennes. 

Le premier Tableau ert entièrement 
gâté, & à peine peut-on y reconnoî- 
tre quelques fragmens , qui ne lailTent 
pas de dénoter la force Se h hardielTe 
du Pinceau de ce Sçavant Italien. 
Mais pour en avoir une idée plus 
Julie, voici le jugement qu'en fait 
kubens*, au fentimo-nt duquel l'on 
peut s'en rapporter. 

Léonardde Vinci, d'\i-i\,commençoit par 
examiner toutes chofcs , félon les régies d'une 
égale Théorie , Gr en faifoit enfuite l' appli- 
cation fur le Naturel dont il voulait fe fe r- 
vir. Il obfervoit les bten-féances &* fuyoit 
toute affedation. Il fçivo'it donner à chaque 
objet le caractère le plus vif , le plus carac- 
terifé & le plus convenable qiHl efl pojjîble, 
&■ poufjoit la majejlé convenable aux Jujets 
juj'qu'a la rendre divine. L'ordre Gr la mefure 
qu'il gardait dans les exprejjions de fes Figu- 
res attirent l'aueiuionJUr les parties ejjcntiel- 



* De Piles, pag. lé'o. 



Us, 



SUR, LA Physique et sua la Peinture. 



ies^ qu'il a peint avec foin. Il avot unfigrani 
foinîéviterla confufion des objet s, qii il aimoit 
mieux laijjer quelque chofe à fouhaiter dam 
fon Ouvrage , que de rajfajjier les yeux par 
une fcrupuleufe exaSitude c mais en quoi il 
excellait le plus ^ c'' était comme nous avons 
■dit , à dannzr aux chofes un caractère qui 
leur fut propre , b" qui les dijUngudt l'une 
de l'autre. 

Il commença par confulter plufieurs for~ 
.tes de Livres. Il en avait tiré une infinité de 
lumière dont il avait fait un Recueil , il ne 
laijfait rien échapper de ce qui pouvait con- 
venir à l''expre{Jîon defonj'ujet , (y par le 



\6^ 



tous les deiïeins que Léonard avoit 
faits , Si que Riibens avoit vus par- 
mi les curiofités d'un nomme Pompée 
Leoni qui étoit d' Arrêta. Rubens conti- 
nue par examiner l'Anatomie des Che- 
vaux > & parle des Obfervations que 
Léonard avoit faites fur la Pliyfiono. 
mie,dont Rubens avoit vu pareillement 
lesdeflfeins ; di fmit fon difcours par la 
méthode dont ce Peintre mefuroit le 
corps humain. 

Voyez à Vincennes fi dans le Ju- 
gement de Coufin vous trouverez les 
mêmes beautés, & citez-moi quelque 



feu de fon imagination , aujji bien que par Peintre qui ait parlé avec tant d'élo 

la folidité de fan fugemcnt, il ^élevait aux ges de celui - ci que le célèbre Ru- 

chofes divines par les humaines ., ^ fç avoit bens a fait de Léonard. Où fe trouve 

donner aux hommes les degrés differens qui donc le parallèle projette entre deux 

les portoieiu jufqu'au caratlére de Héros. hommes fi oppofés ? L'un ell Plagia'-j 

Le premier des exemples qu'il nous a laif- re ; l'autre eu Auteur ; celui-ci polTé 



fés, eflle Tableau qu''il a peint à Milan de la 
■Cène de Notre-S.eigneur ^ dans laquelle il a 
repréftnté les Apôtres dans les places qui 
leur conviennent , Sr Notre- Seigneur dans 
la plus honorable au milieu de tous ^ n''ayant 
perfonne.qui le prejfe , ni qui fait trop près 
de fes cotés. Son attitude ejl grave ^ ù" fes 
h'asfont dans. une fituation libre Gr dégagée^ 
pour marquer plus de grandeur j pendant 
.que les Apôtres paroi ffent agités de côté Gr 
fi! autre j par la véhémence de leur inquic- 
■ tude , dans laquelle néanmoins il ne paroit 
Aucune baljejje , ni aucune aElion centre la 
bienfeance. Enfin par un ejfet de fes pro- 
fondes fpéculations , // efi arrivé à un tel 
degré de perfeSion , qu'il me paraît comme 
impojjible d'en parler ajjèi dignement j ùr 
■encore plus de ï imiter. 

De Piles ajoute : Rubens s'étend en- 
fuite fur le degré auquel Léonard de 
Vinci polTcdoit l'Anatomie. Il rap- 
porte en détail toutes les études & 



dant en général toutes les Parties de 
la Peinture, & celui-là n'en poflede 
que quelques-unes. M. d'.- rgens feroit 
extrêmement habile s'il pouvoit fer- 
mer les yeux à toute l'Europe fur le 
paflé» après tant de monumens au- 
tentiques ; & fi les Artifies Fran(;ois ap- 
plaudllfoient à fon parallèle, ils terni- 
roient la gloire dont ils jouilfenc pré- 
fentement , & la primauté qu'ils ont 
dans la Peinture fur les autres Na- 
tions. 

Mes Confrères bien loin de me fçavoic 
mauvais gré de difiiper une flatterie 
capable de les tenir dans une dange- 
reufe fécurité & d'empêcher les efforts 
qu'ils font pour atteindre à la perfec- 
tion , regarderont la Critique que je 
fais du Livre de M. d'Argens, com- 
me le plus grand éloge que je puiiîc 
faire de leurs tatens ; la véritable gloi- 
re n'étant fondée que fur la vérité. 






Année i-^^ijTom. Il, Partie. FI. 



170 



Observations sur l'H 



OBSERVATION V. 

Sur la Gravure en Bois par M. Papillon. 

NOUS fommes en état aujour- 
d Inii de donner l'Hilloiie com- 
piette de la Gravure j mais nous reler- 
voiis ce Traite à nos prochaines Obfer- 
•vaiions; nous ne donnerons ici que 
celle en Bois , du détail de laquelle M. 
Papillon a bien voulu nous favorifer.- 
11 nous a fait part de Ton Livre , avant 
de le communiquer au Public : il nous 
a permis d'i:n donner un Extrait dans' 
notre Article de Peinture , ainlî que 
nous jugerions à propos; ceci n'eni- 
pêcliera pas les Amateurs qui vou- 
dront s'inllruire plus au long fur cette 
Gravure d'avoir recours à l'Ouvrage 
même, lorfqu'il fera expofé en vente Se 
annoncé dans les Journaux, 

II feroit à fou Iiaiter que tous les habiles 
Artilles en filTcnt autant ^ cbacun dans 
fon talentjcequiformeroitpourlorsune 
belle Enciclopedie ; & une Enciclope- 
die vivante qui feroit fouvent renou- 
vellée , & où Pon trouveroit le pour 
ik le contre fur cliaque Matière. 

La Gravure ell un Art de DefTein, 
ainfi que la Peinture' (;<: la Sculpture; 
tous les troif. vifent à repréfentet les 
Ob'jtts Naturels, & tous les trois y 
réulTilTent qiu liuefois ; ainfi ils doivent 
être legardéà tomme indépendans les 
uns des autres : d'où je concKis que ti 
on peut ies exercer fcparéniént, ^ ar- 
river , quoique par diBérentes routes, 
au même but, il efl iniufte d'alTervir, 
par une Loi mal entendue , le premier 
de ces Arts aux derniers ; c'ell-a-dire , 
les Graveurs aux Peintres & aux 
Sculpteurs ; puif^ue les Graveurs pré; 



iSToiîvE Naturelle , 
lentement font devenus Peintres , Se 
qu'ils ont été de tout lems , Sculp- 
teurs. 

La Gravure en Couleur , dont )'ai in- 
venté la vraie Pratique, ne met-elle 
pas les Peintres & les Gïavcurs dans 
la n^ême clalTc. Pour exécuter un Ta- 
bleau fiu' cuivre &■ foui PrefTe , ne 
faut -il pDs fçavoîr, non feulement la 
Pratique de l'Art de peindre , mais 
encore la Théorie de la Compofition 8c 
de la Dccompojîtion iW.s Couleurs. Je 
dis de plus qu'un Peintre ordinaire, 
avec une Palette garnie de Couleur , 
ne doit fçavoir quecnmpofer un Ta- 
bleau, il n'ell pas oblige de le décom^ 
pofer ; ainfi qu'il faut que je fafle ^ 
lorlqu'après avoir peint mî!s Pièces 
d'Anatomie , je fuis contraint d'en dé- 
compofer les Teintes Se les Couleurs 
locales fur quatre Cuivres différens ; en 
un mot, dans mon Art il faut pein- 
dre fauj Couleur & fans Pinceau , avec 
le Burin feulement. 

J'avoue cependant qu'un Graveur 
q'ii copie un Tableau ell alîervi an 
Peintre & ne fait l'office que defimple 
Copiile. Mais auffi combien de Pein- 
tres copient-ils à leur tour des ex- 
cellens morceaux d'Eftampes dans 
leurs Recueils, 

Si tous les Graveurs Monochromates 
chacun dans leur fac^'on, car il y en a 
de plufieurs fortes, compofoient leur 
DelTein , comme Callot , Le Clair , 
Picart , Cochin , &c. ell ce que leurs 
Ellampes noires n'auroient pas plus 
de mérite que celles que l'on copie 
d'après les Tableaux , puifcyue les Gra- 
veurs en noir, ou taille-douce, n'en 
peuvent rendre que le Clair- obfcur , 
alors ce n'efl pas le Tableau que l'on 
donne au Public, c'ell le DefTein ou 
l'Erquille du Peintre. Le Coloris , qui 
dilUngue le Peintre du Deffmateur , 



SUR LA Physique 

«e s'y trouvant pas exécuté, jefoutiens 
que la Gravure en noir feroit aufTi- 
Bien reç'ie du Public, fi au lieu de co- 
pier Teniére , Waupremens, Rubens , Van- 
deik Si Natoire , les Graveurs nous don- 
noient des morceaux de leur compofi- 
lion , puirqu'ils ne peuvent rendre la 
Couleur qui fait le principal mérite 
de ces fortes de Tableaux. 

Dans l'Art de graver il y a plufieurs 
fortes de maiiiéres , & chacune a fa 
beauté & fon uiilité particulière. Le 
premier genre de graver ell celui, fans 
contredit , de repr'^len ter les Tableaux, 
c'eft-à-dire, de donner tout à la fois 
les Parties e(îernrelles de la Peinture. 
Je puis préfemement divifer cette Gra- 
vure en deux manières particulières ; 
celle qui s'imprime fous les Rouleaux de 
Taille-douce que j'ai déjà pratiquée , 
& celle qui s'imprimera fous la Preiïe 
4e Caradére, & avec les Caraftéres mê- 
me dont je viens de parler dans l'Art. 
d'Hiftoire Naturelle ci-dedus.Le fécond 
genre de graver efl celui de repréfenter 
un Camaïeu ou Clair obicur en Bleu , 
Verdj ou Rouge , &c. on imite dans 
cette façon les Defleins des grands 
Maîtres. Le troilicme enfin eft celui 
qu'on appelle Fumé, ou manière Hol- 
landoife*, ce qui imite les DelFeins à 
l'Encre de la Chii:e,. La'quatriéme for- 
tejde Gravure imite les DefTcins à la 
plume , c'ell ce qu'on appelle Taille- 
douce j ( laquelle Gravure fe divife en 
Burin & en JE^au-foite ) & la Gravure 
en Bois^ 

La Gravure en Bois , félon moi , efl 
fort utile, c'efl la plus ancienne ^ elle 
cfttrop négligée préfentement, car M. 
Papillon eil le feul qui falfe bien , à ce 
que je crois, fa réputation le prouve 

* Quelques-uns ont donné le nom de ma- 
nière noire à cette façon , mais elle convient 
eji général à toutes les façons c^ui ne doii- 



ET sirR LA Peinture. 171 

alTez. L'ufage effentiel que l'on fait des 
Gravures en Bois dans les Manufaâu- 
res des Perfes S< des Indiennes , dans 
celles des TapilTeries & des Papiers 
peints, & fur-tout dans les Impreiïions 
des Livres ; pour les Lettres en Bois , 
les Vignettes 8c autres ornemens en 
noir i cet ufage ^ dis-je , prefque uni- 
verfsl , prouve bien la nécefllté de cet- 
te Gravure. 

Je vais aulTi inférer à la tête de l'ex- 
trait du Livre de M. Papillon , la Let- 
tre qu'il m'a fait l'honneur de m'é- 
crire. Je fuis très - flatté qu'un Artiflc 
aulTi célèbre que lui , dans fon genre, 
puilTe prendre quelque confiance dans 
mes Ecrits. 

Lettre de M, Papillon . Graveur en Bois 
&" de la Sosiété des Arti , à M. Gau- 
tier , Perfionnaire du Roi^ Inven- 
teur du nouvel Art d'imprimer les Ta-^ 
bleaux. 



L 



M 



O NSI EUR, 



/'Avantage de devenir votre Ami, 
m'eft fi glorieux , que c'efl avec regret 
que je n'ai pu ctreaulTi long-tems avec 
vous , les deux ou trois fois que nous 
nous fommes déjà vus , que je i'aurois 
fouliaité , pour pouvoir profiter des 
connoilTances fur toutes fortes de Ma- 
tières que votre converfation m'au- 
roit communiqué. Nos occupations 
réciproques nous privant du plaifir 
de nous voir autant que je le dé- 
lirerois , Se que je me flatte que vous- 
le dèfirez pareillement. J'imagine 
qu'en certains momens dans mon pe- 
tit Laboratoire , pour me dèlalTer de 

nent pas l'a Couleur & que l'on n'imprime 

qu'avec du noir, 

Y V 



172 Observations suit l'His 

ma Gravi'ire , je puis de teins en tems 
vous coimnu.'iiqiiei- mes penfces , vous 
prier d'cclaircir m^s doutes fur plu-* 
ïiciirs points qui ont rapport à i'Hif- 
Jôire Nnturelie & à celle des Arts; 
fur- tout à celui que je pratique, 
autant que cela pourra vous faire plai- 
fir, c*^ qu'il me fera pofllble , fans com- 
promettre les engagemens que j'ar 
contradé avec les Auteurs de l'Ency- 
clopédie. 

Ainli, Monfieur, fi vous l'ave? agréa-» 
ble . quoique peu éloignes l'un de 
l'autre , nous pourrons converfer en* 
femble par nos Lettres, plus fouvent 
que nos affaires mutuelles, le Public à 
qui nous fommes & le tems qui nous 
eflfi précieux & fi cher, ne pourroient 
ilo-us le permettre de vive voix. Efpc- 
rant que vous acqurefcerez à mon pro- 
jet, qui e(l celui de participer à l'ac- 
croiffement des connoilTances humai- 
nes ^ dans les Matières qui font de ma 
portée, dont vous pourrez inllruire les 
Amateurs dans V050bfervation5,remet- 
tantà d'autreà' ir.^metîs à vous détail- 
ler tout ce que j'avois déjà penfé de 
Vous depuis nombre d'années .^ com- 
bien votre réputation me faifoit défi- 
ïer pafîîonnément de vous connoître 
& 'me lier d'amitié avec vous, je com- 
mence , fous l'appui d'une étude & de 
recherches , au moins de quarante an- 
nées , touchant la- Gravure en Bois , 
de vous alTurer que fans contredit cet 
Art peut être regardé prefqu'aufPi an- 
cien que le monde j d'autant qu'il efl 
fcnfé & probable , que les premiers 
hommes qui fe font avifés de faire 
quelques Figures & quelques traits, 
ont fans doute commencé par les cn- 
graver * ou graver fur le bois 6* l'ecorce 
des Arbres, Matières plus tendres que la 



toire'Naturellé y 

Pierre , le Marbre & le Métail , ce qui 
a enfanté la Sculpture ^ fv domié la 
première idée à tracer les Caraéléres 
des Langues , d'où conféquemment 
celui de la- Peinture a pris nailTance. 
Vous verrez, Monfieur, dans le Traité 
de ma Gravure comme elle a pris chez 
les Peuples Orientaux & par la fuite les 
Ulages diflérens aufquels on l'a em- 
ployée. Les préjugés defavantageux de 
hicn du monde Air les Epreuves de 
cette Gravure, & ce qui y a donné & y 
donne lieu. Son étonnante & prodigicu- 
fe utilité , &c. Croyez que je fuis avec 
amitié & la plus parfaite ellinié , M. 
votre très-'humble , &c. Papillon. 

L'Origine de la Cravùre en Bois ; tufr^f 
de cet Art &' le Principe de l'Imprime- 
rie j par M, Papillon, 

La manière d'imprimer & Je tirer 
Tes Eflampes par le moyen de la Gravu- 
re en Bois , telle qu'elle fe pratique au- 
jourd'hui en Europe , vient originai- 
rement des Peuples d'Orient\, mais 
elle a été modifiée & perfeftionnée 
pour nos Ufages.- 

On ne peut difconvenir que la lan- 
gne Chinoife compoféc de foixante ou 
quatre-vingt mille Caraéléres, tous dif- 
férens les uns des autres, n'ait occafion- 
né à la Ciiine l'Invention de la Gravùi» 
re en Bois pour imprimer les Caraélé- 
res 6< les Livres de ce Pays. Ceft là 
certainement où cet Art a commencé à 
fe détacher d'avec la Sculpture , & qu'il 
a fourni l'expédient admirable de ti- 
rer plufieurs milliers d'épreuves j tou- 
tes pareilles par le moyen d'une même 
Planche. 

Ange Rocca^ Aans fa Bibliothèque du- 
Vatican , pag. 415). avance fur le lénioi- 



Ce Krmç étojt ancicnne.iient d'ulage Parmi les Graveu», 



SUR LA Physique 

ghage Je plufieurs Voyageurs à qui il 
avoit parlé , que l'ufage de Tlmpref- 
fion étoit comnran chez les Chinois 
plus de trois cens ans avant Jefus-Chriftj 
- 6i Alvarez de Seviedo confirme qu'il y 
a plus de mille fix cens années que les 
Chinois en ufent. D'autres Auteurs pré- 
tendent qu'il y a plus de mille ans que 
l'Imprimerie a été trouvée chez les 
Tartares Orientaux dans la Ville de 
Tangiit ; ce que l'on ne doit entendre 
que de la manière d'imprimer avec- des 
Tables de Bois gravées. Le Père Jean- 
Bapiifle du Halde dans fa nouvelle 
Defcription de l'Empire de la Chine & 
de la Tartarie Chinoife , pag. 2/^5. du 
fécond Volume , cite une Sentence 
rapportée par un Auteur Chinois , qui 
peut prouver l'antiquité de la Gravure 
en Bois pour imprimer. Voici le paiTa-^ 
ge de cet Auteur. 

JD I.e célèbre Empereur î^^uvan^.qiù ^ 
i comme on fqait, fleuriffbit 1 1 2 o ans 
» avant l'Ere Chrétienne , tiroit cette 
» moralité de l'Encre. Comme la pier- 
■ re Me * , difoit-il , dont on fe fert 
* pournoircir les Lettres gravées , ne 
» peut jamais devenir blanche , de mê- 
» me un cœur noirci d'impudicitcs , 
a* retiendra toujours fa noirceur. » 

Suivant le Père Couplet\, Tlnvcn-* 
tion d'imprimer n'a été en grand ufa- 
ge à la Chine que depuis le régne de 
l'Empereur M/mcum, environ l'an de 
grâce 5» 5 o. mais l'Empereur \venti qui 
regnoit en 5 5 2, ayant eu une Bibliothè- 
que compofée de plus de cent quarante 
mille Volumes, on peut afJurer que 
l'Invention de graver en Bois pour im- 
primer , eil antérieure de plufieurs fié- 
cles, & peut-être même de plus de qua- 
torze ou quinze cens ans avant la 
Naiflancede J. C. 



ET îtïR LA Peinture. ' 175 

L'Impreffion avec les Planches ou 
les Tables de Bois gravées , eft non 
feulement en très - grand ufsge à la 
Chine & dans la Tartarie Orientale ^ 
mais encore au Japon, au Tonquin & 
dans la Cochinchine. LesLetites ou les 
Caradéres qui fervent à tous ces Pci> 
ples, font à peu près fcmblables à 
ceux des Chinois , en aulTi grande 
quantité que les leurs ; & incapables , 
comme ils le font, d'être fèparés & 
mobiles, c'efl. - à-dire ^ que chaque 
Planche forme une page d'un Livre, 
& qu'elle ne peut fervir à un autre. Je 
eônferve dans mes Eflampes deux 
adrelles de Marchands d'Encre de la 
Chiiîe de Nanquin ; il y en a une 
qui efl alïez bien gravée , mais j'ai obli- 
gation à Monfieur Fourmont l'ainé , 
Profefleur des Langues Orientales 311 
Collège Royal , de m'avoir montré des 
Livres Chinois imprimes à Pékin , dont 
îa Gravure efl admirable. Les liaifons 
des Caractères font fi délices & fi net- 
tes ^ que nous auiions peine à les gra- 
ver auffi proprement. D'ailleurs la 
beauté de l'imprellion &: la blancheur 
du papier font fi parfaites, o'je je n'ai 
encore vu ni Lettres gravée;, ni aucu- 
ne imprePjon d'Europe qui mérite de 
leur être comparée. Tous ces Livres 
font imprimés foncièrement avec l'En- 
cre de la Chine 3 ( car dars ce Pays 
Ton n'ufe point d'Encre à l'huile ) les 
feuillets ne font imprimés que d"i:n 
coté j en forte qu'ils font plies comme 
nos petits Agendas de poche , de forte 
que chacun defdits feuillets efi double j- 
cependant le papier efl fi mince,, qu'où 
a peine à s'en appercevoir. Les Plan- 
clîes qui fervent pour imprim.erces Li-- 
vres font compofees de plufieurs pa- 
ges rangées les tmes auprès des ai:- 



î Me ancien mot Chinois qui £gnifiç d«- l'Encre. 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



I74r 

très , & réparées avec une grande )ii[- 
telTe par un Réglei enrichi d'orneniens, 
du côté qui doit former la tranche du 
Livre ; de manière que tous les feuillets 
étant plies , & le Livre coufu & fermé , 
fa tranche paroît auffi vive que fi elle 
avoit été rognée , Se l'orneuîent du Ré- 
glei qui fépare chacune des pages , y 
forme delTus une variété très-agréable. 
Il n'y a réellement de rogné à ces Li- 
vres que la tranche qui e\\ à la tête & 
celle qui lui eQ oppofée. Déplus , cet- 
te imprcfTion eft diverfiliée quelquefois 
par cinq ou fix fortes de Caradércs de 
diflerenies grandeurs dans une feule 
page. Ce qui eft plus admirable , c'eli 
qu'elles font chacune par rentrées , d'u- 
ne couleur ditVéreiue les unes des au- 
tres , telles que noir, rouge, bleu, 
jaune, vert, couleur de rofe , &c. Ils 
y mettent aulTi de l'Or & de l'Argent , 
ce qui fait le plus bel effet qu'on puif- 
fe imaginer. Tous ces Livres ne font 
point reliés ; ils font feulement con- 
fus avec de la foyc du côté du dos par 
defl*us leurs couvertures , ce qui n'em- 
pêche pas qu'ils ne fe tiennent auiïi fa- 
cilement puverts que s'ils étoient re- 
liés. Leurs couvertures eQ une efpéce 
de Moire , laquelle eft colée fur un car- 
ton. Les Volumes qui traitent d'un mê- 
me fujet font tous enfermés dans une 
bocte de Carton très-limple: chaque 
Hifloire ou chaque Matière a la fienne. 
Ces boëtes (ont à peu près de la même fi- 
gure de celles qui fervent dans les Bu- 
reaux pour mettre des papiers, avec cet- 
te diflcrence feulement, qu'il y a trois 
ou quatre anneaux attachés au corps & 
au couvercle de la Bocte . dans lefquels 
l'on fait entrer des chevilles , un peu à 
force , qui la tiennent fermée , & il 
y a delTus une étiquette en Caradéres 
Chinois , qui indique ce que coniien- 
peut les Livres qui font dedans. On 



peut dire que l'induftrie des Chinoîs 
eR bornée fur cette article j car leur 
Bibliothèque ne peut avoir ni le coup 
d'œil aufTi gracieux que les nôtres , ni 
la même commodité, 6* l'on feroit 
même tenté de croire que cette façon 
de conferver Si d'arranger leurs Livres , 
ert une efpéce de preuve qu'on lit afler 
rarement chez eux. 

J'avois toujourscru que tous iesLivres 
Chinois s'imprimoient avec le Rou- 
leau ; mais ceux dont je vienj de par- 
ler où il y a plufieurs rentrées de diffé- 
rentes couleurs, font indubitablement 
imprimés, ou avec la Preffe qui fert à 
l'Imprimerie en Lettres , ou avec quel- 
qu'autre Machine qui produit le même 
effet. 

Le Père du Halde , dont on a parlé 
plus haut , rapporte que Pimpreffioa 
Chinoife fe fait avec deux Broiïes; l'u- 
ne fert à mettre l'Encre fur la Planche 
& l'autre à unir le Papier quand il eft 
pofcdeffusj cela peut être en ufage 
pour les Caraftères d'une (eule cou- 
leur , mais pour les page» où il y a plu- 
fieurs rentrées de différentes couleurs, 
il faut nècelTairement que les Chinoi* 
fe fervent de quelqu'autre moyen plus 
facile. Peut-être feroic-on inftruit de 
cette Méthode en lifant l'inllrudion 
circonllanciée touchant l'Imprimerie 
Chinoife , compofée en Allemand pat 
André Muller. 

Les grands Caraâéres , tels que fonc 
ceux qui fervent aux affiches , ils les 
gravent en creux. fur la Planche, de 
forte qu'ils viennent blancs fur le Pa- 
pier, Si que le fond eff noir. De tout 
ce que l'on vient de rapporter touchant 
l'immobilité des Caradéres, la Gra- 
vure & l'impreffion des Livres Chi- 
nois, &c. il eft aifé de conclure que l'in- 
vention de la Gravure en Bois pour 
imprimer eft oriijinaire de la Chine ou 



SUR LA Physique Et 

Se la Tartane Orientale , maii que le 
véritable Art de ^Imprimerie en Ca- 
ractères mobiles , la manière 'de les 
jeiter en fonte ^ Se celle de compofer 
avec lefdits Caraâéres , n'a point été 
inventé en Orient, & que cette in- 
vention a été trouvée en Europe, 

II eU remarquable que les Chinois , 
les Japbnois & les autres Peuples qui 
fe fervent des nicmes Caradéres , n'e- 
xercent point la Gravure en Cuivre , 
& qu'ils ne s'appliquent uniquement 
qii''à la Gravure en Bois. C'ell fans 
doute à caufe de la commodité qu''ils 
y trouvent, pour tirer autantd'épreu»-' 
ves qu'ils le défirent,- Quoiqu'il en 
foit , il doit y avoir une grande 
quantité de Graveurs en Bois dans ces 
Pays-là. 

La Gravure en Bois fert encore à 
pluPieurs autres ufages en Orient. A 
la Cliine Sr au Japon on s'en fert quel- 
quefois pour former le trait des Eftam- 
pes enluminées ; on voit de cette fa- 
içon à Paris dans un Parloir du Cou- 
vent de Saint Lazare une grande Fi- 
gure adife, repréfeniant une Idole de 
la Chine. Les Chinoise les Japonois 
cmployeiu encore cette Gfavùre pour 
•faire des Papiers de Tapifl'eries & de 
Paravents , & pour faire d'autres Pa- 
piers par rentrées , qui imitent les 
Toiles peintes. 

A la CInne, au Japon dans l'Indof'- 
-«an , ou i'Ëmpire du Grand Mogol ,• 
au Pegu , aux llles Maldives , & au- 
•ïres Ifles de la Mer Indienne , dans la 
Perfe & chez plufieurs autres Peuples 
Orientaux ; de lems immémorial l'on 
y imprime & l'on y frappe le trait dc% 
delleins fur les Etofes , Toiles pein- 
tes , ou Indiennes avec des Planches 
de BjIs gravées par bouquets déta- 
chés & par rentrées. Les Broderies 
qui iious viennent de ces Pays-là ne 



suit LA Peinturé. 17; 

font point deOTmées autrement ; & li 
l'onvouloit pour s'en éclaircir, débro- 
der plufieurs bouquets pareils , l'on 
verroit facilement que le trait de 
chacun n'eil point deffmé à la main , 
qu'il efl; imprimé , & qu'à totis il 
a été fait avec la même Planche. La 
manière de frapper ce trait, efl detap- 
per à plufieurs fois la Planche du côté 
qu'elle efl gravée , fur un morceau de 
Drap imbibé delà couleur qu'on déli- 
re employer , & de pofer enfuite cette 
Planche du même côté fur l'EtolTe que 
Ton veut marquer ; fi-tôt qu'elle elt 
defTus , on appuyé fur la Planche ua 
peu ferme avec la main , ou s'il efl né- 
celTaire pour la faire bien marquer ^ on 
frappe deîTus avec le poing ^ avec le 
manche d'un marteau ou autres cho- 
fes (emblabîes. II faut avant cela que 
l'Etofe foit pofée fur quelque Drap au' 
autre Etofe mollette ; car li l'on n'u- 
foit pas de cette précaution , 8c qu'elle 
fût pofce à nud fur la Table , oncour- 
roitrifque d'éclater les traits de la Gra- 
vure, en frappant & en imprimant l'Eto- 
fe en queflion. Les rentrées des bouquets 
& des fleurs, le marquent à peu près 
de la même façon ; il faut feulement 
prendre garde de pofer les Planches 
des rentrées bien jufte dans le milieu- 
des contours , lefquels auront été mar- 
qués parla première Planche qui aura' 
fait le trait du Dcflfein. 

A 1 égard des Toiles peintes , il fauc 
obferver que la plupart des ornemens 
ou des Beurs font gravées mates ; atÎH 
que les Pianches marquent d'un mê- 
me coup, le plein d'une fleur ou d'au- 
tre chofe , conime s'il étoit rempli à la 
main avec le Pinceau. Les Indiens 8c 
les Pcrfansj pratiquent une manière 
très -avantageufe pour imprimer les 
couleurs fur leurs- Toiles,, quand les 
parties qui doiye-nt venir toute d'un^ 



17^ 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



couleur, font un peu grandes; ils Ici 
gravent en creux fur leurs Planches de 
bois, ils incruflent le dedans à force 
de morceaux de Callor ou de Feutre , 
Icfquels étant imbibés de couleur , la 
font happer &: marquer fur la Toile 
trèà-facilcment. 

On voit de ces Toiles peintes ou 
brodées , qui font très - délicatement 
travaillées, & qui font connoitre que les 
Indiens &c les Perfans ont parmi eux 
d'habiles Graveurs en Bois. Ce qu'on 
doit entendre pour le trait Se non pas 
pour les tailles. Car je crois que s'il 
falloit qu'ils gravaient une Ellampe 
ombrée, ils feroient trcs-embarralks. 
L'on voit cependant fur les Toiles de 
Pcrfe , quelques tailles qui forment les 
côtes des fleurs & des feuilles ; mais 
c'eft très-peu de chofe , en comparai- 
fon des Gravures en Bois cjui fe font 
en Europe. 

Les plus heWeiChitcs ou Toiles pcin- 
tes des Indes , fe fabriquent à Seronge , 
"Ville de l'Empire du Grand Mogol. 
Pendant la faifon des pluyes qui durent 
quatre mois , les Ouvriers impriment 
leurs Toiles, quand la pluyeeft celTée 
& qu'elle a troublé l'eau de la Rivière 
qui paffe à Seronge , ils y lavent les 
Toiles qu'ils ont imprimées ; cette eau 
trouble a la vertu de faire tenir les cou- 
leurs & elle leur donne plus de viva- 
cité ; plus ces Toiles font lavées par 
la fuite , plus elles deviennent belles , 
au lieu que les couleurs des autres 
Toiles peintes des Indes ne font paslî 
vives & qu'elles s'effacent en les lavant 
plufieurs fois. On fait à Seronge une for* 
te deToile peinte.qui eLl fi fine.que l'on 
voit la chair au travers quand elle ell 
fur le corps , on n'eu voit pas en Eu- 
rope de cette façon , parce qu'on la re- 
tient toute pour le Sérail & la Cour du 
Grand Mogol ; les Sultanes & les Fem» 



mes de condition, en font faire des 
ehemifes & des Kobes d'Eté pour leurs 
ufages. 

Il ell étonnant que les Anciens qui 
ont gravé en relief fur le Bois , n'ayent 
point trouvé l'invention de tirer des 
Empreintes avec cette Gravure ,• 8c 
qu'un fecretfi admirable ait été incon- 
lui en Europe , pendant l'efpace d'un 
fi grand nombre de fiécles. Principale- 
ment dans les Pays policés , tels que 
la Grèce & l'Italie , où les Sciences & 
les Arts Libéraux étoient cultivés avec 
grand foin ^ & où l'on traitoic de Bar- 
bares les Nations qui ne s'y attachoient 
pas. 

La Gravure en Bois n'a iamais été 
en plus grande ellime, que lorfqu'elle 
a commencé à être ufitée en Europe 
pour tirer des Eflampes,- chacun à l'en- 
vi s'en vouloit mêler , ce qui elt caufe 
qu'on voit une infinité d'anciennes Ef? 
lampes très-mal gravées. Plufieurs Au- 
teurs ont avancé , que les Voyages de? 
Européens en Afie , leur fréquentation 
& leur commerce avec les Chinois Se 
les Indiens , avoient fervi à faciliter la 
Découverte de cette Invention. En 
effet, cela n'ell pas hors de vraifem- 
blance , car fans parler de l'Impreffion 
Chinoife, & des papiers de Tapiffe.- 
ries du Japon ; les EtoBes & les Toi- 
les de Perfe & des Indes , examinées 
avec attention, étoient certainement 
très-propres à faire faire des réflexions 
aux génies indullrieux, & à leur décou- 
vrir des moyens faciles de parvenir à" 
la perfeclJon de la Gravure en Bois, &; 
d'en tirer toutes les utilités poffibles. 
L'ignorance qui regnoit dans le qua- 
torzième fiécle , Si la négligence des 
Hilloriens de ce lems-Ià , nous ôtent 
la connoilTance de l'Artille à qui nous 
en fomnies redevables. On ne fçait pas 
même bien pi>ruivement fi l'Impref- 

iîon 



SUR. LA Physique et sur la Peintur.e. 



'fion des Eflampes en taille de Bois , a 
devancé l'ImprefOon des Livres avec 
les Planches gravées. Cependant il eft 
incontellable, que les premières Eflam- 
pes qui ont été faites en Europe , 
étorent gravées en Bois^ & que les pre- 
miers Livres imprimés ont pareille- 
ment été faits par le moyen de cette 
Giavûre. Les unes 3c les autres ont de- 
vancé de pluGeurs années j les Eftam- 
p2s en Taille-douce fur le Cuivre , & 
ont fourni l'intelligence pour inventer 
& perfeélionner cette dernière Gravu- 
re. L'Hifloire Littéraire d'Italie , inti- 
tulée , Idea delta Storia dell. Itdia Lette- 
rata , par le Docteur Gimma, Napoli- 
tain , imprimée à Naples en deux To- 
mes /n-4°. chez' Félix Mofca, l'an 171 3. 
pourroit donner quelque lumière fur 
l'époque de iTnvenuon de graver en 
Bois pour tirer des Ellampes. Je n'ai 
point vu cet Ouvrage , tout ce que 
j'en fçai, c'ell: que l'Auteur a inféré 
dans le preuiier Tome, l'Hilloire des 
Sciences & des Arts depuis Adam juf- 
qu'au quatorzième fiécle inelufive- 
ment. 11 y a fait l'Hilloire de la Gravu- 
re en général , ^' il peut bien y faire 
mention d'Eflampes en taille de Bois , 
6i de quelques Graveurs qui nous font 
inconnus. Le fécond Toaie comprend 
le quinzième fiécle iufqu'en 172.5. 

On eft porté à croire touchant l'O- 
figine de la Gravure en Bois^ pour 
tirer des Elbmpes , que quelque Pein- 
tre en migr.ature parmi ceux qui enjo- 
livoient d'ornemens Si de Figures, les 
premières feuilles & les commence- 
mens de cl^apitre des Livres manuf- 
crits de velin , aura trouTc l'Invention 
de graver en Bois le trait de fes Def- 
fèins &. de les imprimer furie velin, 
pour s'épargner la peine de les tracer 
&c de les répéter au Pinceau. L'on voit 
d'anciens manufcrits dont les couleurs 



■177 



Année i-j^2jTom, H, Partie. FI, 



■font elTacées , où ces traits de Gravu- 
re fe remarquent. D'ailleurs cette opi- 
nion s'appuye fur ce que les ancien- 
nes Ellampes de Gravure en Bois , font 
pour la plus grande partie fans aucune 
taille Si au luiiple trait. La plupart ne 
font que des quadres de pages Si de 
vignettes de Livres , que l'on a fait fer- 
vir par la fuite avec l'ImprefTion des 
Lettres. Il efl: très-fûr au moins qu'il 
y a eu de ces fortes de Gravures ^ avant 
les premières ImprelTions de Lettres 
gravées en Bois ; c'efl- à- dire , environ 
Tan 1400. Si l'on objefte qu'on auroit 
pu dès ce tems-là , fe fervir de la Gra- 
vure enBjis pour imprimer des Livres, 
la réponfe eft toute prête ; car l'imino- 
bilité des Lettres fur les Planches de 
Bois , <:toit un premier obftacle , & 
Cl fuppofant même leur mobilité , il 
auroit fallu une fujetion, un tems , & 
une dépenfe fi confidérable pour s'en 
fervir à l'imprelTion , que l'un ou l'au- 
tre de ces moyens , quoique décou- 
verts, n'a pu être mis en ufage que long- 
tems après l'invention , &: qu'à mefura 
que rinduftrie a perfedionné les pre- 
mières Découvertes. 

Des Anciens Graveurs en Bois, &" fur 
l'inuenticn de l'Imprimerie. 

Tontes les anciennes Gravures en 
Bois font fans datte &- fans noms da 
Graveurs , de façon que l'on ne peut 
raifonnablement remonter plus Iiaut , 
pour leur antiquité, qu'au commence- 
ment du quinzième fiécle, quoique la 
Gravure en Bois ait pu être inventée 
dans le quatorzième ; de plus l'on ne 
peut rien dire de pofitif touchant le 
Pays où cette invention a été trouvée. 
Les Italiens^ lesHoIlandoisôc les Alle- 
mands ne manquent pas de raifons 
pour s'attribuer cet honneur. Les pre- 



ijS 



Observations sur. l'Histoire Naturelle, 



mie rs allèguent l'excirice de la Pein- 
ture & de la Sculpture , lequel a re- 
fleuri en Italie bien auparavant qu'en 
Hollande & qu'en Allemagne ; & qui 
femble avoir dû procurer dans cette 
Région, l'invention de la Gravure pour 
tirer des Eflampes. Les Hollandois 
citent Laurent Cofler , & prétendent 
qu'il a trouvé l'Art d'imprimer après 
avoir gravé quelques Planches de Bois 
en 1420. Les Allemands qui paroif- 
fent mieux fondés, prcfcntent les pre- 
mières Impreffions avec des Planches 
de Bois, faites par Guttemberg &C fes 
Adocic.» l'an 14SO, &; ceux de Straf- 
bonrg citent Jean Mentd en 1440. 
Mais ■> '1' Coflcr , Guttemberg , ni 
Mentel - ne doivent point être re- 
gardés comtne Inventeurs de la Gra- 
vure en Bois pour les Ellampes^ quoi- 
qu'ils le paroiflent de l'ImprefTioji des 
Lettres ; & l'on doit plutôt croire que 
cet Art atté inventé bien avant eux en 
Italie , par quelque Sculpteur ou quel- 
que Peintre qui nous e(\ inconnu. Ce- 
pendant , comme ceux que nous ve- 
nons de nommer , ont tons gravés en 
Bois, de même que les Imprimeurs , 
des premières Imprimeries qui ont été 
établies dans plufieurs Villes de TEu- 
rope ; on ne laillera pas de commen- 
cer par eux THilloire des premiers Gra- 
veurs en ce genre. 

Laurent Cojier éio'ii [\atif delà Ville 
de Harlem en Hollande , & Concier- 
ge du Palais, ou de THôtel-de- Ville. 
îles Hollandois prétendent qu'il irou-- 
va l'Invention de l'Lnprimerie , par le 
moyen des Caradéres qu'il grava fur 
du bois de Hellre en fe promenant à 
la Campagne Tan 14203 qu'il commen-- 
ça par quelques Vers , dont il lit des 
empreintes lur du Papier avec de l'En- 
cre à écrire ,• que par la fuite il inven- 
ta celle à huile dont on le fert dans içs 



Lnprimeries; qu'il trouva le fecret cTe 
fcparer les Lettres de Bois Se de les 
rendre mobiles ; que peu après il en 
fit de Plonib 8c d'Etain , Si qu'il mit 
enfin cet Art dans fa perfection, en l'an- 
née 1440. On voit à Harlem une inf- 
eription de cette Hidoire, fur la Por- 
te de la Maifon où Goller demeuroit, 
Scies Vers fuivans. 

Memori^ Sacrum. Tipographîn, Ars 
Artium omnium conjervntrixy mtnc 
primum inventa circà annum 14-^0, 

Vana quid Archetjpos , &* Prxla , Mogumia. 

jaâas ? 
Harlemi Archetvpzs yrcdaque natafcias. 
ExtuUi hic j monjirante Deo , Laurtntius artem : 
DiJjimuUreiirum., dijfimulare Deumejl, 

On voit la Statue de Cofler dans 
l'Hôtel-de Ville de Hailem , & l'on y 
conferve fous une enveloppe de foye 
dans un collVct d'argent le premier Li- 
vre qui a étc imprimé , fuivant le fen- 
timent des Hollandois. Il a pour titre , 
Spéculum humariiz Salvatiojiis , on l'ap- 
pelle communément le Spéculum falutis , 
ik il ell orné de plufieurs Figures. On 
dit qu'il efl en Langue Flamande , Se 
qu'apici celui-là Coller le lit en Vers 
Latin. Les pages ont chacune en tête 
une grande Vignette gravée enBois , 
de quatre pouces de hauteur & fept 
pouces de large j elles (ont féparées en 
deux fur la largeur par un ornement 
Gothique ; ces Vignettes reprcfentent 
des fujets de l'Ancien Se du Nouveau 
Teftament , elles font dellinées dans le 
goût Gothique , c'ert-i-dire , très- mal ; 
le nom de chaque fujet efl au-delFous 
de chaque Planche , &. les Lettres d'ira- 
prefTion font imprimées en deux Co- 
lonues fur chaque page, relativement 



SUli LA FhYSîQUE 
à chaque fiijet d'Hittoire. Elles font 
toutes Gothiques. 

On ne peut douter que ce Livre ne 
foit des premières Gravures en Bois ^ 
&C des premières [mprelTions; on con- 
viendra que les Ellampesontété faites 
au rouleau avant la Lettre d'Imprime- 
rie , qu'elles ont été imprimée» avec 
Encre à huile, grife on couleur de 
Billre , & que le Papier ell plus foulé 
à ces endroits-là , qu'aux autres , où les 
Lettres ont été imprimées avec une 
Encre très - noire. Ce qui marque fen- 
lîhlement que les Eflampes ont été im- 
primées plulîeurs années avant les Let- 
tres , & dans un tems où l'on n'avoit 
pas encore fait de belle Encce. 

Plufieurs Auteurs qui ont parlé de 
cet Exemplaire, prétendent que les 
Lettres ont été gravées en bois. Pour 
moi , je n'en crois rien ; au contrai- 
re , je penfe qu'elles font produites par 
Ses Caraôéres d'Etain ou de Fonte ^ 
mobiles Se féparées les unes des au- 
tres. Ce qui me confirme dans cette 
penfée , c'efl que plufieurs quadrats ou 
efpaces font refTortis de leurs places , 
& qu'ils ont marqués des taches noires 
fur le' pgpier en plufieurs endroits , 
particulièrement à la fin de quelques 
lignes. Ces taches font quarrées , mais 
à quelques endroits les efpaces ont 
foulé fimplement le papier fans le 
noircir. D'ailleurs il efl aifédevoir que 
plufieurs Lettres femblables , [ comme 
par exemple des A capitaux ] ont été 
fondus dans la même Mattice. On a 
beau dire , il ell impofTible de graver 
plufieurs Lettres femblables , foit en 
Bois ou en Cuivre fans qu'il n'y ait 
quelque différence entr'elles^ trcs-fen- 
fible aux yeux d'un habile Graveur 
qui les voudra examiner avec atten- 
tion. De tout cela , je conclus que les 
Planclies des Figures de ce Livre ont 



ET SUR LA Peinture. 179 

d'abjrd été gravées, dans le deiîein 
que leurs épreuves fuifent remplies d'E- 
criture à la main , que l'oli en aura 
tiré un grand nombre avec cette mau- 
vaife Encre dont j'ai parlé ci- defius ; 
qu'enfuite le fecret des Lettres de Fon- 
te & féparées ayant été trouvé, l'on 
aura employé ces Epreuves d'tflam- 
pes , & l'on aura imprinié deffus avec 
les mêmes Lettres qui ont fervi à im- 
primer les premières pages de ce Li- 
vre. 

Les Hollandois difent encore, que 
Cofler a fait une Grammaire intitulée 
Donatus , avec des Lettres mobiles , 
gravées en Bois. Jean Saubert à la page 
ii6.de fon Hijîoire de Nuremberg , ciie 
trois Ouvrages , lefquels ont été im- 
primés avec des Planches de B]:>h. 
Qux Ugno incifa funt hue non refera , v. ,?. 
libdlum fabidorum ù'fimilitudimvn , qua- 
lis efl D. Hardiebii Ubelliu German'cus 
IteiTique fpecidum morientum. Speculumfd' 
liais , ù' id genus alla. Mais toute cette 
Hiftoire de Coller eft regardée comme 
une Fable faite à plaifii- par plufieurs 
AuteurSj de l'on prétend qu il n'y a 
point de conviétion aifez forte poar lui 
pou voir attribueravecjuRrcc, l'honneur 
d'avoir inventé l'Art de l'Imprimerie. 

Jean MenreZ Gentilhomme Allemand, 
natif de Stralbourg^ & concurrent de 
Coller , efl: regardé par d'autres Au- 
teurs comme l'inventeur de l'Impri- 
merie , ils difent qu'il grava d'abord 
des Lettres en Buis & Poirier, & qu'il 
en fit enfuite avec des Métaux. Une 
Chronique de Strafbouig affure qu'il 
fit cette Découverte en 1440, î44î 
ou r447. elle ajoute , que Mentel em- 
ploya Guttemberg, Orfèvre de Mayen- 
C2 , pour faire des Poinço ns & des Ma- 
trices , & que Gensfleich , domellique 
de Mentel, communiqua tout le fecret 
à Guttemberg , qu'ils s'en allèrent en- 

Zy 



vîa Observations sur l'Histoire Naturelle , 



femble à Mayence^ où ils s'alTocicrent 
avec Faiifl fameux Marchind de cet- 
te Ville. On rapporte encore des Let- 
tres Patentes de l'Enpareur Frédéric , 
qiir pernifttent à Mental de mettre 
iKie Conro-ined'Or fur la tête du Lion 
qu'il portoit dans fes Armes ; mais tous 
ees faits font contredits,, car on ne 
produit aucun Ouvrage de Mentel , 
& l'on prouve que les premières Im- 
prefTions de StrafDourg n'ont été far- 
tes qu'en 1474.. On ditaufTi que Men- 
îel n'a pu obtenir des Lettres Paten- 
tes , qui le déclarafTent Inventeur de 
cet Art en 144/5. pullqu'il n'auroit pu 
en cinq ou fix années en faire connoi- 
tre l'utilité , s^^il efl vrai qu'il eût trou- 
vé ce fecreten 1440. [raifonqui pour- 
roit.bien être rcfutab.e ,. car eji moins- 
d'un u'vois de tems , on auroit pu la 
faire connoitre à toute l'Europe. ] Et 
l'on ajoute j enfin, que Guttemberg Se 
fes Aflociés ont palîcs pendant plus 
de foixanteans pour les uniques Iiiven- 
teucs de l'Imprimerie, fans que per- 
fonne pendant tout, ce tems-là fe foit 
avifé deleur difputer cet honneur. 

C'eft donc à Jean Guttemberg ,. 
Bourgeois de Mayence, à qui la Pof- 
téritc doit avoir obiig.Tiion de l'Inven- 
tion de cet Alt. Pendant quelques an- 
nées il tenta feul l'exécution de fon 
delTein , & grava en bois quelques pe- 
tits Ouvrages. Mais comme il s'apper- 
çut qu'il ne pouvoir lui feul venir à 
bout d'une entreprife de iî longue ha- 
leine, il fît part de fon fecret à Jean 
Faufl, riche Citoyen fon Compatriote, 
& avec le fecours de Pierre Schoeffer 
dit Opilio , Domellique de ce dernier 
qui avoit beaucoup d'intelligence, ils 
gravèrent en bois toutes les Planches 



Prefle ne fut trouvée que par la fuite 
& qu'elle n'a été en ufage que lorfquc 
iWrt de l'Imprimerie a eu atteint fa 
perfection. Ce premier Livre étoit un 
Vocabulaire Latin ,. intitulé Catholicon y 
que l'on croit être un Ouvrage com- 
pofé par Jean Balbi Religieux Domi- 
nicain, qui l'acheva en i. 18e, avec ce 
titre CathoUcon feu fumma Crammatica- 
iiî. Cheviiiier protend que c'eft le Li- 
vre intitulé Summa quiV Catliolicon ap- 
pelUtur Jcannis Janumfis Ord. F. F. Prced^ 
dont on voit plufieurs imprefTions très- 
anciennes dans quelques Bibliothè- 
ques ; quoiqu'il en foit , il fut mis en 
lumière l'an 1450 , d'où l'on peut in- 
férer, que Guttemberga commencé à 
graver en bois environ l'an 1 440 vingt 
années avant que l'on ait eu trouvé 
l'invention de graver en Cuivre •, ce 
qui efl d'autant plus vraifemblable qu'il 
avoit fait nombre d'eilais , plufieirrs 
années avant d'avoir fait part de foa 
fecret , & quelqu'auires s'écoulèrent 
pendant que lui &c fes Alfociés gravè- 
rent les planches de ce Livre. Mais 
comme la longueur du travail de ces 
planches gravées étoit extrême, & 
qu'elles ne pouvoient fervir qu'à lia 
même Ouvrage , ils s'en dégoûtèrent 
& gravèrent des Lettres de bois fépa- 
r^es & mobiles, avec lefquelles ils inir 
primèrent quelques Livres. Cela ne les 
fatistaifaïupas encore, Scf\oetTer natu- 
rellement indullrieux, trouva le fecret 
en gravant des Poinçons & en frap- 
pant des Matrices, de faire des Lettres 
de métail; Fauft fut fi charmé de cet- 
te invention, qu'il donna fa fille ea 
mariage à Schoelîer avec une dot con- 
fdérable, ne croyant pas qu'un fervr- 
ce de cette importance put être trop 



d'un Livre dont chaque page avoit la, avantageufement recompenfé. 



Genne> ils Tmiprimerent au Rouleau, 
«ar^il. eft certain que i'invemion de la 



On remarquera que les premières im- 
prelTions de Guttemberg 8c de fes AlTo- 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



iSi 



cîisj ayant été faites à clefTein de palier 
poiudes Livres manufcritsjls furent im- 
primés fan5Frontifpice,fansVignette5(Sc 
fans Lettres grifes'; parce que toutes ces 
choies fe peignoient après l'impreflTion 
fur le Velin , ou fur le Papier ^ atia de 
mieux tromper ceux à qui on les ven- 
doit. Telle efl: la Bible in follodc Mayen- 
ce,qui ell dans la Bibiiotliéque de Saint 
Viftor, Se dans celle du Collège Ma- 
zarin ; mais qnef^ques années après ^ le 
fecret de l'Imprimerie fut connu , iSc 
Hen n'empêchant alors d'orner les Li- 
vres d'Ellampes gravées, la Gravure 
en Bois , comme la première en ufa- 
ge , y fut employée avec profufioii. 
On en voit de tris- anciens , où il y a 
des Edampes «î^c des quadres de celte 
Gravure, avec des Lettres Capitales 
dorées Se peintes. 

On voit des Vignettes 8i des Let- 
tres grifes gravées enb'îis, dans tous 
les Livres fortiî des premières Impri- 
meries qui furent établies dans nombre 
de Villes fameufes. Li plupart defdi- 
tes Gravures font mal faites , parce 
que le goût Gothfque étoit encore en 
vogue, & que les Imprimeurs en tai- 
foient eux-mêmes à mefure qu'ils en 
avoient befoin ; cela eft d'autant plus 
véritable , qu'on n'y trouve aucune 
marque qui puilTe faire connoitre les 
noms de ceux qui les ont faites. Il e[\ 
vrai qu'on n'y a pas beaucoup perdu ^ 
on doit feulement avoir regret d'iiino- 
rer , par qui ont été gravées la p us 
grande partie de celles qui on paru en 
Italie,. dans des Livres Se en Eilam- 
pes , fur la fin du quinzième liécle, & 
au commencement du feizicme , par- 
ce qu'elles ont été faites par plufieurs 
bons Peintres ,^ &c. & par d'habiies 
Dcflinateurs, lefquelsont pratiqué cet- 
te Gravure, ou pourproduire leurs Def- 



fé la ProfelTiôn de graver en Bois, qui 
devoir beaucoup les occuper dans ce 
tems-là. 

La Ville de Rome n'eft pas la pre- 
mière Ville après Mayence où il y ait eu 
une Lnprimerie , comme on Ta cru iui- 
qu'à préfent ^ cet Art n'y fut établi 
qu'en 141^7 a par Surenheim t\ Arnold 
Pannarto. On efl perfuaié qne Mirtin 
Crantz , Ulric-Gerin & Michel Fri- 
biirger,ne commencèrent d'imprimer 
à Paris , dans le Collège d-^ Sorboit- 
ne qu'en 1470J cependant il ell cer- 
tain qu'on avoit déjà imprimé en cette 
Ville quelques années auparavant. M.. 
l'Abbé du Bos » de l'Académie Fran- 
çoife , m'a fait le plaifir d." m? comnu- 
iiiquerun ancien Livre très-rare , im- 
primé à Paris des l'an 1454 , S< qui 
n'elt point à la Bibliothèque dn Rot. 
C'elt un petit in-folio^ intitulé rOrdi- 
naire des Chrétiens , fur la première pa- 
ge le Monograrae du Libraire dont on 
va donner le nom , forme la première 
Lettre du Titre-; ce Monograme cft 
un vifage de Profil , fait par des en- 
trelas en forme de chiffre ingénicufe- 
ment tracés & gravés en Bois très-pro- 
prement. Dans le corps du Livre il y 
en a encore quelqu'uns plus petits, 
qui forment des Lettres grifes, avec 
plufieurs fiijets gravés en bois , rien 
qu'au trait mal deiriné ^< d'un mauvais 
Gothique. A la tin du Livre on trouve 
cette datte. 

L'an (5658. après le commencement dz 
VuniverJeL Monde. 

Et l'au 1464. le vingt-deuxième jour 
de Mai ^ après l'Incarnation de Notre Sei- 
gneur ^ fut premièrement confummé ce pré- 
fent Livre , ij-c» 

On lit plus bas , qu'il fut imprimé à 
Paris , pour Antoine Verard., Mar- 
chand Libraire du Palais , lequel a 



feins , ou parce qu'ils ayoient enibraf- auffi vendu plufieurs Livres d'anciaa- 



102 Observations sur l'Histoire Naturelle, 

lies Ctu'oniqiies , dans Icfquels il y a taits. L'Imprimerie d'Anvers fut établie 



nombre d'Éftampes au traita gravées 
en bois, mais grufTiérement faites 8c 
encore plus mal defTinces. Les Lettres 
^rifes de la plupart de ces Clironiques 
ne font point imprimées, elles ont été 
enluminées en Vermillon ou en Azur. 
J'ai vu quelques-uns de ces Livres de 
l'an 14.95 , Sec. ils font tous imprimés 
en Caradéres Gothiques , de même 
que rOrdinaire des Ciirétiens de i •4-<54. 
L'Imprimerie fut établie à Venift: en 
1471^ par Jean de Spire & VenJelia. 
Celle deNaples, la même année, par 
Sixtus Ruli;;er. Celle de Louvain en 
.J473 , parJean de \7el1plialie. Celle 
de Strjfbourg , fut établie en 1474, 
par Jean de Cologne & Jean Men- 
tlieib ou Mentelin. Celle de Padoue, la 
même année, chez Pierre Maufer. Cel- 



en I489, par Gérard Leeu. Celle de 
Seville par Paul de Cologne & fes 
Aiïociés^ l'an 149 1. & celle de De- 
venter en Hollande , par Richard Pa- 
fracr , en 1499. 

Tous ces établilTcmens n'ont été 
faits , que lorfque l'on s'efl fervi de 
Lettres de Fonte mobiles &: féparées. 
Le plus ancien Livre de cette façon 
avec datte, elldel'an 14^3. c'eft un 
Pfeautier Latin in-quarto , de l' Impri- 
merie de Faufl & de Schoeffer. Si le 
•Ledeur eil curieux de connoître le 
fcniiment des Auteurs^ touchant tous 
ces Imprimeurs 8c les Ouvrages qu'il» 
ont imprimes , en confultera particu- 
lièrement , Tri thème en fa Cirnniijue 
d'Hirfangen. Jean de la Caille , Hijîoire 
de f Imprimerie. Chevilltcr dans fonOri- 



le de Milan en I47'> ^ par Pliilippe de gine de ^Imprimerie. Sp'iegcl damfon Le 



iLavagng^ Celles de Bruxelles ^ de Lyon 
& de Genève en 1478. Colle de Balle 
fut établie en I481, par Jean Amer- 
Bach, qui fut l'un des premiers qui 
imprima en .Caraclcres ronds & par- 



xicon Juris , St" dans fes Azotes fur Richard 
Banholïn de Peroufe. Jérôme Gebviler ^ 
dansfon Panegerique de Cliarkquint. Paul 
Jove , Lip. 19. Hijhire Sponde A C. 
1440. A'«. 45 ^c 




SUR LA Physique et sur la Peinture . 



183 



4> 4> <4^4-> <-^^ <^4> <¥4> <^4> <^4> «-|-4-> 4|r4-> <i;^ 



LES D I S P U T r. o 

DES PHILOSOPHES 

ET DES JRTISTES MODERNES. 

TV*)i:pvV"^>4j'j>^*' 'Vij c*^T r,*o >*>" r.^o jXT '^.s»» ^fX\ . rA»3:e^T^« '>»ï.-iXTrxo ■.**•*• *>*> j^" >*) t*^^ ris*? c*^* ''Xo :^ ■■ -Vm •s^r^^Tg/yK 

ARTICLE IX. 

Sur les tremblemens de terre ^ Gr critique à ce fujet d'une Lettre inférée dans le 
Journal de Verdun, (Nov. 1752. ) &' dun Extrait des Journaux d'Angleterre 
inféré dam le Journal Oeconomique ( du mûme Mois)yui traite de la même Matière. 



5^^^M E viens dé recevoir une Let- 
ljr~\ \.S tre cl\in Auteur Anonyme , 
^1 ^ 1 7 qui attaque le Sentiment de 
^'^^5^^ M. Premier ,' lequel a voulu fe 
lervirdu Syrtême de la Cir- 
culation des Eaux au Centre du Globe 
Terrefire^ pour établir la caufe des 
Volcans & des tremblemens de Terre. . 
Cette prétendue circulation des Eaux 
dans l'intérieur de la Terre a été <om- 
battue par plufieurs Auteurs ; l'idée en 
eft fort ancienne , mais pas moins con- 
traire au Méchanifme univerfel. L'Au- 
teur de cette Lettre ( que je vais don- 
ner ici ) en veut également dans fa Cri- 
tique , à un Extrait du Journal (F.co- 
nomique fur l'explication de la caufe 
Phyfique des tremblemens de Terre , 
traduite des Journaux Anglois. Je ne 
puismedifpenfer de donner fa Diflerta- 
tion en deux Parties, étant un peu lon- 
gue , pour ne pas la réduire ; ce feroit la 



gâter que d'en retrancheriquelque Arti= 
cle. La féconde Partie fera dans mes 
prochaines Obfcrvations. 

Lettre à l'Auteur des Obferv.par M. R*^ , 
contenant la Critique du Syftlme de M. 
Fréiier^furles tremblemens de Terre^ Grc. 

J'ai vu paroître , Monfieur, dans 
le Journal de Verdun du mois de No- 
vembre 1751 , une réplique de M. 
Frézier contre l'Auteur de YHifîoirc des 
tremblemens de Terre arrivés â Lima Ca- 
pitale du Pérou. Comme je fuis lui peu 
interrelle dans cette difpute v^c que je 
prends beaucoup de part à la defenfe 
de ce Livre , étant ami de l'Auteur, 
du Tradudeur & du Libraiie, je ne 
fçaurois paifer fous filence le tort que 
l'on veut faire à l'Ouvrage en queilion 
qui renferme des Réflexions de Phyfi- 
que atfe? neuves & allez interrelTantes , 



: !?4 Observations sur l'H 

qiuiq'.i'clles blclFein véritablein;nt les 
Opiiiio.is de M. Frézier. 

Je conviens que M. Frôziera raifoii 
de reprochef les noms de quelque lieu 
que l'on a mal rendus , & la faute 
qu'on a faite dan» un calcul de peu de 
conféquencei mais cela n'a rien de 
commun avec le fond de la difpute : il 
s'agit de fçavoir quelle efl la caufe pri- 
mitive des tremblemens de Terre. 
D'ailleurs la Relation des faits cA julle, 
ainfi de quelle part qu'elle vienne co- 
piée, traduite, ou pillée, fi l'on veut, 
fera toujours bonne & bien reçue. 

Les Hilloriens de nos jours , par 
ecicp.iple., quelques habiles qu'ils foient, 
ne font que les Copiftes de ceux qii 
ont écrit avant eux ; mais les RéHe- 
xions Se les Recherches qu'ils ajoutent 
aux faits & la tournure qu'ils y don- 
nent^ en font la nouveauté & le méri- 
te particulier, 

11 s'enfuit de là que l'Hifloire des 
tremblemens de Terre, d\c. quoiqu'el- 
le renferme des faits déjà citcj n'cft pas 
moins marquée au coin de l'originali- 
té , M. Frézier devoit s'attacher à cri- 
tiquer ce qu'il y a de contraire à foa 
S^niiinent dans ce Livre , &: non pas 
le plaindre de ce que l'Auteur peut 
avoir pris dans la Relation de fon Voyage 
de la Mer du Sud , publiée en 171 6. 

Comme je fçai, Moulleur , que vo- 
tre Livre d'Obfervations eft fait pour 
ies Sçavans , & que l'on peut s'étendre 
autant que l'on veut fur les Matières 
que l'on a delTein d'approfondir , je 
n'héfiterai pas de ré^icter ici , i'^. l'A- 
brégé de In Reiaiion Je quelques trem- 
bleniius de Terre arriv^.s à Lima, par 
4e P. Feuillée. 2". Le Syllême de M. 
Frézier tel qu'il l'a d'abord fait paroitre. 

* Enlifïnt la Lettre île M. Frézier C infé- 
rée dans le Journal de Verdun que l'on aci- 



iSTOiiiE Naturelle , 
3". Le Syllé.uj combiné, dontl'Extrait 
paroit dans le Journal Oeconomique., 
& 4°. La Critique de ces Syftêmes, par 
l'Auteur del'Hirtoire des tremblemens 
de terre de Lima; * 5°. Je donnerai en- 
fin, mis nouvelles réflexions contre l'un 
& l'autre de ces Syllcmes.;c'ell-à dire , 
contre M. Frézier ,- contre l'Auteur 
Ançrlois de l'Extrait du Journal Oeco- 
nomique , ^ contre mon ami; vous 
ferez fans doute furpris de voir que 
mon Sentiment ne roule que fur vos 
Principes. 

Jugez , Monfieur, fi je pouvois me 
mieux adreffer qu'à vous-mém.' , par 
tontes fortes de raifons; d'autant mieux 
que j'efpére que li vous jugez ma Let- 
tre digne di vos Obfervattons , vous 
aurez la bonté d'appuyer mon raifon- 
nement de quelques mots de votre 
part , 8c de fuppléer , s'd le faut , à ce 
que je pourrois avoir omis. 

Defcription par le P. Fadllce d<:s tremhlt' 
mens de Terre du Pérou, 

Tous les tremblemens de Terre font 
précédés d' m bruit épouveniable & 
plus ou moins grand j à proport'on 
que le choc doit être violent ; & plus 
ce bruit efl confidérable , moins il y a 
des intervalles au tremblement; de for- 
te que cet avant-coureureft précédé fou- 
vent de fi peu de îe;n< , qu'on a a pei- 
ne celui de fe fauver dans les rues , où 
l'on eft plus en fureté que dans les 
maifons. 

Le tremblement de Lima au Pérou 
du 20 Mai 1709, arriva à deux heures 
du matin , pendant qu'un chacun dor- 
mait d'un profond fommeil. Le bruit, 
qui le précéda fut fi grand, qu'il n'y eut 

té ) on verra que fa réplique ne répond pas à 
a qucAioa. 

perfonne 



suK LA Physique et sur la Peinture. 



perfonne qui ne s'en éveillât, & l'on vit 
en un moment tout le monde foair de 
chez foi chacun avec ce quilui toniboit 
Tous la main ; de forte qu'il ell aifé de 
s'imaginer , dit notre Auteur , qu'un 
pareil fpc^acle , qui n'oflroit que des 
larmes , eut Isien fait rire dans un autre 
moment. Ce premief clioc fut fuivi 
d'un fécond : à dix heures,, l'Eglife, où 
je difois alors la MefTe , fe trouva 
vuide en un moment , quoique plei- 
ne de monde , & perfoiuie n'ofa y 
rentrer peur achever de l'entendre. 
La violence de ce choc arrêta ma pen- 
dule ; ceux du 3 Juin & du p Juillet 
l'arrêtèrent auffi. 

Le p Juillet me fentant éveillé par un 
grand bruit qu'on entendit à une heu- 
re du matin , je me levai précipitam- 
nient^ & courus dans la rue, où je me 
trouvaidansletemsque le tremblement 
commença. Je fentis trois ou quatre 
chocs fi violens, qu'ils me firent conjec- 
turer que la maifon oîi je demeurois, iSc 
celles qui l'avoifinoient , dévoient être 
tombées. 

Il arriva un autre tremblement à fept 
heures plus violent encore que le pre- 
mier. Le lo à deux heures du matin, 
il en arriva un troifiéme femblable au 
précédent. Des accidens fi ftéquens 
me rendirent auffi craintif que les ha- 
bitans ; &. craignant qu'enfin il n'en 
arrivât un qui renversât les maifons & 
me cafsât ma pendule , je la démontai 
& la ferrai. 

Le 2 1 Odobre à quatre heures du 
matin chacun fe trouva éveillé par un 
bruit épouvantable , qui fut aufTi-tôt 
fuivi d'un tremblement. On vit en un 
infiant dans les rues un fpedacle auffi 
bizare que celui du 20 Mai. Le pre- 
mier choc fut fi violent , que fi les deux 
autres qui lefuivirent eulTent été de la 



185 



Année i-j^ZjTom. ÎI. Partie' VU, 



même force , il ne ferpit pa; reflé nue 
feule maifon fur pied k Lima. Le 22, 
à une heure & deniie du matin , il ar- 
riva un autre tremblement , qui les 
fit encore tous fortir de chez eux. Sitôt 
qu'il fut pafTé , cliacun retourna fe met- 
tre au lit i mais ils n'y furent pas plu- 
tôt, qu'il arriva un fécond choc ^ qui 
fit lever tout le monde de nouveau. Se 
les effraya tellement que perfonne n'o- 
fa fe recoucher , crainte qu'il n'arrirât 
pis. Il n'y eut cependant d'autre dom- 
mage que le renverfement de quelques 
maifons. 

Le 20 Décembre à trois heures du 
matin on entendit un bruit terrible, 
immédiatement fuivi d'un tremble- 
ment confidérable , qui renverfa plu- 
fieurs maifons de la campagne. Il en 
arriva un autre beaucoup plus violent 
le 23 à dix heures du matin. Us furent 
furpris d'un troifiéme le 24 à cinq 
heures du matin. Le 5 o à la même 
heure, un quatrième les fit tous for- 
tir du lit. Enfin à dix heures du matin , 
le même jour, ils furent tous décon- 
certés par un cinjuicme. Il en arriva 
encore un autre le lendemain matin à 
quatre heures , qui fut le dernier pen- 
dant tout le tems que j'ai relié à Lima. 

Lima, étant pour ainfi dire ,fans in- 
termilTion , auffi fujet qu'il Teff à de 
pareilles calamités , on croiroit que ce 
ne peut-être qu un lieu d'exil pour des 
criminels, ou des gens ennuyés de vi- 
yre , fans pouvoir s'imaginer que ja- 
mais perfonne en voulût librement fai- 
re fa retraite. Mais l'attrait des richef- 
feseflfi Puiffant , l'efpérance du gain 
fi flateufe , qu'on préfère le danger à 
la fureté , & qu'on concilie la'crainte 
continuelle de la mon avec le defir de 
vivre long-tems , fans avoir lien à ap- 
préhender. 



Aa 



îS6 Observations sua. l'H 

Syjîême de M. Fréiier^ 

On ne peut penfer à des pîicnomènes 
aiifTi extraordinaires , dit M. Frqier, 
fans fe fentir nniorellement entraîné 
par la curiofité d'en f(,-avoir la caufe. 
Celle que les Pliilofophes en donnent 
en général ne fatisfait pas toujours. Ils 
les attribuent à des vapeurs & à des 
Feux fouterrains j mais ils paroilTent 
plus vraifemblableinent être occafion- 
nés par les eaux qu'on trouve intcrieii' 
jremcnt répandues par tout dans les en- 
trailles de la terre lorfqu'on la creufe j 
à peu près comme les veines le font 
dans les corps vivans. 

L'eau peut de différentes façons oc- 
cafionner des treniblemens de terre , 
foit en dilTolvant les fels répandus 
dans l'intérieur de la Terre , ou en pé- 
nétra:Tt de^ terres poreufes & mêlées 
de pierres qu'elle ébranle infenfible- 
ment y & dont la chute ou le remue- 
ment doit occafionner des chocs fem- 
bi.iblos à ceux qu'on fent dans les trem- 
blemens de terre : enfui l'eau doit oc- 
cafionner \\{\z fermentation lorfqu'elle 
pénétre qnelqne corps fuiphureux ; & 
alors la clialciit qi'i en refaite produit 
des vapeur» & des exlialaifons qut em- 
poifonncni l'air, loiiqu'clles parvien- 
nent fur la furface de la terre : ce qui 
fait qu'il meurt tant de monde après 
quelque tremblement de terre confi- 
dérabie. 

L'exemple de Lin-va & les expérien- 
ces curieul sde M. rEmery , mention- 
nées dans les Mémoires de l'Académie 
des Scijences do l'annce 170O, prou- 
vent la facilite de cette fermentation. 
Si l'on fait un mélange avec de l'eau, 
d'une certaine quantité de limaille d'a- 
cier. &. de foulTre , comme de 30 à ^p 



iSTOiuE Naturelle , 
livres Si qu'on cnfouiffe celte ePpcTce 
de pâte ou cet amalgame à un pied de 
profondeur dans la terre , il fermen- 
tera & exaltera d'abord des flamma 
chaudes & enfin du feu. 

Or, la terre cil eniiéreir.ent remplie 
au Pérou , de mines de fel , de foutfre 
& de métaux 5 il y a de plus des Mon- 
tagnes qui brûlent continuellement , dont 
la chaleiu" calcine les pierres & dilate 
les fouflres; il ne faut donc pas s'éton- 
ner que les tremblemens de terre y 
fnient fi frcquens , & particulièrement 
le long des Ckes de la Mer ^ qui font 
plus chargées d'eau que le iTaut & le 
fomm.et des montagnes , telles que la. 
Coràillera. D'ailleurs , ceci s'accorde 
avec l'expéiience ; car il y a des en- 
droits ou ces Phénomène? n'arrivent que 
très-rarement, conime à Kufco , à Gua- 
manga, & ailleurs. C'eflpour cette mê- 
me railoirqa'ils font plus fréquens fuc 
le bord de la mer en Italie que vers les 
Alpes. En un mot, on ne peut difcon- 
venit que l'eau n'ait beaucoup de part 
à la prodtiélion des trem'bL'mens de 
terre, puifqu'on voit les campagnes fe 
difperfer comme de lacire fondue, & 
des Lacs fe former tout d'tm coup dans 
les endroits où elles s'ailailîoient ; parce 
que la terre on s'enfon(^nnt , force l'eau 
de prendre le dcdus , pour peu qu'il y 
en ait ui1e certaine quantité , ou au 
moins de fe répandre lorfqu'elle ell fut 
un plan incliné. 

Critique de ce S^fùmc par l'Auteur das 
tremblemens de ture du Pérou, &c. 

Quoique M. Frézierait d'abord en- 
tièrement attribue la caufe destremblci 
mens de terre à l'eau , il eft néanmoins, 
forcé de convenir que le feu y a quel*- 
que part. Car dans fon dexnier exem£le-'' 



svTi LA Physique et 

ils ne font pas TeHet immédiat de l'eau 
comme dans les deux premiers , mais 
ieulement de la chaleur qui vient de la 
fermentation que l'eau a produite. L'ex- 
périence qu'il cite de M. l'Emcryen efl; 
encore une preuve , & tout fon rai- 
fonnement ne roule plus après que fur 
cette hypothèfe. 

Si M. Frézier avoit fait attention à la 
petite quantité d'eau qui fiiffit pour fai- 
re un amalgame , ]e doute qu'il lui eût 
attribué la cau(e des tremblemens de 
terre. Car cet amalgame n'ayant que la 
confuiance de pâte^ fans être réduit en 
fluide , la qirantité d'eau qu'il requiert 
doit être bien mince relativement aux 
autres ingrediens : ce qui s'accorde à 
une pareille compofuion communi- 
quée au D. "Wallis par laquelle on voit 
qu'une trop grande quantité d'eau em- 
pêcheroit l'opération , & cteindroit le 
feu ; de forte que l'eau n'y entre elTedi- 
vement que comme le moindre inflru- 
nient , de ceux qui fervent pour embra- 
fer les matériaux ,- Sa ell conféquem- 
ment fi éloignée d'ttre la caufe des 
tremblemens de terre , qu'une trop 
grande quantité de cet élément empé- 
cheroitl'explofion qui produit de fem- 
blables Phénomènes. 

Il penfe auffi que les volcans, ou er- 
ruptions de feu , peuvent favorifer les 
tremblemens de terre , entant qu'ils 
confument les matières combuftibles, 
& détruifentles matières fulphureufes, 
qui lesoccafionnent : ce qui fe contre- 
dit. De forte que s'il y en avoit quel- 
ques - uns en certains "endroits du Pé- 
rou Si du Chili , ( fuppofe néanmoins 
que les cavités fouterraines fe commu- 
niquent) ces Pays ne feroienc pro- 
bablement pas tant affligés de pareils 
malheurs. 

Quant aux campagnes que l'on voit fe 
difperfer comme de la cire fondue , & 



SUR LA Peinture. 187 

aux Lacs qu'ils forment tout d*an coup 
dans les endroits où la terre s'e'nfon 
ce^ il ne s'enfuit nullement de-là que 
l'eau ait beaucoup de part aux trem- 
blemens de terre, puifque ces Phéno- 
mènes peuvent n'être que l'effet d'une 
certaine quantité d'eau ramalîée dans 
quelques foyers des entrailles de la 
terre , à une certaine difîance de l'en- 
droit où l'exploQon s'ert faite , Se à 
laquelle l'ouverture de la terre a permis 
un paffage libre. 

Sjjîême qu'adopte V Auteur Anglais. 

Quoiqu'il en foit, l'hypothèfe qui 
attribue la caufe des tremblemens de 
terre aux vapeurs & aux matières in- 
flammables, me paroît beaucoup plus- 
probable ^ que celle par laquelle on 
foutient qu'ils ne font qu'un effet de 
l'eau qui diflbut les fels fouterrains ^ Se. 
fait ébranler les pierres qui fe peuvent 
trouver dans les entrailles de la terre. 
De pareilles caufes ne doivent point 
produire le bruit terrible & les vapeurs 
fulphureufes qui précédent toujours les 
tremblemens de terre , & qui prouvent 
d'eux-mêmes qu'ils ne peuvent être l'ef- 
fet que de quelque explofion naturel- 
le , Se non pas de l'écroulement ou de 
l'écartement de la terre. De plus, dans 
les tremblemens de terre , il y a plus 
qu'un pareil écartement, elle efl fou- 
vent fecouée & agitée perpendiculai- 
rement & horifontalement d'une fa^^oii 
fi forte Se fibrufque, qu'on peut bien 
juger qu'elle reçoit quelque impullîoii 
d'en-bas. Voyons maintenant ce que 
penfent nos Philofophes Anglois fut 
une Matière auffi délicate. 

Le D.Li/^er attribue les tremblemens 
de terre zux pyrites & aux minéraux ré- 
pandus dans les entrailles de la terre , 
dont les vapeurs fulphureufes venant à pren- 
dre feu'^ fe le communiquent les unes 

Aaij 



i88 Observations sur. l'Histoire Naturelle , 



aux autres en forme de fufce , & pro- 
duifent ce bruit terrible & ces conviil- 
(ïons qui précédent & accompagnent 
les tremblemensde terre. 

Les cavités i ouefpcces de chambres, qu'on 



avec beaucoup d'exaélitiidefiir qnantr- 
té de fùlTiUes d'Angleterre, & il a tou- 
jours trouve , que ceux qui ctoient char- 
gés de fouffre contenoient du fer. 

Secondement, il ne connoit qu'une" 



trouve pi efque par-tout fous les montagnes ^ efpcce de SoulTre , au moins en Angle- 
lorfqu'' on y fouille f (y qui y paroijfent na- terre. Et puifqu'il n'y a que les pyrites 
turellewent formées , prouve que la terre 
efîplus ou moins creufe. On en trouve fou- 
vent quelquefois même de très -gran- 
des, qui paroifTent fe perpétuermoyen- 
rant de petits finus. Il y en a plufieurs 
en Angleterre, telles que celles qui font 
connues fous le nom de Poob-kole , 
Okei-hole : 3<c. De plus , les diflérentes 
fources & ruiÏÏeaux tant grands que pe* 
tits qu'on voit fortirde delTous tes mon- 
tagnes , prouvent ces cavités. Ajou- 
tons encore que l'explofron & l'embra- 
lement de h première matière en for- 
ment quantité qui peuvent fe rejoin- 
dre , Si le rejoignent effedivement , 
après que la force du choc efl palTée, 
mais qui cependant fe maintiennent 
afTez ouvertes pour entretenir le trem- 
blement. 

LMiumidité qu'il y a dans nos mines, 
prouve évidemment que ces cavités 
lonterraines font quelquefois, & en 
certaines faifons , pleines de vapeurs 
înBammables, qui étant en feu , pro- 
duifent les mêmes effets , quoiqu'en un 
moindre degré , que ceux qui arrivent 



dans unrrembicment de terre. Il s'agit 
maintenant de fçavoir fi de tous les mi- 
néraux qu'on connoît , les pyrites font 
les feuls qui puifFent produire cette va- 
peuv rnllammabie; c'efl ce que notre 
Auteur crc-it très - probable : voici les 
rations qu'il en donne. Premièrement, 
aucun minéral quelconque n'ellfulphu- 
leux, s'il n''ni{ pyrite , foit entièrement 
oa en partie. Il a fait cette expérience 



qui fournitTent naturellement du Souf- 
fre , il cft à préfumer qu'il en vient tou- 
jours , foit qu'il fe irotive en l'air , ou. 
dans le fein de la terre. Quand au fouf- 
fre vif qu'on trouve en grande quantité 
à l'entour des montagnes brûlantes, 
ce ne peut être , félon notre Doâeur, 
qu'un eBet de la fublimation caufée à' 
la longue par la violence de ces feux. 

Quoique les pyrites fournirent une 
grande quantité de SouftVe , & fe chan- 
gent naturellement en Souffre par une 
efpéce de végétation, il ne s'enfuit pas' 
de-là que leur lublLince un'; fois en- 
flammée, fe confume promptement, 
& fe diminue. 

Four prouver îa durée ou la rcfiftan- 
ce des pyrites au feu , ce Doéleur rap- 
porte plulieurs expériences faites fur 
différentes fortes ds charbon. Le char- 
bond'Eci^, dit-if , contient très-peu 
de p/îJtes , & efl prefqtreiuiéreincnt 
bitumineux: c'ell pourquoi il brûle vi- 
re & laide un fraiji blanc : celui de 
Ncivcaflel fe confume lentement; & ce-- 
lui de Sunderlojii dure fi long-tems,' 
qu'on dit, en commun proverbe, qu'il- 
fait trois foison feu. Il elt beaucoup char» 
gé de pyrites , & fe confume jirfqu'à ce 
qu'il laifTe un fraifi rougeâtre qui eft 
une efpéce à'^aimant. Ce Doftcuravoit 
un morceau de charbon à' Irlande yqu' on 
difoit être d'une fi grande réfiltance au 
feu , qu'il relloit rouge pendant vingt- 
quatre heures, fans, pour ainfidire* 
rien perdre dé ia ligure. 



La fuite dans le I. Proliant de 1753. « l\4r{icl< des DiffAtefdcs Philofoghcst 



iSp 




DES O B S EKFATIONS 
du II. Volume de 17 J2, 
■ HISTOIRE NATURELLE. 




BSERFATIONXVIIl 
Defcription d'une Matrice 
double, par M.Eifenmann. 

_- _ Dofleuren Médecine & Pro- 

felTeiir d'Anatomie & de Cliimrgie 
de Faculté de Sirafbourg . 1 7 =i 2. 

Pag. i. 
Sentiment de M. Eifenmann fur ies 
prétendues Ovaires & fur la fuper- 
fctation. , 7^"' 

Ohferuat. KIX. Sur une Découverte 
particulière concernant la G^nera- 
iion des Grenouilles , & critique de 
la précédente Obfervaiioii. 1 1 •• 

Génération des Grenouilles, pag. i ?. 
Critique du Sentiment de M. Eilen- 
mann , fur la (uperfétation. Lf. 
Obfervation XX. Sur i'Anatomie des 
Grenouilles. » f ' 

Remarques de différens Auteurs fur la 

Grenouille. 
Sentiment de LeuNfenhoek.- 
Remarque de M.Seba.^ 
Sentiment de Malpiglii. 
Sentiment de Gérard Blafè.- 
biffedion d'une Grenouille. 
Vertus Médicinales de la Gceiïouiile. 

Olferration XXI Sur la multiplica- 
tion naturelle des Vers à foye , & 
grojet d«n «leveï & i'e» urer les 



1(5. 

17. 
18. 

20. 
20. 



Cocons fans aucim foin, 23, 

Obferu. XXTI. Concernant la précieu- 
fe Plante de Gin-feng da Tartarie , 
découverte en Canada par le P. Jo- 
feph-Franc^ois la Fitau de la Conipa- 
gni de JeTus, MifTionnaire des îïo- 
quois du Saut S. Louis. 25- 

Ohferv. XXIII. Sur la Struatire des' 
Mufcles Oeuvre poniiumfe dô M.- 
DUverney :, Confeiller , Médecin ,. 
Profefleur d'AnatoiTiie au JardiiV 
Royal , & de l'Académie des Scien- 
ces. "S" 
De ta Stru&ire des Mufcles en géné- 
ral. <55»- 
Obfefu. XXlV. De la force des Muf- 
cles, par M. Daverney , Auteur de' 
la précédente Obfervation. 73.- 
Ohferv. XXV. Sur ie mouvement des 
Mufcles. 7/. 
Oeuvre poîllnime de M. Dnverncy,. 
Confeiller, Médecin , &c. fur l'é-- 
coulement des Efprits Animaux Sc- 
ie mouvement des Mufcles, idarû 
Syfrême du mouvement des Mufcles- 
parlc mélange du fang &des tfprîts;- 

Réflexions particulières de Mi Duver^ 
n'ey , fur le précédent Syllême. 79^ 

Syflcme du mouvement des Mofcles,. 
p.at les Efprità feulement. y^ju 



ICO T A B 

R L'ilexions de N\. Diivoiney. .^i. 

Syllêmc de M. Duverncy^ fur Inaction 
des Efpiit:. Si. 

De la Laithurfc/ 84. 

Chfcrv.XXVÎ. Sur la circnlation des 
F.(|iiits Animnux ,[ondce fur de nou- 
veaux principes; iS: fur i'Anatomie 
particulière dr« Gerveau-j& du Cer- 
velet, •• ■ ■ -■ 85. 

Anatomie particulière du Cerveau &: 
du Cervelet. Idem, 

Remarque fur l'action & la réaction des 
Efpriis Animaux & fur leur eflence. 

S8. 

Cbferv. XXVll. Sur l'A nevrifme , ou 
fur les dangereux etiets de la fauiïe 
faignce^ pi. 

Gueriibn Qibite d'un Anevrifine. 92. 

Obfcrv. XXV II. Sur le principe du 
mouvement dans le. Fœtus, 129. 

Stri;âure du Cœur humain. 131. 

Ohferv. XXV m. Sur la aruflure des 
poumons liumains & leur olTîce. 135. 

Dilîeûion des poumons & confcqiîen- 
ccs phyfiqucs. I3'>' 

O.hferv. XXIX. SurTufagcdes Vaif- 
feau.x iympiiatiques duMéfentere, 
& concernant celui de la Veine-por- 
te. 1^8. pow 158. 

CxpoCtion Anatomic|ue du IVléfcntere. 

IJar. 

l^fage des VaiiTeaux Lymprmiiques. 

l 'j 9, pour I3<p. 
îjfage delà Veine- Porte. 160. p. 140. 
Obfay. XXX. Enai fur les Oifeaux 

Carnaffiers , Si fur les Oifeaux de 

couleur. Idem 

Le Buzard.en Latin Bi(feo. i6t. p. 141. 

La Bondrée , en Latin Bdteo-aprivorus. 

162. pour 142. 

f^e Buzard de Marais, en Latin iWi/wu- 

j^ritpjnnfits. 16^. pour 143. 

^.a Pi.e-Cirie'clie des Moluques. Lanus 

mlnor AJoliicarutn. \ i 6-{- pour 1 44. 
f,e Loriot mâle de France.i-ivi/zcju GaU 



L E 

hulus Mafculus. Idem, 

Invention d'une Nouvelle Imprimerie , 
■par N». Gautier , pour compofer , 
dccompoferSc imprimer les Figure* 
d'Animaux '& de Fiantes avec leurs 
couleurs , comme on fait celles des 



Caradéres. 



Idem. 



PHYSIQUE- 

Ohferv. IV. Parallèle de la Philofopliie 

ancienne & moderne. 5 4. 

Philofopliie de Thaïes , Auteur de la 

Sccle Ionique. 38. 

— — — — De Piihagore^ Auteur de 

laSec^e Italique. Idem. 

. De Démocrite , Auteur de 

la Seâe des Atomilles. 39. 
. De Platon., ou principes 

Phyfiques des Platoniciens. 40. 
.^ D'Ariflote , Auteur de la 

Sec^e des Pcripatéûciens. Idem. 

' De Defcartes. 42. 

De Gaffendi. -44. 

— De Nevton. 45". 

— — — De Leibniiz, ou Syflcme 

des Monades. 4<^. 

» De Gautier. Idem. 



Ohferv. V. Sur la caufe de i'Eleflricité , 
expliquées par l'impulfion des 
Rayons du Soleil ; & critique de 
rOpintoii de pouvoir détourner le 
Tonnerre. 48. 

L'Eleâricité naturelle. 4p. 

L'Electricité artificielle. JO. 

Ohferv. VI. Réponle à la quertion de 
Phyiique: fçavoir, fi les Objets ar- 
rivent renverft's ou non renverfcs fur 
la Rétine.. & découverte de M. Ri- 
caud, concernant la vifion des Ob- 
jets. 5" 2. 

Anatomie de POeil. 5" 5. 

Réflexions phylîques fur I'Anatomie de 
rOeil. J4- 

Ohferv. VII. Sur la Création du Mon- 
de & fur le Déluge Uoiverfel & crir 



DES MA 

tique cTeTelliamed.ouIe Philofophe 
Indien. 94- 

Syftême de M- de Maillet concernant 
la Matière fk le mouvement. 9 y. 

Syftême de M. de Maillet fur la forma- 
tion de la Terre. 9^- 

Syflêmede M. de Maillet furlaCréation 
des Hommes & de tous les Animaux 
terreÛres. l'^^^- 

La Création de la Matière. 9'^' 

LeDchiaeUniverfel. 9S' 

Exemples fur lefcjuels M.de Maillet fon- 
de la Diminution de la Mer & la 
Découverte des Terres. 100. 

Critique de ces exemples. 102. 

Obferv, FUI Sur l'inutilité des calculs 
pour prouver la réfilbnce des Flui- 
des. _ ï+y» 

Oblervations générales furies diverles 
efpéces des Fluides, par M-d'Alem- 
bert. 146- 

Reflexions à faire fur ces principes. 

147. 

Obferv. IX. Surlaraufe delà vaneié 
des Dégrés de chaleur dans notre At- 
mofphére , par M. D. V * ' *. i "j i • 



Expérience concernant cette Obferva- 
tion; ' I5'4« 

La caufe des variations relatives à ces 
principes. Iderm 

Remarques fur. ce fujet. ^ I57- 

Récapitulation Phyfique de la décaden- 
ce de la Philofophie de Newton , 
pour cette Année 1752. ijii.- 

PEINTURE. 

Obferv. V. Sur le Parallèle des Peintres 
anciens & modernes de M. le Mar- 
quis d'Argens,. lyS?' 
Contraftede le Brun à Michel- Ange. 

164. 

Contrafte de Léonard de Vinci à Jean 

Coufin. 16^' 

Obferv. V. Sur la Gravure en Bois, par 

M-Paeillon, ■ i?©' 



T I E R E S, i<; r 

Lettre de M. Papillon G.aveur en Bais 
■ & delà Société des Arts, à M. Giu- 
• lier. . Ï7I. 

L'Origine de la Gravure en Bois , l'ufa- 
ge de cet Art, & le principe de l'im- 
primerie, par M Papillon. _ 172.- 
Des Anciens Graveurs en Bois. & fur 
rinvention de l'Imprimerie. 177.- 

DISPUTES DES PHILOSOPHES- 

ET P F. S 

ARTISTES MODERNES. 

Art. VI. Réponfe aux Extraits du J lur- 
nalde Verdun des i«ois. de Février 
& Août 1752. ^ S 7- 

Sur ce qui concerne la linriiere. 5 S.- 

Surcequi concernelTnpulGon.. Idem.- 

Art. VII. Lettre de M. Guyot à l\-.u- 
teur des. Obrervaiions , contre un- 
Art, du Journal de Verdun,- 5 c. 

Art. FUI. Sur la Luoiomiej. concer- 
nant de nouvelles réflexions ,. enfa-- 
veur du grand (!<£ liaui appareil pac 
M. de Ch'aignebrun. 107,- 

Art. IX. Suc les trcmblemeirsde ter-- 
re , & critique à ce fujet , d'une Let- 
tre inlérce dans le Journal de Verdun, 

- (Nov. i7jz.-)&d'Lin Extrait des . 
Journaux d'Angleterre, inféré dans 
le Journal Oeconomique ( du même ' 
mois ) qui traite de la m-ême Matière. 

183. 

Defcrrption du P. Feuillée des trein- 
blemcns de terre du Pérou. 1S4. 

Syftcme de M.Frczier, i^â. 

Critique de ce Sy!lê:ne par" l'Auteur, 
des tremblemens de terre du Pérou, 

îâem^- 

Syftême qu'adopte TAut. Anglots, xSj. 

LES SECR^ETS DES ARTS^ 

ET LES 

NOUVELLES DECOUVERTES^ 

Art, V. Sur ia façon cTe cuire le Verre 
geint. ^'^- 



5?20 T A B L E D E s 

Art, FI. Maniore de marbrerie Pa- 
pier. 63. 

Art. y III. Lettre concernaut une 
nouvelle Machine liydraiilique. 1 11. 

•Defcription de cette Madiine. 1 1 1. 

Art. IX. Lettre à l'Auteur des Obfer- 
vations concernant le Bu-reau Miifi- 
cal , ou l'Art d'enfeigner la Mufique 

Fin (k la Table des Matières dji IL Gr 



M ATI ERES 

avec facilité. i i 5. 

Art. X. Rapport de i'ouyèrlure & de 
l'examea du Cadavre de la nommée 
Supiot. iij. 

Art. XL Nouveau Semoir, accom- 
pagne de quelques Réflexions fur 
i'^Xgricalture , pat M. de Villeneuve. 

167- 

dernier Vol. de ! Année 1752. 



A F I S. 

AV lieu de la Table Explicative, que l'on avoit commencé de donner à la fin du L 
Voltime rie cette Année, on donnera un Djdionnaire, pour fervir à l'explication >!cs 
.■termes d'Anatomie d'Hilloiie Naturelle, de Phylique , & concernant les Arts & Métiers 
^elativenient à cet Ouvrasie. 



J 



APPROBATION. 

Ai li par or lire de Monfeigneur le Chancelier, la fîxiéme Part e d'un Manufcrit, quia 
pour Titre Obftrvations fur l'HiJioire Naturelle , fur ta Phjifujue Ç- fur la Peintures Se je 
ois que rimpreflV n en peut être permifc. Donné à Paris le 51 Décembic lyfi. 

PjtlLlPPEDE FrÉTOT, 



■CtOli 



E R R A TA. 



LAfeuilk Q.eft ma'chifi-ccaulieu de itfy paroil ellecommence.ilfaiitcommcncerà 111 Ce 
finir cette feuille à liSaulieude 171. Layèui/Ze S. dl dans leméme cas. J57devoit être 
J137, jufqu'à I64 où il faut aufl'i conter 144. 

A la pa^. 8 première apoilille au lieu de rapportée///", rapporte. fcg-, 11. coht. lig. 44. de petits 
VailTcaux///; de fibres & des petits vailîeaux.p,;^. ? col. z. lig. 13. au mot u'cndomniogea, lif. 
n'endonima^t.îr. j. 40.C0/. » /. 7. un principe.///", un principe iihf.p, 49. col. z. L 45. Baril de 
îléfinc /i/«î de Réhne. pjg. fuivante il y a au/Il deux fois Rïifine pour Réfine. à la pag. ? 1 à'ia. 
troifiéme /. de la première co/. il y a compreflion auli«u de comprenlon. p.ig. S9 il manque un 
Ae au litre quatrième, p. 66 vous trouverez retranher au lieu de retrancncr. p. -ocol. 1, 1. 14. 



Ja pcnuitiime /. aprcs la ConiraCtion , ajoute^ oppoicc. p. zrffmaprvs le dernier mot pnyiiqus 
«jisj/rfj lia premier volume àe l'année prochaine, p. 147. col. id. zi>. réiervcr, /;/. relferrcr» 
,e^r.,cci laprcHiierc'/ijj. dp la première ro/, dela^rt^e 161, 



r^'^ 



%•* 



«t.u-n 



'*r'« 



y-'» 



#«p 



^té 



^V-^> 






- . .i^ - ^ '^' ¥■. '.- 








w 



/ 



A* jkt; ^sSmmM 



V^ 



'il 



'mi 



h^F 



m 



^ 



>/^ 




■«ix^l 



- 'H-- 



V!* **;MV:>v.^V 



Wm^mm 



■^c^, 



1